‹ Le pèlerin de Sainte-Anne (volume 3)Chapitre 24 sur 50 · LES DEUX BATEAUX · texte numérisé non relu

LES DEUX BATEAUX

Le vent soufflait de Test, et de légers nuages, pareils à des eardées de laine, se dispersaient an firmament. Le fleuve s'agitait dans son lit. La mer montait. Debout sur le coqueron de leurs berges, les bateliers eriaient aux passagers de faire diligence. Et l'on voyait accourir vers la grève ou les vaisseaux commençaient à flotter, les habitants des difiièrentes paroisses, les uns avec leurs ballots de marchandises sous le bras, les autres avec leurs tinettes et leurs cofires vides.

11 y avait de la gaité à bord de ces petits bateaux où s'entassaient, pêle-mêle, hommes, femmes, garçons et filles. C'était un bourdonnement de voix incessant, et des éclats de rije qui montaient comme des feux d'artifices. Jbes premiers embarqp,és s'emparaient des bancs et les derniers restaiçiat debout. Feu à peu l'on se divisait et l'on formait des groupes. G-ars et .fillettes se trouvaient ensemble. Les

g44 ;E,f:-|îti#Pil.|T ^)^,fiM[Wiî^-^is||.

femmes faisaient cercle autour de la plus jaseuse des commèr^i^, .-e^ les hommes, en prenant un coup, parlaient affaires et politique.

Alors comme aujourd'hui, il y avait deux partis, Tun bon, f autre mauvais. Le bon, c'était le mauvais pour ceux qui n'y appartenaient pas, et le itoauvais; c^ètait' le bon pour cf^x qui y apparitenaien*. Chacnln, CKS>maaaç ôujouitd'hui, dâsckirfliti suar des q-aestions de finance et 'd'iadîïiitfietritioh, s&n» connaitore ie pî^etoieir taaiA^ Fé^nbmie poiitiqué. Gelai qui; criai* le ptas fort evbil msoin, et t'on se itànge&it de^^Qonavist^' r . . -

• tels bâ^esrtiS' n^^iiieM pàfr toujours unvent favorable- pour vdg'ùer, et âbùv-ènt ils restaient à Fî^ndre dtiralit plusieurs marées te' long^dlé a cote. - ' - ' .1.

Al6rs débartjuaienl et se rendaient à. pied ceux que des' traratix pressants appelaient! Les paresseux et ceux' qui ne sont jamais pTës*ses, attendaient le bon vent C'était une perte de temps sérieuse pottr cKacûn de ces bravies cultivateurs ; mais alofe que le sbl produisait "* encoife areb abo?ndancé ;' alors qttè le lUite n'avait pas encore gâHè'jitsqu'à'là/ iîûoeftè de» os hotre heureuse pôpùiatioù'; iators qtfel^or-

fis ^jMà^tiÊ ^jLitm 4JkM.

îè ^àîiliï^i!^ |)<rttvàit pëtéte du tetoï!f& étûé-

H j'^àv^àîtTfcihiiii^ltis ^ be tôtfaps dfe f écôfaiiéb *écottëè ! Mjôtttd'htii, ié mèà ^paft^vi^ete ^eiâm^ Jf>!a^nès, Votefe 6e'vbuis( cbUrdflnez ^j^lte'd^ 'ri<ik€fe iteéteëiitè àè'fi^éiént ! . . . : j Vbtt& n'Iiéë ^^^ sibféb afux duré 'tratrafàx'dti: lâbdùi-eùt' î Yom ëem alTÎde -se Wtesé^ feû v^în •décWi'è^ par le dètè ftàrichûrit'! Les-é^îà îe^ërs-é^ tiênïiien't dt-oîtè ebmttik les ^èiïïtiièfé ôt^tteillêttx, et ^e se cdttrbelit pdto (iôtnmë les' httoibles ^li^ le ciel 'à réÉtipiis «é iTet^ul^ î 4jé Vëi* dfesteuétettip s'tet ^lîësé àii ^œliï :de la gêfrbè - de gram - ùùmmk aù.cceûr dé' Ja société 1- Bt 'quand le fléâù tôMbe stif]^ ruif'ée, quart d le ' vanneur crible IV voiûte et te frôtiitent, îbeafUc^a{> déi balla* légèrefe et de '^raJif^s ' tùaùYaisës soiit jè^ées'à la>|)ëi*lè dé lâ gtâtige, cdnitee lyeatièotip tf œtfVtés teu^ tilt?s du pfe^^Herèès sefdht îrëjètéeiB ôt cîoMafâtfèés (JùanÙ' rStëiffa^ië^JuâlIidè Wibléttt lô monde. :

'Là Wiéfe ftalîéîifeéàît :- ^AppUr^mUs-l Mit Miitliai«h, S^&irtoll^ttB'!

!Wt*tJitfriii ^ëfàif 'le 'éàpitàîné de IHiii 'àéè

'246 .IfS P^LpiUN pitJAINTS, ATTNl.

bateaas; passagers da rliotbinjè^^. . Il en était mm te matelot ^i le conque •,: il formait réquipagi^ à lui $eul. Paion était oapji^aine et propriétaire, çouque et matel^ de. l'autre b4t,eaa voyageur. To^s deux ayfâeut beau- •Gpup de miiHide : ils ne parlaient pas du même eudf oU v l'un &isait voile de. la Vieille Eglise, Tautre^ du r\û$seau de G-r^g^ire Uoule, juste une lieue plus bas. On se rappelle que la berge de PcUon avait un jour chaviré^ et que plusieurs personnes s'étaient alors noyées. Fendant longtemps les . habitant/^ n'obèrent s'embarquer avec le malheureux oa^ pitaine, et Mathurin fut sur le point de rallimger son vaisseau, en le coupant au milieu. Cependant tout s'oublie, les jours de joie comme les jours de {^ine, les malheurs comme les chances heureuses. 'Le souvenir de la noyade s'altéra dans le passé brumeux. 11 était comme ces voiles qui flottent vaguement dans un brouillard. Les gens allèreiit de nouveau s'embaiTquer à la Vieille Eglise, et P(Uon eut encore des jours de triomphe.

L^ .deux bateaux partii:ent ensemble de la ville. Ce fut entre eux ;une lutte agréable. Les yqiles , gonflées qui volaient sur lei? vagjaes

TesâBiUbkîei^l/ au <»mii39aojt:4d la Ijaixe qdé Ton voit courir, par iwiJ^r^uit Tôiltei^e, wr ies grands ni^ages. l^çs habitants se hélaient de l'un à f autre. ' Les uns criaient : Holà ! jetez nous une amarre que Ion vous remorque!

Éétouruez-vous à la'tillè ? Bteis-votis à l'ancre ?

Les autres répliquaient : Vous êtes à lége, vous autrèis! Tous tant que vous êtes à bord, vous ne pesez pas une plume !..i.i.T6ùs êtes des gens légers !

— Vous êtes trop lourds, votis autreia, , vott^ allez faire couler votre bateau* ,

Et le flot du montant, soulevé par la brise, berce les légers vaiisseaux. Ati mouvement du tangage, poupes pt proues plongent tçmr à tour ^ans Vécume, c^veç iin bruit qui iressfeiQble au frpissement d!un feuillage sec.

— Connaissez- vous ce jeune homme? demandé Victor Bélanger à ceux qui sôût assis sur des coffres vides, auprès du mât, dans le bateau: de. Mathurin, et il montra^, des yeux,

un garçon bien dèj50uplé,,qui rf^jjfijîde mélancoliquen^enjt. Jlep yafues se. briser sfïjyj^^ joue du. bateau. On répond négativement.

g*, (m je' naë «ië Je tëiWefe J^iûli .

— (j'èst Un étrâhigër, dit Pr^nçofe tëçlair. I — Ïlî^.r^ir txjste, . . . . , ,.

V —Il n'a piaasljê ^à persane 4epiw .^^'il :^t è bord.

'r ^^t)W liin ibli garçon. Ou ppùWl aller?... ïiens ! il JTaut que je demandé à Àsselm. Il connaît tout lè monde lui. A!u resté, il Taccostera sous un prétexte quelcon^e, et saura tîte qm^l 86t, Û*Oà. il vfett*, ^11 va.

Eusèbe Asseliilpëlflàil aVéc lés îérhttiieS et faisait le gfçi^anl:. .,,,.. .

i^'Soflèbei dM Bélangeir, 4iai«8e>dQDlC:ljâs f^^Qdm6s:tira!i!i)<{tiiUe$; Viçnsiei .^npeu;

— DiëtK ! q*tte »touë ftîdltîéfeéis rfte, t^ttfiaûtf ©si répondit Eusèbe, et qU^ Vôufe-'ëteé 'dëv^mUe désagréables iBUx yeqx du beau sexe ! .^

^Cîei5t tiop! dwe^t leis fegi^es;, ne les éipargpezpoik^

. Knsèbe: 'Tient' NjoiédlEe , èss iMosMieèi: Bélanger.

— C'est tout ce que nous voulions de tôî.

-— Oiiptol^ faiVe-sa cotitlai^ànce ! *

— Va donc lui parler.

— C^est facile. / '

, Et il se dirige vers le j«?un,ç .êijr.^uger .don^t les yeux rêveurs sont toiyoùrs attachés s^r les flots.

— Il vente une bonjne brise, lui dit Asseliu.

Pour commencer une conversation toutes les phrasés soAt bonnes, ' pour la finir les bonnes sont rares. L'inconnu lève sûr soù itttetit)Cutétlt un ïegàrd dotix et fait ùîî si^ne d'e' tète eii souriant.' ' " ^ ' •

—Vous allez, à' Lotbiniére ? ' ' ' . " ^ ^ ' '

même geste.

— ^ou8ffli'êi;^s.,pçj^.4f l^.P^^fflsge?, ,. .. ,

Le jeune houMsaet ;fait un i^ign^ ^ou»^rea»^)fl)}^ v^ul; ,4iW ow ox^ Dop. Eus.èbe.^çonimeji^ce à trouver le jeu ennuyant. Co?i,vçrppT ^ A^j^x» çel^a l>as^ey souvept ijnème cela est très-agréable ; mais à converser ç^ul Ton s'ennuie : j^ n'y vois qu'ijn avantage : les sottises qu^ l'on dit né sont ùbiit répétées. Bélang^et éf plu-

^250 Le pèlbbin de sainte ânns.

sieurs autres regardent Asselin et rieut de son dépit.

— Quel est donc votre nom ? demande Eu- ^èbe à l'étranger.

Le jeune homme prend une expression de profonde tristesse, et mettant un doigt sur sa bouche, il fait comprendre qu'il ne parle point

— Vous êtes muet ?

Il affirme de la tête.

— C'est une grande affliction !

Le muet baisse les yeux et pense : C'est une punition terrible.

L'intérêt est excité à un point extraordinaire. En un instant tout le monde, à bord, «ait que le beau garçon à demi-couché sur l'avant de la berge est muet. Les jeunes filles trouvent des prétextes pour laisser leurs places et passer près de lui. 11 est vite entouré d'un -cercle de curieux. II. se lève.

— Ave2*vous des parents à Lotbinière? lui demande Bélanger.

— Le jeune homme hésite comme s'il n'avait pas bien entendu.

— Avez-ypus des parents ou des connaissauces ? répète l'habitant.

LIS PftLCBIN PE I9AINTB ANNE» ^1

—Il lait signe qu'il en $i, et 4es larmes roulent dau€i ses yeux.

— C'est un beau garçon j c'est dommage qu'il soit muçt, murmure Philomène Pexusse à l'oreille de Noémie Bélanger.

—Et qu'il a l'air bon ! répond Noémie.

Au même instant les yeux mouiUéé; de pleurs du muet renoon^rent les; yeux noirs de la jeune iille^ qui rougit et baisse la tête oommo si elle eut été eutendua Le jeune étranger la regarde toujours.

^Vous venez en pfromenade isans doute?

reprend Âssetin.

, — Non, fait c6rilï)rendre le mtiet.

— Py* àfiaire aloj^s?

— Le muet simule le geste d'un homme qui

fauche le ïoin avec la faûlx ou coupe le grain à la faucille.

— Vous cherchez de l'ouvrage ? Vous savez couper a la fàiicille.

Il approuve. , .. ,. .

— Si j'avais besoin d'un homme je l'engagerais, dit Bélanger : il paraît si fort et si bon.

der à finir mes récoltes, repart lAe^iâ. r^!E)ttgag6-ie donc, a/lors;

— J*eh ai envie.

— Tu peux essayer. Il né perdra toujours pas de tempis à jaseir.

— V6wle3*vot5is venir chez moi» demande Âbselin afU j^utie hothdùùfe, je vous doBnerai quàftriô piastres' psir m'ois et la nqurrîibàre ?

Un «aufiré de ^atrôfatcliio^ pA^é stif lia

figure sereine du muet, il ieîid' ^^ ffièBh à rhaj)itent-qui là /«erre :Q|i disait :<yestroa|iclu !

Je ne sais quoi, mais alors iiiiie^^stef{}ii6l^ que chose d^ »ystjÉr,ifg\:^x <i^psJ^.,ic(B;i;ïr,de la ^ belle Noémie Bélanger :. elle n^ême nç put se rendre compte de ce trouble nouveau. ^

Les batèaiix se rendirent heureusement à leur destination et chacun des passagers prit le chemin de sa maison.

La chance était pour Assetin, car le muet montait à Lotbinière pour déjouer le complot des voleurs.

jjjSi. .^hwan. Di sAimBs ànke. 233

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