‹ Le pèlerin de Terre SainteChapitre 37 sur 100 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Gethsémani.

Oliviers de, Gethsémaiii. — Grotte de l’Agonie. — Lieu de la trahison de

J udas.

Transportons-nous maintenant au jardin des Oliviers, et là nous allons suivre, pas à pas les traces sanglantes de Notre-Seigueur Jésus-Christ au jour de sa douloureuse passion, et en même temps nous décrirons les lieux, tels qu’ils sont aujourd’hui.

A Jérusalem, la pensée qui domine toutes les autres, n’est-ce pas celle de la passion ? Quel est le chiétien qui n’a pas parcouru en esprit la route que suivit Notre-Seigaeur depuis Gethsémani jusqu’au Calvaire? Nous sortons de Jérusalem par la porte Orientale ! que les chrétiens appellent aujourd’hui la porte de Saint-Etienne, que les

anciens appelaient porte du Troupeau, les croisés porte de la Vallée de Josaphat, et que les indigènes musulmans nomment aujourd’hui la porte de IMadame-Marie, Bah-setti Mariam, parce qu’elle conduit au tombeau de la sainte Vierge pour laquelle ils professent un profond respect. On descend immédiatement dans la vallée de Josaphat, et, après avoir traversé le torrent de Cédron, sur un pont, on se trouve au pied de la montagne des Oliviers et tout près du jardin et de la grotte de Gethsémani.

Une partie du jardin de Gethsémani a été entourée, dans ces derniers temps, d’un mûr de clôture, assez élevé pour protéger les vieux oliviers qui occupent seuls cet espace long d’environ 52 mètres (cent soixante-douze pieds) sur 33 (cent dix pieds). Je dis une partie, car il est certain que ce jardin s’étendait bien au delà de la clôture actuelle, puisque la grotte de l’agonie même n’y est pas comprise. Tout autour, on remarque encore un grand nombre d’oliviers, mais qui paraissent moins vieux que ceux qu’on a voulu mettre à l’abri des déprédations.

Ce jardin, le plus saint qui existe, et ces arbres, au nombre de huit, les plus vénérables après l’arbre de la croix, puisque Jésus-Christ est venu prier et souffrir sousleurs ombrages, sont respectés par tous les chrétiens et même par les Mahométans. Ils portent des marques de vétusté telles que les naturalistes les plus distingués sont forcés de leur assigner l’origine la plus reculée. Ils sont d’une grosseur démesurée ; deux ont une circonférence de' plus da 8 mètres (vingt-sept pieds). Tout le monde sait que l’olivier est très-lent à croître, qu’il lui faut des siècles pour prendre tout son développement. Ceux du jardin de Gethsémani sont creux ; et pour les mettre à l’abri des coups de vent, on a entassé des pierres autour, et on a rempli le creux aussi de pierres pour les consolider.

Ces vieux témoins des siècles écoulés, qu’on regarde

avec raison comme les contemporains de Jésus, ont assisté

i\ toutes les idvülutioiis do Jérusalem. Toutes les relations de nos anciens pèlerÎLs en font mention et leur assignent une existence dont l’origine se perd dans les nuages du passé. L’objection la plus spécieuse que l’on ait faite conti'e leur antiquité, c’est qu’au rapport de Flavius Josèphe, ’l’itus fit couper tous les arbres aux environs de Jérusalem. Le texte de Josèphe, prouve évidemment qu’il n’était pas question de la vallée de Josaphat puisque les liomains étaient précisément du côté opposé, et que d’ailleurs ces arbres étaient trop rapprochés des murs pour que l’ennemi, en les coupant, fût à l’abri des traits. M, de Lamartine luimême fut tellement frappé de l’aspect de ces vieux arbres, sous lesquels Jésus se coucha et pleura, qu’il voulut en recueillir des fruits, pour les apporter en reliques à ses amis, et il ajoute qu’il comprend combien il est doux pour l’âme chrétienne de prier, en roulant dans ses doigts les noyaux d’olives de ces arbres dont Jésus arrosa et féconda peut-être les racines de ses larmes quand il pria lui-même pour la dernière fois sur la terre.

C’est aussi avec une vive reconnaissance que nous avons reçu du religieux préposé à la garde de ce jardin béni , des noyaux d’olives et quelques branches de ces arbres vénérables qui semblent avoir repris une nouvelle vigueur, sans doute pour ajouter à leur vétusté quelques siècles nouveaux. C’est donc sous l’ombrage de ces arbres que Jésus-Christ s’est reposé, qu’il a conversé avec ses disciples ; c’est là (pi’il vint une dernière fois, la veille de sa mort, après avoir institué au Cénacle la divine Eucharistie et récité l’hymne d’action de grâces. Juda connaissait aussi le lieu, parce que Jésus et ses disciples s’y étaient souvent assemblés.

d'out près des murs du jardin, mais eu dehors, se trouve un rocher plat sur lequel six ou huit personnes peuvent s’asseoir ou se coueàer, et tout s’accorde avec la tradition

lo:^.

pour croire que c’est là que Jésus dit a ses disciples ; “Asseyez-vous ici, pendant que j’i''Ri là pour }>i'ier. Itt il s’éloigna d’eux à la distance d’un jet de pierre, après avoir Di’is avec lui Pierre et les deux fils de Zebédée. Pnsuite,

il s’écarta encore un peu pour être seul, et il tomba en agonie.

Pour donner un plus libre coi’.rs à sa Mouleur, il entre dans une grotte sombre, et là, il éprouve dans son âme nu tourment indicible, un sentiment de souffrances si violent qu’une sueur de sang coulait en abondance sur son auguste visage, et tombait comme une rosée jusc|u’à terre. Cette grotte existe encore, et elle est bien à la distance d’un jet de pierre du rocher ; et, quand la tradition ne nous le dirait pas, n’est-il pas naturel que Jésus, voulant être seul, se soit retiré là ? On l’appela la grotte de l’Agonie. Klle est encore dans le même état qu’au temps de Notre-Seigneur ; seulement on y a placé un petit autel pour y célébrer la sainte messe. On y lit cette inscription, en latin : “ C’est ici que lui vint une sueur, comme des gouttes de sang qui découlaient jusqu’à terre.”

Le saint jour de Pâques, de grand matin, je me rends à cette grotte de l’Agonie pour y célébrer la sainte messe. Après le saint Sépulcre et le Calvaire, y a-t-il un lieu qui parle plus éloquemment des .souffrances de Jésus ? Là, il était prosterné la face contre terre ; là, il a versé une sueur de sang; là, il a .souffert dans son âme plus que sur le Calvaire dans son corps. Ces soufti'ances morales ont été révélées aux Evangélistes, car aucun d’eux n’eût pu jeter à tous les échos du monde ce cri de douleur qu’on n’avait jamais entendu sur la terre, ce cri déchirant sorti de son cœur: “ Mon âme est tri.ste jusqu’à la mort!” Là, Jésus a porté un monde d’iniquités, et il est tombé en agonie. Cette caverne ténébreuse, cet autel dépouillé, ce rocher luimême avec l’inscription qu’il porte, tout parle, et je ne puis trouvâ* d’expression pour rendre ce que je sens. Là

LE PÈLEKIN

encore, ô mystère non moins étonnant, Jésus a daigné descendre sur l’autel, et faire couler de nouveau son sang à la voix d’un pauvre pèlerin. Là aussi, je l’ai prié pour ceux que j’aime !

Cependant, Jésus, ayant répété trois fois la même prière, revint vers ses disciples, et leur dit ; “ Levez-vous, allons ! ” Et il s’avança à la rencontre du traître. A 18 m. (cinquantehuit pieds) environ du rocher où étaient assis les apôtres, un fragment de colonne indique le lieu où Judas donna le baiser de trahison à hlotre-Seigneur. En approchant de ce lieu, j’ai éprouvé un sentiment de répulsion, d’indignation ; il m’a semblé apercevoir la figure hypocrite de J udas s’avançant vers son bon Maître, et lui disant; “Je vous salue. ” J’ai compris que .saint Pierre, avec sou caractère ardent devait dégainer .sou épée et couper l’oreille de Mal chus, et je me disais : “ Ah ! si Clovis eût été là avec ses Francs, il ne se serait pas contenté d’un coup d’épée. Comme il aurait dissipé cette tourbe insolente qui venait, à la faveur des ombres de la nuit, s’emparer de la personne sacrée de Jésus ! ’’

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