‹ Le pèlerin de Terre SainteChapitre 15 sur 100 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Du Caire à Suez.

18 mars.

Il est impossible de quitter l’Egypte sans voir le canal de Suez, la merveille des temps modernes. Il y a peu d’années, un chemin de fer condui,sait directement du Caire à Suez, en traversant le désert. C’était un trajet pénible, sous un ciel de feu, au milieu de tourbillons de sables que soulevaient les vents presque continuels. Ce chemin est abandonné depuis que M. de Lesseps a prolongé le canal d’eau douce par Ismailia jusqu’à Suez, et établi dans la même direction un nouveau chemin de fer. C’est un trajet de neuf heures, à cause des arrêts. Nous en sommes dédommagés par les souvenirs qui se rattachent aux contrées que nous traversons.

Nous voilà dans cette terre de Gessen, la meilleure de l’Egypte, où Joseph établit ses frères, où leur postérité .se multiplia d’une manière si prodigieuse, et d’où Moïse ne les tira qu’en opérant les plus grands prodiges (1). C’est la terre des miracles. En contemplant le Nil, il me sembla un instant qu’il roulait encore des Ilots de sang. Je parcourais dans mon imagination les diverses plaies dont cette terre fut frappée, lorsque nous anivâmes à l’endrojt

(Ij (Jeu. xr.vii. 6 <‘t 11.

où l’on a trouvé les restes de Tlhamessès, cette ville d’où partirent les Hébreux. Comme tous ces événements anciens se rajeunissent, quand on parcourt les lieux qui en furent le théâtre L’histoire de la Bible s’illumine d’une clarté nouvelle, (ptand on voit que tout dépose encore pour eu attester la vérité.

Cependant nous approchons d’Ismailia, ville nouvelle, coir.struite par M. de Lesseps. La végétation a disparu ; c’est le sable, c’est le désert. Sur tout le parcours jusqu’tà Suez, nous n’apercevons aucune habitation, seulement quelques huttes gi'oupées auprès des gares, qui sont au nombre de cinq à six. De temps en temps, quelques Arabes rejoignent le train et vont se placer dans des wasons où ils .sont entassés sans .sièue, debout ou acoroupis. Leur pauvreté, ou plutôt ' leur avarice leur interdit le confortable. Qu’on me permette de raconter un trait qui peint bien leur avidité et leur mauvaise foi.

En ouvrant une petite portière du wagon, un carreau de vitre à moitié brisé se détache. LLi moment après, un des employés arabes vient m’en réclamer le prix. Je ne conteste pas, j’offre de payer. “ Combien ? dis-je. — Dix francs,” me lépondit-il. Je refuse ; on insiste. Je déclare que je paierai entre les mains du chef. “ C’est moi qui suis le chef, “ réjanid l’employé. Je propose cinq francs. On n’accepte j as. Je tiens ferme, en ajoutant que je jtaierai à Suez. Nous arrivons à Suez, et je me vois entouré d’une nuée d’agents (pii réclament dix francs, et on ne me lais.sa Iranqtiille (pie lorsque j’eus demandé le (;hef de gare et déposé entre ses mains la somme convenue. léAiabe est d’une finesse extrême pour saisir tous les moyens d’exploiter l’étranger, et si vous lui cédez sur un point, ses exigences deviendront insatiables.

A notre arrivée à Suez, il était nuit, et nous fûmes assez heureux pour trouver une généreuse hospitalité chez

PE TERHE SAlXTk

les PF. Franciscains. Suez, avant l’ouverture du canal, était une grancle' ville, et aujourd’hui, elle est pre.sque dépeuplée. Les vaisseaux ne s’y arrêtent plus. Le canal et le port en sont éloignés de plusieurs kilomètres, (quelques milles). La mer Rouge enveloppe la moitié de Suez, et le canal ne fait sa jonction que plus loin. Cependant cette ville jouit aujourd’hui d’un avantage immense dont elle était privée autrefois. Le canal d’eau douce lui fournit en abondance de l’eau potable qu’elle était obligée de faire venir à grands frais, à dos de chameau, d’une distance considérable, car il fallait la prendre au Nil, à ce heuve qui désaltère toute l’Egypte.

Page 1