‹ Le pèlerin de Sainte-Anne (volume 3)Chapitre 44 sur 50 · LA MISERICORDE DE DIEU · texte numérisé non relu

LA MISERICORDE DE DIEU

Le charlatan, étendu sans mouvements sur son lit, éprouve d'atroces souffrances. Madame Lepage, oubliant ses chagrins et le crime du malade, faisant taire le cri vengeur de la nature pour n'écouter que la voix miséricordieuse de la . charité, comble de soins empressés Tindigne malfaiteur. Un médecin est appelé. Secouant la tète d'un air désespéré, le disciple d'Esculape, après avoir examiné le patient, déclare la science impuissante. 11 se trompe. Mais il n'est ni le premier ni le derdernier à qui les faits donnent un formel démenti. Cependant le docteur au sirop de la vie éternelle doit porter, le reste de sa vie, la peine de son crime.

L'enlèvement avait eu lieu pendant la nuit du mercredi, et c'était le vendredi soir, deux jours après, que la folle, guidée par un instinct merveilleux, avait retrouvé l'enfant, pour

hélas ! la perdre aussitôt. Le fils. d'Anselme Bureau que M. Lepage arait dépêché pour surveiller Greneviève et la ramener à la maison, revenait tout joyeux, le samedi matin, avec la petite Marie- Louise. A la vue de l'enfant, ce fut, dans l'honnête famille, une explosion de joie et des transports de reconnaissance envers Dieu. Une légère rougeur se peignit sur la face blême du malade. M. Lepage retourna lui-même à Québec pour chercher Geneviève et informer les officiers de la police de ce qni s'était passé chez lui deux jours auparavant. Il ne put retrouver G-eiieviève; La police promit de s'occuper de l'affaire.

Le pèlerin voit luire de loin, au pied dBs côtes élevées qui bordent le fleuve, l'humble flèche de la petite église de Sainte Anne. Ses yeux se reposent avec espérance sur la croix de fer. Une douce émotion agite son âme. En marchant il tient son chapelet : mais sa bouche muette ne peut répéter la prière de son cœur. Il s'exite au regret de ses faute?, et demande miséricorde. A mesure qu'il approche son trouble augmente. Les gens qui le voient passer disent : c'est un pèlerin ! c'est un jeune homme qui a fait un vœu, et il le

salueoit avec respect. Car les habits^ntB de Sainte Anne cmt beaucoup d'égards pour ceux qui témoignent l^ur confiaace et entretiennent un culte envers leur illustre patronne.

Il arrive. Son estomac vide demande quel- .qu68 aliments, et sep lèvres altérées . se dessèchent. Mâds il ne veut ni manger, ni boire ôvant de s'être .t)rosterné devant le Saint des Saints, avant de s'être agenouillé, -anxieux et tremblant, au pied de l'image de la bonne sainte. En passant dans l'étroite allée, il laisse sur le plancher des taches de sang, car la blessure de son pied s'est rouverte. Il y a beaucoup de monde dans l'église. Elles sont si nombreuses les âmes souffrantes qui veulent être consolées ! Elles sont si douces les consolations de la foi ! Ceux qui le voient marquer son passage par une trace de sang, se sentent humiliés devant tant de courage et d'amour, et foiit monter pour lui d'ardente^ prières ve^s le Seigneur. Il i^agenôuille sur -le bàlustre et reste de longues heiinrès, tniïnofbilie comm'e la statue dé la prière, l^isyéux attftéhés^stir Taûtel du Christ ou sur l'illhage de Sainte Anne, Il se contessie» répondant par d«s signes aux questions du prêtre.

Le soir venu, qaand le bedeau prit les cle& pour fermer l'église, il sortit. Le curé l'attendait à la porte pour Temmener au presbytère. 11 était dans la confusion ; il voulut refuser ; mais le prêtre insista.

Le muet passa dans la méditation de la justice et de la miséricorde du Sauveur, une grande partie de la nuit. Le lendemain de bonne heure, il se rendit à l'église. 11 pensait dans son humilité :

— S'il plaît à Dieu de ne pas m'exaucer, que son saint nom soit béni ! j'aurai du moins accompli la promesse que j'ai faite à Sainte Anne, de venir, à son sanctuaire, la remercier de m'avoir sauvé la vie.

11 entendit la messe avec une édifiante piété. Il fit la communion. Un émoi mystérieux serrait son cœur. Son âme implorait la sainte dont l'intercession est si puissante auprès de Dieu. 11 espérait que sa langue longtemps liée se débarrasserait tout-à-coup de ses chaînes in^ôsibles, et que le châtiment de Dieu serait suspendu. Son espoir fut vain.

La foule des gens pieux qui était venus à la messe s'écoula sans bruit.

LX PiLSaiN DE SAINTS ANNE. 205

Il resta dans l'hamiliation, pleurant, mais soumis à la justice divine. Tout le jour il fut en prière. Le prêtre Tencourageait et priait avec lui. Le lendemain, c'était le samedi, il reçut encore la sainte communion. Sa confiance augmentait et sa foi brillait de plus en plus. Dans toute la paroisse on parlait de ce pèlerin nouveau. Plusieurs venaient à Téglise pour le voir, et dans l'espoir d'être témoins d'un miracle. Parfois cependant un nuage passait sur le firent du jeune homme, et le doute amer se glissait dans son esprit inculte. Il n'osait plus espérer.

Le dimanche, les voitures chargées de fidèles arrivèrent de toutes les parties de la paroisse. Dans nos heureuses campagnes, et dans nos villes aussi, la foi ne s'éteint pas au souffle vénéneux du scepticisme, et les églises se remplissent de croyants. Nous ne comprenons pas encore qu'il soit mieux d'aller au cabaret ou à la promenade que de s'agenouiller ensemble, •comme des frères, sous le toit béni du temple, pour se recueillir et prier. Les esprits forts qui afifectent de rire de tout, parcequ'ils ne eomprennent rien, et ne songent point à la mort| sont pour nous de tristes curiosités.

206 liH PÈLSaiN DB SâlVTS ANUS.

N otis aimons notre rdi|^én plus encore que notre patries et malhetu* à ceux qui yoQdiAieat Boas ta ravir.

La cloche sonna gaiement le dernier coup de la messe, et les tinteïnents sacrés de Tairaîn, s'énvolant au-dessus des collines pittoresques des alentours, annoncèrent aux habitants dispersés sur la r^ute, que le sacrifice dti calvaire allait commencer. Tous se hâtèrent d'arriver.

Le prêtre, suivi du clerc qui portait le bénitier, fait Je tour de Téglise en bénissant les fidèles. Il passe près dn pèlerin qui s'est mêlé aux hommes dans une allée, en avant, et lui donne Teau sainte en demandant à Dieu de le regarder d'un œil favorable. Tout le monde sait où se trouve le muet et l'observe avec une curiosité , bien excusable. Lui, il demeure, pendant la plus grande partie de la messe, à genoux, les mains jointes, les yenx levés sur l'image de Sainte Anne. - Il ne piaraît point s'apercevoir de l'intérêt qu'il exôite auteur de lui. Far moment on le croirait dans une extase sublime. De temps en temps il se frappe la poitrine, et des larmes s'échappatit de 8^ paupières, coulent le long de ses joues. Sa pensée, par fois aussi, monte vers sa mère regrettée. Il

lui demande pardon. Il essaie de redire. YAve^ Maria, qu'il avait promis de réciter tous les jours de sa vie, et qu'en effet, il avait presque fidèlemen,t dit, mais sa langue est toujours eucbaînée.

Quand le son argeutin de la petite sonnette de cuivre annonce VJignus Dei, il se sent pris d'un transport inconnu. Un souffle puissant se réveille au fond de son être, tin désir ardent de s'unir à son Dieu le tourmente soudain. Gomme un homme endormi dans un rêve pénible, fkit un suprême effbrt pour s'éveiller et se soustraire aux angoisses qui l'opprimept, il veut secouer le sommeil de son âme. Il lui semble que son esprit va prendre des ailes et laisser la terre. En s'approchant de la saiîite-tabte, il lève, vers l'illustre patronne de l'église, un regard suppliant, doux et plein de larmes. 11 croit voir sourire la bonne sainte, et toute sa personne s'agite dans un transport inexprimable. Il croit entendre des chants angéliques au-dessus de sa tête et dans l'abside où flottent des nuages d'encens. Il lui semble que des flots de lumière enveloppent Fautel auguste. Il est plongé dans une adoration profonde. Il est

enivré d'une paix ineflFable. Ses yeux humides attachés sur Tautel ne voient plas que le Ciel.

Au dernier évangile, quand tout le monde se tient debout, il reste agenouillé, car il n'a plus connaissance de ce qui se passe autour de lui.

La messe est finie. Les cierges ne brûlent plus sur les chandeliers d'argent ciselé. Le prêtre est à genoux sur les degrés de l'autel. Mais la foule ne paraît pas s'être écoulée. Partout, dans les bancs, dans les allées, les fidèles prient avec une extrême ferveur. On dirait que les âmes veulent faire au Seigneur une sainte violence.

Tout à coup, dans le silence profond, l'on entend une voix forte et tremblante murmurer lentement : Ave, Maria, gratta plena ; Dominus tecum. Et au même instîint le pèlerin

se dresse, lève les mains au ciel et retombe à genoux en s'écriant : Je parle ! je parle ! mon Dieu! Sainte Anne, soyez bénis!

Un cri d'admiration spontané, involontaire, fait trembler l'humble voûte de la petite église. Le prêtre ému publie la puissance et la bonté

LE FÈLEBIN DB 8AIIiT£ ANNE: 209

du Seigneur et de la bonne Sainte Anne. Un Te Deum solennel est chanté. La foi se raffermit dans les cœurs. Et les hî^bitants s'enretournent à leurs maisons en bénissant la miséricorde. 4^ Dieu.

Le pèlerin passa le reste de la journée en actions de grâces. Et l'église fut, jusqu'au soir, inondée par la foule qui vint joindre ses hommages à ceux, de ce jeune homme vraiment fortuné.

Le lendemain Djos reprit, glorieux,le chemin qu'il avait parcouru dans l'humiliation quelques jours auparavant. Et il racontait à tous ceux qu'il voyait les hautes faveurs dont il avait été l'objet, et il publiait la puissance de la Bonne

Sainte Anne de Beaupré. Il entra chez M. Lepage en disant :

— Remerciez Dieu avec moi ! je parle ! je suis guéri

La stupéfaction fut grande dans la maison, et pourtant l'on savait déjà le miracle qui avait eu lieu la veille. Le^pèlerin aperçut la petite Marie-Louise 11 s'élança vers elle.

— Eetrouvée ! dit-il ! retrouvée !

Il la couvrit de baisers.

210 LB ^thmV BB SAINT! ANIA.

— C'est ma sœtir !, ma petite sœar ! orpheline comme moi 1 ..,,. c'est ma petite sœur Marie-Louise !

— Votre soEMir ? xî'est votre sœur '# disait tout le monde dans rétonnetnent.

On comprit alors la façon d'agir singulière et iiiexj;)licable du miiet à l'égard de l'enfant, dans leis rencontres préfcédentes.

Djos s^apprbcha dti lit où se trouvait cloué le charlatan :

— L'événemeht n'a pas tourné comme vous l'espériez, lui dit-il. Si vous revenez à la vie, revenez à rhoniiêteté

Le charlatan se détourna la tête sur son oreiller fiévreux, et son regard eut une expression farouche. Le pèlerin raconta comment il avait surpris le projet des brigands et comment il l'avait déjoué. Il révéla tout ce qu'il connaissait de ces misérables. Cédant aux instances de Lepage et de sa femme, il passa quelques jours avec sa sœur dans cette maison hospitalière.

Les habitants vinrent de loin pour le voir

et lui entendre raconter sa vie malheureuse et sa miraculeuse guérisoû. , .

ht P^LlBm DI SAINTI ANNE. 211

LE BONHOMME FERKON

Désireux de savoir ce qui se passait à la demetire de M. Lepage, et ce ^ju'était def e^nu son fidèle camarade le charlatan, Saint Pii^rTe se rendit au Château*Eicher. Ceux qui le connaissaient ne le reconnurent point. Son

crâne dénudé se perdait dans une riche chevelure noire, une longue moustache en brosse tombait comme un voile devant ses lèvres, et des lunettes en verres enfumés dérobaient les reflets fauves de ses yeux. Il s'arrêta à la porte voisine de chez Lepage, demanda de l'eau pour son cheval, et lia conversation, de TaiT le plus indifférent du monde, avec le garçon de la ferme. 11 apprit, en peu d'instants, plus de nouvelles qu'il n'espérait en recueillir. Le garçon loquace éprouvait un véritable plaisir à raconter les événements qui avaient, depuis quelques jours, tant agité Ja

212 LB PiLBBlN DS SAINTE ANNE.

paroisse. Il n'omit aucun détail. Le vieux Saint Pierre avait besoin de ses lunettes pour cacher l'étonnement que trahissait son regard. Il mordait sa fausse moustache. U remercia poliment le garçon bienveillant et babillard ; monta dans la calèche, tira sur les guides, fit virer le cheval, et reprit au grand trot le chemin de le ville. Le garçon pensa :

— Voilà un drôle ! Il vient ici pour faire boire un cheval qui n'a pas soif, et s'en retourne sans plus de façon.

Le vieux Saint Pierre est songeu r :

— L'horizon s'assombrit, pense-t-il : la foudre nous menace. Il n'y a plus à reculer. Le plus tôt sera le mieux.

Il arrive de bonne heure à Québec, et retrouve ses compagnons réunis chez Mademoiselle Paméla. La réunion est silencieuse. L'inquiétude se lit sur toutes les figures.

— Eh bien ! quelles nouvelles ? demandent à la fois les brigands en voyant entrer leur chef.

— Mauvaises, répond le vieux Saint Pierre en ôtant ses lunettes, sa perruque et sa moustache.

— Mauvaises ? Il est mort ?

— Non ! il peut en revenir.

— L'enfant est retrouvée ? demande le maître d'école.

— Oui... mais ce n'est rien cela.

— Qu'y a-t-il donc alors ? parlez !

— Nous sommes découverts !

— Découvert»?

—Oui.

— Et pai qui ? Le docteur a-t-il parlé ? nous a-t-il trahis ?

—Non !

— Le muet ! je gage que c'est le muet, dit Chariot. Il était chez Lepage cette nuit-là, comme vous le savez.

—C'est lui ! s'écrient les autres.

— Que parlez vous de muet? répond le chef» il n'y en a plus de muet ! ..•

Un cri de joie retentit :

—Il est mort ? Vous l'avez tué ?

-Non!

Il se fait un moment de silence. Le vieux con-

214 L£ PàL£RIN I>£ SAINTE ANKB.

tinue d'un air morose et désespéré : Le muet a parlé !

— Le muet a parlé ? Que voulez- vous dire ?

— Il a été guéri miraculeusement par Saiate Anne, hier, pendant la messe.

—Vous vous moquez de nous ?

— Hélas ! vous verrez.

Où est-il ?

— Chez Lepage.

— L'avez- vous vu ?

-^Non î je n'ai pas osé entrer dans cette maison. Je me suis arrêté chez le voisin:, et là j'ai tout appris.

"-rLe naaet ps^rle! Le mujat parle ! murmurent, dan^ leur &t^preu;r, Us sQélé;mts.

—C'est lui, ajoute le chet qui s'est embarqué dans un canot pour nous sauver pendant l'orage. 11 est venu sur l'ilet où nous étious et il a surpris nos dessein^.

Chariot, se levant furieux :...Si vous m'aviez écouté quand j'ai voulu le tuer, la nuit du vol,

à Lotbinière, tout cela ne serait pas arrivé

et nous serions tranquilles, à l'abri des soupçons et des recherches.

liÇ' FÈLSttIN DI SAlKT8.iANK£, 215

On p<eut le tuer. Il en est temps encore. ! fut-il réj)ondu.

— Il doit aller à Lotlntiidre oette seiftaine.

Vn éclair illumine soudain la face diabolique du maître d'école.

— Il y a, sur la terre du pupille, une cachette magnifique, et le pupille passera nécessairement auprès, s'écrie-t-il.

—Ensuite ?

— Ensuite ! vous ne devinez pas ?

Un murmure approbateur s'élève;

— Chef, vous n'êtes pas connu chez nous, continue Racette, vous allez venir avec moi sous prétexte d'acheter une terre.

— Yoilà qui est singulier, répond Saint Pierre, cette même pensée d'aller acheter une terre m'est venue à l'esprit, tout à l'heure en remontant du Château.

— Soyez fermes et sans pitié, cette fois, dit Ch Tlot. Notre vie est au jeu, s'il échappe, nous n'échapperons pas, nous.

Le lendemain, le chef et le maître d'école partirent pour Lotbinière.

Vers la fin de la semaine, le charlatan fut

216 LI PÈLBBIir DB 8AUCTI

mis sur uu lit de plume et transporté dans une voiture aux ressorts pliants, à l'auberge de VŒseau de proie. Il poussa bien, le long de la route, quelques cris de douleur, malgré toute Pattention dont il fut entouré, malgré l'allure calme et lente du cheval qui le menait.

Lepage avait bien fait sa part de sacrifices et de charité. Le pèlerin lui avait dit que la demeure ordinaire da charlatan était à la taverne de la mère Labourique.

— Que madame Labourique le soigne à son tour, avait répondu Lepage, en attendant qu'il soit livré à la justice.

Mais la vieille hôtelière éprouva de la répugnance à recevoir le malade. Elle dut le garder, cependant, car on le lui laissa.

Le pèlerin s'était rendu la veille à Québec. Sa première visite avait été pour Thumbie église de la basse ville. C'était dans ce sanctuaire vénéré que, six mois auparavant, environ, il avait versé les premières larmes du repentir et ressenti les ineffables délices de l'amour divin. Il revit avec bonheur le bon prêtre qui avait donné à la petite Marie Louise et à Q-eneviève, un refuge qu'un dessein de Dieu devait seul

Iil PÈLIiRIN D£ SAIME ANNl. 217

i'jnU. Ji-(;i f' H ^ tiijO J;j;i(| iiljrt ?nl î-i -

faire déqçuvjrir.^Jçïif^.pe^êçflieftj;^., U JUPU- .

aux éfflfeëfa^ f>ou? ^ fen^feiii^fôrér ïë 'Sëigil^éaV.;

Lorsque la voiture qui portait • le docteur au 4siro];) paafa dans la rue Notte Diame, |e pèienh revenait de la Place. Il était lallé demakider si qu^lqu^ J^ateau :Ra?:tait . Roijir LptbiwyQ., ,Dn peftpar.cuTiositiè, et.pQur voir Qomçiient.la: m^f^ , J^a|>pu4^ue ftUaU reci^v w; «on . ami le ,. •charlatan, il retint, sur. ftôs pa^et prit la rue

4aient sur le marché, rebroussèrent aussi <fk^' , -, min, après avoir ^ppris l'aventure du blei^sé, puis faisant cortège a la voiture, se rendirent à VOisdaude proie! l^aVmî é'ux Ve ^rôuVaîent un TieniaVa:" Et'^ce* viëllii^ disiïf d'une' Voix ' cherrolaiilfe'/

— Il y a dix ans que je ne suis pas venu à la'yillèi'^je tb! adonne liien pour apprendre àes nouvelles.

—Oui, père Ferron, réjpondit ^ un Voisiiï, c'est quelque chose de curiôiït à voir que ce

malfaiteur pris au piège Puis la nou-

velhî de la guéHson du muet....... Puis la

découverte de cette bande de voleurs !

— Et ce ne sera peut-être pas tout Bien

des càôBès vtïnt^'étî^'élëtToîlêë^'àf'pVé

T)fo§et lès Habitants entrèrent dans ranDerffe.

L'un d'Qft^,:^perp9YjWxtJ.^.pèlerin^^,p'éçria::. . ;.. j-^-li^ais-fi^estili^].:.. ^ ir?j. ,.-.' •."•' -i • -^ .••. • : [Et ilV^'a^psoeàbdti jaunie j|)i(^iimepou,T lai

dcmneiikfanàinvdi^i' : A > «^^ ^ '

i-JC'efet vôus^ (jViï éttèz tau^t i? .v. . . .' qui ' avez demé«lré,-det^ êt^; 'cl^z iA^elitl'? • Kst-cè -vrai que xtôus 'parl^ '%ihériAtdÉ!alnt ? que' te oo Ane

Saitite^Annevoite àèttér'i'?^.....^ " '' '

-^Oui- mbrisiéuf filàrfchet; -c'est vrai': vous

let^yez:'';' ■•''•''■;:•''"'■':'' ' ' ' ' . —C est' bien extraording-ite!

—Le phâUment .^(jyjije , JDieu m- ay ^ infligé n'était pas moins, étonnant.;.. Le, Seigneur est grand dans sa miséricorde comme il e^\> grand,. dapLS sa justice. .

— ^Oq dit, reprit l'habitant curieux, que yous êtes le fils de ce pauvre défunt Jean Letellier?

—.Qa dit y rai Je le^çuis- . . .: . . . , ,

LjB^ .autres Rersonû(as,.c\lTie^^9&, entou^çèrei^t. iep^lerîîi. j; .... .,-, , ; ; . • . .

rrQiîioiî! .dit les vieillard qui n'ééait ^i^aa» irenTi

LE PÈLERIN DE fiAINTE ANNE. ^ 219

.â la ville depuis dixans» tu. es le garçon de Jean Tellier, toi ?...... je t'ai vu biejOL petit,

tout petit et comme te voilà grand et gros

maintenant !...... Tu ne me reconnais pas, moi ;

j'ai vieilli, j*ai changé, le chagrin i les soucis

Le pèlerin regardait âtteritive'menf le vieillard :

^" — !Jé crois vous reconnaître, dit-il, je me

rappelle de vous. Vous êtes le père Ferfon ?

. • .. , .: >:•••• • . • '• ••' : î .'^' ' ■ . — Eh oui !.,.eh oui ! Tu as bonne mémoire,

reprend lé vieillard.

— Je me souviens que nous alUon8,tout petits, vous voir ferrer les chevaux dans votre bouti- <Jue; Vous êtes' forgeron?

— Je Tétais: maintenant je no vaux plus rien, et je suis à charge aux autres : c'est mon garçon Jacques qui forge ; c'est à peine si je

peux faire un clou.

■ —Et votre garçon Çlodomir, qu'est*il devenu?

— Plodomir? oh! il m'a causé bien de la peine celuiJà,

. . — A woi aii^ssi, quand npuâ allions à l'école ensemble.

—Il est parti de la maison depuis longtemps contintre te vieillard, et il hë ' to'a jàiiial^ eti- Vbyé de ôés hoùvelles. Il n'a pas de cœur i.

—Vous ne savez pas où îl est ?

—Il est ici ! murmure une vojx bjgtsse ^t spaffrante.

Tout le monde se détoru'ue, cherchait qui , parle de même.

—Il est ici ! répète la voix mourante.

' —Lui ! s écrient a la fois tous les gens.

Le charlatan répète pour la troisième tois r

•■ '•^->ll^^è^t''î(9^!'ti*^Fm6ï:J:.:î\' '''''''' ""' "^ ~

— Mon Dieu ! sei^ait-il poççible ? dit le vieillard en joignant les mains.

Et s^approchant du malade, il le considère longtemps avec attention. Groutte a goutte des larmes tombent de ses yeuX. On reutend murmurer, comme se parlant a lui-mamç : Gui

"ë'est luill.ife'est hîëil luif'.r.jé le ràcoî&naîs

j'ai vécu un jour de trop !

Le charlatan regarde pleurer son pare et demeure impassible. On dirait par iiidtnént qu'il jouit d^ k détileur dû[ yie«lt#d' MfoHuné.

' . ' « f « .iH

LI PSLEBIN DE BUHTI AN»B, 221

Le ^pèlerin se tient aussi lai iontj>reB du malade, et le regarde avec |fi;âté,ç^^^ ^

im^traite spurent dans sou enf^ce. Lo char-

laTan'ie repousse de sa'main ^blu^étdèbile.

£e't>ere Férrdn regretta bîeîi' d'être renti'à

l'éteu^^e (^e fpA bfiutç, ^t ^è fn^ /^c^\f.]^\ii, disait* il à ceux qui taçhai^t (Jele CouBo^er, . ,^ . ,Aplès qt)ielqi*w . jours; ^asa^p à , i'AwbflrgB de Ja^ç^r^jljfibçjurjqua. le mftlad« t«t tiftnsport^ à l'hôf^'*^- ^1^ J* police attentive surveilla à son TêtaoliBsement.

LA TOMBE DU RUiSSEAtJ.

Le, maître reodirent à gresse dont i pèlerin ne p ble des volei

222 LX PiLIRIN DS SAUfTl ANUS.

et cruelle ! Il renaissait à la vie, en retrouvant ]a paix de la conscience et les attàclienients du cœur, * et les brigands 9'apprêtâîent à faire surgir devant ses yeux le spectre de la* mort. Qui pourra jamais d$viner les secrets dii lendemain ? Et qui nous assiirçj que nous qui sommes allègres aujourd'hui, comme l'insecte qui ôhànte sur un brin de verdure, nous ne serons pas, demain, couchés soris un iîncêtil? En nous promenant dané là prairie, âti jottr de' la moisson, nous écrasons sous tïotré pied distrait, l'insecte heureux qui vit â!ainour et d^ soleil ; ainsi pendant que nous nous berçons* de rêves suaves et* de voluptueuses espérances, le pied vagabond de la fatalité se lève en silence pour nous broyer. La mort d*un insecte ne saurait interrompre le concert de la prairie : notre mort ne peut, non plus, interrompre le concert du monde.

Eusèbe n'a pas encore appris la guérison du muet. Il repose dans un sommeil calme, quand son beau-frère et le vieux Saint Pierre arrivent à sa demeure. Us frappent. Madame Àsselîn s'éveille la première. Elle secoue un peu vi vendent çôn mari, en disant : Eusèbe, on cogne à la porté!* ' '

. Eusèbe sort du lit en se dessillant Tes yeux d'une main engourdie. II ouvre, et ne reconnaît pas de suite les deu?; brigands.

— Diable ! ilit,.le. .maître d'éçolç, .dors-tu encore? tu ne nous recoxinaiç Pjpint.

— Tiens! clest Babette, je <?ompt«.?

-^Eh oui i * comment ça va^t-il ici ?

— Assez biéti. Etchezrous?

— Assez mal;'

— Comment ? Paméla est-elle malade ,?

— Non ! je te dirai cela dans un instant.

— Attendez! je vais allumer la chandelle : asseyez- vous !

Quand la lumière se répandit dans Tappartement, Asselin salua le compagnon de son beau-frère et lui donna la main. Le vieillard s'était déguisé.

. — C'est un bourgeois de Québec qui vient dans le dessein d'acheter une terre ici, dit le maître d'école en présentant son camarade.

— Je vais faire lever Caroline, reprit Eusèbe, vous avez besoin de manger çt de dormir, je suppose.

224 hÈi 'BtUlàiht ï>s"8aint£ an'vè*'

— >Mâ fôît oui, réppiîdit'le'chéf au nom des deuz^

Caroliue se leVà. Pendant qu'elle servait la tablé; le iiliif{i'e^'éti6ie''racbhtti'sa dèi^ëûtê au Château Rich'èi, V6iii^, l'eiilgtféitiettt de rén-^ fant, rintérrtdtltiOfi'dil'inftlieM, pnië le-^mkacle étonnant ai^nlvS 'à : Saiuter > Anne'ieiiL r fa vrëtir-de ce garçon. Asselin ne ppuvait revenir de son étonnement à la nouvelle de la guérison du muet. tSft femme avait oublié la table, et, deboût'^ëvaat léô'déùi^n<W\^éa;tti'^vèrfué. les poings • sur ' l0Srhm6beB,'. elle ^reeuëilladt 'avec avidité toutes hurs paroles, et- ses yeux lançaient par fois des étincelles de fureur, et sa 'figure prenait toutes les expressions, depuis la ^crëin'té 'jusqu'à' la ifétoèité. Etquàndie chef dit "que lé pèltefîiif^afiirmàit se nominler Josepti Letè'Miér, et-s'app^êtafît à vèri?r^à Lotbiûièrè se' faire reconnaître par ses tuteurs et seis patents, la femme méchautefrappa du pied avec fdreur, en s'écriant: Vous n*êtefe pasdes- hommes,^ vous lautres ! Ah ! si vous aviez ^ se uiâmentk' moitié de mon courage!

Le chef soUrit. Il comprenait qu'il avait une * fameuse auxiliaire en cette étrange créature. Il répondit avec une indifférence affectée :

LB PÈLKRIS DE SMNTE ANNE. ,2^25

—Nous arr;^iigerpns c^ela pnsçmble, imadame.

Asselin pentîhait la tête et ne 4i8ait rien.

Et personne ne pouvait deviner ce qui se

passait dans son esprit. Le maître d-écoie

.c*ut que c'était ie moment de relever ou

-soutenir l'énergie etla'déteniiin'ation de ses

i-parents^l i<îûr apprit qu'à forcé de recheïcl^es,

; tours -et -ruses, il' était parvenu à retrou-

jKTer^une bonne partie' de leur argent. t3e fut,

•4eila part 'dé la' femme avare, ui^ prie 4p joie à

-&ire trembler Ja maison" Son j^iarî, bien

'Content aussi, ' fut moins bruyant et plus

^rôsei*vé.' L'argent rendu fut Qoppté. Jkladame

Eusèbe tournait et retournait, pitès de la chan-

'delleyjles piastres de- France' et d^Bspâgne,

tqtui ^'avaient '-pas perdu leur antique éclat.

iSes yeux s^ouvraient grailds pouf les admirer,

-et, pour ks retenir, ses mains se fermaient

cqmme des serres.

La maison d' Asselin retpn^bade .nouvieau dans le calme; tout le moipi^e js'^tait. m,is au lit. Personne, . cep^nçlwt, ^e doT.i?iait. Il avait été décidé que Ton açc^pillpiTftit l'.or* phelin avec une joie fe^inte.

Le lendemain, le maître d'école lui-même annonça, dans le village, l'heureuse nouvelle dh miracle de Sainte Anne, et l'arrivée prochaine du pèlerin. II avoua s'être défié de ce garçon qu'il ne pouvait reconnaître, et, pour prévenir l'opinion publique, il dit qu'il avait voulu rendre la petite M-arie-Louise à ses tuteurs et à sa famille, en allant au Château Richer, la ravir à ses parents adoptifs ; que la rumeur avait fait, de ce tour innocent et permis, une action infâme, un forfait épouvantable. Il ajoutait : Vous jugerez par vousmêmes : Tenfant reviendra et vous verrez si ellô ne m'aime pas encore, et si elle a quelque raison de se plaindre de moi.

On trouva toute naturelle ia tentative de l'enlèvement ; et la conduite du maître d'éooie parut justifiable. Comment se défier d'un homme qui se cache sous le masque de l'honnêteté ? L'hypocrisie fait plus de dupes que tous les autres vices ensemble.

Racette s'enquit des terres à vendre, et dit qu'un bourgeois de la ville, désireux de se retirer à la campagne, était venu avec lui, dans l'intention d'acheter une propriété dans le voisinage de l'église. On lui dit qu'une veuve

en avait acheté une dernièrement et qu'elle la revendraft peat-étre. . '

Saint Pierre ne sortit guère le lendemain de i son arrirée a :IjOtb!tiiète. iPendant qa'Asselin : vaquait à ses travaux du dehors, il s'entendit avec madame Asselin.au sujet du pupille. . Il ne lui dit pas, le vieux rusé,.coiume il craignait ^ les révélations du jeune homme, et voulaitle . nxettre dans l'impossibilité de rien prouver ; mais il lui jura qu'il ne ferait que par galanterie et dévouement pour elle ce qu'elle desi-; rait. Madame Eusèbe fut dQul>lQmen^ heu-, reuse.

Il y avait sur Ta terre du pupille, à une vingtaine d'arpents du chemin de front, sur le bord sablonneux d'un ruisseau, une vieille cave à patates. Dès que le pupille serait arrivé dans la paroisse, Saint Pierre, devait disparaître. Racette lui-même le conduirait vers le

soir, avec la voiture de son beau-frère, à une certaine distance.' Ils reviendraient tous deux pendant la nuit. Le vieillard se rendrait alors dans la cave sur le bord du ruisseau, et là, armé d'un bon fusil, le fusil d'Asselîn, muni de liqueurs et de provisions de bouche, il at-

tlli

22^ "^ le' pÏl kftiN DE saInte ani^e.

teiidrait'^u'ùa hasard heureux 'fit' paiaié'eï à " sa portée le dangereux pèlëriti? ' Madame ^ EiiiéèbéA'afcAtgcfait à.éide]« 4e^h$M8ardy|tMu qxk^ le/bandit'fle kn^nitf [pas itôp(Aoiigt0iap9^aiiap saidoipé'et'tnstecabliiîttè. /

Le sOlt^iàrt-îVê,^ie "chef ^defs -votétt^fr^ët sôti- ^ eidëpië^ndxiHkttl' chafettii ^potfe'tft'ttâë^^êché'*^ su^ ^li^^'épattle,- sortitétit' fuï^îvëitféhï^d^aa '' malà^(y*^M'A^èlW^^et J prîrfeWtî '^à ^ trtff ër^^ ' leô^*^

châtepè; ' L'ôbéèùfitë^ était '^ép^ftéè.^^MîHi;'*^ biëfifôt, la lurtè^pàfùe^^ràildé^^*t''ée¥èÇh^ au- ' déàètïà dea^'boièV^èt sa^ IttétJrfJ^tâi^^'pa^èîIle ^è • l'éclat d'un incendie lointain. Elle moïrta' ^ lentement dans le ciel, et les étoiles jalouses se cachèrent sur son passage^ r Les deuxr brigands . arrivèrent au ruisseau. Sur le bord de -la ' côte, la cave s'élevait noire au milieu du sable jaune. L'eau- dormait dans les échancrures nombreuses. De place en place,' un / arbre tombé en travers, des branches, des souches entassées' formaient de petites digues qui retenaient l'onde fraîche, bu des ponts capricieux que défaisaient, pour les refaire plus loin, les . orages de l'automne. En avant de ces barrages, le ruisseau paraissait desséché. Du côte sud la ' bèrge"^" accore "était ombragée de be'aux

Lfi 'Pàii/xBiN'DK aAîNTk' Aima;' 2^S^'^

éi«bteë.»'C5^6tËttt k Sttfeïèfrte. La' iuliô éparpilla dàii^' a«»flafqtie!S' û%)i\x' pedsfbïé» Ses ' 'paîlfe^ttô * étîlicielattWè. Le» brigands' 'déyôendWéntda^s^ le-ruisaeiitt'.-Oàldrb^ês 'suV iétii's^béôhè^s ir*se mè'éirt'êfcrteftrsei'en Bileiicë. Lés pelles ï-eje-; * tarent le sal^epar un mou véttièut sinistre et régtiliéVrLë trou béant prit l'aspect d'iiiie fosse.

—Eéftellé^ assez proffonde? demande le mèatré' ïVétiolê:

— Creusons encore ; il vaut mieux creuser * tiop'^quepas^asBès?.''' Etales 'deiii'baÀdits se remipent àFaBUvreaveiy une ftrdèfarnbtttfelié; et la^ueuriifiondaitieursfrëntsl.

— Il iôé;ra'fadle,^diti sans interrompre soii travail, le Vieux Saiut Pierre, il sera facile de faire passer ici Fëau du ruisseau.

Nous entasserons les arrachis de l'autre côté, répondît ile'maître d'école.

Alorë un léger craquement de branches se fait entendre dans l'érablîère. Les deux vauriens lèvent les yeux. A travers la sombre colonnadd' formée par les troneô desp 'érables;' ils voiett* passer une^fotmeiég^r'e, blanche etfatitadtrqùe. > Surpris ih ise talsen t e t se blbttisâent ^

230 Ll PiLCRIH DE SAINTS ANjlK.

contre le barrage de souches et de brauches. L'apparition s'approche toujours» paraissant et disparaissant tour à tour, comme uiie voile blanche qui glisse derrière .uu. rideau de peupliers. Ses bras, pour écarter les broussailles^ s'étendaient comme les bras desAageurs. Elle s'arrête vis-à-vis la fosse mystérieuse et se penche sur la berge.

Les brigands sont inquiets et contrariés. Tout-à-coup le blanc fantôme écarte ses main^ pâles et s'écrie :

— L'ave?- vous tuée ?..Creusçtz-voussa tombe?.. Ah ! rendez^moi son cadavre que je. le couvre

de baisers et de pleurs ! Pourquoi l'enter-,

rez-vous^ ici ? Cette terre n'est pas bénite^ et personne ne viendra prier ici pour l'enfant martyre! .....Ici l'on enterre les chiens et les maudits !

Le vieux Saint Pierre eut voulu i^e pas ouïr cette parole qui le glaça, malgré lui,, d'uue crainte vague et superstitieuse. Le fantôme continue.

—J'ai promis à sa mère de la sauver! J'étais -,

perdu alors. je tombais! je tombais! jetomr

bais ! Sa mère m'a dit de la porter au, pied

de la croix, sur le sommet de la côte de sable.. Où est la croix ? je ne la vois plus !..:.. .Je vois

le monstre au fond de Tabîme !...!! est là !

il m'appelle ! Ses promesses sont menteuses,

son amour est mortel !... Le sable roule sous mes pieds ! Saints de Dieu, sauvez-moi !

Il se retire d'un pas en arrière : Racette ! Racette! reste seul au fond du gouffre!... Ne garde pas la petite Marie-Louise dans ce sépulcre humide !....rendb-la moi! rends-la

moi ! ou je t'arrache les yeux avec mes ongles durs !

Il regarde la lune : Etems ta lumiàro !..

n'éclaire plus le travail des ouvriers de l'enfer ! Le bon Dieu ne t'a pas allumée au ciel pour que tu prêtes ta lumière aux démons...

— C'est Q-eneviève, dit tout bas le maître d'école à son complice.

— Oette maudite folle peut nous trahir, répond le chef.

Ils restent un moment silencieux. La folle parle et gesticule toujours, tantôt suppliant, tantôt menaçant, un instant plaintive et l'instant d'après en courroux.

— Tuons-la ! dit Saint Pierre.

r 232 ,L1^ ..PàLIbRlN. DB. SAINT& ANN1S.

Le maître d'école, ne répond rien.

. /-^Njous :en iserons quitte ii^oar orëusex tenae- , antre ifb86e,i.repiïend le chef, ou pour * faire ,-ceile-x5i pins creuse.

I^es d'eux monstres se dreséént attiiés de leurs p'éttes^ de fer. La folle se' tâît, se rapproche; dei i'tescarpeoientMet, istîÂ'clitittnti de m>uTeau^' (fidle des :t oregftrdd RxetBmi^ '^omme - pous kssDeCDOimdtre.

— ¥iens, Géttéxière; ' dit • Ra:6iîtte, Ma petite

''Mariè-Ldtiise' èfet'îbi ;( jevaisf te* la tdlifier,

tu l'emmèneras avec toi.

. La foUe''ne'bdf«i^è^pas. ^EHe Bst? *iôïm(Aile : oontKne ^une^ statue.

-♦ Atterids-notis, ajoute 'Stiint Pierre, nous allons te la porter.

îEt'ils^ 8*«vanoent vers la mal toîUrêttse "fille qui les regarde toujours, 'dahs sa falit^stitjue .postiii-re.

L£ PÈIJEKIK DÉ SAlKt£ÀNNE. 233

ïxrii

PERE ET FltSf' MARI ET FEHMEc,

La lùfie faisait pleuvoir sur lés bois et le ruisseau de magiques rayons. Tous les objets changeaient de fôrine a mesure que l'àstrë voyageuT, i^u s'en allant, déplaçait les ombres ; éttëBCâilloux,lesrameau:t, lés trônes, les touffes db' gazon paraissaient enluminés maintenant, qur tout à rheure n'offriEtient que dés contours vagues et i noirs;* LesdôUï bandM achevèreïït leur œuVre- infernale. Ils apportèrent des roches, dès souches, dés d6 br ife de toutes sortes; pour dissimuler la fosse. Et quand à leurs yewx perviers tout fût bien, il Teprirent le che-» min "de la mmsoa. Lorsqu'ils entrèrent, trois heures du matin sonnaiéutà la grand'é horloge suioQiointée de trois pommi^: debois' dorées. Madame As8eliii;préveiBue,' avait levé: ie' loquet der^d^ssUB laclettieh^, afin 'qu'ils puÉôeût entrer saivsi&irerideibmit;" S6n:marir n'était ^pàstdand lé/ complot, etilaipfudéuee vt>«»hdt qu'bn ne fiti riem^pottr ré V'eiilér ses w^ppe/ûBi^

234 LE pIlERIN de sainte ANNE.

Le lendemain, dans la relevée, Saint Pierre,, toujours mis en bourgeois, la tête couverte de sa perruque noire, et la bouche surmontée d'une longue moustache, sortit sous prétexte d'aller voir quelques fermes ou quelques emplacements dont on lui avait parlé. Il se dirigea vers l'église. C'était ce jour-là même^ et vers le même moment, que l'ex-élève et la jeune Emmélio se promenaient en rêvant d'amour, dans les allées du petit jardin nouvellement acquis par la maîtresse de La Colombe victorieuse. C'était au moment où le cynique Picounoc venait de retrouver sa mère et sa sœur, en ravivant, dans leurs âmes pures, des souffrances insupportables. Le vieux fripon cheminait d'un pas rêveur. Il regardait, de côtés et d'autres, les bhamps jaunis qui se déroulaient bordés au loin par la forêt, comme par un ceinturon de deuil. Les chemins des charroyeurs et les routes publiques perçaient des trouées claires dans la bordure sombre. Saint Pierre s'arrêta pour causer avec les habitants qui le saluaient en ôtant leur chapeau. Les habitants étaient heureux de lui donner les renseignements qu'il sollicitait. Il j^rriva près d'une maison plus petite et plus coqnettft

que ses voisines. La propreté reluisait aux alentours. Le jardin révélait d^s mains soig^neuses. Le devant de la porte était balayé ; les vitrail des fenêtres brillaient sous les petits rideaux blan^cs plissés par des galons. Dans un châssis s'étalaient des pipes de plâtre arrangéesen étoiles, des chevaux en pâte sucrée, des pelotes de fil, des rangées d'épingles, des cartes garnies de boutons, et mille petits objets à bon marché C'est peut-être la maison achetée dernièrement par la veuve; pensa le vieux brigand; on m'a dit qu'elle faisait, cette veuve, un petit négoce, et que je verrais divers articles dans sa fenêtre. Je vais entrer lui demander si cette maison est à vendre. Il ne faut rien négliger. Un détail qui semble insignifiant peut sauver ou perdre un homme. Et tout en pensant ainsi il frappa à la porte.

L'arrivée de Saint Pierre mit fin à une éituation amère et critique. Picounoc tendait la main à l'ex-élève, et celui-ci ne savait s'il devait cracher à la figure du misérable ou lui paifrdonner, à l'exemple de la mère infortunée. Il, regardait Emmélie qui pleurait le visage caché dans le sein de sa mère, et il semblait attendre son ordre. A l'arrivée de ^'étI^ange^ la jeune fille sortit.

Lechef.dps yol^r^ salae. Méîsil ir'apas iipi son. hiiq^ble; s^^iitatioa: , qa!U recale de spxprisc. Il pâlit( ditkefimmiWi et . reste si ckmx oublff^i^t oeiqn-Ul a, smgé à; dû». i^at$trd8S0 di^ la ^iQi^sfiiQjlcii^ pi^éae^to iwe <diaise^ l'inyit^int à a'a^^^pii^^

— ^Me^ci, dit-il d:uyi^ V'oix: mal a&sacée, je voudrais acheter ai^e^plp^i

La femme tressaille an > son de cette voix, et une rougeur subite coo^jre-^se^ joues* Picou* HOC, curieux, s'approchfe d<j l'étranger. Des pipes sont étalées sur le- comptoir. L'étranger en prend une au hasard, et- la met dans la poche de sa veste.

—Voulez- vous du tabac? demande Picounoc.

—Merci! répond laconiquement le vieux bandit qui regagne la porte.

— Picounoc reprend: Venez- vous de loin,? Etes vous de la paroisse ?

—Non ! est la seul, réponse, qu'il reçoit

. Lft femme, trouve sijtgulière cette réserve de rétrangejT,. Saint Pierre- sort; Pieotinoc le suit, Quan4 il^i ^oot ^ous^ deux defaors^i ils 8^ ^r^gArdettt

'LE PkLISRIl» DB SÀINTV ANNS. '237

— ^Venez-vous "de V^seau de proie ? deteande ' Picounoc en riant.

— ^Que fàiâ-tu tei, toi ? Eé^tu venu l^nou- > veiet tel exploits ?'Je devine ton jeu, mon - ^fâTfeêut \

Lef regard dé Picoùnoc s'assombrit, ses lèvres «e serrent :

— Vieille canaille ! vous- ne savez pas le mal que vous m'avez fai^ ïËaire ?

•^H paYaU)%¥ie lelfâi>ia^ propos n'a pas duré» . puis<jùe tu revàen^'të jeter dans les brasde la tblônde Ëmmélie,^ repart, d^un àir gogueiliaiird» .le brigand.

.. ^Lâ blonde fim'râêlie !... Jl.la ' blôûdé ktn- '^mélie! vieux inaadit, c*est ma scéur!.... hurle Picoùnoc devenu furieux

—Ta sœur ? c'est ' ta sœur ? balbutie le monstre; tu plaisantes i tu'dis cela' pour rire.... tu te moques de moi !

— C'est ma sœur, vous disje, c'est ma

eœur ! et' la femme honnête que vous

vouliez outrager...... c'est ma mère !

Et le garçon violetit porte son poing fermé ^0tis le nez du lieilWrd.

—Ta mère ? ta sœur? Est-ce que je le

savais moi ? Pourquoi ne me Tas-tu pas dit?

—Je ne le savais pas ijioi çion plus ! ce

Ji'est que l'autre jour, à Rimoaski, que j'ai eu un soupçon de la vérité ! ce n'est qu'aujourd'hui, ce n'est que tout à l'heure, que j'ai pu m'en convaincre !

Emmélie était revenue près de sa mère.

Toutes deux regardaient par la fenêtre ce qui se passait à la porte. Elles entendaient quelques mots, et ce qu'elles entendaient leur faisait deviner ce qu'elles ne pouvaient entendre; mais toutes deux pensaient : Ce n'e<t point lui, pourtant ! Le misérable ne ressemblait pas à cet homme et paraissait plus vieux !... L'ex-élève, par un sentiment de délicatesse se tenait à l'écart.

--A Rimouski ? s'écrie Saint Pierre, mais qui es-tu donc, toi?.....* je ne te connais

point ! Il est vrai que je suis parti de

Rimouski depuis bien des années.

— Qu'est-ce que cela vous fait, que je sois le fils de Pierre ou de Jacques ?

— Ton père est-il mort?

—Le diable doit l'avoir emporté depuis

longtemps, ou il n'a pas de cœur ......

C'est de sa faute si je suis devenu un misérable et si ma mère est aujourd'hui 4ans

l'infortune Il nous a abandonnés depuis

longtemps ! Ce n'est pas étonnant, car il

avait débauché ma mère, et tous deux s'étaient mariés devant un ministre protestant

Le vieillard pâlit . sous son masque. Il recule d'un pas et reste un moment siiencieuiE. Puis se rapprochant :

— Que dis-tu, Picounoc, ton père est de

Rimouski ? II s^est fait marier par up

ministre protestant ?..-.. aux Etats-Unis ?. .

c'est aux Etate-Unis?

—Oui. . i

— Et ta mère se nommo F^lonise Morin ? ?

Qui.j !..

— Ah r..l...-mai8 non, ce n'est pas pbssible ! ce n'est pas possiWë ! ' '

— Avez- vous connu! mon père ?

— Ton père.!,..... ton père» c'est ui^ maucjitj

— Pas plu» que .vous, toujoui^ ! ;.... Décampez !

£t JPlcQUOPC mt)t kipain/rsar la> pennée id0 la.pcrito panr;ouvs» et antp-er.^

—Arrête ! crie le brigand.

Pi<i^noc le regarde». \

— Arïèt^!/ ai^H^i le 4iflrjew.

— Alle*rrous-eiis!

— PioQuuftfi, je ftius.tw^pèrôi..,., — Ta . meas, .vieiax tfripofi !

— Picounoc, je suis ton père !

— Si tu es mon père, hurle le garçpn que la fureur et Teffroi rendent ^pu, ôte donc cela pour que je te voie comme,il faut !

Et d'un bond il s'élance sur Tinsolent vieillard, et lui arrache moustache et perruque.

Un cri part de l'intérieur de la maison. Les deux femmes viennent de reconnaître l'ioûfpur vaurien de,la. rîu^Çhi^mp^iij^, .JLe yieiUjird, honteux et pâle de colère, t r,ajnA$H^ e^t £ait^4i8paraître, au fond de la poche de son habit, cheveux faux et fausse barbe.

— Cane tenait pas beaucoup, dit-il rixgissant, et.jan eniaut(iP09(V^it<fciriB ce iqueitiîi as Mi, grand lâche ! Maintenant approche ! et: j'en.

juté«I)i«ii,^jé'^^%"ldièÉsétaÇ. W^r^ 'cH^fèu ' sur la tête !

il 0ft^'àflfreaxi^rvcâro6'^énx<brâgla«id'0n>8fgè. 11-86 d4^k|)pertcoiiiiàer' il» thàt'^xiv w&têke'J fies- ^iiEiiHéelefi'se !g<<hi£ièii<t mr le r couvsnf Aée bras, ' ^ SUIT les^jambes,' !c(Aiiiide^)dé8f'épongHi8" dé^bs^i l'eau,' e t r s'^la^onl r ^ commet f des i ' cocd)eii:Vr68: ^ : PicouMet lEi p^wt^ et f rec Jiile:' ^

— Td^teiAirëiff'peiirtùf'!. tuïè yà1We6^!.... grihéê>^e^ViëilW«i,''mm tu" tië'm'èihâp^efàs ' pa« ?...... ^iïà tè ëaëhefe icï,>t€f rét^oiive'^^^^^^ ^

lett¥*!...v.;

Picoanoc ouvre la porte et se réfugie dans la-ftlàl8<]rtt;îL.iQUa«*liae>ftrfgàtia4e' vdlï à f ii^^ de'«e^iitïurfe^et'aè''dèfe»ëèuij'é;il liiVdriëi î'^crdtoe ' à /la^'bo<f<ïlfô'>ët^ae''p<>î«^-fel-nîJigf Lâdhe! ca-' naittejJé>ty'tti*iUdi8 n...'..f àî'lfe Vîfoft de te iûtfti- ^^ dh^èî^ydis^^e je sûft tcw pêï^e !:...;•

Ficôunoc épouvanté s'arrête dans la pQrte entr'oûverte ; Tu mens ! dit-il encore au vieillard. '

Le brigand s'avance, monte sur le seuil, et mettant la tetè'dàns la maison, dit lentement-: Je suis Pièrre-£nocli Saiiit Pierre, de Rimouski, . le mari dé F^Ioiiisë Morin et le père de deux

enfants jumeaux à^ c^ni j'ai . iransiQ^s la içalédiction paternelle !

La faudise. tpmbaiit avec inracas- au milieu de la salle paisible eut causé moins de frayeur et d'étodueioeiii que oetta. terrrbde -révélation. Le brigand attend: debout dans k iporte le résultât' de* son addaciemBe- paroljB. > ^Âudacie-use en effet est cette parole, car le vieillard n'a • qu'un soupçon de la vérité. Mais il. est convaincu d'ayoir deviné juste, quand.il voit la femme s'affaisser, pâle, et treifiblant^, en s'écriant : Mon Dieu ! Mon Dieu ! c'est mon. mari !

Emmélie, étourdie coipme par . une détonation formidable^ est agenouillée . près de sa mère et la regarde fixement, d'un.ai]?:en peime^ sans rien dire* sans ri^n faire, ^icounoc aussi lui paraît frappé de vertige.. Il #e^ : retire devant le vieillard conâme pour se soustraire à son regard de flamme. Saint. Pierre entre : — Je suis donc chez moi, dit-il d'uil àir impassible.

Il s'approche de sa femme et la relève : —Félonise ! Félonise ! 'dit-il, allons î réveilletoi,.... Il nefàut pas m'en vouloii:..^.^.Jé vais

' LE PÈLEBlk DE SAINTE ANNE. 243

rester avec toi '.Je serai un brave mari

* 11 y à une fin à tout. Jeunesse se passe

L'èx-élève apporte de l'eau froide et mouille le front et les «joues de la femme évanouie. Elle ouvre Jes yeux : :

— Tu ne me reconnais plus, reprend le brigand.^ Il' y a vingt-six Ans que tu ne m'as pas vu! c'est-à-dire:

L'èx-élève qui ' sindigne d'un ' pareille cynisme, repôïissê le vieillard : Laissez-la donc ! retirez- vous un peti, vous reviendrez une autre fois.

— Mêle-toi donc de tes affaires, toi,, réplique le brigand : Je suis chez moi; j'y reste.

—Vous n'êtes pas chez- vous ^t vous tie resterez pas ici.

— Je te flanque à la porte.

— Je vous fais mettre en prison !

—Toi ?

-Oui!

—Toi?

— Oui, moi ! moi ! étiteûdez- vous ? Je connais Tôtre histoire !

Le brigand perd de sa témérité devant la

, ?44 h\ ^i^f^V^ DB, S^I^TIÇ^ ANNE.

feriueté du jp^ne ,hQija;ip»e. Il . iç^ut f^ttirer Emméjie à lui. ^Ue se ^jsjaijivef.çn d^iâ^nt: — Vous avez, fait trop d^ mal à ma mère !

.iiMfa4^|U€>i^ii3it Pierre éfiQrt:de« £01» fevanoois-

sement. Une amère angoisse/ est. peinte dans

.ppnTjCgfifrd. ,Blle,»eeÇftifej<jii^r dir.e^ftHe ue-sait

.q^iQj/ftire- ,Qïiesl^e>,,Jw)wîa>le(îpïO«it|oli que^^M

sienne! Elle a aimé sqix.i^iiari ;..^ie^a.pl^aré

.^^^ '^^^J}?i^^W ir.»WrPP^i'9î»ïMfoPP^r0lle-

à ses côtés, et son souvenir le lui montre ^pujours jeune et beau comme au . temps /jadis,, alors qu'oubliaiit tout eUe s'est , donnée à r lui, L'ex-élève, comprenant dans quelle situation la présenté inutile de cette homme jette Emmélie et sa mère, prend une détëniiination ferme:

- Sortez !. dit-il au vieux' chef des valeurs» et ne reparaissez plus dans cette maison sans y être mandé, ou bien je vais, sanSf retard, vous dénoncer.

, Le.iîlief laûiCe/^n.îîegftçd «hiralanti^iu' jeisine homme. Il comprend qu'il pe. p.eufcni iJRoittter

XC PÎLfiaiN D£ SAINT£ ANNB. 245

aut user de ruses, et se débarrasser de ses ennemis dangyféoi! ]l'déi)'o'^é^s#' lë'^'lèyrè'è à!éétifQiMé'n¥ham ivSfix'M' nitltôihéM le ^H^àfe Hyé^r d^ lllijià^'; if'fàt tta'g^àm'è menace à l'ez-ëfôv^ èiVêJbfgnë;'

A' 'qtfd^tfè • diétanc'B'dè 'la nikfâôW, s-arVèlant <l&hs^'atte'%iiié&tfi*^dié(^éiS, il' rajtis^'â- sa' tootiéi tiicfié'fettbnis^ et'si' cKëi'étàtè nWfév

Picounoc et rex-élevê'p^ortèrent, su'r uh'lil; làidamé' S«M- -Pierre qUi W. stMait ' dé sa tbrbêtir •qilè''p6tiï" i'ê'vàttiMf dô' hoiftëàri; Elle fut longtemps triste et maladel

LE PELERIN A LOTBINIERE.

Le chef dés voleurs s'en retournait pensif chez Aslselîn,' lorsq'u'il vit venir deux personnes qui causaient et gesticùlaiient aveè animation. Il p^êtà l'orettlleâfeur'dièëbûré;' L'uiiè "disait : 11 va' dé'b'ai'qàèfâ là vieille ègîîsë.' Sa petite' smtèst' afé(f iuî't et ié'b'ât'éatt dé PaUtt eéf eaèJt^-^&'màmê: T\îtxf léé" p&éBige'ib de'

Mathurin ont voulu s'enrevenir avec le muet.

Mathuriu est arrivé preeque seul. !

Le chj3|' interrogea, ces persoD»çs et leur demanda si elles parlaient (Ju ,piuet guéri miraculeusemejit à Saintç( Anne...

. — Oui, répondirent-elles, Il va arriver d?ins une demi-heure au plus : yous voyez la borge sur la batture, vis^à-vis 1,'iiet. Elle ne monte pas vite, la brise est faible.

—Ce qu'il, y a de plus ;etonnant, rej^rit l'autre, c'est que s^ petite sœur e^t avec lui.

— Merci ! dit le brigand qui partit d'un pas plus rapide. Il annonça la nouvelle à madame Eusèbe, qui fit prévenir aussitôt son mari par l'aînée de ses petites filles, Asselin travaillait au champ, mais assez près de la maison, il entra de suite, se rechangea, mit un cheval à la voiture et partit.

— Tu vas au devant de lui ? demanda la femme sans cœur, ce n'est pas moi qui me dérangerais pour cela......

La nouvelle de l'arrivée des pupilles se répandit promptement ; et quand la petite berge amena sa voile et entra dans le rigolet, il v avait sur la grève, un grand; nombre de curieux.

Un immense,, hourra s'éleva du bateau : h périple y répondît, de là rîvé/. Djos" débarqua ie pretnier^ tenant "par là main sa petite sœur, rieuse et ravie /de ce,,qiii se passait autour d'elle. H. tepàge suivait les pu,pilIeSi et veillait Sûr son èhtant a<ioptivé! '"Plui^ieurs dé ceux qtii'étàî'em sur le H vage tinrent serrer ïâ main àtî pèlè'rin et embrasser ÎVlarié-Loùise.

— Reniions-inous à l'église, dit lejeune hommQ, allons d'abord rendre grâcç au bon l)ieu. .

Et toute 1^ foule suivit les deux orphelins qui marchaient se tenant tj^ujours par la main. Et cette foule formait, une Ipngue processioi^ qui allait s'allongeant toujojars à mesure qu'elle ^ avançait. Le curé vint au devant du jeune homme et le félicita d'avoir été l'objet d'une si haute faveur de la part de Dieu. II l'invita à la reconnaissance. Et prenant l'enfant dan& ses bras : D'où viens-tu donc aussi toi pauvre petite ? c'est ton ange gardien (j[ui te ramène !..

Un bruit confus de voix montait du millieu de la foule. Chacun faisait les commentaires que lui suggérait r|ôvéneBa<ept. . Les uns rappelant les jours d'enfanpe du ,muet, et les trai: tements inhv^ma^ins qu'jl. avait reçus, de spn tuteur, n'étaient pa^. fs^qh^s /de le. yoir, revenir

2^ ' Ll Î^LUUN'Ùe'saIMTX ÀNBK.

tri6mplïànt,c6mprenantqu'enèfferietriômp^ ie'\à Ticiimé Fait la iioïite dâ boVut^Q.-, X^i autres àyaiênt hâte ae voir la' conteiiaàçe; de màdtùiie .âisseiiiiî èi j'-'-'-'j- -'---i-- 5 1. putiteMarie-ILc^ise coi ' dans lé bbis da domai boises fiyec sa tante, trouve tran8|>ortée, coi ùiié'psi-oièsé éloigûëe.

l'arriVéè d^ l'éniant, n

qrii l'àaftii>Htîin âk iÀlfm^^mk lJo(ltfrSà8ite AtiJié\ Qtieifitiëi' hbÀVitsë feïn^^ dil^éiitj (Te« Ift défùhty jbaW; c'ffl^f BÛ¥, qiii a véfllé'; dii haat du ciel, sd'r séa^éÏÏfUïa.

—Je le crois bien, ré pondaient tes autr€^. Car ceuT qui sont au ciel peuvent voir et connaître ce qui se passe dans le monde.

— Et ceux qui sont dans l'enfer sàssi.

■ — Je n'en' sais rién, répoli'duienf celles qiii votUsient restreindre autant qu« posfiblé'la liberté des damii»^s.

Celadoit être, puisque' lês'espi'itB' iiiitaàtériels, inskisiiâÊâbleà, êtbtippeht nécës^réiuehï i l'étrilntë et'né^ peutent étïé eiiifeïméfe; Ils' ■vdli?iittaij>idèâ côïl4dia'lai)éitàêé, passàtitè'tfà-'

vers les corps opaques comme la lumière f^ans lé cri'stai, et vont dé mbnd[es en mondes, portant partout en eux-mêmes la peine et les tour- . lueiits, ou là gloire et l'ivresse de rétemité.

- F^^^i^ 5 ,par.>^ ^r?Uf^^>f lé^ Ur^sur /p^^j(^p^^réS|,.4u^i.^|,^5tre. .^^^^ pye^xe entonna d'une jrpj^^^^^e^i^n^^çjau^ft^sq^çn-

nel : Dieu va déployer sa puissance

et tout le mond^ cnanta, dans un transport -d'aûioW et'dé reconnaissance, avec ïeîèvite^ t>ièuî, Us lôltangësidù' Sèlghedr: ''Et' dansla voûte du temple ëclatkfet dé blancheur; Poii eut &i qtfùnè troupe' d'anges înviôibles rêpétaiï, en lés^Véhdànt'ipïus Ifuaves* et plus d6ux^ 'èéî3 catttiqû^ joyeût; Au sortir ^ de Téglisë, quelques nàbitàîife" invit'èreiii: le pèlerin et sa ^àœvlî''à v«nîr prendre une 'tt(sse de lâîi oW de îlié, car le soir ai-rivaît et lés oTphelins n'avaient peut-être pas fait un copieux dîiior à bord du bateau .de Faton. Le curé dit :> Qu'ils viennent tous deux ati presbytère,, avec le monsieur qui les açcpmpa^ne : la spryaate trouvera bien qu^lqi^e ql^ope à^jp^ttire sur ,1a bble ; et s^ijs désjrejnt se rendre ^ailJpçirSj^n; suite, ma voiture sera à leur dispositjpn.

Personne n'osa s'opposer au désir du curé, et, par respect, nul n'insista.

Au u^ ornent où leç orphelins et 31. Lepage, cédant à l'invitation du boi^ curé, prennent le chemin du presbytère, Âsselin arrive en calèche à la porte de l'Iglise, saute de la voiture, attache son cheVal et rejoint le petit ■groupe qui s*én va lentenaent.

A la vue 4' Asselin, tous les.gc^ns s'arrêtent <3urieux et ^e retournent, pour voir le résultat 4e son entrevue avec se? pupilles. . Plusieurs paraissent étonnés dcf cette démarche de sa part. D'autres, sachant qu'il était plus méchant que sot, affirment qu'ils s'attf^udaient à le voir arriver ainsi. Les uns pensent qu'il dissimule ; les autres reconnaissent qu'il ne peut pas agir autrement, sans s'exposer au blâme et au mépris de toutes les honnêtes gens.

Ëusèbe salue le curé d'abord, ensuite l'étranger, puis ses papilles.

— Eh bien ! tnon Eusèbe, lui dit lè^rêtre, le bon Dieu te rend les orphelins qu'il t'avait confiés déjà ; cette fois, il faut que tu les gardes avec soin.

Asselin est dans la confusion, et les remonls de sa Conscfehcë lé portent à croire quç'clîacùn peut devinfef ce qu'il d fait: •' '^ '^'* '^ • ' *

Je tâcherai, monsieur lecuré, balbutie«t-iL

Puis, s'adresj^afljt au pèlerip,::^^ ,te demaïude^ bien j^i^rdpn, Josfjpli^ dit-il, si jp, rfte suis,4éj6>^ 7 de toi, et si jç ne t'ai pas, tra^t^ Ç;Omrne Jo/iOT^ ,' ^ pupille. \.,.,. je. i^e. te reconnaissais poit^..jQ, ne .^ te reconnais pas. encore ;. mais. |e^ puppose qu',il . , sera facile de prouver que tu es le fils de ma

défuiïte'&^ûr;- '^ '"""''' ' ^' '' '' ' ' "'^

r— C'était malaisé de le rçconuaitrc, observe. . le prêtre ; q^iand il est parti, il babillait içpmme une pie, et quand il çat revenu,, cet été, i}. .était . muet comme un poisson.

—Avec cela qp'il a diablement grandi, mon* .

sieur le curé voyez-donc, c'est nnhomm^^

à présent, et un homme richement découplé....

. — Dieu ne ferait pas un miracle en faveur > d'iin renégat at. d'un menteur, continue 1^ prêtre, - ■ ' •• 1

-^C*est ce que je pense, monsieur le curé. ' ' Les curieux regardent toujours, s'efforçant " dé saisir des lambeiaùx'dè la conversation, té

252 LX PÈLKaJN DE SA1NI£ ANNE.

cure lUQute, suivi de ses notes, 1 escalier çie sa galerie. Assena s arrête sur la première marche.

—M:mi] mottsietttfle'girfé, Wé-fcl?" Je'suit venu àtfaëvàîit clë 5oseplieé^âë1M!^rfô-iE.yïii^ë,^^ et j« iafe^aès^émtiïèn^i^'à la àiàlfeôA/Vils vea:= ' leiiV bifen 'f ireiiîf ir/.vy ife' f eul^iïf bien' me *iia^^. ' ddhffftnfe 'ffiW'^qii^j'aT pu Tëttr^ faite:/:. V:

Le pèlerin se retourne vers luij tendant sa main généreuse : Le bon Dieu m'a bien pardonné;' pcnli^u'ôî^tté vott^ pafdbiinéiàis.j1J'pom J'mir IhMiiikfi ^i)Iafe'^boùçiâb^ qu^^'fôuè lié l'ètës^ënVërfe ûibi. '

Eusèbe serra la' main ae rorpnelin dans la * tienne; et deéplëurs' iriôdillôifàût^ feesyeu* rarement baniîdés!^

-C'est bieti yèU\Tèpkitii% prêti-e'attèïi'a:fi : c'eat la ï)ait>le, c'est l'action 4' uî* vrai chrétien. Entrez, mes amis, entirez!... Viens, *Eaîsèbe, viens, Kien ne me fait plaisir comme d'être témoind'une conduite au^si eu,r<app,art avec l'Evangile de Notre Seigneur.

On entre. La foule satLsfaile s'écoule bientôt.

LE t^ÈLBBIN DB SAIN» AHilB. 253 '

Asseliiî ne conduisit pas les orpheHns cliez lui, ce soîr-là. Le curé voulut les retenir au presbytère afin de les faire causer et d'apprendre, de leurs bouches, ce qu'ils étaient devenus après avoir laissé la maison de leur tuteur, jusqu'au moment où la protection ' divine s'é • iait, à leur égard, si visiblement manifestée.

Madame Asselin était d'une humeur insupportable depuis une heure,*depuis l'arrivée dss orphelins dans la paroisse, et elle refusa durement de prêter à sa petite voisine, Noémie JBélanger, un fer à repasser. Il se trouve des femmes, et des hommes aussi, que le dépit rend bêtes. Madame Bélanger soupçonna bien la -cause de l'insolente bouderie de la mégère, quand Noémie, toute étonnée de ce refus inqualifiable, revint sans le fer à repasser.

La jeune fille, en apprenant la guérison de ^on ami le muet, n'a pu retenir une exclamation de joie. Elle s'est abandonnée aux délices ^'une espérance infiniment douce aux âmes aimantes. Tout devient souriant et gai dans €on cœur et autour d'elle. Elle éprouve une étrange émotion en songeant à la première 'entrevue avec Joseph, en cherchant à deviner les paroles qui les premières tomberont de ce&

89uffn9Ute% mêofie cl^sleto^ ^urii^. Le soldl se lève dw^ Vâqç^, 4^ la vierge» et les Tapeurs qiû QXit roilè 898 premiers rajoDus, se dissipent

au souffle de la briee^ matioate Mais la

nuit descend, dad^s râme^coupabk^de la femme d'Âsselin, et les derniers reflets de la grâce s'éteignent dans les ténèbres profondeR de la cupidité. Elle fait, un froid accueil à son mari :

— C'était bien la peine, dit-elle, d'aller

essuyer la honte d'un refus Penses-tu qu'ils

vont reveiiir ici ?,.,...

Oui, ils. vifiadront âcmain,. répond Ausèbe, etj'eiftteiids qu'ils soient bien reçus. Au reste, que veuX'tu feif e ? De q«>i peuvent te servir maintenant ton reasentiment et ta haine ? Je comprends qu'on puisse ne pas les aimer, et que Von soit contrarié de leur retour ; mais au moins, il faut savoir dissimuler

La femme, ne sachant que répondre, tourne les. talons en faisant une grimace.

Le maître d'école et le vieux Saint Pierre entrèrent en causant à voix basse. Ils venaient de faire une promenade dans le champ, sons

Lfe f>%LiRrN DE BATKI'E aun^. 255

prétexte de TiBiter tes javelles de blé que Ta hart h'àyait pas encore ïîéés eau geïbes. Le chef dit, e» éiittant, qu'il aftait partir pour 'Saint Jeati, ne tronvuiit pas à Lotbinière die ferme à acheter. Racette s'^ôffirit de lé f^bndaire en voitare, m 4e^irr hdte n'avait pas beBKdn de ses okevafttx poar aormr dm gmini

—Je n'ai pas de «er/éfe à faire, aVaît répôtidil AisseHn ; ta peux prendre Carîïton, et mener mt>n8ieiir oâ il désire aller.

Le maître d^école et le clxef des voleurs se dirigèrent, en calèche, vers Saint Jean. Ils retinrent la nuit sans être vus de personne, et le Vieux brigand, afil^é du fusil dTEttsébe s'en alla se cacher dans la bave à patatesi sur )e bord du ruisseau.

l'bx-élève om&LiE SON Latin.

Le lendemain de l'arrivée des orpheains à Lotbinière était un dimanche. Chacun s'atîheminâ wrs Tégliae, qtd à pied, qtxi eâ

256 LB PÈLBEIN DE SAINT! AKVS.

Toiture, eh parlant de la récolte et da beau temps, des papilles d'Âsselin et du miracle de Sainte Anne. A la maison, pour prendre soin des enfants et faire le ménage, n'était restée que la gardienne indispensable. Ceux qui n'avaient pas encore appris la grande nouvelle du. retour inespéré de la petite fille égarée dans les bois, et du jeune gars disparu depuis neuf ans, l'entendirent raconter cent fois. Bt les deux orphelins furent l'objet delà curiosité et de l'admiration de tout le peuple. Et voilà pourquoi il y eut tant de groupes de jaseurs à la porte de l'église. Après les vêpres,. les parents et les amis se rendirent chez le tuteur, La maison s'emplit: elle regorgeait de carieux. Madame Asselin paraissait mal à l'aise. Eusèbe dissimulait-il son dépit ? je l'ignore : mais sa grosse face rousselée souriait, et lui, d'ordinaire morose, il se montrait affable et causeur. Le subrogé tuteur, Gabriel Laliberté, n'avait pas été le dernier rendu.

Cependant les pupilles n'arrivent pas encore. Atout moment quelqu'un sort pour interroger,, du regard, le chemin ; et c'est à qui le premier apercevra la voiture du curé qui doit amener le pèlerin. Tous les hommes peuvent recoor •

Le i^iLxaui db sainu anni. 25T

^tiaître, à tine demi-lieue de distance, le grand oheval noir du curé. Tout à coup an gars se Jette triomphant dans la. maison : Les voilà !

lei^, voilà ! je reconnais le train long du.

oheval! Ils passent, devant chez. JPraaçe

L Tout le monde se précipite. La voiture prenait la route de Saint Eustache, la conces* sion où demeurait Asselin. Il est imposible de la reconnaître d'abord. On attend avec patience, et quand elle est sur le petit coteau, vers le milieu de la route, chacun peut admirer r^rdeur de la bête qu'une main habile conduit. Les maquignons, attirés les uns vers les autres par Tinstinct ou l'unité de goût, se trouvent réunis en un peloton bavard et tapageur. Ils étudient l'allure aisée du grand cheval, font le dénombrement de ses qualités, parlent de ses écarts guéris et de sa corne dure. Ils reconnaissent que nul d'entre les plus beaux de la gent chevaline, ne se porte mieux la tête. Ils restent bien penauds quand arrive la» voiture. Ce sont les orphelins attendus, mais ce n'est point le cheval du curé. Le prêtre, appelé auprès d'un malade, avait prié Amable Simon de mener Joseph et Marie-Louise chez

bar Qoude. AvaRble» Simon ^'éteit r^ndu^ avec -plf^mx au .déi^T du our^.

Euâèbe fie tidârt à k^ petite iiti^o les àitttea komÉÈ^es; I4f ptie tout lé mcmde d'eùtre^t. Les ptLpilieB ehtrent toé^ ^ettlië^s, ismvis dfe M. Lepage. Les femmes s'écrieut en aper^vaiït Y'QîitAUt : Cette chàore petite ! voyiez: donc

eomme eUe eoit belle ! EJie a» ^ritubi: ! C'est

XkSk ntiraole: ania» qfu'jslie aoit mTeaoe !

Toutes l'em'brafisèrettt atrec utie Véritable émotion, et plusieurs, en pleutâut. La femme d'Busèbe n'eut pas ^énergie de dôinptèr sa haftie, et, la dernière, elle 8'aï)proche de Penfant pour rémbraôser. Eusèbé qui l'épie, rougit d^indignation. En apercevant sa tante, Marie- Louise va vers elle et lui tend les bras : Tante» dii-elle, pourquoi donc ne m'attendais-tu pas ? pourquoi te sauvais-tu toujours ?

Cette padTole que la n^ïve i9ii&iit dit en^ souriant, €»t <»»mme un comp de poignard djans 1^ ecpur de I4 femm^ mécb^ate. Hadame Eumb.e pâlit, balbutie quelque cbose cpmme : Tais-W 49nc, pMite foUe ! puis eiffleiure de sa boacbe dj^daigri^use le front radieux de la ^vi^!^ orphi^lin^, I^a.par<;)r](e de i' enfant surprend

LV pàr.BRfN DIE aàiMi^Ams. 260

toat le monde, et Vovk wkevkà%n chaobsottement pareil au pYemfer bn»i$&ieint»tii du feuillage qti^nd la biriae se réveiUe*. Maffie-^L^tiise, heureuse de sd h^tDyer: daftiB cette maison où pûurtsmt elle a bien souffert; rassemble à Foise^u que l'on élève ptisoiiniar dans offlie c»ge. 11 sort;, ouvre gauchement ses ailles qoi n'ont jamais Biagé dans, lee flots de lumière, s^effraie de TisQjnenaité ^tjd renvironae et de cette liberté qui rétourdvt, ne <»)mpTend pa» le» appels voluptueux descompagoona^ui riii:vi- . tent sur les cimes en fleurs» et revient se poset sur les humbles jiichoirs de sa prisotii Mairie- Louise demande ses petites coures. Les enfants ne dissimulent point : ils n'ont point derancune et ne se souviennent pas des chagrins de la veille. Ils sont imprèssionnablee, mais leurs émotions sont courtes : ils passent sans cesse du plaisir aux larmes et des chagrins à la joie. Les petites cousines de Marie-Louise se sont enuyées tout un jour de leur compagne de jeu. Depuis longtemps elles n'y pensent plus qu'avec indifférence, mais en la revoyant elles sentent renaître dans leur jeunes cœurs l'amitié endormie, et, joyeuses, elles lui sautent au cou pour l'embrasser.

260 LB PÈLSRUI DS 8AIKTS AKHS.

Le pèlerin rappelle, pour qae Ton ne pnisBe mettre en doute son identité, des &its dont il a été témoin dans son en&nce, e^ il répond avec nne surprenante axactitude aux questions qu'on lui fait. Il a tant songé, pendant les mx mois de mutisme dont la colère de Dieu l'avait frappé, il a tant songé à tout : à son enfance, à ses parents, à ses amis aux agissements et aux paroles de chacun, que les moindres choses sont gravées à jamais dans sa mémoire. Il y a déjà plus d^un quart d'heure que l'on cause ainsi quand le maître d'école arrive. Longtemps il a réfléchi avant de se décider à paraître devant le pèlerin. Mais sachant qu'il a prévenu les gens en sa faveur, et que le pèlerin ne peut lui reprocher autre chose que l'enlèvement de l'enfant, il paie d'audace et brave le ressentiment de son jeane ennemi. A sa vue Joseph se lève : —Comment, vous ici? dit-il, vous?

— Et pourquoi pas ? repart le maître d'école en souriant.

— Je ne sais ce qui me retient ! continue le pèlerin qui prend feu... j'ai envie de vous!...

II oubliait qu'il n'était pas chez lui et que le maître d'école était dans la maison de son

LE PftLBRIN Dfi SAINTE ANNE 261

beau-frère. L'on fut étonué de ce mouvement de colère du jeune garçon.

Racette, habile à dissimuler, reprend, toujours souriant : Tu m'as cru méchant, tu

pensais que je voulais perdre ta petite sœur,

et je voulais la sauver! Je n'étais animé

que de bons sentiments. Et puis je ne te

reconnaissais pas. Bi je t'eusse connu, cher enfant, j'aurais été content de laisser ta sœur

bien-aimée sous ta protection Je croyais

que tu l'avais enlevée à ses parents, à sei^ tuteurs, et je voulais la leur rendre. Voilà tout mon crime.

L'orphelin remarque, tout étwiné,.que le maître d'école reçoit des marques d'approbation de plusieurs.

-►-Pourquoi l'avez-vous enlevée de nuit et avec l'aide d'une bande de voleurs et de brigands? Est-ce là le fait d'un honnête homme ? Quand on agit dans les ténèbres, c'est que l'on a peur de l'éclat du jour ; et quand on a peur de la lumière, c'est que l'on fait le mal.

Le maître d'école ne dit rien. Le pèlerin, enhardi, continue en lui lançant des xe-

262 Ll PàLSRlIÎ DC SAINTS ANMB.

gards foudroyants : — Youe vous associez à des voleurs, donc vous ne valez pas mieux qu'eux ! L'un de ceux qui spnt venus avec vous au Chàteau-Richer, Clodomir Ferron, que Dieu me pardonne si je médis, était l'un des voleurs qui se sont introduits ici l'été derni^ ; je l'ai vu. C'est lui qui a dejgiandé du lait à Noémijô j^élanger, et qui l'a inaultée en l'embrassant. Us étaient trois ; iU m'ont lié, garrotté et traîné derrière la grosse roche, au milieu du champ de Baudet Ijis m'out ei^suite mis dans u^ie charrette et co^dpit à la grève, comme vous le savez. Clodou^ir est peut-être mort à l'heure qu'il est. Il porte la peine de sa faute. Voilà vos amis, vos compagnons, et TOUS voulez que je ne me défie point de votre amitié, de vos paroles ?

Cette révélation jette Témoi dans la maison. La surprise se peint snr toutes les figures et le maître d'école, foudroyé par l'audace du jeune homme, perd la sympathie des gens. Mais bientôt son hypocrisie raffinée prend le dessus ; il retrouve son sourire d'occasion.

— Il n'est pas encore prouvé que Clodomir Ferron soit un voleur, repart-il, et tu devrais songer qu'il a' des parents et des amis ici, qui

n'dateaadent.pa^ $ans regret 0t saiiâ peine nne pareille acciusatioti. .

—C'est vrai ! répondent dMi dU trois wix.

Le maître d'école reprenait la position d'où le pèleria l'avaét délogé. Le pèlerin perdait du terrain. CependaKt il réplique : S'il n'y a rien (Je prouté maintenant, dans quelques jours il n'y aura plus rien de caché, ni d'incertain. La justice informe, et mon témoignage en vaut bien un autre, je suppose !

— Sainte mère de Dieu ! repart la mère Lozet, un jeune homme qui vient d'être guéri par un miracle de la bonne Sainte Anne peutil mentir ?

Cette réflexion opportune- rendit à rori>helin la confiance de tous.

A ce moment une exclamation enfantine et joyeuse s'éleva ; Mon petit pnnier! mon petit panier !

C'était Marie Louise qui venait d'apercevoir, sur une armoire, le petit panier de frêne dont elle s'était servie pour aller cueillir des framboiaes avec sa tante, au mois d'août dernier. ' Elle monta sur le dossier d'une chaise et fit tomber, à l'aide d'une aune, le petit panier

^ai roula dans la place. Elle le ramassa, Texamina avec curiosité : Je le garde, dit-elle ; <ce sera un soavenir I

Les framboises ayaient rougi le fond du panier, comme la honte ou le dépit rougissait <en ce moment les joues de la femme coupable.

— Il était à moitié de framboises, reprit l'enfant, s'adressant à sa tante, quand vous m'avez appelée au fond du bois...... Si vous aviez

voulu rester dans l'abatis avec moi I il y en

avait des framboises I Dieu qu'il y en

avait ! Dans le bois, elles étaient rares

J'irai encore aux framboises, mais quand même vous me diriez de vous .suivre au fond de la forêt, je ne vous écouterai plus.

M. Lepage, comme toi s u>s autres et mieux <jue les autres peut-être, voyait bien les tortures que ces innocentes paroles faisaient endurer à la femme d'Asselin, et, soupçonnant le crime dont cette méchante s'était rendue coupable, il dit à Torpheline, qu'elle retournerait avec lui au Château Richer dès le lendemain, si ses parents voulaient bien le permettre, et que là elle ne s'égalerait point dans les forêts. Le subrogé tuteur témoigna le

LE PètERIN DE SAINTE ANlffi. 265

dê8ir de la recueillir chez lai. Lepage insista, promettant de l'entourer plus que jamais de tous les soins que demandait son jeune âge, et «'engageant à la placer dans un couvent pour la faire instruire. Il eut été injuste de refaser à cet homme charitable une si bonne occasion de pratiquer la plus belle des vertus, et à cette orpheline les biens précieux dont on voulait la combler.

Pendant que l'on décide de laisser l'enfant à son nouveau protecteur, deux jeunes gens entrent : ce sont Picounoc et l'ex-éléve. Bien qu'il y eut du froid entre eux, ils étaient venus ensemble, voir leur camarade et s'assurer de sa guérison miraculeuse. L'ex-élève porte un visage radieux. Les chagrins ne laissent pas de longues traces sur (Jette nature folâtre et gaie, y amour, comme un vin généreux, l'enivre. Picounoc n'a plus son air gouailleur de coutume, ni son rire sceptique, ni sa voix nasillarde, car il ne parle plus, pour ainsi -dire. En revanche, dans sa pâleur ils parait plus long que la veille. Tous les regards se fixent sur eux. Ils ne s'en émeuveut point : la timidité n'est pas le défaut d'habitude des gens de cage. A la vue de ses compagnons,

266 LE PÈLStmr i»i sAfNTft A«rM.

le pèlerin' s'écrie : Batll ! Frc^unoe ! et il s'araBce an devant d'duï en lëtit téndlErïit^ là ntBin*. L'ex*élève, «urpria d'etttendli^e piarter son ami; bien qu'il s'attendte à ce ptk)digë, otiblie son son latin :

-^C'est donc rrai ? dît-il— c'est donc vrai ?

— Et oui ! repart le pèlerin, seulement, je ne parle p*as latin comme toi.

L'ex-élève sourit. Picounoc prenant la parole

—Tu n'étais pas muet ; c'est un tour que tu nous as joué.

Le pèlerin jette au gatrçon nasillard dn regard de reproche :

— N'ai-je pas été assez méchant dans les chantiers pont mériter le châtiaient que tu sais ?

Picounoc penche la tête. Le pèlerin ajoute : — Si Dieu, dans sa justice, a jugé nécessaire de faire un miracle pour me punir, ne peut*il pas, dans sa miséricorde, faire un autre miracle pour m'annoncer le pardon ?

— Je t'avoue bien, reprit le gtand gats, que je suis dur de croyance ; et les- discours d'trrt

LB PÈLBBIN OS SAilNIS ANNE. 267

aatre qui parlerait ainsi, m'entreriiient par une oreille pour sortir par TaatrQ. Mais toi. ..

— Crois-en ce que tu voudras ; moi je sais ce que je sais. DieiPte préserve de ses châtiments !

Lesdeux jeunes étrangers s'assirent auprès du pèlerin et se, mirent à rappeler des souvenirs du chantier. Madame Bélanger passa devant la porte avec sa tille Noémie. EUep revenaient de vêpres, a pied toutes deux.

— Vow '^^'çnt^ez pas voix Joj^eph ? 4^ia«iuda JE!u9èbe qAii sériait pour reconduire Ainible gimon.

— Eat-ii ici ? fit madame Bélanger.

Noémie tressaillit comme la corde d'une lyre ; un doux serrement de cœur la fit soupirer ; ses joues s'empourprèrent comme la fleur de treffle au soleil de juillet.

— Nous entrerons bien un instant, dit madame Bélanger en s'avançant vers le perron.

Amable Simon, lier de son cheval, partit au grand trot, dans sa calèche verte.

-««-Voilà madame Bélanger et sa fille murmurèrent plusieurs femmes.

268 LE PftLKBai DK SAIHTB Aim.

Tons les yeux se braquèrent sur le pèlerin. On savait qu'il éprouvait de l'amitié pour la brune Moémie. Le pèlerin ne put supporter sans rougir cet assaut de II curiosité. Noémie suiTait sa mère et paraissait vouloir se dérober aux regards indiscrets. Le pèlerin voulut dompter sur le champ sa folle timidité. Il souhaita le bonjour à madame Bélanger, et dit à la jeune fille qu'il était heureux de la revoir, surtout heureux de pouvoir lui parler comme aux jours déjà loin de son enfance^ alors qu'ils allaient ensemble à l'école. Les

souvenirs de l'enfance! voilà le thème

facile, abondant, délicieux, sur lequel brode éternellement l'imagination vive de la jeunesse et la conception lente du vieil âge ! Voilà l'objet des plus charmantes causeries, et des retours les plus touchants ! C'est une oasis où l'on se repose en traversant les steppes arides

de la vie Ceux qui ont été 'amis dans

l'enfance ne peuvent plus jamais devenir étrangers les uns aux autres. Le pèlerin et Noémie parlèrent de mille incidents qui les avaient alors bien intéressés. Ceux qui les écoulaient ne pouvaient pas deviner tout le charme de cet entretien.

L£ FàLE.BIN DB SAINTE ANNE. 269

— Te souviens-tu, dit Noémie, de cette fois où Glodomir Ferron te jeta dans la vase, en allant à l'école ?

—Je ne roublierai jamais, Noémie, car tu me révélas alors ton bon cœur et ta sensibilité....

Noémie rougit. Elle continua : Le maître

injuste au lieu de punir Glodomir, te donna des coups de règle

—Et tu pleuras, acheva le pèlerin,' avec un soarire un peu triste

La jeune fille avait encore envie de pleurer. —Il était bien injuste ce maître, dit-elle, après un moment de silence.

— Il est ici, observa le jeune homme à voix basse.

Noémie jeta un coup d'œil dans la salle et reconnut le maître d'école, assis auprès de son beau-frère. Elle devint rouge de honte, et pencha la tête comme si elle eut éié coupable d'une grande faute.

—Mon Dieu ! dit-elle, qu'ai-je fait ?

—Tu n'as dit, tu n'as fait rien de trop, reprit le pèlerin à haute voix. Ce maître était injuste «t cruel et je le soutiens à sa face

Le maître d'éoole, plus confus que Noéime, surtout plaB ooupable^ dévora oet afirotiteft silence.

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