‹ Le pèlerin de Sainte-Anne [microforme]Chapitre 8 sur 68 · CE QUE C’EST QUE D'AVOIR UNE BONNE MÉMOIRE · texte numérisé non relu

CE QUE C’EST QUE D'AVOIR UNE BONNE MÉMOIRE

Joseph avait profité du moment où sa tante trayait les vaches réunies dans un coin du pacage, pour entrer dans la laiterie, faire son dernier souper au lait et à la crème, et remplir de provisions un petit sac de toile trouvé à propos. Dès qu'il fut rassasié, il revint dans la maison, se dirigea vers la chambre à coucher de ses tuteurs, souleva le lit de plumes, plongea le bras dans la paillasse de toile et en retira une bourse bien garnie.

—- Merci, ma chère et bonne petite tante, fitil par moquerie.….. Adieu pour longtemps,

hélas ! Adieu, mon cher oncle ; ne vous laissez

pas mourir de chagrin si je ne reviens plus ici me faire bâtonner.

Il enjamba légèrement le perron de la porte de derrière et s’éloigna au pas de course. Deux jour$ après il était à Québec, flânant sur les quais et les marchés, dormant dans les anberges, entre des draps de laine, payant sans y regarder et se félicitant de son émancipation.

Cependant sa joie ne fut pas de longue durée, car Picounoec, en le dépouillant de sa bourse garnie, le jeta dans l'angoisse.

Madame Eusèbe regretta plus ses écus que le marmot.

Eusèbe regretta de ne pouvoir fustiger l’enfaut comme il s'était promis de le faire. La petite Marie-Louise paya pour son frère.

Elle avait trois ans alors. Madame Asselin la prenait souvent sur ses genoux, comme pour la caresser, et, de ses doigts crochus, la pinçait cruellement. L'enfant ne comprencit pas pourquoi on la maltraitait ainsi, et elie regardait son bourreau avec une indicible expression de douleur, quand elle n’éclatait pas en sanglots.

‘ependant la souffrance ne la tuait point. Son

œil jetait des éclats radieux et sa petite tête

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