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Le subrogé tuteur avait insisté, en effet, sur l'urgence de mettre Joseph à l’école et de le préparer à sa première communion. Il savait que la ferme des mineurs était mieux cultivée que leur esprit. Il connaissait les hañitudes d'économie et de travail d'Eusèbe Asselin ; mais il connaissait aussi son avarice et son esprit de chicane, et il se demandait parfois, si cet homme sans scrupule ne trouverait pas moyen d'ébrécher à son profit l’humble héritage de ses pupilles.
Le maitre d'école n’atteignait pas encore les hauteurs exubérantes de l’âge mûr, et il semblait toucher aux rives nues de la vieillesse. Ses cheveux n'avaient pas attendu l'automne de la vie pour tomber et son front était sillonné de rides. Il avait un regard faux et un parler dur. Avec cela il s'appelait Zidore Rossette,
Eusèbe Asselin allait souvent le voir. Il y avait entre eux une grande intimité. La servante aigre, sèche et sans âge, Josephte Racourci, devenait inquiète et le suivait d’un œil jaloux. C’est que le maître d'école avait une sœur. Elle n’était ni belle ni bonne, la sœur du maître d'école, mais il n’y &« pas que la
beauté et les vertus pour faire des conquêtes. Le petit Joseph pleurait en marchant, nous l'avons dit, et cependant il se hâtait.
— Pourquoi pleures-tu, mon petit, demanda
la mère Lozet ?
— Je ne sais pas ma leçon, et le maitre va me battre,
— Pourquoi ne la sais-tu pas ? Il faut étudier pour devenir savant.
— Je n’ai pas le temps d'étudier, je travaille toujours.
— Le soir ?
— Oh! mon oncle dit que cela gaspille la lumière. Si je savais ma leçon, j'aimerais bien l’école,
Au même instant une troupe d'enfants passa en courant, gars et fillettes pêle-mêle.
— Viens donc, Joseph! dirent-ils. Tu vas arriver tard, et tu seras puni.
L'orphelin partit avec les autres. L'un d’eux, le petit Ferron, un gibier de potence en herbe, lui donna un croc-en-jambe et une poussée. Il tomba sur la face, dans une mare d’eau — car : il avait plu la veille — et l’eau dormait par plaques grisâtres, dans les ornières du chemin.
Son livre s’ouvrit en touchant le sol, et les feuilles en restèrent souillées de boue ; son chapeau vola au vent, tomba sur la route et se mit à tourner comme une roulette jusqu’au loin. Tous se mirent à rire, excepté Noémi Bélan-
ger, une jolie enfant, qui dit à Ferron :
— Que tu es méchant!
Il se moqua d'elle.
La mère Lozet «ui jasait encore avec la
Gagnon lui cria auss: :
— Je le dirai à ton père, va ! mauvais garnement |
Ferron, sans se tourner, fit un profond salut. La mère Lozet ne lui vit pas le visage.