‹ Le pèlerin de Terre SainteChapitre 55 sur 100 · IV. Unis. 11. ly · texte numérisé non relu

IV. Unis. 11. ly

UK TKUliE SAINTE

tiule. Chacun prend avec joie son petit repas ; les conversations sont bruyantes, le temps coule rapidement, les ombres de la nuit commencent à nous envelopi)er, et chacun se disposait à se retirer sous sa tente, lorsque les Bédouins, au nombre d’environ trente ou quarante, descendus des montagnes, s’approchent de notre campement, non pas dans des intentions hostiles, mais pour nous donner une reiirésentation.

Ce fut un spectacle si étrange que je ne l’oublierai jamais. Je ne sais de quelles expressions me servir pour rendre ce que j’ai vu. Etait-ce une danse, une musique? C’était l’une et l’autre et quelque chose de plus. Debout, appuyés les uns contre les autres, ils formaient un demicercle ; iE chantaient en frappant de leurs mains, en se balançant, avec un ensemble merveilleux, à droite et à gauche et en fléchissant leurs genoux d’une manière langoureuse, selon l’expression de leur chant. Deux d’entre eux, dans l’hémicycle, réglaient la marche et le ton. Cette musique sauvage avait quelque chose d’effrayant. Quelquefois ils faisaient des contorsions épouvantables; d’autres fois ils s’agitaient en cadence, se jetaient à terre, chantaient ou plutôt hurlaient, gesticulaient avec un ensemble et une habileté qui déconcerteraient nos plus fameux histrions.

Il y eut un moment saisissant, une scène qui me fit dresser les cheveux sur la tête. A un signal donné, tous se courbent presque jusqu’à terre ; leurs têtes penchées paraissent à la même hauteur. Alors le silence s’établit; le chef d’orchestre se lève, et d’une main vigoureuse il agite au-dessus de sa tête une arme flamboyante, et après avoir décrit une foule de figures avec cette arme, il la promène sur les têtes des acteurs, il semble qu’il rase leurs cheveux, et il la fait passer avec la même rapidité que s’il voulait les abattre d’un seul coup. Je frissonnais et je disais eu moi-même : entre de pareilles mains, quel serait le sort d’un pauvre voyageur ! Bour eux, ils étaient immobiles domine des statues.

LE PÈLElilN

Page 1