‹ Le pèlerin de Sainte-Anne (volume 3)Chapitre 27 sur 50 · CARILLON, MON AMOUR · texte numérisé non relu

CARILLON, MON AMOUR

Le muet avait passé dans un ennui profond les quelques heures qui venaient de s'écouler. Il était lié comme un agneau que Ton mène à la bouebeiîîe, et ciocacké sur Pherbe d^evenue hofiiide. Il essayaide TOttipf 6 ses Ikins^ mais il;se meujrtarit'.LQaippign/ets : '

• — Ces brigands savent parfaitement leur métier, pensa^i-il.

n espérait qu'au Jever du jour quelque inoissonneur l'apercevrait en allant couper lé Çrain. 11 ppUTrait toujours s*éloigQer un peu de ï^ roche, en se rpiilaut sur le gazon, et Ton ne manquerait pas de lé voir/ Son cœur sans haine montait vers le Seigneur comme les baumes de la nuit, et l'espoir luisait dans son âme :

— Si ces malheureux, sougeaît-il, savaient que je connais leur dessein, et que leur œuvre infernale sera divulguée avant qu'ils aient pu en

recueillir quelque profit, comme ils ne seraient pas lents à me tuer.

Il pensait à la voix fraîche de Noémie, à son doux sourire, à Téclat de ses prunelles, et cette pensée le ranimait comme un rayon de soleil ranime la fleur qui s'étiole, et les angoisses de son âme devenaient moins amère$.

— Ils doivent être partis maintenant, se ditil, le jour va bientôt venir.

A Tinstant où il fait cette réflexion, une^ voiture s'arrête sur le chemin vi8*à-vis la grosse roche, à une distance de quatre arpents en* • viron. Il a un vif espoir. Il pousse dy, gosier un cri, ou plutôt un râle puissant qui est répété par l'écho des granges voisines. Des pas viehnent Vers lui. Il fait un nouveau cri. Les pas se pressent davantage : oçi court. Une troisième fois il pousse la même claméujr particulière aux muets. Il entend rire/ TJnè sueur froide mouille ses membres tremblants» Il a reconnu les voleurs. .

— Eh bien ! l'ami, dit le charlatan en le touchant du bout du pied, as-tu fait de beaux rêves sur ta couche de gazon ? La belle Noé-. mie est-elle venue, comme un ange d'amour, veiller sur ton sotnmeil ?

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— La belle N oémie? pense le muet, qui lui a dit à ce monstre qu'elle s'appelle Noêmie ?

( Il n'a pas fini sa reflexion, qu'il se sent saisir et emporter par des bra§ rigoureux qui lo déposent dans une grande charrette, et le cheral, fouetter par une lanière noueuse, part au galop. Le pauvre Joseph est balloté comme nn esquif sans lest, par un raz de marée, et ses membres enchaînés sont tout- meurtris quand le cheval s'arrête sut la grève, à trois quarts de lieue de distance.

Il se trouvait là, roulant et vermoulu, un canot que le soleil avait ouvert en plusieurs endroits. Les petits pêcheurs à l'anguille n'osaient plus lé mettre à l'eau, et ils gisait abandonné sur le rivage.

Le muet fut déposé dans ce canot et lancé sur le fleuve. La mer baissait. Il partit à la dérive. '

C'était là l'idée du charlatan.

Après le vol, il fit ajtteler un cheval à la grande charrette, et révéla son . in,tèntion , à ses amis q^ui, applaudirent. .

— Au reste, remarqua le faux b^^urgeois, une

proaienade en voiture, c'est h eanronne&te&t obligé de notre fête.

Les brigands ne se resdiient à Qaébec que le deoxiràie jour apièa le voL La première journée, ils restèrent cachés danis une grange isolée, de l'antre côté du domaine. Ils mar^ ehèrent tonte la nnit snirânte, et le matin da deuxième jonr ils s'embarquaient au saut de la Ghaodière, dans une chaloupe mal eachainée^ Par délicatesse, ils ne yonlurent pas eià éveiller le propriétaire.

Âsselin fut matinal ee jour là. Il prit un petit verre de Jamaïque, alluma sa pipe et sa rendit à sa grange pour soigner les chevaux qu'ils tenait à l'écurie pendant les récoltes. Il s'arrête court en voyant vide le pure de " Carillon." Carillon c'était son gros cheval rouge,

— Comment cela se fait*il qu'il ait pn se détacher ?

Il entre dans la parc, trouve le licou : Cest curieux ! murmure-t-iL II regarde aux chevilles de bois où sont pendus les harnais de

travail. Un harnais de parti ! Il a un serre*

ment de cœur. 11 sort.

• -^Ma eïiarrèttê? où est ma grande charrette? la neuve? Ce n'est pas un tour

à jouer, ça......

! li^rftl?e à là maison.

"■—Caroline, dit-il, et sa voix tremble, Caroline ! Carillon est parti !

Caroline qui est encore plongée dans un sommeil délicietix ot plein de volupté, le sommeil du matin, n'est qu'à demi-réveillee par la voix triste de son mat*i.

— Carillon!. ..mon amour !..... .Carillon!

Teste, auprès de moi ! balbutie-t-elle

ma main se joue dans ta barbe soyeuse!-..... Carillon, Vaime ton sourire !..... .

— Carillon est parti ! te disî-je, il a été volé t.... repart Asselin qui passe de la douleur à la colère : Carillon, le harnais rouge, et la gtùtàLdé chafiuttè, te nètàvè !

Caroline, brusquement tirée de son rêvé, s'ïtàéîéd stlf le lit eh sfé îrbtlkiît lés ^efut. .

— ^Tu aarais bien dû ne pas m|éveill,er si vite. ■' ■..','■

— OariIl6n,Iâ chàttètte, le Harnais, tout à été

— Ta ne le diras plus! La charrette!

Carillon !

—Oui, volés, partis ! entends-ta ?

Caroline saute en bas du lit : Mon Dieu !

est-il possible ! AU ! je n*ai donc pas rêvé

j'ai cru entendre du bruit cette nuit.

— Et tu ne m'as pas éveillé ?

— Est-ce que je pouvais deviner ?

— Il faut toujours se délier.

— Personne n'est entré dans la maison j'espère?

— La porte était encore barrée.

. — Les fenêtres ?

Asselin fait le tour de la maison regardant chaque ouverture :

— Tout est bien fermé, dit-il.

— C'est encore une chance, toujours ! xisque Caroline. - . .

—Une chance ? tu appelles ça une chance,

toi?

—Tiens ! si le voleur de cheval était entré ici et nous avait enlevé notre argent?

— C'est peut-être un tour de quelqu'un; qui

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avait "Utt petit voyage à faire ? c'est peut-être

aussi ce chien de niuet? vu que je l'ai

envoyé hier.

—C'est bien probable !

— ;Bien de plus certain.

— Je monte alu grenier pour voir si rien n*a

été touché !

Et madame Asselin monte. On l'entend marcher de côtés et d'autres, s'ajrêter, puis

repartir et s'arrêter encore puis l'on entend

un cri étouJBTé, sinistre, terrible. Eusèbe est en haut en on clin d'œil. Sa femme tient à la main an vieux pied de bas mal ravaudé et une casquette antique tachée de graisse et ornée d'un large accroc.

— Vides I mon cher Eusèbe, dit-elle, vides! plus lien !.-.«.. .volé !..•»•. .tout a été volé !

Et elle sangloté, et sa face est pâle et

\liyide comme un masque de plomb.

—Malédiction ! crie Asselin en prenant la casquette et le bas, qu'il tourne et retourne en tous sens. Il s'avance vers la petite fenêtre, se penche en dehors et aperçoit l'échelle : Le voleur est monté par ici, hurle-t-il ; l'échelle du fenil est là. ^

— Mais comme»t a-t-U pu faine, répKqua la femme, l'échelle est trop courte?

— C'est le diable qui Ta aidé.

— Vite, va chercher du monde ! cours chez Bélanger ; cours chez Biais ! il faut rejoindre le voleur ! Il faut le rejoindre !

Asselin va raconter son malheur à ses voisins, qui sont extrêmement surpris et chagrins. La petite Koémie pense que les vdleure peuvent bien être les Irais individus qni lui ont causé, le soir de la veille, une ^ vive alarmo. Son père n'est pas loin .de ^orosure la mêmB chose. Il fait part à Asselin. dje oè qa'it sait de ces trois étrangers. A^salin hool^e la tête* Il a un soupçon lui ; s'il ne l'a postal iietiit V avoir et le faire piirtageir.

rrrCe pourrait être, apxès tovrt, ce diable da iBiuet qi;e voup vous pb^tipie?. à pifoiidre pour mon pupille. IJ ejat plijjs zy^^è que ypjXBy ne le croyez. L'avejz-vous vu ? Esft-il iciï où est-il ?

Noémie ressentit une grande peine de cette p^-role méchante : Non qe n'efst pas lui, pensat-eUe, ce ne pwt être 1^ ! On n'est pas hp pocrite jusqu'à ce point ; on ne se;i9ije pfts aipsi

dû Christ de Dleti !..... Pourtant, s'il est accusé, que fera-t-il pbur se défendre? comment pôttr a-t-ii se justifier ?

Toutes ces idées dansent dans le cerveau de la tendre Noémie pendant qu'elle prépare le déjeuner frugal de la famille. Bélanger avait répondu : Je n'ai pas vu ton engagé depuis hier. Les autres voisins firent la même réponse. Asselin commençait à reprendre espoir et à se consoler : Je vais toujours me débarrasser de toi, se dit-il en lui-même, en pensant au muet.

La nouvelle du vol commis chez Asselin fut portée dans t<)Mféil^<lès parties de la paroisse ' avec la rapidité* du vent. On la répétait X)^j!làtitl Ce fM; péttdant^ plùteiéufs joiiis\ î'uliîqttô objet de-l^^ cfeiivéî'éàtîdn. Létttd^^îM acctfeé? €è\ix? q«i l^àvaîé&t (hiÈtd et pifété^disaieùf : Poutt^tfoi s'^ôt-il^eftfùiî Les ci¥(3ôïiJ stâîtbés- àotlt' bWtt ébtfïrl^ M eà effH:: Il f W àë féirtès t^éétf ttiptWns. L'â^p^pârittoti- de&' tm» étrattg^rs' paséa p<yaff' ùn^ iftvefnfeîô'n,' im&^hiêii toife etf'Fa^. -mytiû^hd (A g*é qttë la pfëtttô î^émie\é*iië^'fes' ftviët ^é^'^^^villô^fe, (m>a»e douta ^ififis 4u'f^4&ië>lt#eiittf d%v ià jeialueD fille:

276 I^E PàLEBIN DE 6AIN!Ç£. AlfN$^

Les roches parlent, voi^s le savez ; les roches dirent donc que la belle Noémie avait du goût pour le muet, et qu'elle lui était tombée dans l'œil. Alors la culpabilité du pauvre garçon ne fit doute pour personne, pas plus que le mensonge de la naïve enfant. Vers le soir, un petit gars ramena chez Asselin le cheval trouvé sur la grève, vis-à-vis le ruisseau du domaine.

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