‹ Le pèlerin de Sainte-Anne [microforme]Chapitre 48 sur 68 · LE CONSEIL DES BANDITS · texte numérisé non relu

LE CONSEIL DES BANDITS

Comme les oiseaux s’envolent du nid quand le bûcheron frappe l'arbre, ainsi les voleurs s’'enfuirent de l'auberge quand les clameurs de la foule annoncèrent la délivrance de leur vic-

se re St 3e, ux

ôte onrd, lin rait rel OT la

time. Rossette les conduisit chez mademoiselle Paméla, sa sœur. Ils tinrent conseil, et la suppression du malencontreux muet fut décidée.

— Nous sommes menacés ; le doute n’est plus permis, argumenta le chef, et il nous perdra tous si nous ne le z.ettons dans l’impossibilité de nous nuire.

Charlot ajouta avec amertume :

— Je voulais le tuer, ce chien d’espion, après le vol. Il nous avait vus, le motif était suffisant. On a mieux aimé lui faire faire une promenade sur l’eau, gare à ce qui va arriver maintenant.

— Oui, seigneur ! ajouta Robert.

— Ce qui est fait est fait, pas de récriminations, ordonna le chef, d’une voix sévère.

— C’est cela, dit Rossette, songeons à l’avenir : le passé n’est plus.

Et fier d’avoir trouvé cette vérité, il ajouta avec une pointe d'ironie :

— Attendons qu'il nous ait dénoncés.

— Réparons le temps perdu, fit à son tour le charlatan, je veux expier mon erreur par un redoublement de zèle. A moi l'honneur de porter le coup fatal !

Il y eut un murmure approbateur.

ne

— Silence ! ordonna le chef, je prononce la

sentence.

Et, debout sur un coffre rempli d'outils pervers et de vêtements menteurs, il dit gravemen. :

— Monsieur Joseph, surnommé Djos, surnommé le muet, je vous condamne à subir la peine capitale ; c’est-à-dire à être pendu, assommé, poignardé, noyé, étouffé, fusillé, écartelé, grillé, rôti, ete., etc., par tous et chacun de nous, dès que se présentera une occasion favorable de vous rendre ce service, jusqu'à ce aue la mort s’en suive. Que le diable ait pitié de votre âme !

Eusèbe Asselin descendit à Québec aussitôt après l'élargissement du pèlerin. Son triomphe avait été court et son désappointement promettait de durer. Ïl s'épancha dans le cœur de son beau-frère. Rossette l’invita à ne pas désespérer. I] lui fit remarquer avec raison que le hasard pouvait encore d’un moment à l'autre, changer le cours des événements. Rossette avait d’abord pensé, lui aussi, que le muet pouvait

être le voleur ; mais quand on lui donna sa

part d’une somme dont il ne connaissait pas la

> la

Jer- Lve-

surr la asrtede fa- | ce itié

sitÔt phe etson spéhatre, vait vait sa

s la

provenance, il soupçconna la vérité. Il comprit les trois jours d'absence du Charlatan, de Robert et de Charlot,

Il venait de vendre sa liberté, et sa vie peutêtre, à la bande dont il faisait partie ; un pareil sacrifice valait quelque chose, et il songeait à se le faire payer. Ilse dit qu’il pouvait parler haut. Il feignit de savoir ce qu'il ne pouvait que supposer, et il reprocha aux voleurs de ne pas respecter les parents de leurs associés. Il paya d’audace et simula la colère :

— Non seulement vous dépouillez mes parents, dit-il, mais vous manquez de franchise. Si nous avons des secrets les uns pour les autres, nous ne sommes plus de vrais amis, et nous nous perdrons.

Le chef, trompé par tant d'assurance, lui affirma que les compagnons ignoraient les liens de parenté qui l’unissaient à Asselin. [ls étaient prêts à réparer le mal.. en partie, à faire une restitution secrète. Mais il faudrit toujours bien garder quelque chose, Rossette s’apaisa.

Alors il se mit à parler de Geneviève et de l’enfant qu’il avait arrachée des mains du muet, un soir. Il dit que cette orpheline était la nièce

d’Asselin et l’héritière d’une ferme superbe. Asselin paierait cher, sans doute, sa disparition et celle de son frère, le muet.

—- Le muet est condamné, dit le chef d’un ton solennel, la petite fille le sera,

Page 1