‹ Le pèlerin de Terre SainteChapitre 7 sur 100 · LK P]!;LK1!1N · texte numérisé non relu

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je lui éci'ive de Jénisuleni. Ou m’invite à une petite soirée, j’accepte cette faveur ; mais le soir tout cliatige ; la mer est mauvaise, et la réuuiou devient impossible.

1 1 mars. En mer.

Toujours la mer. On n’apercoit pas même une apparence de rivige, ni les côtes de la Grèce, ni celles de l’Afri- (jue. Candie est trop loin, l’as ui\ vaisseau qui pa.sse, pas un oiseau qui traverse les airs, pas même un poisson (|ui vienne nous distraire par ses joyeux ébats. Les passagers sont rêveurs, mélancoliques. Sur leur front, on remarque quelque chose de nuageux qui décèle l’ennui, beaucoup souffrent du mal de mer, mal terrible qui défie tous les remèdes. Aux repas, la table est dégarnie. Au déjeuner, je me trouve seul avec les officiers. Evidemment, Dieu a pitié de jua faiblesse ; car je serais impuissant à supporter cette cruelle épreuve. Nous voguons plus lentement ; le vent qui soulHe de l’e.st ralentit notre marche. Sans être violent, il est fort, et la mer plus agitée. Les vagues ne s’élève pas, n’écume pas, comme sur l’Océan ; mais elles n’en sont pas moins perfides, et il arrive assez souvent qu’une vague, qui est loin d’être une montagne, lance ses eaux au-dessus du vaisseau. Plus d’une fois, en me promenant, je me suis trouvé aspergé de manière à exciter des éclats de rire. Cependant notre bateau, long de cent mètres (3.30 pieds) et large de dix (33 pied, s), est très-élevé au-dessns des eaux et semble dominer sur la mer, comme un roi dans .son empire.

Le soii', il fallait bien quelque distraction. Je voyais le capitaine, bon et exc(dlent homme, un peu délaissé. Il me propose une partie de damier. J’accepte, malgré mou ])cu d’usage en cette matière. A peine avons-nous commencé que je m’aperçois que mon capitaine est beaucoup plus habile à faire manœuvrer ses marins que les pions. Je fus donc obligé de gagner la première partie. Malgré

ma bonne volonté, je ne pus réussir à perdre la seconde. Enfin, en troisième lieu, après bien des combinaisons, après avoir méprisé tous les avis qui m’étaient donnés à droite et à gauche, je fus assez heureux pour assurer la victoire à notre bon capitaine, qui manifesta l)i’uyuinment sa joie que je partageais de grand cœur.

12 mars, midi. Eii mer.

Aujourd’hui, grande déception ! Il y a trois jours, nous espérions arriver à Alexandrie, et tout annonce que nous ne pourrons débarquer ce soir. Ce n’est pour moi qu’une bien légère contrariété. Demain, le spectacle des côtes de l’Egypte sera plus beau. Le port, la ville se montreront dans toute leur splendeur.

Ici, on s’aperçoit du changement de climat. Les rayons du soleil pénètrent plus facilement dans le salon. L’astre du jour s’approche de nous, et on le salue avec plaisir. Cependant, on aspire après la terre. Ceux-là suitout la souhaitent avec ardeur, qui souffrent du mal de mer. Vers six heures du soir, le phare d’Alexandrie projette dans le lointain une faible lumière .semblable à celle d’une étoile, et tout espoir de débarquer disparaît. Il faut se résigner à attendre l’aurore, et encore, il faut que la mer devienne meilleure ; car, depuis deux heures, le tangage est plus prononcé; le roulis se fait vivement sentir, et des lames viennent de temps en temps tomber sui' le pont et jusque sur les vitres du salon.

Nous .sommes donc obligés de faire lentement une longue ])romenade, à distance respectueuse du jkiiI. Impossible de jeter l’ancre, la mer est tiop prtddnde. C’est vers Damiette (pie le vaisseau dirige sa coiii'se noe.turne pour revenir en.suite dev.ant Ahexandrie. d’entends des oliieiers dire que, peut-être, on va. apercevoir le j)harede Damiettq dont les feux, à certain endroit, scs oi’oisent avec ('eux d’Alexandrie. l’oiir le voir, il faudrait ))ass(îr nne])a.rli((

LE PÈLEKIN

de la nuit sur le pont, et le vaisseau est tellement agité qu’il est difficile de se tenir debout. Aussi les passagers ont déserté ; tous sont rentrés dans leurs cabines. Je rentre aussi, ne voulant pas rester seul.

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