‹ Le pèlerin de Terre SainteChapitre 28 sur 100 · CHAPITRE Vil · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vil

Eglise du Saint-Sépulcre.

Le.s sanctuaires de l’église du Saint-.Sépulcre. — Gaidieins turcs. — Cliapelle de l’Appaiition. — Sacrislie latine. — Prison de Notre-Seigneur. — Cliapelle de Saiiit-Longin. — Chapelle de la Division-des- Vêtements. — Chapelle de Sainte-Hélène et de l’Invention de la Vraie-Croix. — Colonne de l’Iinpropère.

L’église du Saint-Sépulcre ne ressemble à aucune autre. C’est dans .son en.semble, la même qui fut construite par les croisés, ])our remplacer l’œuvre de Constantin. Elle l’égala peut-être par l’étendue, jamais par la richesse des marbres et des ilorures; tout cet appareil extérieur (jui éblouissait les regards a disparu. On ne voit plus ces places, ces magnifiques galeries qui donnaient à la basili-

que du grand empereur cette imposante majesté qui faisait dire à Eusèbe ; “ J’ai vu la nouvelle Jérusalem descendre sur la terre, toute resplendissante de beauté ; ses murs étaient de pierres précieuses, ses tours brillantes comme des i)crles, ses portes étincelantes de saphirs et d’émeraudes. ” Rien de tout cela ne reparut. Cependant l’ouvrage des croisés fut grand et solide comme leur foi. La nouvelle basilique semblait défier les injures du temps, mais elle n’était pas à l’abri des fureurs, des i)rofanations, des insultes des barbares.

Vers le millieu du treizième siècle, les Ivaresiniens y commirent plus de dégâts et de profanations qu’on n’enavait vus aux plus mauvais jours. Cependant, dans son ensemble, elle échappa à la destruction. Le duc de Bourgogne la restaura à la fin du quinzième siècle. Au milieu du dix-septième, elle fut de nouveau restaurée par les ])atriarches ; mais ce fut surtout en 1719 que se fit la restauration la plus remarquable. La grande coiqiole menaçait ruine, et la France obtint pour les religieux l’autorisation de la reconstruire. Ce fut au milieu des plus grands obstacles et au prix d’énormes sacrifices que les pauvres religieux accomplirent cette grande œuvre, qui fut détruite un siècle après par l’incendie de 18U8.

C’est la plus triste époque de l’histoire du Saint-Sépulcre, dans tous les temps si lamentable. Un grave soupçon a pesé sur les Grecs et les Arméniens. Des écrivains consciencieux n’ont pas craint d’affirmer que le feu avait été mis à dessein par eux, parce ([u’ils savaient (pie les Latins étaient alors sans ressources, et que la reconstruction faite par eux leur donnerait un droit de co-propriété ; ruse sacrilège, abominable, digne de la peiiidie des Grecs,

Cependant, par une disposition admirable de la Brovidence, l’incendie, qui dévora toute la partie du temple occupée par ces audacieux profanateurs, respecta, à la grande

admiration de tous, les autres parties appartenant à nos religieux, surpris et consternés. On eût dit, selon l’expression de Eugène Boré, d’un jugement du feu, ménagé par le Christ sur les légitimes gardiens de son tombeau.

Voici ce qui fut sauvé: presque toute la façade; la ])ierre de Fonction; le Saint-Sépulcre, où l’on retrouva jusqu’à un tableau peint sur toile; la chapelle de l’ange : celle de Sainte-Marie-Madeleine; la sacristie et le couvent des Franciscains. L’incendie ne s’étendit que sur la moitié du Calvaire ; il épargna le lieu du crucifiement, l’oratoire de Notre-Dame des Sept-Douleurs et les chapelles souterraines de Sainte-Hélène, de l’Invention de la sainte Croix, de l’Irnpropère et de la Division-des-Vêtements.

Tout ce que l’incendie a épargné est évidemment de style byzantin, notamment les deux portes d’entrée; celle de droite est aujourd’hui murée.

Devant la basilique, est une petite place environnée de Irâtiments servant de couvents qui appartiennent à diverses nations. Là, est la seule entrée qui reste libre. Isolée du reste de la ville, elle conserve quelque chose d’imposant et de majestueux. A gauche, s’élève un vieux clocher, dont on a diminué la hauteur, parce qu’il menaçait ruine. Devant soi, on aperçoit le grand dôme tout nouvellement reconstruit et présentant une belle coupole, et à droite le petit dôme qui surmonte le chœur des Grecs.

Là, je me rappelais la place du Vatican et l’entrée de Saint-Pierre de Piome, et je me disais : Le tombeau du disciple est ])lus beau que celui du Maître! le pêcheur de Galilée est plus honoré que celui qu’il a proclamé le Christ, le Fils du Dieu vivant. Il est vrai, Saint-Pierre de Kome est le monument le plus grandiose de l’univers ; il représente admirablement l’Eglise universelle; mais la basilique du Saint-Sépulcre convient mieux à un tombeau, représente mieux le Calvaire, et en y entrant, au lieu d’admirer

les œuvres des hommes, on pense à cette grande (ouvre de la rédemption qui s’est accomplie dans ce lieu à jamais vénérable.

Le premier objet qui m’a frappé, avant d’entrer dans rérrlis(^ du Saint-Sépulcre, c’est une pierre tumulaire dont l’épitaphe est encore très-facile à lire. Cette pierre recouvre la dépouille mortelle de Philippe d’Aubigny, dont la famille est restée célèbre dans nos contrées. C’est un Français, un Normand, qui a voulu, après sa mort, sentinelle avancée, monter pour ainsi dire la garde, auprès du tombeau de Notre-Seigneur. Ce n’est pas sans une vive émotion que l’on entre pour la première fois dans cette église du Saint-Sépulcre qui recouvre les lieux les plus chers à notre foi. Si jamais cette parole : Tremblez à l’approche de mon sanctuaire, saisit l’âme d’un religieux effroi, c’est quand on pénètre sous ces voûtes antiques où se sont accomplis les plus augustes my.stères.

Plein de ces pensées, j’ai fait à peine quelques pas, que, cherchant en vain un bénitier pour y plonger la main et tracer sur mon front le signe de la rédemption, j’aperçois, tout près, à gauche, sur un divan, quatre ou cinq gardiens turcs. Ils sont là, à moitié couchés, causant, entretenant du feu dans un réchaud, fumant le narghileh et prenant le café. Ce sont eux qui ont la clef de cette sainte basilique, et qui l’ouvrent, chaque fois que cela est réclamé par une des trois nations grecque, arménienne ou latine, et toujours au prix d’une redevance qu’üs regardent comme une branche de commerce. Je n’ai pu franchir une seule fois ce seuil sacré sans être vivement choqué de la présence de ces figures infidèles et sans me demander si une pareille honte serait toujours infligée à la chrétienté. Mais, laissons là ces odieux gardiens, et parcourons les vénérés sanctuaires renfermés dans l’enceinte sacrée. Je suivrai l’ordre de la procession que font chaque jour le.s PP. Franciscains.

LE ri^.LERIN

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