‹ Le pèlerin de Terre SainteChapitre 30 sur 100 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Le Calvaire.

Dfseiiiitioii du t’iilvairc. — Eente du rcxdier du ('alviiirc. — (:Iih|m*11c d’Adam. — Pierra de l’Ouotiou.

Montons maintenant sur le Calvaire, sur ce lieu si saint qui a été inondé du sang de Jésus-Christ, qui a vu couler les larmes de la sainte Vierge. Montons sur le Calvaire ; et, qui que nous soyons, nous n’y passerons pas une heure sans nous éc’ier avec le centurion et les soldats qui gardaient Jésus : “Cet homme était vraiment le Fils de Dieu .”

Peut-être quelque.s-uns, dans notre siècle de doute, voudraient-ils retrou vei le Calvaire tel qu’il était sous Ponce- Pilate ; mais les siècles de foi qui nous ont précédés, n’entendaient pas comme notas le respect dûaux lieux saints.

Ils ont con.servé ce qui pouvait être l’aliment de la piété, et ils ont embelli le reste. Pourrions-nous leur en faire un reproche ? Parcourons ce lieu vénéré tel qu’il est aujourd’hui, et nous leur rendrons justice. Il n’est pas rare qu’on .se fasse du Calvaire une fausse idée. Souvent, on se le repré.sente comme une montagne , mais jamais l’Ecriture ne lui a donné ce nom. Toujours elle dit ; le lieti du Calvaire, Calvariœ loms. C’est une ]>etite élévation, ou simplement un rocher. Aujourd’hui, après toutes les transformations qu’a subies le sol qui l’environne, il ne s’élève que de cinq à six mètres (17 è 20 pieds) au-dessus du niveau du Saint-Sépulcre, et de douze mètres (40 pieds) audessus de la chapelle de iTnveution de la sainte Croix.

LE PlîîLEmN

De IV'glise du Sa,int-S('‘pii]cre, on accède au Calvaire pm plusieurs escaliers plus nu moins rapides qui ont de douze à dix-huit marches. Ou se trouve alors sur une ])lateforme d’environ (juinze mètres (50 pieds) carrè.s, divisée en deux parties par des piliers. La partie méridionale porte le nom de chapelle du Crucifiement, parce que c’est là que Notre-Seigneur a été attaché à la croix ; l’aulre s’appelle la chapelle de la Plantation de la Croix. I/Evangile de saint Jean nous dit; “Jésus, portant sa croix, alla au lieu appelé le Calvaire, en hébreu, Golgotha, où ils le crucifièrent. ” C’est donc ici, dans ce trou placé sous cet autel, que la croix se dressa, que des mains barbares l’élevèrent, au milieu des cris forcenés d’un peuple en délire. C’est ici que s’est consommée l’œuvre de la rédemption ; c’est ici que Jésus-Chri.st, du haut de sa croix, étendit les bras sur le monde, comme pour l’embrasser dans son immense amour; c’est ici qu’il pria pour ses bourreaux, qu’il promit le paradis au bon larron. C’est ici, du haut de cette croix, que, tournant ses regards vers sa Mère, il nous dit ; Voilà votre Mère. Elle était là, tout près; sa place est marquée. Si, le vendredi saint, nous ne pouvons lire, sans une émotion profonde, ces paroles: “Jésus, poussant un grand cri, dit : Mon Père, je remets mon âme entre vos mains, et disant ces paroles il expira, eæpmm/ ; ” si cette simple jiarole, il expira, appliquée à l’Homme-Dieu, nous frappe d’étonnement, de stupeur, à la distance de dix-huit siècles, loin du théâtre de ce grand événement, qu’on se figure le saisissement qu’on éprouve quand on se trouve a\i lieu môme où l’auteur de la vie pencha la tête et exhala son dernier soupir; au lieu où la terre trembla, où les morts sortirent de leurs tombeaux, où le soleil voila ses rayons, où la nature entière prit le deuil pour Jésus.

Après ces premières émotions, je me prosterne ; longtemps je colle mes lèvres sur cette cavité où s’enfonça la croix de mon Sauveur, et je répète intérieurement ces

DE TBURE SAINTE

paroles : Imprimez bien avant dans mon cœur les plaies 'de Jésus crucifié. Crucijixi figepl-agas cordi meo validé Je me relève, et à côté je plonge ma main dans la fente du rocher qui se divisa à la mort du Sauveur. Là, je ressentis une nouvelle émotion que je ne puis rendre ; il me sembla que je palpais pour ainsi dire le miracle, et que je devais m’écrier, comme saint Thomas, après qu’il eût plongé ses doigts dans le côté de Jésus ; Vous êtes mon Seigneur et mon Dieu ! C’est vous qui, en mourant, avez montré que vous êtes Dieu, en brisant ce rocher, qu’aucune cause naturelle n’eût pu déchirer de la sorte ! ”

Tout auprès, à droite, est un petit autel dédié à Notre- Dame des Douleurs. C’est là que la sainte Vierge se tenait debout au pied de la croix, c’est là qu’elle portait ses yeux pleins de larmes vers son Jésus expirant. Je cherche à me placer en cet endroit, dans l’attitude où elle devait être, au moment où un glaive de douleur transperçait son âme ; je me figure Jésus sur la croix, et je me dis : C’est bien là que devait être cette affligée ; c’est bien de là qu’elle pouvait dire ; “ Voyez .s’il est douleur semblable à la mienne. Stabat Mater, dolorosa, juxta cruceni lacrymosa. ” C’est sur le Calvaire qu'on comprend cet hymne de la douleur.

J’avance de quelques pas, et fje me trouve en face de l’autel du Crucifiement, élevé sur l’endroit où Notre-Seigneur fut étendu et cloué sur la croix. Quel spectacle ! qui ne »e rappellerait ce passage d’Isaïe : “ Comme un agneau, il a été conduit à la boucherie ; et, en face de ses bourreaux, il n’a pas ouvert la bouche pour se plaindre ; il se lais.se coucher sur le lit de la croix, où il s’endormira volontairement du sommeil de la mort.” Pendant cette scène déchirante, la sainte Vierge était là, à dix ou douze pas, avec saint Jean et les saintes femmes. On a élevé à côté du Calvaire, mais en dehors de l’église, une chapelle

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