SOUVENIRS
Le soleil a jauni les moissons. Les épis se balancent au souffle du vent, et un murmure s'élève au-dessus des champs féconds. Les moissonneurs, armés de leurs faucilles, une main protégée par la mitaine de cuir rouge, sont peutîhés sur la glèbe. Ils saisissent de la main gauche^ Tune après Tautre, plusieurs poi* gnées de grain qu'ils coupent de la droite, et se relèvent à intervalles réguliers, pour étendre, sur le sol, le grain qui doit javeler.
Le champ d'Asselin et celui de Bélanger ne sont pas éloignés l'un de l'autre. Noémie se plaît à voir tomber sous sa faucille la paille dorée. Elle fredonne souvent comme la fauvette, et sa voix est agréable aux moissonneurs. Les oiseaux répondent à ses refrains et voltigent autour d'elle, sur les clôtures et les cénelliers. Sa voix fait rêver. Elle le sait bien, car chaque fois qu'elle chante, le muet qui travaille dans le clos voisin, laisse reposer
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sa faucille ; et, chaque fois qu'elle le rencontre, il la salue avec un sourire. Les gerbes sont entassées dans les gracudes charrettes, et les chevaux ou les bœufs charroient chaque jour, dans les granges recouvertes en chaume, les récoltes abondantes. Quand le soir est venu, qu^: le travail est fiîPti, qa^ la Ui^f enveloppe lai cajp,p5agn/e et , QontQïxà tçtus les objets, le muet rôde,. cDBa.iïLe..un fantôme, autour dune laaison . inhabilée depuis krngtempa, et ceux qUii r^ntreToient daPiS Jô$ ténèbres, se sentent saisiSid'^a vegua effroi, JXe^. hiataiis^e dç xe- •t^^^gyt«,se coutesit nu coin du loyer» et des ^fetoxftesicrédui^gwwareait qu'elles, ont vu, pJljis ■d-p^e fb^^ie^défUint.IietelUer (debout, i^mobil^, à la,:pQf^ de.filr m^iSP^ 4é.$©î5.tei I^es. japnes A^tes.XP?^t pa^r^9f*^^ ^9 soir. Lq muet part ^av;aj;v^4'aube.et,sef p.ap 8iQ dirigent encorcyers cette WiÇ5<^ft',<l^® l'PJ^ ^rpit U^ntéa Alors, aye^ le Tayojv du^j^çuif .qu^ iQmibçi, sur-le. toit viiçilli et rilii;i;U^e^. surgit' uif...auiire X9rf9^t P'*^P ^^^ ^* .plus,)>xïUajfi^: c'ç^tl^ spleil.du spurenir qui i^cl^^ra ^ V^f^7. P^^^ ^J^r feiy^, rç;5§ortir ces .nj^lte (î4tpils.,çha^n^i^ts q:çi^ Ja mémoire .^Yajt oublié^ Lpmuet ï;evQit la chaipibfe, solitaire . 0^ sç^.^iççre,^ renj^u le^ dernier goupir^ Le. lit
^st ^[ttcore Eà avièci$e4'poieaux étevé«»tnftifi Biï» dép(Hiillé, tmiie oOmtae to<^djiFre. Lepôiëla n'est plus dans la cloison qui ri^^ oiaVerte, Le grillon chante sous le foyer éteint : s^ul il est demeuré fidèle à la tnalhêureuse maison. La croix noire au pied de laquelle le père, la mère et l'enfant s* agenouillaient chaque soir, est toujours pendue au'mdt peint à' la chàuxj Le tuteur n'a pas eii* besoin de ce souvenir mcovfktïiodei, • - '
Ah ! le pauvre muet ! comme il jiléiire è£ oeii^yânt/icea^isibj^ts sàbréd !:<ceiDifn^iiilipiBJàre aiii£einreliif:.d«)oei9 jdur£(il«iitaîût at hQairâvl Bt toolfafflies'fiOufifranAdsiqii^ilJa» ettilnrébcrdèï poifid'heumlfateie' ôàrdl al dâ ksaiit éé^lecfésiBtlù
owBfiVBk ees^Undës idMBéâmr tHiedcesî qfaeni^ Katd&v^ attire;!, ;^i.^ Bu . lisntàboieiil âè > Tb]i^^ geàueeqnracteuDdalgiièluiiirrlbn&'^â^ Hbn'&mK 11 :^sô raoi 'Olttéètriflai^éllé; ert ko^«lèib^«;p cadme. Alàb f ae ijPejabiUfmaê/ tfa ' d$itfil ifpm tttffin se (faire àontiaîtÀ3^^ it'ô^èacÈîi^è» ' il^ droits ? Bétaft' ! cdmm^t fé!laH4i ? i\'iïÀ'>p^t pUrrier^'il ^^ p^v^i i&orôe !i.>..* Hïi ^mmhr^M' courc^gem^at s-^enip^e d^ i^oii è»^ pa,f jnsrfaflfc
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sonflfre beaucoup. Quelquefois il pense : — J'apprendrai à écrire, et le moment d'après * cela lui paraît impossible.
Noémie qui le voyait souvent, le trouvait bien à plaindre, et s'efforçait de lui être agréable : Il est si malheureux ! pensait-elle, et personne ne le console. Il est toujours seul : tout le monde semble le fuir
Il se montrait bien touché de Tamitié de cette jeune fille.
Un jour^ c'était le dix-septiàme après son arrivée^ il la rencontre à la porte de la maison abandonnée et l'arrête. Il lui montre la chamhre.de sa mère^ la croix pendue au mur, la place où se trouvait la table, et le coin où la grande horloge avait sonné lés heures dejme et les heures d'amertume ; et, par mille g^es variés, il s'efforce de lui faire comprendre qu'il a vécu dans cette maison quand il était jeune ; qu'il a vu mourir, sur ce lit, une mère bien-aimée ; qu'il est tombé à genoux à son chevet, et qu'il a prié devant la croix.
- La jeune fille ne comprend rien d'abord. Mais, peu à peu, rappelant, à son tour, les souvenirs de l'enfance, et quelques détails de
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jA.mort de Madame Letellier et du malheinr de ses enfants, elle eat comme éclairée d'une lumière subite, et elle entend le langage silencieux du pauvre garçon. Elle parle de plusieurs choses. qui ne lui paraissent pas étrangères, et elle lui Mt des questions aux* quelles il répond assez facilement.
— Etes- vous Joseph? demande*t-elle enfin d une voix émue.
Alors le muet ressent une joie qui tient du délire; il saisit les mains de Noémie et les couvre de baisers.
— Tu es Joseph? répète la jeune fille stupéfaite.
Il fait signe qu'en efiet il est Joseph, et U fond en pleurs.
— Mais Joseph n'était pas muet.
Alors il a un moment de désespoir ; il pâlit, lève les yeux au ciel, montre le Ghrist suspendu sur la croix de bois, et reporte sur sa langue muette le doigt qui vient de se lever wx le Sauveur.
—C'est le bon Dieu qui t'a rendu muet? hazarde en tremblani^ Koémie. ^ ' Joseph penche la tête et tombe à genouîE;
Noémie est âans un tfoublo e&trtordi&airev SUe sort et court raconter à sés parents ce qn'elio ^ yu. Bélanger vieiit aussitôt rejoin* ère le n)uei. Il le trc^VB prqsterné de^^a»! la croix et pleurant tonjon^s. Il le questionna longtemps et reste convaincu qu'il est yérita* blement Tenfant de ses aneien^i voisins, ai tristen^ciçt 4$qé4é8 il 7 a alor^ djo^e ans. Croyant faire plaisir à Asselin, il va l^i révér 1er lat nouvelle. AssjÇ% se luoque, ÇéUij^ger, un peu froissé, lui dit : Faisrle venir et. interroge-le; tu verras qu'il sait des dj^Ojses.xju^ seuls peuvent savoir les enfant de Letellier, ou ceux qui ont bien connu cette famille.
' —Il n'e^ ma,n(jue pas de. gei^s qui put connu la famille ou qui en ont entendu parier.
— Enfin la chose vaut, qu^'op s'eft occupe.
. —Qn'il fiasse valoir açs drçitç; le biejji est
Il avait remarqué, en effet, les agissement» do son ongiagé, et Içs avait tcciu^ês na peu singuliers. Bie;^ qiCil. nt^, OTftigmijti paa leai léiolam^tiôna filmn muet, il. aviasÉ peutr d'^re
troublé par le subrogé tuteur ou ceux-là qui conservaient de Tattajsbement pour le souvenir de Letellier. Et puis, il soupçonnait dé ruse le jeune homme, et croyait feinte son infirmité. Il atâit réiâ<^u de le congédier aussitôt que son mois serait fini. Il se décida de le renvoyer dès le lendemain.
Joseph s^at'tendait à cela ; il ne parut pas surpris. Cependant il ne voulait pas laisser
la paroisse sans avoir tenté de se faire rfecônnaîtite par son oncle où le subrogé tuteur. Il était venu poUr déjouer les projets des voleurs^ les voleurs ne s'étaient pas rendus au joui fixé. Pourquoi? Il l'ignorait. Il auràife été heureux de &ire du bien à soin perséouteot avant, de se séparer de lui ; cqpQndant il étadt plus heureux de voir les méohaâts renoncer i team coupables desseii^s.
g60 Lfi PÂLVBIN DE SAINTS ANNS.