CHAPITRE XXIV
Retour à Jérusalem.
.Moiiumriits et soin'cnirs sur cette route.
Nous di-sons un deniîpv adieu à Hethléem, et nous partons pour Jérusalem. A quelque distance, nous passons à côté du tombeau de Racliel. Les chrétiens, les juifs, les musulmans ont en grande vénération ce tombeau. Les chrétiens y avaient construit une chapelle ; mais les Turcs l’ont recouverte d’un dôme blanc et informe. Ils ont pris des juifs la coutume d’enduire les tombeau.v de chaux, en sorte qu’on les voit de fort loin. Ceci expliqtie la justesse de cette comparaison de l’Evangile: “Malheur à vous, parce que vous êtes semblables à des sé[)ulcres blanchis !”
Un peu plus loin, sur une haute colline, une tour est élevée au lieu où Jacob dressa ses tentes et où Rachel mourut en donnant le jour à Benjamin (1). Ce fut donc là surtout qu’on entendit les cris déchirants des mères des environs de Bethléem, que le prophète personnifie, dans Rachel, la mère des enfants d’Israël.
Nous passons ensuite à côté du champ des Pois-Chiches, auquel se rattache une légende assez curieuse. Ou rapporte que Notre-Seigneur — d’autres disent la sainte Vierge, — passant par là, et ayant vu un homme qui semait des pois, lui demanda d’une voix douce et amicale ce qu’il semait. Cet homme lui répondit qu’il semait des pierres. A cette parole de moquerie, le Sauveur répondit : “ Tu recueillera ce que tu as semé.” Et, à la moisson, au lieu de pois, il ne trouva que des pierres ; et aujourd’hui encore, le champ est couvert de petites pierres qui ressemblent à des pois. Tous les voyageurs aiment à recueillir de ces
(1) Geu. XXXV. 19.
petites pieires. Nous nous sommes contentés de leur témoignage ; nous n’avions pas le temps de descendre et d’aller en ramasser.
Quelques instants après nous arrivons en face du couvent de Saint- Elie, qui appartient aux Grecs non unis. C’est une véritable forteresse qui pourrait soutenir un siège. Il remonte à une haute antiquité, et on lui a donné cette forme et cette solidité pour le mettre à l’abri des incursions des Arabes.
A la gauche du chemin, on montre un rocher, sur lequel on dit que le prophète Elie se coucha, lorsque, fuyant la colère de Jézabel, il vint dans les déserts de Juda. Nous lisons au 111® livre des Eois qu’Elie, étant allé à Bersabée, s’avança dans le désert à la distance d’une journée de chemin, et qu’il se coucha et s’endormit sous un genévrier; que l’ange du Seigneur l’appela; qu’à son réveil, il trouva auprès de lui un pain cuit sous la cendre et un vase d’eau ; qu’après avoir bu et mangé, il s’endormit de nouveau, et qu’ensuite, fortifié par ce pain miraculeux, il marcha quarante jours et quarante nuits jusqu’à la montagne d’Horeb. La tradition locale rapporte que le prophète, s’étant levé, laissa l’empreinte de son corps dans le rocher sur lequel il était couché. J’ai examiné cette empreinte, qui est encore aujourd’hui très-visible et accuse la forme d’un corps.- On ne voit plus de genévrier qui ombrage ce rocher. Je laisse à d’autres le soin de faire concorder le récit sacré avec cette tradition locale. Je n’ai pu y parvenir. Bersabée est à une distance d’au moins deux journées, et ce lieu ne ressemble pas au désert de J uda.
Du couvent de Saint-Elie, on aperçoit Jérusalem et Bethléem, coup d’œil qui donne lieu à bien des rapprochements. Tout près de là, se trouvait autrefois une belle église, bâtie sur le lieu où le prophète Habacuc, portant le dîner à ses moissonneurs, rencontra un ange, qui lui dit de lé porter à Babylone et de le donner à Daniel qui était dans la fosse
aux lions ; et l’ange le transporta lui-même à Babylone avec la vitesse des esprits (i).
Après quelques minutes do marche, nous trouvons une citerne délabrée qu’on appelle le puits des Mages. C’est là que les rois mages, après avoir quitté Jérusalem, se reposèrent et revirent avec tant de joie l’étoile qui les conduisit au berceau de Jésus-Christ.
Sur la route de Bethléem à Jérusalem, on rencontre à chaque pas quelque souvenir religieux, quelque monument antique. Nous avions à peine marché quelques minutes, et à une faible distance de la route, ou nous montra l’endroit où était autrefois un térébiulhe qui ombragea la sainte Famille, quand la Vierge-Mère alla présenter au Seigneur son divin Fils.
Il existe une charmante tradition au sujet de cet arbre. Tandis que la sainte Famille était réunie sous ses branches, avec les deux tourterelles, Tarbre s’inclina, en étendant ses rameaux comme une couronne pour saluer cet l^nfant qui était le Dieu de la nature. N’est-il pas dit au livre de la Sagesse : “ J’ai étendu mes rameaux comme le térébinthe, et mes rameaux sont des rameaux d’honneur et de grâce.” “ Toutes les nations, dit un pèlerin du xiiie siècle, baisaient cet arbre en souvenir de cet événement.” Combien on regrette qu’un Arabe, qui voulait empêcher de fouler son champ, l’ait brûlé en 1645, et qu’on ait été obligé d’en marquer la place par un tas de pierres !
Nous sommes dans la vallée de Eaphaïm (des Géants), où David battit deux fois les Philistins et brûla leurs idoles (2). C’est la plaine la plus fertile qui soit auprès de Jérusalem. Nous passons près des ruines de la maison du saint vieillard Siméon, et nous rentrons dans la citée sainte.
(1) Diui. XIV. 32.
(2) IL Rois. V. 18.
LE i’ÉLEIüN