LE RETOUR DES ORPHELINS
Le chef des voleurs s’en retournait, pensif.
chez Asselin, lorsqu'il vit venir deux person: nes qui causaient et gesticulaient avec animation. L'une disait :
—Ïl va débarquer à la Vieille-église. Sa petite
sœur est aveclui. Le bateau de Paton est char
gé de monde ct Mathurin est revenu presque seul.
Il interrogea ces personnes, leur demandant si elles parlaient du muet guéri miraculeusement à Sainte-Anne.
— Oui, répondirent-elles. Il va arriver dans une demi-heure au plus. Vous voyez la barge sur la batture, vis-à-vis l'élet ?
Elle ne monte pas vite : la brise est faible... Ce qu'il y a d'étonnant, c'est que sa petite sœur est avec lui.
Le brigand partit d’un pas rapide. Il annonça la nouvelle à madame Eusèbe, qui fit prévenir son mari. Asselin travaillait au champ. Il vint à la maison, se rechangea, mit un cheval à la voiture et partit.
— Ce n’est pas moi qui me dérangerais, affirma la femme sans cœur.
Quand la petite barge amena sa voile, il y avait sur la grève un grand nombre de curieux. Joseph débarqua le premier. Il tenait par la main sa petite sœur, rieuse et ravie. M. Lepage suivait les pupilles et veillait sur son enfant adoptive.
—- Rendons-nous à l’église, dit le jeune pèlerin : allons d'abord remercier Dieu.
Et la foule le suivit. Le curé vint au-devant de lui pour le féliciter d’avoir été l'objet d’une si haute faveur de la part de Dieu. Il prit l’orpheline dans ses bras,
— Pauvre petite, fit-il, c’est ton ange gardien qui te ramène.
Quelques bonnes femmes disaient :
— C’est la défunte Jean qui a veillé du haut du ciel sur ses chers enfants.
Asselin arriva au moment où ils descendaient le petit cotcau, près de l’église. Il attacha son son cheval et vint au-devant d’eux.
— Eh bien ! mon Eusèbe, lui dit le prêtre, le bon Dieu te rend les orphelins qu'il t’avait confiés déjà: cette fois, il faut que tu les gardes avec soin.
— Je tâcherai, monsieur le curé, balbutia le tuteur, confus.
Puis s'adressant au pèlerin, il dit :
— Je te demande pardon, Joseph... j'ai été dur à ton égard.
— Le bon Dieu m'a bien pardonné, pourquoi
ne vous pardonnerais-je point ? répondit Ie pèelerin en lui tendant sa main généreuse.
Eusèbe serra la main de l’orphelin et des pleurs mouillèrent ses yeux rarement humides.
Il ne conduisit pas les orphelins chez lui ce soir-là. Le curé voulut les retenir afin d'apprendre de leurs bouches ce qu'ils étaient devenus après avoir laissé la maison de leur tuteur jusqu'au moment où la protection divine s'était à leur égard si visiblement manifestée.
En apprenant la guérison du muet, Noëmi s'était abandonnée aux délices d'une espérance infiniment douce. Tout sourit dans son cœur et autour d'elle. Mais la nuit descendit dans l'âme coupable de la femme Asselin, et les der: niers reflets de la grâce s’éteignirent dans les ténèbres de la enpidité.
Le chef des voleurs dit à Asselin qu'il allait partir. Il ne trouvait pas de ferme convenable à acheter. Rossette s’offrit de le conduire en voiture jusqu'à Saint-Jean, si le beau-frère pouvait lui prêter un cheval.
— Tu peux prendre Carillon et mener monsieur où il désire aller, avait répondu Asselin, tout disposé à la bienveillance.
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Les gens du viliage le virent s'éloigner à la nuit tombante. Carillon trottait dru sur la route poudreuse. Ils revinrent la nuit par un autre chemin, sans être reconnus de personne, et le vieux brigand, armé du fusil d'Eusèbe, s’en alla se cacher dans la cave de terre, sur le bord du ruisseau.