‹ Le pèlerin de Terre SainteChapitre 27 sur 100 · CHAPITRE VI Le Golgotha ou Calvaire · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI Le Golgotha ou Calvaire

Etat du Calvaire à la mort de Jésus-ChrLst. — Soins des premiers chrétiens à conserver le souvenir des lieux s.aints. — Sainte Héléue reconnaît tous les lieux saints.

Avant de traiter ce sujet, le plus intéressant de tous pour la piété chrétienne, jetons un coup d’œil rapide sur l’état de cette partie de Jérusalem au moment de la mort de Notre-Seigneur Jésus-Christ et spécialement sur les transformations successives qu’a subies le saint Sépulcre jusqu’à nos jours. Sans ces notions, Userait difficile, même à ceux qui fout le pèlerinage de Jéru.salem, de se rendre compte des lieux sanctitiés par les douleurs et le sang de Jésus-Chri.st.

Tous les auteurs sérieux conviennent que l’enceinte de Jérusalem n’a pas toujours été la même, et que les murailles qui l’entouraient ont embrassé un espace plus ou moins étendu selon les circonstances où elles s’élevaient.

Le Golgoiha où eut lieu le grand sacrifice de la croix était incontestablement hors de la ville. Sur ce point, le Nouveau Testament, s’appuyant sur l’Ancien, est formel. Aujourd’hui, ce lieu si vénéré est entouré de rues nombreuses et enfermé dans l’enceinte des murailles actuelles, et le pèlerin qui arrive à Jérusalem, considérant la configuration de la ville, trouve qu’il était tout naturel d’y renfermer cette partie, et il a de la peine à comprendre qu’elle en ait jamais été séparée. 11 faut donc retrouver la ligne de démarcation et reconstituer, pour ainsi dire, la Jérusalem du temps de Notre-Seigneur.

Je n’entrerai dans aucune discussion scientifique, ce n est pas mon but ; je me contenterai d’exposer l’opinion qui me paraît la plus certaine, peu importe que la ligne

que je tracerai soit un peu plus ou un peu moins rapprochée ou éloignée, pourvu qu’elle laisse en dehors de la ville les saints lieux qui furent le théâtre de la mort de Jésus-Christ et de sa glorieuse résurrection.

Depuis Salomon jusqu’à Jésus-Christ, Jérusalem ne contenait que trois collines : Sion, ville haute, Akra, ville basse, et Moriah, lieu choisi. Ce lu' fut (jue dix ans après la mort de Jésus-Christ qu’Hérode- Agrippa jeta les fondements d’un mur d’enceinte qui réunit à la ville le mont Bézétha et le mont où se trouve le Calvaire, et que Jérémie désignait sous le nom de Gareb (1). Ce mont Gaieb, sur letiuel se trouve l’emplacement du Calvaire, est situé au nord-ouest de la ville et est séparé au levant d’Akra par la vallée des Cadavres, ainsi appelée par Jérénne. Du temps de Notre-Seigneur, les murailles de la ville, i)artant de la. porte Saint-Etienne, traversaient la vallée Tyropœon, qui sépare l’Akra de Bézétha. Là, elles faisaient un petit retour vers le sud, et ensuite remontaient la colline Akra jusqu’à la porte Judiciaire dont il reste encore des vestiges. Alors elles reprenaient la direction du sud jusqu’à la rencontre de la muraille de Manassès et d’Ezéchias. Cette dernière muraille ajoutait (luelque chose à la ville et passait assez près du Golgotha ]iour aller rejoindre les autres murailles auprès de la citadelle de Sion.

Au temps de Notre-Seigneur, le Golgotha était donc en dehors de la ville, mais très-rapproché. Tl y avait là des jardins et ]ieut-êlre même quelques maisons semées çà et là. do.seph d’Ariinathie en jjossédait une [>artie considérable, Jtî re|)iésente ce lieu comme beaucoup d’autres (jui environnent Jérusalem, cultivés en certains endroits, et, dans d’autres, 'montrant des rochers plus ou moins élevés ; mais ces rochers, composés de ])ierre calcaire, se tail-

(1) Jcréniie. xxxi. y 'J.

DE TERKE SAINTE

Ifuent facilement. On y avait cvensé rlc.s cavernes qui subsistent encore.

Le rocher du Calvaire avait dù être respecté dans tous les temps; car une tradition fort ancienne désignait ce lieu comme ayant renfermé dans une grotte, le crâne du premier homme ; et c’est pourquoi on l’apiielait Calvaire, lieu du crâne : Calvariœ Jocus.

Plus d’une fois, monté sur le Calvaire actuel, penché sur la balustrade, j’ai contemplé â loisir les lien.x qui m’environnaient, les distances qui séparaient le tombeau du Golgotha, et, repassant ilans ma mémoire ce (jue les siècles en ont raconté, je cherchais â les rétablir dans leur état primitif et à me les figurer tels qu’ils étaient au moment de la mort dé Xotre-S(‘igueur ; et, malgré le changement com- ])let qu’ils ont subi, j’ose le dire, j’étais éti angement frappé de la vérité du récit évangéli(|ue. Là, me disais-je, était le Calvaire ; je puis encore aujourd’hui toucher de mes mains le lieu où fut plantée la croix. Là, était l\Iarie, Mère de Jésus, avec saint Jean. C’était bien sa place. Auprès du lieu où il fut crucifié était un jardin, et dans ce jardin un tombeau. Voilà bien, à la distance voulue, le sépulcre; je puis y ))énétrer. Autour de moi sont des murs, des maisons, un quartier habité ; mais alors tout cet espace était vide, et la foule du peu])le pouvait environner le Calvaire pour jouir des derniers soupirs de la Victime agonisante. Il y avait bien place aussi pour cette troupe de femmes qui pleuraient et se lamentaient à la vue d’un si triste spectacle.

Passons maintenant en revue le.s diverses transformations ([u’a subies le Calvaire jusqu’à nos jours.

Lorsque Jésus-Christ expira sur la sainte montagne, de grands prodiges effrayèrent toute la ville. La fureur des J uifs fut obligée de se contenir. Les disciples du Sauveur jouirent d’une ombre de liberté. Avec quel sentiment de

LE PÈLEHIN

respect ils durent visiter le Calvaire et le tombeau ! Joseph d’Arimathie, les apôtres, les saintes femmes, tant de généreux disciples, dont le nombre croissait chaque jour, ne devaient-ils pas marquer chacun des lieux teints du sang de Jésus-Christ et conserver précieusement tout ce qui pouvait en rappeler le souvenir. Qui oserait jamais les .accuser d’indifférence ou d’une crainte pusillanime, eux qui bravaient pour Jésus-Christ les prisons, les tourments, la mort.

Jusqu’au siège de Titus, l’Eglise de Jérusalem, qui florissait au milieu des persécutions, conserva avec soin le souvenir palpitant des scènes de la passion. Quand vint le temps de fuir, les chrétiens, sous la conduite de Siméon, leur évêque, successeur de saint Jacques, et appelé aussi le frère du Seigneur, se retirèrent au-delà du Jourdain, à Pella, pour laisser passer la colère de Dieu. Après le départ de Titus, ils revinrent prendre possession des ruines de Jérusalem. Leur premier soin fut de reconnaître et de vénérer le calvaire et le tombeau du Sauveur. Après une pareille tempête, Jérusalem, couchée dans un linceul, ne présenta plus qu’un immense sépulcre où régnaient le silence et la mort.

Les chrétiens en profitèrent pour se grouper autour des lieux qui leur étaient chers ; et cinquante ans après, l’empereur Adrien, pour les empêcher de vénérer ces précieux monuments de leur foi, employa un moyen qui, contre son attente, servit puissamment à les conserver et à les faire reconnaître. Il fit amasser une grande quantité de terre et de pierres au-dessus du saint Sépulcre, de manière à ce qu’il fût complètement enseveli; il en fit paver la surface et construisit dessus un temple à Vénus. Pour chasser les chrétiens de ce lieu sacré, ii ne fallut rien moins que l’idole de la plus infâme divinité. Sur le Calvaire, Adrien plaça Tidole de Jupiter. Combien les chrétiens durent être affligés (l’une pareille profanation ! Les pères transmet-

DR TERRE SAINTE

talent à leurs enfants, avec leur sainte indignation, la description la plus minutieuse des lieux qu’ils avaient vénérés, en sorte que, au jour du triomphe, la mémoire des chrétiens en était toute remplie.

Cent quatre-vingts ans après, Constantin donna la paix i\ l’Eglise, et sa vénérable mère, à l’âge de plus de quatrevingts ans, se transporta en Palestine pour satisfaire sa piété et mieux surveiller l’exécution des ordres de son fils. A son arrivée, la Jérusalem chrétienne tressaille de joie ; on se met à l’œuvre, les édifices consacrés aux idoles sont renversés ; l’empereur voulut qu’on en jetât fort loin les démolitions. 11 commanda même d’enlever le terre qui avait été souillée par l’impiété des sacrifices, et de la transporter ailleurs.

Quand on fut arrivé à la profondeur de l’ancien sol, on vit, dit Eusèbe, contre toute attente, le très-saint et trèsauguste tombeau d’où le Sauveur était autrefois sorti ressuscité, et Constantin donna l’ordre d’y bâtir une magnifique église. Il voulait y prodiguer ses trésors et en faire le plus beau monument de l’univers. En dix ans, ce grand ouvrage fut achevé. Les évêques de l’Orient se réunirent pour en faire la dédicace solennelle. Cette basilique était immense ; elle englobait le Calvaire, le Saint-Sépulcre, les autres sanctuaires, et même la chapelle de Sainte-Hélène, qui en est aujourd’hui séparée.

Vers l’an 614, Chosroés, roi de Perse, s’empara de Jéru- .salem et renversa l’église du Saint-Sépulcre. Ce fut un .pauvre moine nommé Modestus qui entreprit de relever ces ruines ; mais il ne put, comme Constantin, recouvrir d’une seule et immense basilique l’ensemble des saints lieux; il dut .se borner à construire sur chaque lieu vénéré une église ou sanctuaire en rapport avec ses ressources. Vers l’an 636, Omar entra dans Jérusalem, après avoir conclu, devant les portes de la ville, un traité qui garantissait aux

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chrétiens la, l)0.ssession de leurs églises. .Depiiis cette époque, le.s chrélieiis de Jéru.salein eurent à .subir de cruelles épreuve.s, jusqu’au moment où Charlemagne inaugura eu Orient la protection française et obtint (jnelques années de calme et de paix.

Les lieux saints eurent ensuite bien des déva.stations à subir et à rcparei'. Kn 1099, les croi.sés entrèrent triom- ])hauts dans la ville sainte, et, quelques années plus tard, ces généreux conquérants reprirent l’œuvre de Constantin et parvinrent à réunir dans un seul monument tous les sanctuaires isolés. C’est cette église (jui subsiste encore aujourd’hui, gardée par les Franciscains, au prix de mille sacrifices ; c’est cette église dont on vent les déposséder peu à peu, et qu’il ne con.sentiront jamais à abandonner qu’après que le sang du dernier d’entre eux aura coulé sur les dalles du vénéi'é sanctuaire dont on leur a confié la sarde.

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