‹ Le pèlerin de Terre SainteChapitre 65 sur 100 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

De Beyrouth à Da,mas.

Le 26 avril, à quatre heures du matin, nous quittons Beyrouth, et nous partons pour Damas. Le trajet est d’environ trente lieues ; mais il est devenu facile, depuis qu’une compagnie française a tracé une route et établi un service régulier. C’est une merveille dans l’Orient de trouver une grande et belle vo ture et siutout une magnifique route> semblable à celles de France, pour faire en douze ou treize heures vingt-cinq à trente lieues. Le chemin de Beyrouth à Damas est devenu peut-être un peu moins romantique ; mais il est beaucoup plus agréable et toujours très-pittoresque. Pendant deux heures, nous traversons une fertile plaine couverte de mûriers, de grenadiers, etc.

Nous arrivons aux montagnes, et il nous faut d’abord gravir la chaîne du Liban. Lus sinuosités de cette belle route permettent d’admirer, sur toutes leurs faces, ces montagnes que le travail du pauvre maronite a su rendre fertiles presque jusqu’à leur sommet. Pas un petit courant d’eau sortant du rocher qui ne soit utilisé, surtout pour les plantations de mûriers, principale richesse de la contrée.

Partout s’élèvent des étages où les terres sont soutenues ))ar des murs en pierres sèches. Pendant près de quatre heures la voiture roule sur ces pentes, sur ces sommets, par mille détours tracés avec une rare intelligence ; il semble

(1) La population actuelle de lleyroutli s’élève à plus de SO,UÜ0 habitants ; sur ce nombre ou compte environ GÜ,00U catholiques.

que ce soit un lahyvintlie inextricable ; mais enfin on arrive sur le pic le plus élevé, et alors c’est un coup d’nul admirable. On découvre de loin et de tous côtés des terrasses sans iin, plantées de mûriers, de. iiguiers, garnies de vignes, de lauriers et de ileurs éclatantes, et quelquefois couronnées de jùns ; et, au milieu de ces charmantes cultures, apparaissent une multitude de beaux villages, avec des populations joyeuses, laborieuses et envoyant nu gracieux sourire au Français qui passe.

Enfin, nous voilà sur le versant oriental des montagnes, et nous descendons ]a]udement dans une plaine couverte de verdure et de moissons. C’est la plaine de Eékaa, et au delà nous ai).erccvons une nouvelle chaîne de montagnes pareille à la première, c’est l’Anti-Liban. Cette ]jlaine de Békaa est l’ancienne Codésyrie ou Syrie-Creuse, ainsi appelée, non qu’elle soit au-dessous du niveau de la h.er, mais parce qu’elle est ('.ncaisséc entre le Liban et l’Anti-Liban. Des sources abomlantes qui sortent des montagnes viennent se joindre au Lytani (pu la traverse dans }<resque toute sa longueur et va se jeter dans la mer près de ïyr, sous le nom de Leontès. Cette plaine serait une des plus fertiles du monde si elle était mieux cultivée et si l’on savait profiter des eaux pour l’arroser.

Déjà, en certains endroits, le contact des Européens a produit sur les indigènes une certaine rivalité, et d’heureux essais ont été couronnés de succès. Tout fait présager que cette route qui traverse la ])laine dans sa largeur et une autre qui est commencée et la reliera avec Baalbeck, changeront la face du pays et lui rendront son ancienne splendeur. Il ne L^ut, pour cela, que la sécurité pour les populations agricoles.

Au milieu de la plaine est Stora, nouveau village où les voitures s’arrêtent et ovi les voyageurs iieuvent prendre un

repas dans un petit restaurant tenu par un Italien.

Nous poursuivons notre route, et nous ne tardons pas à gravir lii (haine de l’Anti- Liban. Là aussi des vues magnilicpies. D’un coté, le grand Hermon dont la cime est couv(*ri(! de sillons de neiges (îternelles, de l’autre le .Sanidn qui monire de loin sou sommet où resplendit aussi la lu ige dans sa plus éclatante blancheur. On ne saurait se faire une iriée de l’éclat que les rayons du soleil répandent sur ces montagnes. Quel contraste ! Dans la plaine, une chaleur étouffante, et, sur ces montagnes, la neige ! Souvent je j ortais mes regards sur cet étrange spectacle, et je ne pouvais me lasser d’admirer les œuvres de Dieu. J’ai vu les Alpes et leurs glaciers ; mais les effets de lumière sont loin d’y ressembler à ceux de l’Orieut.

L’Auti-Liban n’est pas aussi beau que le Liban. Il possède, il est vrai, la cime la plus élevée et la plus majestueuse ; mais il n’offre nulle part les scènes grandioses qu’on admire dans la chaîne opposée. Les plateaux paraissent brûlés, les pentes sont plus âpres, plus stériles ; moins de cultures, moins de plantations, peu d’habitants ; quelques tribus d’Arabes métualis, des troupeaux, surtout beaucoup de chèvres qui grimpent sur les montagnes les plus abruptes et se tiennent souvent suspendues à la pointe d’un rocher.

Vers cinq à six heures du soir, nous descendons tout à coup au fond d’une gorge étroite, bordée de bouquets de peupliers, dont la verdure contraste singulièrement avec la nudité des rochers, et nous entendons le doux murmure d’un ruisseau qui descend de divers côtés, en légères cascades, et forme un des affluents du Barada. Nous suivons assez longtemps les sinuosités de cette étroit i vallée, et enfin nous entrons dans une plaine sans limitq^ au milieu de laquelle apparaît Damas avec tes nombreux minarets et ses coupoles resplendissantes. A l’entrée de la ville la voi-^ ture s’arrête, et, après trois quarts d’heure de marche, à travers un dédale de rues et de bazars, nous arrivons .à la

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maison des PP. Lazaristes où nous tvouvon«, comme Beyrouth, le plus cordial accueil et un repos bien necessaire.

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