‹ Le pèlerin de Sainte-Anne (volume 3)Chapitre 35 sur 50 · VOX POPULI VOX DEI · texte numérisé non relu

VOX POPULI VOX DEI

•^ Quelques jours se sont écoulés depuis que- Page, blessé grièvement, gît à rhôpital sur uii lit de souffrances. Son état, lamentable ^encore, n'est cependant plus désespéré. Dés soins attenti& ont éloigné les complications fatales, et Ton prévoit le moment où l'inibrtuné pourra faire connaître aux citoyens aazieux le guét-apens dans lequel il est tombé. Hais ce qui préoccupe le public, c'est Thistoire fausse ou vraie du sauvetage de ce jeune prisonnier muet qui languit dans un cachot, en attendant le départ pour le pénitentier. La rumeur vole de toutes parts, et sa voix, de plus ^DL plus retentissante, se fiùt entendre jusque dana les villages les plus solitaires. Un

sientimé^ât ' ^ de c^pâsc&on indiiïe îotk les ckBXÉî^vèts lé pèlerin, et F'ôii'craifft >que les tèmàifls 'qui dôiVeàt té skuVét'îne disant 'plus, i devant lie» jug<ôs, 'cé' quife àffîtûiéiit mainte- ' nànt. ^TJne aurèbie ' écteitantëi rautéolé du martyre, entoure te front de rinnoéfênte vîctimel. Cent diverses, suppositions, oezit récits divers sont répandus^ au. 9Jijet des voleurs et des moyeni! qu'ils ont, piris pour s'assurer TimpTffîité. . Oa accable • de questio;ns l^sgens qui vont à la ville, car c'est de ia ville, quç vienne^ presque toutes l^s nouvçl^,, bonnes ou Bftanvaises.

Dès que Page put supporterv sans trdp de fatigue, un interrogatoire un peu prolongé, un officier de justice- se rendit dbprès. de lui pour recevoir sa déposition. ;

Page ne put jeter aucune lumière star la tentative d'assassinat donf il avait été l'objet. II ne se connaissait pas d'ennemis. - Oé détail nefut pas jugé inutile par un homme de la police secrète qui assistait à Finterrôgàtôire.

— S'il n'a pas d'ennemis, pensa-t-il, oe sont les voleurs qui Pont assailli, et si ce sont les Ybleurs, ils étaient à l'auberge de La Colombe victorieuse. Celui qui Fa appelé dans l'ombre,

9^] Uv^teiniNTi» êàimmjemM^i

RWivrwfr*^: te «wcixy?:- Ebgé-étaitr wrïâTlèi àr

T;/ia0rÂ^ii(^ ^is'y- éteiti att%tdé: «iialgsrél lai. U n'aiwii p^(él^ âdHôuria ce; joiir4è^

li^ofibier^ écrivit mot à iHt€*j te !?écifcdé Eâgé qtband il raeoata, josque' d^m» ï&b mmnàteB^ d^tiaiis) comment il s^aif tvou'v^! to^iquet se noyant dàns' u« canèt sttbmetgéi ^ conmiÉttit il F avait sttUTé^ On at-ait'feît veaîr Richafd». II coûfitma plôin^emBiit^ la dépCMsitteir de ^nami. Pour ne rien laisser dans l'ombré; (M*^ avaitrdianiasadé ài Sichard de prinwfer. qu!U;âe sei trjQQyaib pf aj SUT: iia^grâiire^ MdiiôcmiQnt où: l'assassinat» a^eàitcdk liéH;: IkestiéiÂdBi^k pmlÊ^ le limier de la police quâ^Biebibtâ tX^r^ri^tr

n^pur^^, i Au, restft, Riql?L8^T4 t;i'i?^*î PW^^^ P^iR9 ^ à fahre 1^, gri^uYe.rqflj^ VqiçL^^fi^x^^xy^i^

injure au /ç^^çtè^a.lftîç^l ^^sfQu.^conQitPXPft,. . I^'w^nîjceçcçidp. muet r^essç^tjt jçlip, l|^^ii9|«ipr,9. ^

que. cette 'xnalbenxteuse Tîçtime des méchaxite ^miBe en liberté, sâÀs plusde.tetârà ni de rGdti&fAlitée^ Il y eut des ^œemblefiireiits auit €«âm 'des rues, et ron se pottiBL ^en ftmle à lé, tieille prison. Le ébédf âflrriva'>biehLtdt. Il voulut haranguer la masse ^t )a dispe/sér. Destitie formidarbies B'éfté^^èutt II eut {^éur. Ou voféit, «itj^d^sBTUs des ^étes, des pièces dé bois AvteB'COttttieiA» fi6lceir».

— ^Qtttiud fa Justiee tte trônipe, driàiéut deî Vcâi, é'est »u peuple è rtparer ses eil^etirs !

-rP'autres disaient; Xia^a^stice est wengle, mais nous yoy oq§ cJeir, ik>us aoitres]

JEt dWulsej; : Soye^ au^BsiAns t^Wd YomnsifWà été ,a^; tr^avez Jleis ^omixables ipiè» amr puni l!iiinooe¥[t

:Bt d'imtirâs encoire : ^Fixc ^upuU njox Iki lné Le peuple te r&xt, oxvnex les portes de la prison.

Il y avait des moments de grande^ èmïiété. T^ut à coup l'on aperçoit, dans le cadre Hoir de la Bottiibre porte, une fig«ré douce et pftle : O'ert iuil hUrle îa fôttie, et un îmuiense boittta t mùntB jusqu'au ^el^ et ÏÉsktS^ix^ ptS6dtk ii«ss^iltoj«ëqu'«âiMÉ^ IduâenËiéiits. Le

100 IM FinJUtlNM)» SAINT! . ANUS.

muet est enlevé et porté sur les épaules de la foule triomphante. 11 pleure. Ce cfaiangeT ment subit de fortune le touche eztr^rdinairer ment. On le porte loin. Quand il aperç^oit Féglise paroissiale, il fait ^ne qu'il déi^ire.y entrer, j^a foule s'agenouilla avec lui açi pied des autels. Le prêtçe. qui Ta visité diins son. cachot sort de. la sacristie, etreste stupéfait à la vue de cet empi^ssemdntiisiACCcmtQiQaé du peuple à visiter,le temple du Se^neur. .11 aperçoit le .muet et comprend toujt.^ ^vie^it/ à lui, le presse sur soi^l cœun récite à haute voix une prière d'action de ffrâce, et èmtnène chez lui le prisonnier libéil. lia fôttle se dispersa;. L'homiae de la poliôô.sécrèle!^ui avait assisté à TinteFrogsÉtenre, U1à> frapper au presbytère et demanda à voir THôte '^tiouveàû du cax&» Cet excellent: piéiiB était lé.même qui avait» pris sous^ sa protec^ticm G^eviève et Marie-Louise, et leur avait ménagé un asUe à la camp^^ne.

L'homme de^ k police £^it ..de xMaabreuses questions au muiet, et s'ayise de lui .demwdei: s'il connaît les voleurs. Il est atterré ea quelque sorte de la réponse du muet, qui &it un ^igne affirmaUf»etil.4^aeui:es^ei)^eiu(j^^eni|aq^ p^ minute.

-^Bont-iU nombireni? dëmande^t-il.

Le muet ouvre la main, montre les cinq doigts,

—Ils sont cinq ?

h^ muet affirme de, la tête, puis, fermant le pouoe et rindez, élève les trois autres doigts, «t montre du coté de Lotbiuière.

— Ils étaient trois pour commettre le vol ?

Même signe affirmatiif.

— Pouvez-vous les retrouver, les reconnaître, me dire où ils se cachent ?

Le muet fait signe que oui Le limier n'en peut croire ses yeux. Il éprouve une joie indicible.

— Je vais enfin, pense-t-il, purger la ville de cette canaille Ils seront fins s'ils m'échappent!

Depais longtemps, en effet, ces brigands exerçaient avec impunité, aux dépens des honnêtes gens, lear infâme métier, et ils avaient déjoué toujours, et toujours dépisté, grâce aux travestissements de toutes sortes dont ils usaient, les recherches de la police et les précautions de tçut le inonde.

Le linMBr pniL.)e nmot 4b Je - çoDdnîre au repaire des voleurs. Ils sortirent A quelques pas du presbytère, dans Tescalier de la côte de la Montagne, le muet voit monter aux côtés d'un homme vêtu d'étoffe grise, une Jeune iilie humblement miee, mais d'une tMmkre (fort remarquable. ISon cœur à la reoonnfiâtr^ est encore plus Tif que ses yeux. La fillette s'arrête 8o?i4aia« {S^^ reg;ard9 vieimeat de rencontrer les regards mélaacoliqaes du joli garçon : Le muet ! Joseph ! fit-elle tout haut, dans sa surprise. Bélanger qui compte en les montant les degrés nombreux de l'escalier, en oublie le nombre.

— Où ? demande-t-il.

Noémie n'a pas le temps de répondre ; le muet est près d'elle et lui tend la main avec une émotion et un plaisir qu'il ne cherche pas à déguiser. La jeune fille met dans cette main franche ses doigts délicats, et elle dit à son ami qu'elle est bien heureuse de le voit rendu à la liberté. Elle lui affirme aussi qu'elle ne Ta jamais pensé coupable. Le muet repose* sur elle un regard de sincère reconnaissance. Bélanger le félicite à son tour, et l'invite à venir à Ldtbinière. ' Nôémie réitère

éloquent encore que sa douce Vîqi^.

liB [muet ^iponduiâft' Thèmpie 4^ 'là ipeHce [asoTBste 4d'anbergé>d^ l'jOtseatr i2e<jpf«7C|s. I/biÀrtépiëise Jâtût ^«ale : ie.ixonge était désert; I^ jvieille LQh£»ii3q.uB . |m>ii6S8 ieui ssri de joie en sd dc^aait ide :0oii &n|beiMbI idifitoqité ^t éenirt veo^s îwm WQJÉ^n t)rotégé : .

— Mon Dieu Seigneur ! c'est toi, Djos?...Ah! je savais bien que tu n'étais pas un voleur, ni

un méchant garçon ! ,moi qui t'ai presque

élevé ! moi qui te regarde comme mon «n-

fmtf ! • 0»i, monsieur, Oî)n!t!jiue-tneli0, ^n

s'adresçant au compi^noa du muet, oaâ, mon*

sieur, ce garçon-là c'est comme mon #n-

faiit! .j^stjisune Qière pour Imi, uue vraie

mère Vous pouvez croire 'que j'avais du

chagrin de le voir condamner cpmme voleur^ moi qui suis sj honnête femme, Dieu merci au bon Dieu ! Je ne voudrais pas, pour tout l'or du monde, qup ma maison passât pour avoir abrité, ne fut-ce qu'un jour, un voleur, ou un débauché, ou non !

Me\l& fêoibrffê^er 1« ' mudt qui ast ttxàé de la repousser, mais se laisse fairaj pounr /ue. ipai

^104 Ls :i^LïBik Di îsiiNTt anub.

éveiller de soupçons dans Tesprit de cette vieille hypocrite.

' -r-Il faut que je te traite un peu ! ajoute-t- •éUe. Approche du comptoir avec monsietir ! Venez ! venez ! que voulez- vous prendre ? j'ai

le meilleur rum du monde c'est pur ! c'est

fort ! c'est épeàs ! ça iile^ quoi I comme un sirop. Tu le sais, Djos T Elle verse quatre verres.

—Pour qui tout cela ? se demandent le muet et le limier.

. Ils sont vite tirés de leur souci.

— ;La Louise ! cric l'hôtelière, vien« trinquer avec Djos ! notre ancien petit Djos

La Louise arrive. EUé donne la main au muet en s'eflForcant de rougir et de paraître intimidée: elle n'est que ridicule et gauche. La vieille aubergiste ingurgite le quatrième verre. Le limier questionne adroitement les femmes de l'auberge et s'efforce de savoir les noms de quelques uns de leurs habitués. Les deux femmes sont rusées. Elle ne compromettent personne. Au reste, elles se sont entendues d'avance, dans la prévision de ce qui Arriverait un jour.

Ll PiLSRIN J>K BAINTIB ANNB. 105

Page 1