CHAPITRE III
Damas.
Damas et les œuvres catholiiiue.s. — Intérieurs de.s iuai.soiis de Damas. — Les chrétiens à Damas. — Visites. — Maison de saint Auanie. — Porte de Damas. — Lieu du baptême de s dut Paul, — Mosquée de Damas. — Vue de Damas. — Abd-el-Kader.
Loin de la patrie, au milieu d’une ville musulmane, fjanatique, quand on entend les sons d’une petite cloche catholique appelant les fidèles à l’église; quand on entend les chants religieux de notre belle liturgie répétés par des milliers de voix étrangères, on se sent ému, pénétré jusqu’au fond des entrailles ; c’est ce que j’éprouvai à Damas. Sur l’église du couvent est un modeste campanile (1) dont la petite cloche envoie ses sons argentins aux quatre vents de la cité musulmane. ' h
Il paraît que les dévots de Mahomet furent effrayés la première fois qu’ils entendirent résonner l’airain catholique, parce qu’il y a parmi eux une vieille croyance que, du moment où l’on entendra les cloches des chr'tien.s, ce sera fait de l’islamisme. C’est pour cela que les Lazari.stes ont eu la prudence de donner à leur cloche les plus modestes dimensions.
C’était un dimanche, et à peine la petite cloche eut-elle ces.sé de se faire entendre que la grande et belle église des Lazaristes se trouva remplie. Les élèves garnissaient les tribune.s, et les Sœurs de Charité remplissaient la nef avec environ six cents petites filles auxquelles elles donnent
(1; Petit clocher à jour.
l’éducation religieuse. La grand’messe fut célébrée par les Lazaristes et chantée par eux et par une foule de leurs enfants. (Quelques personnes de la ville sont admises à leurs oflice.s et ont une place séparée au bas de la nef.
Dans l’Orient, les hommes et les femmes qui assistent à la messe sont accroupis sur des nattes, à peu près comme chez 310US les tailleurs sur leurs tables ; mais les Pères et les Sœurs de Charité accoutument leurs enfants à se servir de bancs, en sorte que l’ensemble ne diffère guère de l’aspect de nos églises.
Il y a, à Damas, un grand nombre d’autres églises où les chrétiens assistent aux offices, chacun selon sori rite. Les PP. T.azaristes font un immense bien à Damas où ils jouissent de la plus haute considération. Leurs écoles, où l’on enseigne le turc, l’arabe, le français et tout ce qui peut compléter une solide éducation, sont très-fréquentées, même par les juifs et les musulmans.
• Et les Sœurs de Charité, cette création catholique de saint Vincent de Paul que l’hérésie n’égalera jamais, qu’on aime à les voir à l’œuvre au milieu d’une population mélangée comme celle de Damas ! Nous avons visité leurs classes, et nous avons été agréablement surpris des progrès étonnants qu’elles obtiennent de cette multitude d’enfants •de langues si différentes. Le français devient la langue ■commune; mais les Sœurs n’en sont pas moins obligées d.’ét-udier et d’enseigner les langues de leurs élèves. Malgré cette diversité, le plus bel ordre règne partout. Les enfants montrent une docilité extraordinaire et les plus heureuses dispositions pour l’in.struction religieuse, en sorte que, si les Sœurs étaient ])arfaitement libres et que leurs enfants ne fussent pas retenues par leurs familles, presque toutes .deviendraient catholiques.
A leurs écoles, les Sœurs ont joint un ouvroir où les plus âgées de leurs enfants s’exercent dans les travaux d’aiguille
si peu connus dans le pays. Mais une institution qui rend à Damas les plus importants services, c’est un dispensaire tenu par les Sœurs et dirigé par un médecin.
Les Sœurs ont dit comme Notre-Seigneur : “Venez, moi, vous tous qui souffrez, et je vous soulagerai.” Et cliaque matin, de toutes les parties de la ville, de la plaineet des montagnes, de dix lieues à la ronde, accourent unefoule de malades, chrétiens et musulmans, juifs et druses,. métualis, kurdes, turcomans, arabes, bédouins, alHigés d'horribles maladies, de plaies dégoûtantes, et les Sœurs, avecune héroïque patience, avec une douceur angélique, trouvent toujours quelques remèdes pour guérir ou adoucir tant de misères. Aussi, malgré le fanatisme, tout le monderespecte la Sœur de Charité.
Mais la grande œuvre des Sœurs, c’est l’hôpital ; c’est hV que leur zèle s’exerce sur un vaste théâtre. Dans ces malheureuses contrées, parmi ces peuples abindouués, se trouve la réunion des plus affreuses maladies. Quel dévouement dans ces héroïnes de la charité! mais elles ne sont pas sans consolation. Elles introduisent dans le ciel bien des âmes qui, sans elles, n’auraient jamais connu la vérité et le bonheur !
Pendant longtemps, nous avons eu l’avantage de nous entretenir avec la supérieure de toutes ces œuvres eu apparence bien modestes, mais dont les résultats sont admirables. C’est une femme d’un âge mfii', d’un grand caractère, d’un talent plus qu’ordinaire, mais d’une belle et digne simplicité. Elle a assisté à toutes les scènes d’horreur qui ont désolé Damas, il y a quelques années. Avec quel accent convaincu, naïf, touchant, elle nous raconta l’histoire des massacres! Ce récit si simple et si vrai me grossit le cœur et me tira malgré moi des lai nies. Elle ne pleurait pas, et je pleurais !
Et qui n’aurait pas versé (jes lai'uies, en voyant ces vé.-
LE PÈLELIN
nérables Sœurs marchant avec leurs enfants au milieu d’un peuple furieux qui, sans les gardes d’Abd-el-Kader, en eût fait une horrible boucherie. Aussi, quelle reconnaissance elles conservent pour celui qui les a sauvés ! Là on prie, chaque jour, pour la conversion d’Abd-el-Kader; car, sans lui, il n’y aurait peut-être plus de chrétiens à Damas, et il y en a encore plus de quinze mille.
Le quartier chrétien est rétabli ; on y voit encore néanmoins quel jues maisons en ruines, témoins éloquents de l’incendie et de la dévastation. La paix la plus profonde règne partout, et l’on serait porté à croire que le fanatisme est enchaîné pour toujours ; mais il paraît que le volcan est mal éteint; que dans ses entrailles, sous la cendre, couvent des feux qui u’attendent qu’une occasion favorable pour éclater. On m’a assuré qu’on a découvert, il y a peu de temps, un complot infernal qui aurait pu achever ce que le premier avait si tristement commencé. Le ^xacha fut alors destitué, et le danger disparut.
Aujourd’hui, un prêtre peut parcourir seul tous les quartiers de Damas, sans être exposé à aucune avanie. Plusieurs fois même, à notre passage devant un poste, les soldats, par honneur, nous ont présenté les armes. Les PiAnciscains, les Lazaristes, les Sœurs de Charité sont partout respectés. 11 y a, à Damas, beaucoup de chrétiens distingués, beaucoup de jeunes gens instruits par les Lazaristes qui occupent des positions élevées dans le commerce et même dans le gouvernement.
A chaque jms, le Ib Lazariste qui nous conduisait et qui avait ])rofessé plusieurs années au collège d’Antourah, était arrêté par quelqu’un de ses élèves (pii le saluait du doux nom de Père et lui témoignait le vif attachement qu’il conservait pour ses anciens maîtres.
Nous avons visité (luehjues-unes des plus belles maisons de Damas. Je ne parle [)as des rues et des places publi-
DE TEURE SAINTE
ques ; des places, il n’y en a pas qui méritent ce nom ; des mes, elles sont, comme dans tout l’Orient, étroites, sinueuses, mais moins sales. Pendant le jour, ou ne ferait pas di.N pas sans rencontrer des chiens étendus et dormant au soleil. Gardez-vous de les réveiller, vous ne le feriez pas impunément.
Pas de voitures, mais des ânes à foison et de longues files de chameaux dont il faut se garer. Les rues ont une apparence misérable, et quand on frappe à la porte de quelque grande maison, ou se demande si ce n’est j)oint la chétive demeure de quelque pauvre ouvrier. Mais â peine avez-vous franchi le seuil que vous vous trouvez dans un palais oriental. Vous restez stupéfait à la vue de ces cours pavées en marbre blanc, de ces jets d’eau, de ces fleurs, de ces divans, de ces salons revêtus des plus beaux marbres d’Italie, et couverts de sculptures mauresques des dessins les plus variés. Tant de travaux d’art coûtent des millions aux propriétaires. Toute l’ambition des riches habitants se concentre sur une somptueuse demeure.
Ordinairement, il n’y a qu’un seul étage, et au-dessus, des terrasses maguifiques d’où l’on découvre la ville qui est presque partout de niveau. D’une terrasse cà l’autre, il est facile de se faire entendre et même d’entretenir une conversation suivie. Nous avons visité l'iusieiirs maisons de riches chrétiens; ])artout le même luxe, partout la même profusion d’ornements.
Nous sommes enti’és dans la maison d’un juif, le plus riche de Damas. Sa maison est un vaste palais; en le contemplant, en le parcourant, ou est ravi hors de .soi-même, on croit rêver; c’est un songe des mille et une nuits. Ce juif n’a pas oublié de se construire une synagogue. Elle est d’une richesse incroyable. Dans une armoire artistement travaillée, on coirserve les saintes Ecritures.
Deux rouleaux mobiles développent le parehemiii et pré-
sentent au lecteur nue écriture héliraique parfaitement soignée, et dont rinqjrimerie n’égalera jamais la bo uté. Dans toutes les synagogues d’Orient, on a conservé la méthode antique de transcrire sur de longues bandes de parchemin les saintes Ecritures, et de se servir de rouleaux pour en 'développer les nombreuses pages. ^
Nous de\ions aussi visiter la maison d’un des plus riches musulmans avec un Eièie lazariste qui tient une classe que fréquente l’enfant de cette famille. Ce jeune enfant aime beaucoup le Frère, et depuis longtemps, il le presse d’aller voir sa maison en l’assurant que son père le recevra avec grand plaisir. Le temps ne nous permit pas de faire cette nouvelle visite, ou nous n’aurions rien vu de plus beau que chez le juif.
Tous ces bons procédés des juifs et des mahométans m’ont convaincu que, si le fanatisme ne se réveillait de temps en temps, le séjour de Damas serait pour les chrétiens le plus agréable de la Syrie. Dans cette ville, qui compte près de 120,000 habitants, (Ij on jouit d’un grand calme, d’une tranquillité parfdte. On ne voit point ce mouvement continuel, on n’entend point ces criailleries agaçantes qui distinguent les villes de la côte. Ce n’est pas un mélange de tonte nation qui vous heurte et vous choque sans cesse. La population de Damas est homogène. C’est un des plus beaux types.
Les liommes d’une taille élevée, avec leurs longues robes de soie quelquefois l)rodées d’or, ont une démarche grave (pli ne manque ]>as de dignité. Lesfenime.«, avec leurs manteaux blancs, leur maintien modeste, gracieux, un certain air de j oiitesse, conlra.'^tent singulièrement avec les fennnes
(1) En ISSI, In jio]uilnlion (11' Diinni.s (jliiir portée à environ Hi0,0ti0 hiiliiliint.s dont 20,Û0a chrétiens n,nO(i jnifs, tout le reste se coniiiosant de innsnliniins. ('ctle ville est à 4-'! lieues de .Ténisidein. C’est à Diinnis i|iron lidiriipie les h m"s de sabre d’nnc si l aute renommée. Qmuul on u |:lit : comme de l’iieier de Ihunas, alors il ne re.ste plus i^u’à s’incliner,
DE TEUKK SAINTE
inusuluianes de l’Egypte et de la Palestine, dont le costume bizarre et l’horrible voile en font pour l’étranger de véritables caricatures. N’oublions pas que nous sonmies dans le quartier chrétien et que c’est un diinanclio; et à Damas, les chrétiens dans leurs habits de fête observent religieusement le jour du Seigneur.
J’ai remarqué un usage qui ne manque pas d’une certaine originalité. Les jeunes hiles jusqu’à l’àge de quinze ans ne peuvent sortir qu’avec une chaussure très-iiicoinmode. Ce sont, pour ainsi dire, des échasses attachées à leurs pieds et qui les élèvent tellement qu’elles ne peuvent aller loin, ni marcher vite, sans tomber. Je crus d’abord que c’était une sorte de jeu pour ces enfants, un exercice gymnastique pour apprendre les lois de l’équilibre ; mais, pas du tout, c’est un usage général. J’en demandai la cause, et la réponse ne me parut p.is entièrement satisfaisante. On veut les accoutumer, dès l’enf iiice, à ne pas trop s’écarter de la maison paternelle. 11 est certain que, chez nous, une pareille mesure remédierait à bien des inconvénients.
A Damas, la jeunesse chrétienne est un modèle de régularité. On n’y voit point de ces désordres, de ces scandales comme ou en voit dans plusieurs grandes villes en Europe., La plus sévère modestie règne parmi les jeunes personnes,, même musulmanes; et l’on m’a assuré qu’une jeuire hile ciui se déshonorerait serait infailliblement sacrihée.
Les chrétiens, à Damas, sont généralement instruits, pieux, remplis de respect pour les prêtres. 11 y a des chrétiens de plusieurs rites unis, qui tous vivent en bonne intelligence : des latins, des grecs, des arméniens, des syriens, des maronites. Tous ont leurs églises particulières.
Nous avons fait une visite à l’archevê jne grec qui nous a reçus avec honneur comme si nous eussions été de hauts personnages. Introduits dans son divan, nous l’avons vu se présenter avec dignité, accompagné d’un certain nombre
LE PÉLEKIN
(le ses piêties. C’est un lioinme d’une soixantaine d’années, d’un cxL'riem avantageux et j)ortant une magnifique barbe. 11 parle très-bien le français et l’italien, et plusieurs de ses prêti’es parlent aussi les langues de rbbirnpe. Cet évêque a assisté au Concile du Vatican ; il avait fait ses études à Rome, et il connaît parfaitement la France. Sa conversation, pleine de franchise et d’aménité, a été fort agréable.
Sur ces entrefaites, onajiporte, selon l’usage, le café, et on nous offre les friandises du pays; tout cela se prend en causant sur le divan. Le vénérable évêque me fit un compliment auquel je ne m’attendais pas, il me félicita de ma belle barbe, et, si je ne me trompe, ce fut pour que l’attention se portât sur la sienne ; car il ajouta : “ Cependant la mienne ed un peu p/aos longue. — C’est vrai, monseigneur, répondis-je en souriant, elle est fort belle et beaucoup plus longue ; cependant, si je pouvais ajouter à la mienne tout ce que j’en ai retranché depuis cinquante ans, elle dépasserait la vôtre en longueur.”
Cette réponse provoqua un éclat de rire, et, à ce propos, le digne et aimable évêque nous dit que les Orientaux paraissaient très-étonnés et même choqués, quand ou leur disait que le Pape, le chef de l’Eglise universelle, était rasé. Ils ne comprennent pas un Pape sans barbe. La visite finit par des vœux en faveur de la France. En Orient, c’est aujourd’hui le refrain de toutes les conversations. Que serait-ce si la protection séculaire de la France redevenait plus efficace dans ces contrées.
L’archevêque chargea un de ses prêtres de nous faire les honneurs de sa cathédrale. Elle est grande et brillante. On ne sait A quel style elle appartient ; en Orient, on ne s’occupe guère que de rornementation. La nef tout entière est occupée par les hommes. Les femmes sont confinées dans de grandes tribunes. Les Grecs catholiques conservent le saint Sacrement dans le tabernacle ; seulement,
DE TRKRK SAINTE
ils renouvellent souvent les saintes esp6ces, parce qu’ils consacrent avec le pain non-azime, et ([u’ils laissent tomber sur la sainte Hostie qu’ils conservent quelques gouttes du précieux sang.
Nous avons aussi fait une visite à l’évêtpie des Syriens. C’est un vénérable vieillard, à cheveux blancs, d’n ne Hgure austère, mais bienveillante. 11 ne parle pas le français ; mais nous avions un inter[)rète, et sa conver- .sation, douce, sérieuse, aflable, a laissé en nous une bonne impression, (.^ii voit que ces évêques orientaux reçoivent avec satisfiction les pèlerins de l’Occident, et qu’ils sont heureux d’être en communion avec le Saint-Siège.
De là, nous nous sommes présentés chez l’évêque des Arméniens qui n’est pas moins digne^et qui nous a reçus avec les mêmes égards. A Damas, il n’y a pas d’évêque maronite, mais un bon et excellent curé qui nous a accueillis avec la plus tendre cordialité, comme des frères et des amis, et qui, le lendemain, nous a rendu sa visite chez les Lazaristes. Ces maronites sont vraiment le peuple bon par excellence, et ils aiment tant la France qu’ils ne croient jamais en faire assez pour les Français.
La ville de Damas est riche en souvenirs religieux. Elle existait déjà du temps d’Abrahaui. A la gauche de Damas^ dit la Genèse, était Hoba (1) où il s’arrêta après avoir défait les rois de Syrie, et d’où il ramena Lolh, son neveu, qu’il avait fait prisonnier. Eliézer, son serviteur, était de Damas. Quand le roi Achab ht alliance avec Bénadad, les Juifs obtinrent un quartier de la ville pour y habitçr, et ils y étaient encore assez nombreux lorsque saint Paul y arriva.
Mais le plus grand fait religieux qui se rattache à Damas est la conversion de saint Paul (2y A un kilomètre (environ deux tiers de mille) de la porte du Midi, sur la route
(1) Geu. xir. 15.
(2) Act. IX.
LE PÈLEKIN
(le Jénisiilein, est le lieu où il fut renversé en entendant cette voix : “Saul, Saul, j)ourquoi me peo'sécutes-iu /” 11 y avait autrefois une église ; c’est aujourd’hui un cimetière chrétien, et les fidèles de Damas s’y rendent chaque année en procession le jour de le Conversion de saint Paul. O’eSt 4e là qu’il entra dans la ville et qu’il se rendit dans la maison de Jude qui habitait dans la rue qu’on appelle Droite. Tous ces lieux subsistent encore aujourd’hui à peu pi'ès tels qu’ils étaient alors.
Nous avons voulu examiner le lieu où saint Paul avait été descendu dans une corbeille pour échapper à la fureur des Juifs ; c’était à la porte Orientale, que les chrétiens appellent ])orte de Saint-Paul. Là, il y avait une sorte de forteresse ou avant-corps où l’apôtre était emprisonné et, à l’extérieur, ou montre encore l’appui d’une petite fenêtre par où ou le descendit ; il y a une hauteur assez considérable. Cette porte e.st murée, et, tout à l’entour, on voit des ruines accumulées. L’aspect des murailles atteste une haute antiquité. La tradition est constante et s’accorde parfaitement avec les lieux. 11 y avait là, auprès des murs, plusieurs ouvriers, et je ne fus pas peu surpris d’entendre quelques-uns d’entre eux nous expliquer en français la manière dont les choses s’étaient passées. Ou voit que ces souvenirs, qui se transmettent de génération en génération, ne sont pas moins précis, moins frappants que dans les premiers siècles.
A la suite de cette porte où saint Paul fut descendu, se trouve la rue Droite qui subsiste encore. Elle occupe le même emplacement, elle garde le même nom, elle traverse la ville de l’est à l’ouest, c’est la seule qui soit droite, et si elle n’a plus les mêmes ornements, les mêmes colonnades qu’autrefois, elle est encore la principale et la plus riche de Damas.
A une très - faible distance de la porte de Saint - Paul,
DË TKKUE SAINTE
aujoui-d’liui fermée, la rue Droite cesse, et^ ]iour sortir de la ville, il nous faut prendre une autre rue à laquelle on l’a jointe ]iar un brusque détour, en sorte que tout est parfaitement conforme au récit dos Actes des Apôtres. La maison de Jude où saint Paul se retira est dans cette rue Droite. Elle est aussi conservée. Malheureusement, elle est en la possession d’un musulman, qui cependant se met de bonne grâce à la disposition des visiteurs. C’est là qu’Ananie, i>ar l’oidre de Dieu, vint trouver saint Paul et lui imposa les mains, en lui disant : “ Saul, mon frtjre, le Seigneur Jésus m’a envoyé, afin que tu voies et que tu sois rempli du Saint-Esprit.”
Auprès de cette maison est une belle fontaine où l’apôtre fut baptisée. I.a maison de saint Ananie n’est pas trèséloignée de celle de Jude, elle a été convertie eu chapelle. On y descend l'ar un escalier de seize à di.\-huit marches. J’ai eu le bonheur d’y célébrer la sainte messe. Tout ce quartier est chrétien. Quelques-uns se doutèrent que, prêtres étrangers, nous allions au sanctuaire vénéré, et quoique ce fût un jour où l’on n’y célèbre pas la sainte messe, l’escalier et la chapelle se trouvèrent remplis d’assistants. Ce sont de délicieux moments, ceux qu’on passe dans un lieu témoin d’un si grand événement, dans un lieu qui nous rappelle Ananie baptisant Paul et préparant la conversion du monde.
Damas possède une grande et belle mosquée. C’est l’ancienne église de Saint-Jean-Baptiste, dont les chrétiens furent entièrement dépossédés vers la fin du viie siècle. Cette église subit alors une transformation. Les musulmans détruisirent les autels, les chapelles, tout ce qui rap- ])elait le culte chrétien et ne conservèrent qu’une enceinte carrée, où ils élevèrent de grandes et belles constructions. Il parait que Tamerlan, en 1400, la saccagea et qu’elle fut en grande partie détruite, et c’est à un sultan d’Egypte qu’elle doit sa restauration et son état actuel.