‹ Le pèlerin de Terre SainteChapitre 16 sur 100 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Les fontaines de Moïse.

Lieu ilu jiiissiige de l;i mer Rouge par les Hebreiix.

Hans un instant, nous allons franchir la ligne qui sé- ])are l’Afrique de l’Asie, et nous allons parcourir une faible partie de ce dé.sert où .s’engagèrent les Israélites, après avoir vu les Üots de la mer s’entr’ouvrir pour leur livrer passage et se rejoindre pour engloutir les Egyptiens ; nous allons aux fontaines de Moïse. Nous prenons une barque pour traverser le petit golfe de Suez et le canal, et nous embarquons deux mulets pour nous porter dans le déseit, et un nègre pour nous guider. Pendant plus d’une heure, nous naviguons avec une voile et deux marins qui, au lieu de rames, .se servent, je ne .sais pourquoi, d’une longue perche pour faiie avancer la barque. C’est chose curieuse de voir la régularité de leurs mouvements et d’entendre leur langage cadencé qui res.semble à une litanie, dont le refrain monotone est mille et mille

fois répété. Après quelques ennuis, que nous dévorons eu silence, nous voilà déposés sur la terre d’Asie. Montés sur nos modestes coursiers, nous pouvons plonger nos regards dans le vaste désert de l’Arabie-Pétrée qui ee déploie devant nous, sans autre borne que î’horizon. Notre nègre ne suit aucun sentier ; il prend la ligne la plus courte ; il marche ra[)idement, toujours nu-pieds, sur un sable tantôt uni, tantôt hérissé de pierres. Ses pieds se sont durcis comme la peau du chameau. Le ciel est sans nuage, et bientôt le soleil darde ses rayons enflammés. Une ombrelle est indispensable ; mais dans l’été, qu’elle doit être insuffisante !

Ifien n’est trompeur et désespérairt comme une course dans le désert ; à chaque instant on croit approcher du but, et il s’enfuit. Que les heures paraissent longues lorsque rien ne vient distraire la vue ! Enfin, nous arrivons à ces fameuses fontaines. C’est une véritable oasis, où les Israélites, délivrés de toute crainte, purent passer tranquillement la nuit et se reposer des émotions de la veille. Arrivés au premier îlot, nous mettons pied à terre, et notre nègre nous conduit à toutes ces sources qui ont fait sortir du sable stérile une magnifique végétation. C’est une suite de jardins plantés de palmiers, d’oliviers, de grenadiers, d’acacias ou plutôt minosas et de myrtes. On y cultive aussi un peu de blé et autres céréales, divers légumes, parmi lesquels figurent avec honneur les oignons si regrettés des Hébreux. On y trouve quelques maisons arabes assez propres. Après en avoir visité une, nous nous sommes installés sous une espèce de hangar, décoré du nom d’hôtellerie. On nous a présenté de l’eau saumâtre des fontaines, quelques pains ou galettes arabes, et enfin, le café non filtré et en très-petite quantité, comme il est d’usage en Orient. C’était un repas assez frugal, et cependant notre nègre n’a pas voulu en accepter la moindre parcelle ; il s’est tenu constamment couché à coté de nous,

])K TKKKE SAINTE

oonime le chien fidèle qui attend son maître. Pauvre peuple digne d’un meilleur sort ! Ce que nous avons trouvé d’Arabes exilés au milieu de ce désert, nous a paru 1)011, simple, bienveillant. Parmi les sources que nous avons visitées, j’en ai remarqué deux ou trois abondantes. Vers le milieu du bassin, on voit jaillir l’eau qui sort de terre, ou plutôt du sable. Quelques petits ruisseaux se forment et vont arroser les plantations ; mai, s bientôt l’humidité s’absorbe, et la végétation disparaît.

Parmi les nombreux palmiers qui s’élèvent dans ces lieux enchantés, il en est plusieurs qui portent des .signes incontestables d’une grande vétusté ; plusieurs qui, peutêtre, ont été les heureux témoins des prodiges anciens. Quelques auteurs ont cru reconnaître là les douze sources d’Elim,où Moïse trouva soixante-dix palmiers ; mais c’est unr> erreur manifeste, puisque la Bible nous dit expressément que les Israélites au sortir de la mer errèrent pendant trois jours dans la solitude de Sur sans trouver d’eau ^ qu’ils arrivèrent ensuite à Mora, où l’eau était d’abord impotable, et que ce fut après qu’ils parvinrent à Elim, où il y avait douze fontaines et soixante-dix palmiers (1). Ce qu’on appelle aujourd’hui fontaines de Moïse, est à environ une demi-lieue de l’endroit où les Hébreux passèrent la mer Eouge, et il n’est pas possible qu’ils soient revenus à leur point de départ. Elim était donc beaucoup plus éloigné et très-probablement situé sur la mer Rouge, à l’entrée du désert de Sin.

Des fontaines de Moïse, nous nous dirigeons vers le rivage de la mer, à l’endroit même où, à la voix de Moïse, elle entr’ouvrit ses flots qui demeurèrent suspendus à droite et à gauche, comme de véritables murailles, pour laisser un passage libre aux Israélites, et qui se rejoignirent ensuite pour engloutir Pharaon avec les Egyptiens (2).

• (l)-Exod. XV. 22-27 (2) Ib. xiv. 22-23.

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Le leiKleiiuiiii, Jes Hébreux purent cûiiteiu])]er les grandes merveilles que Dieu avait opéiées en leur faveur. Le rivage élait couveit de cadavres, de chevaux et de cavaliers ; des cliaiiots tlotlaieiit encore sur les eaux. Toute la multitude qui les avait poursuivis était descendue dans l’abîme, comme une pierie (|ui tombe de son propre poids, l’our nous, ariivés sur ces bords, nous avons en vain cherché des cadavres égyptiens ; la mer et les siècles en ont depuis longtemjjs détruit ou emporté les derniers débris ; mais nous avons fait en ].eu de temps une jolie collection de coquillages, regrettant de ne ];ouvoir en recueillir et en emporter davantage.

Nous avens coiisidéié attentivement ces lieux si mémorables, et nous avons reconnu qu’ils s’accordaient parfaitement avec le récit de Moïse, en sorte cpi’il nous a paru iinj ossible de placer ailleurs le passage de la mer Eouge. En effet. Moïse nous dit que les Hébreux, partis de Ilhamessès, marchaient constamment à l’orient, en inclinant vers le sud poiii camper à Socoth, près de l’endroit où s’élève aujouid'hui la ville d’Tsmailia. De là, ils se dirigèrent vers Ltham, sur la limite de l’Egypte et de l’Araliie. En continuant cette route, ils pouvaient éviter la mer Longe ; mais Dieu voulait faire éclater sa puissance, et il ordonna à son ])euple de letourner vers l’occident, et d’aller camper devant Phihahiroth qui est entre Magdal et la mei’, vis-à-vis de Héelsephon, aujourd’hui f-uez. Les Egy[>tiens les poursuivirent, et les voilà acculés au livage de la mer. Impossible de revenir sur leurs pas, b s Fgy[)tieus les pressent ; impossible d’aller ni à droite, ni à gauche, ce sont de hautes montagnes, et ils sont dans la vallée (jui les sépare; impossible d’avancer, la mer est eu face. On comprend alors cet immense cri de détresse (pi’ils poussèrent dans leur frayeur, et qui, répété par l’écho des montagnes, parvint jusqu’aux Egyptiens.

DE TEIIRE SAINTE

Dieu les avait conduits là ; c’est là qu’il les attendait pour faire éclater si puissance. Moïse étendit la main, et les eaux dociles se séparèrent et leur livrèrent passage (1). En considérant attentivement et les bords de la mer, et cette vallée, et ces montagnes, et la configuration des lieux voisins, on est forcé de s’écrier : C’est bien là que s’est accompli ce grand événement tant célébré dans nos livres saints, et que toute la science moderne essaiera en vain d’obscurcir. Ce lieu du passage des Hébreux est à trois ou quatre lieues de Suez, et la mer en cet endroit a une largeur d’environ une lieue et demie à deux lieues. Qui ne serait saisi d’un saint respect, d’une mystérieuse admiration, en contemplant ces lieux témoins de si grands prodiges ! Mous nous retirons silencieux, méditant ces paroles du psalmiste : “ La mer a vu, et elle a fui. O mer, pourquoi as-tu fui ? C’est que tu avais senti la présence de ce Dieu ([ui ébranle la terre, fait tressaillir les montagnes et remonter le Jourdain vers sa source.” Quel charme dans ces souvenirs religieux ! Qu’ils sont à plaindre ceux qui parcourent l’Orient avec le doute dans l’esprit, l’indifï ’érence dans le cœur et l’incrédulité sur les lèvres.

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