‹ Le pèlerin de Sainte-Anne (volume 3)Chapitre 34 sur 50 · LUXURE ET CHASTETÉ · texte numérisé non relu

LUXURE ET CHASTETÉ

Les gens de chantier, après avoir passé quelques semaines dans la ville, à boire et à s'amuser, reprenaient tour à - tour le chemin de

leur village. Quelqaeef uns, dahià'fettt* ptodigalité coupable, avaient' oublié de gardtël^l^fnelques^ écu8 pour pa)set letic passagew^ T#is s'étaient habillés de neuf chez les marcjkakidsde hardes feites de la basse ville. Plusieurs, cependant, se défiamt des embûches de \^' volupté, ne déliaient pas les cardon&de' letur bourse, au sourire perfide, de Tamour qui se. vend, et se hâtaient de laisser la ville.

Ces braver jeuues g&ns^ prétaieiit l^argentl qu'ils avaient économisé; et ehiaque^ a»Aêë'> voyait grùmst leurpetiti trésor. Après' oiHq>oû' six hivers passiés'daiife les ohstntiers; iU^se tti0i»<i vai^M en< état dkeiierteî'tpia terre à*d^*ooâtt diiioufs :alvantageixses,>et ifc priénàitcbl^ fèttttw.^ Malhettrensemeht eQ'^é^iMps^ ïê' j^aÉ^^në£^' bre qui agissait avec cette prudence.

L'ex-élève, au lieu d'économiser, avait fort dépensé depuis qu'il tra^c^illait dans les bois. 11 était l'enfant gkté dé bien des Oalypso qui n'avaient rien des grâces de l'antique déesse, et l'adoraient juaqi^'au4erx|iep sou^pfis au delà. Mais le châtiment de Djos le blasphémateur luUuvYit lèfe yettt:.- llTêiieéhît; èilèfmttàe ses réflexions fàt^^uÉiî eha*ilgëthént" dfè'^rîè c(M-i

9S[xie$ 4^ ;Qaébeç ipi^ 1^ wis^oA plias. Elles ea ffiiQi^tétQpj^es.^ 4§P^l^^éi^&^.à fioaimoc, à ^oussedon, à ,Lf(f<^^da et ^ tpas les autres qao 1^ grâ<^p <le Siea.iilav^ p^s toachés^ Ja raison 4i&i^on|i||fidêjyUé. Qa»nd dies apprirent que J^ fnYfJik^gHfç^Xi aV9it ixui amonr sérieux, eiles ÛT^Ut bei^ucoup ^ crurei^t. à qh prochain

Cependant Pex- élève était véritablement épris, etFimage d'Emniéiie sq dessinait toujours devant ses regatdâ et lui semblait enveloppée d'un nimbe lumineux. Il all^ Voir sa &miile, et remit une jolie somme à 6(m vieux père étonné qui faillit pleurer de joie. Mais une force irrésistible l'attirait à Québec. Sa gaité avait un peu de mélancolie : U, paillait niiOlns de iatin6e6reparti^.s joyeuses. U irmmt à la vtlk Bi Sauixéiie iui avoua qu'elle s'était ennuyée. Ils causèrent longtemps fkpsis j?xès 4e ^a fo;i;Lè'tï;Q. G^^qî^Uls ^ir^nt, je r^flore. Ils p^iaipnt ^ voi;^ b^sse et,fipuriaiQnt

tp^jpurs. h^w^ J€^rd3 s^ jr^ncout w^t so;m^ vent et se confondaient comm^4^l^ .§piv^^ vives, sorties de deux rochers oppoj^é^. Dehors, le ciel était noir et s^s soleil : il plefivait ; mais il y avait de la sérénité dans leurs 39.9969

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iigares, et leurs âmes étaient ensoleillées; Avant de se sépajrer, ils échangèrent des gages de fidélité. L'ex-élève venait d'acheter un superbe mouchoir de soie rouge ; la jeune fille avait un mouchoir blanc garni d'une fine dentelle. Les deux foulards cachaient, dans leurs plis'soyeux, quelques gouttes de parfums, et quand les jeunes gens défaisaient ces replisi les senteurs s'échappaient en bouffées enivrantes. L'ex-éiève demanda à Emmélie son mouchoir eu signe de constance. Ëmmélie n'osa pas refuser, mais, en badinant, elle

s'empara du foulard de soie rouge et ne voulut plus s'e» séparer. L'ex-^lève partit, promettant de revenir encore dans une qujinzaine dejofirs; t ,

—Si la pluie continue, il fera noir cette nuit, dit le vieux Saint Pierre à Picounotequi répond :

Ce sera le momelit de tenter la fortune. Il faut se hâter, car je pars demain pour aller voir ma mère. Quinze ans sans la voir, c'est long pensez-y!

—Et ton père ?

— ^Mon père ? Est-ce que je sais, moi, sf

j'ai un père ?

LS PftZiBBtN DS 8AINTK AII19B/ 89

-^Tant lûieuz! il ne te maudira pas. *

Le chef des voleurs et rhomme de cage viennent de se rencontrer au coin de la rue S6us-le-fort. Ils se rendent ensemble à Pauberge de YOiseau de proie. U ne restent pas longtemps dans cette maison. Ils ont peur du silence et besoin de distractions, car le projet intStme qu'ils nourrissent dans leur esprit, depuis quelques jours, les trouble et les effraie. Ils ne veulent paç reculer. C'est une fausse honte qui les retient. Le chef craint de passer pour . un lâche aux yeux de son jeune complioe, et Picounoc ne veut pas être taxé de vantardise et de poltronnerie par son vieil ami. Ils entrent enfin à l'auberge de La Colombe victorieuse. C'est le soir. Ils demandent à souper, mangent assez peu, mais boivent beaucoup. Picounoc suit tous les mouvements de la gracieuse jeune fille. Le chef cherche la femme timide et réservée. Tous deux songent aux moyens de mettre à exécution leurs desseins criminels. Ils ne parlent guère. Quelques habitants entrent. Les scélérats en ressentent du dépit. Les femmes, sans défi* ance, s'efforcent de paraître aimables, et de bien servir leurs hôtes, afin d'assurer un bon

nbm à bmx méisaoi ndu'veOeti ei à^^Mtèk tles pratiques nombreuses. Elles ne se doutent pas du malheur affreux qui les menace. Pendant toute la soirée das gens entrent et. d'antres sortent. Personne ne demande de chambre pour la nuit.

— Attendons toujoui^s, dît le chef à Picad" noc, bientôt les derniers s'en iront^ àlorsl nous prendroiis nos lits* Il ne viendra plus per^ sonne, il passe dix heures.

En effet, un instant après, Saiht-Piërre et lé garçon de chàntîetr testent seuls. Ife étpHment leur désir de passët la nuit à La Colombe viciorieme, donnant pour taîson, la distaiice qu'ils ont à parcourir, et la pluie qui tombe par torrents. L'hôtelière les conduit à rxhê chambre propre et bien aérée. Un lit large et garni d'un couvre-pieds blanc reint>Ht un coin de cette chambre ; un lave-mtiinB, deux chaises, une petite table, en complètent l'a* meublement. Là porte de l'auberge estfefmée et les chandelles s'éteignent, comm« de pfifldS étoiles s'éteignent dans le dielqui se courre; Le silence envBloppe la maison.

— Asrttt étudié lè^ liëut ? âëmmâé SAîtffr Pieri^ à sètt èdttpèg*rtoii.

- iii^LeTit éhàiùbte feét à j^iiclîé, eh sortant, répond à voix bâss'e Ife faiiéëfable Pîcounoc. El rentitetiânjciontiDiie ainsi :

iiJ^^tn b^en ttétètihifié ?

—Je mourrai après s'il le faut. Et vous ?

T— Je l'aurai degré ou de force et je ne

mourrai pas après.

— Si la porté est fermée à clef ?

— On trouvera un prétexte quelconque pour faire ouvrir. L'une des deux se lèvera ; on la

saisira TJii irioiicîioîr sur la bouche un

pistolet sous la gorge 11 faut réussir. Il

tééïfiit ridi<îUlè de fait'e tant de déinârches pour aâè téoe^oîr qû'tiîn piéd^'riéz.

— Dans ce cas il vaut autant essayer de suite.

. —Allons! ...

Et les deux scélérats se rendent sur le l>out des pieds, à la porte de la chambre où se sont ¥ëtirèès les deux" îemmes vertueuses. Ils prêtent l'oreille. Les femmes récitent à demiréit- h dhà^élét àë U Sainte Vierge. Pîcduôd^iMséôrittéf; - -

— As-tu peur? vas-tu reculer? lui' dît le

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vieux polisson. Attends ua peu ! on va voir si le chapelet pourra les sauver

Il essaye de lever la clenche de la porte. Elle est tenue par un lo quet. Les femmes prudentes s'étaient enfermées. Il frappe discrètement.

— Que voulez- vous, demande l'hôtelière ?

— Nous sommes décidés à partir, et nous désirons vous x)ayer, répond le chef- La porte s'ouvre. L'honnête femme fait un pas en arrière en voyant les visages bouleversés de ses hôtes.

— Picounoc est garçon, moi je suis veuf, nous voulons vous épouser, repart Saint-Kçrre^ d'un ton cynique.

— Je ne vous comprends pas.

— Je vous aime ! dit le vieux damné, avec transport.

—Allez vous-en ! crie la femme en repouôsant la porte.

Mais la porte ne se referme point, et les deux bandits entrent dans la chambre encore chaste.

— Va chercher du monde, dit rhôlelière à sa fille.

— C'est inutile, reprend Picounoc/ la porte ne s'ouvrira pas ; nous, soûimes les plus forts^ et nous vous aimons

— Si vous îious aimez, dit la jeune fille, respectez-nous.

— Je vous eii conjure, s'écrie la malheureuse

mère, n'outragez pas ma fille ! c'est mon

seul biefii c'est mon seul amour,- oh ! respectez-la ! .'Elle est pauvre et sa vertu est son

Tjnique foytune ! . .

-r-C'est l'affaire de Picounoc, répond le vieux.

. E^i.çijé lie, Ips mmn& jointes, regarde le j eune l^ç^pie,.d'un air suppliant : . v

^ — Pour l'amour de Uieu ! sortez, dit-elle; Qouç.spmmes; des femme$ iaibks et sans défense, vous êtes des hommes forts et généreux' vous, n'abuserez pas de votre force ; vous ne nous" fe'rei point de mal, vous aurez pitié de !noufe !

Picôûnoc interdit, hésite :

— Mon Dieu ! mon Dieu ! s'écrie la mère, n-y a^t-il donc personne qui nous entende ?

Emmélie pleure et supplie toujours. Devant

tant .d'iniiçce^ce^et ,^. v^e^tvi, iç.cri|ue Egrd son audace, la passion, sa fureur. Piçpf^pp dit au vieux brigand :

-^V:6aeî5 yous^n !r

Emmélie tombe à genoux ;

—Que Dieu vous bénisse ! dit-elle.

Saint Pierre yeut retenir son complice iBt lui rendre sia premièrje insglençe :

. —Paul [HçirBaJ, ton QS^n»ïWiftd^, t')eprWiri^4ô

La reconnai^fiiÇe, ins^îL^ji^^l^

A oe nom, la jalousie entre dans le coe^ur d^ jeune gai:çon :

— Pourquoi f aimez- voas 4aiit, -Itii ? .^etir-

quoi ne m^aimez-vous pfts, moi^ dit-il 'br^- 'c[uem€|nt à J^j^un^iiUe. >^

— Je suis eacore libre, murmure 'la pafivré eztfant épouvantée.

— Si je savais ! si je pouvais espérer !

— Oh ! soyez honnête, soyeux généreux;, yp^ifs n'aurez jamais lieu de vqu^ pn repenti?: (

Picounoc se dirjge v^ers la PjOiite :

—Je m'en vçwç, 4itrÂl «a Tv^f. ^^^^t yenez vous-en !

Lfi PÎfLERIN DE SAIITTE ANNB. 95

' —tj^éiétVÙL i^és pas ùri homme ! repart Saint PierréT Si rex^^leve était à ta place, le deéëîitiWi^ cPÏHriïii'é^ie lie s^^^^ pas si grand, Ta!

La criminelle insinuation rend à ^Jf^ounoc ses mauvais instincts : ^^j

— C'est vrai ! dit-il, pas de grâce !

Em m élie y était approchée de la fenêtre, elle brise un carreau et jette un cri terrible. LeS' bisigamfls là jsai&isë^o^t d^ine laaén' YÎbieute efc lÂ-rri^nkèheMàiuf itfiiieU'd^ Mîàiâ

la.»ièarjïif:àf®on toMj poité$e iHs>e clàkneur qui? ri^t^tititMC lofe. ., \

' tiésHkx^' vliunèns' demeurent^ ù'n inoment^ intëtcliés.' ï)éà" pas précîpiTé's-s^ fôiif éifitièiicrrë'

Bxti'\Hi6\Xà^. ■ ' fis ^^pi-^-bKM vite. ; Tîij^ribul

96 LE PÈLBBIN DB SAINTS ▲NNB..

toujours et Ton n entendait q\x^ le .bruisçeiiient de la pluie sur, les toits de ferblanc. ,

Le chapelet avait sauvé lea4eax honnêtets créatures. ' -

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