‹ Le pèlerin de Terre SainteChapitre 14 sur 100 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Monuments du Caire.

Citadelle du Caire. — Palais du vice-roi. — Puits de Joseph.

Vue du Caire.

Nous rentrons au Caire ; et, après notre dîner fort retardé, un des Frères nous conduit à la citadelle. Toujours il faut traverser des rues arabes, mais elles sont moins encombrées et plus propres. Il y a des bazars que l’on visite avec intérêt. Chaque magasin est étroit. 11 n’y a, pour l’ordinaire, qu’un seul Arabe, jamais de femmes. Vous entrez dans un bazar, on ne vous offre rien ; vous choi- .sissez ce qui vous convient. L’Arabe n’insiste pas, il ne vante pas sa marchandise. Au Caire, je n’ai trouvé qtie les moukres qui vantent chacun leur baudet, et qui souvent se battent entre eux pour obtenir la préférence. C’est un spectacle aussi embarrassant que risible. Si vous faites signe à l’un, dix autres accourent avec leur coursier,

et VOUS vous trouvez jT tiraillé à droite et a gauche, milieu d’uiie cohue qui ne ^s’apaise que quand vous avez pu mettre le pied dans l’étrier. Mais poursuivons noLio course.

Nous arrivons à la citadelle, et nous entrons dans la mosquée. Tl faut se résigner à accepter des pantoufles pour marcher sur les tapis dont le ])avé est recouvert. Quelle honte pour les chrétiens d’entrer avec si peu de respect dans nos églises où habite la majesté de Dieu, taudis que les musulmans prennent tant de précautions pour pénétrer dans leurs temples vides. Cette mo.squée est un édifice moderne assez semblable aux grandes mosquées de Coirstantinople. Dans cette immense construction revêtue de marbre, sous ces dômes imposants, rien qui élève à Dieu, aucun emblème religieux ; ,'une tribune ou chaire pour lire le Coran et l’indispensable mihrah. Quand on lève les yeux, ou aperçoit une forêt de cordes d’où pendent une multitude de lustres, comme .si l’on était dans un vaste théâtre. L’édifice e.st courounéjpar une grande coupole flanquée de quatre demi-coupoles, avec quatre petits-dômes octogones aux angles. L’intérieur est tout revêtu d’albâtre oriental, d’une blancheur éblouissante. Le grand dôme est supporté par quatre énormes pilliers distants d’environ 20 mètres, (66 pieds). Il e.st élevé, mais il est loin d’égaler celui de Saint-Pierre de Pome. Il existe au Caire plusieurs mosquées dans le style sarrazin, fort anciennes et couvertes de sculptures, que nos antiquaires trouveraient beaucoup plus intéres- .santes ; mais celle de la citadelle est remarquable par ses ornements et ses vastes proportions, et en la contemplant, je disais : Si le Caire devenait chrétien, quelle belle cathédrale ! Qu’un autel serait bien placé sous ce grand dôme ! Qu’elle serait douce et entraînante sous ces voûtes spacieuses l’harmonie de nos chants sacrés.

Au sortir de la citadelle, qui est une petite ville, nous entrons dans le palais du vice-roi. Les appartements sont décorés avec le luxe oriental ; ils sont riches surtout en ameublements. Mais ce palais n’est pas un monument ; il est loin de ressembler à ceux de nos grandes capitales de l’Europe. La salle du conseil est vaste et bien dis-»posée. Le vice-roi a établi un simulacre de gouvernement repré.sentatif ; il a ses députés qu’il réunit de temps à autre dans cette salle. Il est toujours présent ; il n’occupe pas de siège particulier ; il se place dans un angle. 11 écoute, et puis il donne son avis, et cet avis prévaut toujours, personne ne se permettant de lui faire de l’opposition. C’est bien le gouvernement absolu coiffé d’un chapeau libéral, et c’est peut-être celui qui convient le mieux à l’Egypte à cette époque, où elle passe de la barbarie à un essai de civilisation. Le vice-roi veut transformer l’Egypte ; il n’éprouve aucune opposition de la part de ses sujets, et il ménage et favorise les iCuropéens, qui n’ont aucun motif Je se plaindre.

J’ai voulu aussi visiter le puits de Joseph, ainsi appelé de Joseph Saladin, malgré la légende qui le fait remonter au fils de Jacob. Ce puits est creusé dans le roc à une profondeur de près de cent mètres, (trois cent trente pieds). L’ouverture est immense. On descend par un escalier en spirale. Cette rampe est si douce et si large qu’une paire de bœufs sous le joug peut la descendre pour tourner une roue qui fait monter l’eau à un pallier établi vers le milieu, et d’où une autre machine, mue aussi par des bœufs, la verse en haut. C’est toujours le système traditionnel, pratiqué par les fellahs, consistant en une roue à chapelets de petits pots en terre.

Je ne puis quitter la citadelle sans contempler un instant les merveilles qui m’entourent. Quel beau panorama ! A mes pieds, plusieurs plaines immenses, et au delà, la grande capitale égyptienne qui se déploie dans

tous SOS détails, avec ses minarets et ses dômes ; plus loin dès plantations verdoyantes, et enfin le Nil, promenant dans son large lit ses eaux tranquilles. Au fond de l’horizon, les pyramides dressent leur masse imposante dans l’azur du ciel, spectacle unique au monde qui réunit les splendeurs du ciel, les richesses de la nature et la solennité du désert.

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