‹ Le pèlerin de Terre SainteChapitre 29 sur 100 · IP.O · texte numérisé non relu

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Jo traverse donc la basilique, et je commence par l’oulise des Latins, située au nord, et qu’on appelle la chapelle de l’Apparition.

La tradition chrétienne nous dit f[ue la sainte Vierge ne quitta pas le saint Sépulcre pendant que son divin Fils y fut renfermé ; mais, à cause des soldats qui le gardaient, elle se tenait à une certaine distance. C’e.st là que hlotre-Seigneur lui apparut, dès le premier instant de sa résurrection, pour l’empêcher, dit sainte Thérèse, de succomber à son martyre. U’est dans ce même lieu qu’une morte qu’on portait au cimetière fut rendue à la vie, en touchant la croix du Sauveur, retrouvée par sainte Hélène.

Cette grande chapelle ou église a trois autels, celui de l’Apparition, où repo.se le saint Sacrement ; un autre, à droite, appelé l’autel des Keliques, parce qu’on y conserva jusqu’en 1557 un morceau de la vraie croix ; l’autre, à gauche, le premier en entrant, qu’on appelle l’autel de la Flagellation, parce qu’il renferme une portion de la colonne où fut flagellé Notre-Seigneur.

En sortant de la chapelle de l’Apparition, pour entrer dans la basilique, on remarque, sur la gauche, la sacristie latine, où l’on conserve les éperons et l’épée de Godefroy de Bouillon. Les éperons .sont en cuivre ; les molettes sont d’une grandeur démesurée. L’épée est droite et a la garde simple. Avec quelle attention j’ai considéré ces restes précieux du plus grand des héros chrétiens 1 Quand donc un nouveau Godefroy viendra-t-il saisir de son bras vigoureux cette noble épée rouillée dans son fourreau, pour chasser de la terre sainte ces barbares envahisseurs ^

Nous quittons la sacri.stie, et nous nous dirigeons par la nef appelée les sept arceaux de la Vierge, et nous arrivotus à une chapelle sombre, bâtie, d’après la tradition, sur l’emplacement d’une grotte qui servit de prison à Notre-Seigneur, pendant qu’on faisait, sur le Calvaire, les apprêts

de son supplice. Cette chapelle appartient anx Grecs. Ou ne peut, sans éin’ouver un certain frémissement, pénétrer dans ce lieux ténébreux, où fut enfermé Celui ([ui venait délivrer le genre humain.

A environ douze mètres (près de quarante pieds) de la prison de Notre-Seigneur, est la chapelle dite de Saint- Longin. Saint Longin était ce soldat qui perça de sa lance le côté de Notre-Seigneur. Mais, à la vue des prodiges dont il fut témoin à cette heure solennelle de la mort de l’Homme- Dieu, la grâce toucha son cœur; il reconnut la divinité de Jésu.s-Christ. Tl vint en ce lieu pleurer sa faute, et s’étant ensuite retiré en Cappadoce, il y souffrit le martyre. Heureux soldat qui fut sauvé par le sang innocent qu’il avait répandu, dont le cœur fut guéri par la blessure qu’il avait faite au cœur de Jésus.

A deux mètres (six pieds et demi) plus loin, ou voit les vestiges d’une porte de la basilique ; c’était celle par laquelle entraient les chanoines de saint Augustin, au temps des croisades. Elle fut fermée par ordre de Saladin, et il ne resta que la porte méridionale dont nous avons parlé.

A une égale distance, on se trouve en face de la chapelle arménienne, bâtie sur le lieu où les soldats se partagèrent les vêtements du Sauveur.

L’Evangile raconte, avec une noble simplicité, ce trait saisissant ; pour atténuer l’horreur qu’il inspire, il a soin de rappeler que les prophètes l’avaient annoncé dans les plus minutieux détails. De ses vêtements, dit-il, ils firent quatre parts ; et sa robe sans couture, ils la tirèrent au sort. Ces objets si précieux ne restèrent pas entre leurs mains. Les disciples du Sauveur trouvèrent les moyens de les retirer et les con.servèrent avec un .saint respect. La sainte tunique fut retrouvée à Jaffa, en 590. Elle était dans un coffre de marbre ; elle fut transportée solennellement à Jérusalem et déposée près de la vraie croix. Au-

jourd’hui on vénère cette sainte relique à Argentenil, et la sainte robe à Trêves. Dans ce lieu même où les bonireaux ne voulurent pas déclnrer la robe de Notre-Seigneur, cette robe, image fidèie de l’unité de son Eglise, i»ar un contraste atHigeant, on voit une foule de dissidents qui viennent y prier, sans penser qu’ils se montrent plus cruels que les bourreaux, qu’ils déchirent la robe sacrée de Jésus, en déchirant le sein de leur mère la sainte Eglise, l’épouse bien-aimée du Sauveur.

Nous voilà arrivés à un escalier qui descend dans la chapelle souterraine de Sainte-Hélène. Il y a vingt-neuf marches, et de cette chapelle on descend encore par un autre escalier de treize marches dans la chapelle de l’Invention de la sainte Croix. Avant la mort de Jésus-Christ, ces souterrains avaient été creusés, on ne sait trop pourquoi, mais probablement à l’usage de citernes. Ils devaient être complètement sous le rocher du Calvaire. Une partie des voûtes et même quelques marches des escaliers sont encore taillées dans le roc. La pierre calcaire qui compose ce rocher doit être blanche intérieurement, puisque les parties exposées à l’air conservent encore çà et là une teinte blanchâtre.

Le sol de cette chapelle qui forme un carré à peu près régulier, dont un côté peut avoir quinze mètres (ôO pieds), ,se trouvait enclavé dans la première basilique élevée par Constantin. Modestus y bâtit une église à part qui fut restaurée par les croisés. On voit dans l’angle sud une fenêtre située sur le lieu où sainte Hélène priait ])endant qu’on fai.sait les fouille.s pour retrouver la vraie croix.

D’après le.s indications qu’elle avait recueillies, elle espéra, contre l’attente générale. Et, quand on fut paivenu au fond de la seconde giotte, on aperçut tous les instruments du crucifiement et de plus les croix- des deux larrons. La sainte impératrice était au comble de la joie.

Vue intérieure du Saint-Sépulcre à Jérusalem

Tout le monde sait ce qui arriva ensuite. Mais il faut avoir vi.sité ce saint lieu jjour comju’endrc toute l’impression qu’il pi'oduit dans une âme chrétienne.

Jamais je n’entrais dans l’église du Saint-Sépulcre sans descendre dans ces profondes chapelles où furent conservés, y)endant ])lus de trois .siècles, les objets les plus dignes de notre vénération et de notre respect; et, cha(]ue fois, le passé i'(*vivait'^evant moi ; il me semblait que je voyais la )»ieuse Hélène priant et suivant de l’œil les onvrieis qu’elle encourageait, et je charchais à me représenter l’immense joie dont ils furent tous saisis au moment de la préciemse découverte ; et ])uis je me prosternais et je baisais avec amour le lieu où avait reposé la vraie croi.\. Le cœur le ))lus indifférent, le plus dur, pourrait-il ne pas être brisé, en descendant sous ces voûtes du Calvaire, à la lueur de quelques lampes qui scintillent au fond de la grotte, en pensant que là fut la croix de Celui qui a recheté le genre humain, et qui, en mourant, brisa ce rocher, dont on voit encore, jusque dans ces grottes, se prolonger une large fissure.

Quand on e.st sorti de ces deux chapelles soutermines, on trouve sur la gauche celle de l’ Impropère. Sur l’autel de cette petite chapelle, il y a un tronçon de la colonne de ma bre gris sur laquelle Notre-Seigneur était assis au prétoire ([uand il fut abreuvé d’injures par les soldats de Pilate, au moment où ils ra.ssemblèrent toute la cohorte, où ils jetèrent sur ses épaules un mante:iu de pourpre, lui mirent un l'oseau à la main et une couronne d’épines sur la tête, etc. Est-il étonnant que les pèlerins de toute nation s’empre.ssent de toucher celte colonne que toucha de si près Notre-Seigneur, cette colonne qu’il arrosa de son ■sang, et où il souffrit, pour notre amour, de si cruelles indignités. Tous voulaient aussi approcher de cette sainte lelàiue div(U's objets pour les transporter dans leur patrie.

DK TKKRE RAIXTE

comme un souvenir précieux qu’ils couserveronl religieusement.

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