A LA DÉRIVE
La nuit est obscure. Un sourd grondement monte des profondeurs du .fleuve, l^e c^not qui emporte le muet glisse,, sans brait et sans laisser de trace, sur la calme sur&ce des ondes comme sur la plaine verdoyante, l'ombre d'un oiseau qui vole m ciel. Le muet est couché sioir le côté, au fond du canot, 11 sent bientôt courir sous lui une fraîcheur désagréable comme l'attouchement glacé d'un, jf eptile. 11 essaie de se lever et fait pencher i le camot. Il
86 glisse jusqu'à l'arrière. La sensation de froid augmente toujours:
— Le canot emplit ! pense-t-ii...... Les misérables ! quel mal leur ai-je donc fait ?
L'eau s'introduit peu à peu par les fentes mal calfeutrées. Le bois renflera, espère le muet, et les fentes se fermeront avant qu'il soit trop tard. L'eau entre sans cesse dans la frêle embarcation. C'était comme le sable fin dn sablier qui tombe toujours. On croit d'abord que le Terre ne s'emplira jamais tant l'issue est étroite. On suppose qu'un grain plus gtos que les çiutres s'arrêtera et fermera le passage; mais le sable tombe, tombe jusqu'au dernier grain. Une angoisse mortelle s'empare du jeune homme. II pousse ce cri plaintif et amer qu'il avait jeté déjà. Personne n'y répond. Il le répète cent fois, et cent fois en vain. Le canot se penche sous le flot implacable, il devient plus roulant. Le ciel est toujours noir et le fleuve, toujours calme. Se noyer quffrid la tetnpête gronde^ que les vagues écument ei que les nacelles sont be^llotées, cela se conçoit. ILy a lutte: il y a la colère des éléments en face de rhabilité et du sang frbid de l'homme: et le Taincn ne tombe
pas Mm» défense^ et la movt est iqdiiis afireiise parceque l'homme s'est diotrait daiiA Véaergie du combat. Mais se iioye;r quaud pas un soufile ne ride les ea^x» quand pas une vag'ue ne berce rembarcation, q^and vous entendez chanter les oiseaux du riyage ; se noyer sans pouvoir repousser d'une main puissante le flot qui arrive, et sans pouvoir, ne fut-ce qu'un moment, élever, triomphant, son front sur l'abîme, cela n'entre pas dans l'idée. C'est presque une honte, et c'est le plus grand supplice pour un homme de cœur;
Le flot s'inflltre toujours par les crevasses nombreuses et le canot s*enfonce lentement. Le muet est couché • dans l'eau. Un moment il a la pensée d'en finir et de faite verser la nacelle.
— Il ne ni' est pas permis 4'a.bfég^r mes jours» songe-t-il, même d'une heure : que Dieu accepte mon sacrifice en expiation de mes fautes.
Il réussit à se mettii^ lac tftij^ znr- W' petit siégQ d'arxi^i^. (j^$l le re{3K>$o mipeu^ L'eau entre; totnjoars; Un . rayon d'aiiupore^ . giisae sut le fljBuvB.oDDiimeun sîll<Ni> qtietrffiaèl&soc' dans lapsairâe. . '
ïM ^UÊSKOf BK^eAmtr Anus; QÏ9
-^O bonne Sainte Anne ! peisse le maliieii* renx garç^, si vous me sauvez, j'irai sàM reWd, pieds nus et nu-tête, à vôtre sanctuaire de Beaupré !
II lève la tête : le canot vacille. 11 voit les côtes sauvages du Platon, les plus belles des ^ bords du S t: Laurent, avec leurs couronnes d^ormes et d'érables cheteltis. Pas une vèile ne vient : il ne vente point. Et s'il ventait, le canot ne Têsister&it pas à ia secôttfiiie des vagnee. l/enibarcatidn peixl» Pédtirîiibre et le te^indi^e • tnoû^mfent de )» ^ iMUiëtrf eUâe vit^ time la fait ôhtftâcélër. iM^obilë, le «iriuet vdt, ^â(n»le^d«ini^JoUrvreaU qui le eouv^i^ëftiècnéiiil ù&atiûe 1]3 'stià&e ^de la tïio^i. il tétûptéléé ^àfirtanti qni hà testent à * vl vi^ Î5es isaétiàbree ^ëïÉ^ùxPtéiA «e ^l^iâiit ^âiâà& a'^fàte^'rofde ' et sa t«tee«ftbirulante. Ùtm éëtûblë'^^ 6es yeu!E lidriMt ide teuts 'e^iim. Oëi» ' léi^tti^ cbttleïft «Uî s^ai» jottefti n pequ^e à ëa \xûèfBi et Yééite- eh 4E»prit, Ï^Avef Maria, llsit'ëowiëûi de- sa pe- ^ite 8amr (îhérie, et se ooilédie pïireë^ti'il la cfôit à Faibri des atteintes dti malite d-école. Il a'uine peuisiSe pimt là jéiiè l^ééiàiie; mais, «rt-ce bien PheuM, en fttde de la «aort, de se ^oo^laiye fiieiM les ^(yax^étiirs ag^éè^Ies? U
28Û LB PÈLXmm DS SAItin ANNB;
tourne ses esprits; vers le ciefl et ferme les yeux. Il attend, dans la prière, le moment fatal. S'il pouvait se servir de ses mains, il/ne désespérerait pas ; il se sauverait en se cramponnant à Tembarcation. Mais ainsi garotté, privé de l'usage de ses mains et de ses pieds, ^ il est voué à une mort inévitable.
Le canot s'emplit toujours, et ses bords ne s'élèvent plus que de quelques pouces au-dessus de la nappe limpjide. Le muet se soulève dans un dernier effort pour éviter le contact de l'eau qui lui lèche la gorge» H se tient immobile, le moindre mouvement le perdrait. La fatigua le gagne, et peu ^ peu, sa tête de^ venue trop lourde^ rçdoscQud mx, le petit siège submergé, Sa pQu$éQ esjt avec Bie^ ;^ sea yeux fermés ne yçujeut plus ryoir. les.çhpses delà terre. . XI tâche, uue dernière fois, de relever cette tête que la mer attire avec une force invincible ; il ne le ;peut. Epuisé par ce suprême effort, il retombe «ur le siège, et le flot court avec un léger mu?mure sur sa bouche qui le repousse dans un , râle de désespoir. Il fait alors cette résistance instinctive, brusque et violente que fait tout être mourant pour échapper aux étreintes, fatales de la mort, et le canot chavire.
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