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CHAPITRE IV

Baalbeck.

De Damas à Baalbeck.—Arrivée à Baalbeck.— Messe dans l’église des maronites.—Orisine de Baalbeck.—Ruines de Baalbeck.—Examen de ces ruines.—Epoques diverses de ces monuments,—Qui les à construits, et comment at-on transporté les pierres ? — Diner à Baalbeck. —— Départ de Baalbeck.

Nous quittons Damas. A trois heures du matin, nous traversons la ville, guidés par un Frère lazariste muni d'une lanterne. Pendant près d’une heure, nous parcourons les rues solitaires et silencieuses de cette grande cité, Les chiens nombreux qui la nettoient avaient terminé leur œuvre, et, à chuque pas, nous les rencontrions gisant çà et

là sur le pavé. Nous avions grand soin de n’en blesser‘

aucun, car un seul en eût déchaîné contre nous des centaines,

A quatre heures, nous prenons la voiture pour Stora où nous arrivons vers onze heures. Je déjeune à la locunda où l’on me sert de soi-disant cailles qui sont loin de valoir celles de France. Ne pouvant organiser notre voyage à Baalbeck, nous prenons le parti d'aller à pied jusqu’à Malloûka, faubourg de Zahleh où se trouve un établissement de Jésuites. Jamais je n’ai éprouvé plus de peine qu’à faire les six kilomètres (environ quatre inilles) qui le séparent de Stora. La chaleur était excessive, et j'étais exténué de fatione, Deux femmes de Zahleh, chrétiennes charitables, témoins de notre faillesse, se chargèrent de nos sacs. Nous

nous reposons à Malloïka, et nous louons des muléts pour

la Turqui»-d'Asie, le 23 mu 1883. Il était dans sa 76e année. Le Dic'ionnuire des Contemporains, annonce la moit de cet homine, daus son supplément publié en 1886 à Paris, sans donner aucun détail ; malheureusement tout porte à croire que l’auteur du Pélrin ne s'était point trompé sur la tin d'Abd-el-Kader, c’est-à-dire que son ergueil l’empécherait de mourir chretien.

faire le voyage de Baalbeck. Nous partons avec un jeune moukre, Grec non uni, qui ne Savait pas un mot (le francais, maïs à qui le P. Jésuite avait fait la lecon.

Malheureusement, les apprêts du départ nous avaient retardés au delà de nos prévisions, et 1l était plus de quatre heures quand nous nous mimes en route, et nous avions pour six à sept heures de marche. La plaine est maynifique, couverte de moissons ; c’est la Cœlésyrie dans toute sa beauté, Le chemin est assez bon ; mais, entre les deux chaînes du Liban, la chaleur est très-forte, quoique le soleil baisse, : Pour surcroît d’embarras, les selles de nos mulets sont si incommodes, que j'éprouve un engourdissement des jambes qui me fait horriblement souffrir. Nous faisons, de jour, à peu près la moitié de la course ; mais que le reste semble long ! Un bon sentier, le jour, devient mauvais, la nuit, surtout quand on ne le connaît pas. Nous nous apercevons aussi que notre jeune moukre avait de la peine à reconnaître son chemin au milieu des ténèbres. Vers la fin du jour, au milieu de la plaine, un cavalier convenablement vêtu, monté sur un joli cheval, nous avait rejoint et salués du nom de monsieur. Nous n'avions pu extruire de sa bouche aucun autre mot français. Cette rencontre soudaine, au milieu de cette plaine déserte, m’inspire d'abord quelques inquiétudes. Ne serait-ce point quelqu'un de ces Arabes nomades qui cherchent l’occasion de dévaliser les étrangers ?

Ce cavalier s’arrêtait de temps en temps pour donner à son cheval le loisir de brouter les blés et de s’en repaître ; car, dans ces contrées, on n’y met pas plus de facons ; et puis il nous rejoignait et chevauchait à côté de nous. A “force de l’examiner, je reconnus que sa figure, son attitude,

ses manières n’annonçaient rien d’hostile, et, la nuit appro-

chant, il dirigea plus d’une fois notre petit moukre par des entiers que celui-ci ne connaissait pas, et nous conmen-

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câmes à avoir confiance en cet étranger qui, le reste du voyage, se montra très-affable et très-complaisant. La Providence l'avait envoyé fort à-propos pour nous guider dans une circonstance où nous pouvions errer toute la nuit à l'aventure.

Imaginez, en eftet, deux prêtres âgés, fatigués, montés sur d’incommodes mulets, traversant, là nuit, une région inconnue et naguère infestée de Bédouins et de sauvages Métualis, sans aucune arme, conduits par un enfant qui ne reconnait plus son chemin, et vous aurez une faible idée de notre position, Notre charitable cavalier nous fut donc d’un grand secours. Sans lui, il est assez probable que nous eussions été oblivis de coucher à la belle étoile, sous la garde de Dieu.

Enfin, après bien des souffrances, nous voilà à Baalb:ck. Nous suivons nos guides par des chemins qu’en France on trouverait impraticables, et nous descendons dans une maison arabe et chrétienne, Il fallut frapper longtemps pour réveiller les habitants endormis. Quand nous entrâmes, il était onze heures. La faim nous pressuit, et on n'avait rien à nous offrir qu'un peu de pain arabe et de l’eau que nous versions dans notre gobelet; car il n’y avait pas de verre, Un verre, ce serait du superflu ; la bouteille suffit, Ce dénûment, loin de nous affecter, nous inspira une sorte de gaîté ; en déchirant le pain-valette et en vidant tour à tour le gobelet d’eau, nous éprouvions le besoin de rire et de plaisanter, et, d’ailleurs, les figures qui nous environnaient étaient souriantes, Ces pauvres gens croyaient sans doute nous faire une réception confortable.

Minuit arrive, [l faut se coucher, L'appartement où nous étions servait non-seulement de divan on salle de réception, mais de salle à manger et de chambre à coucher. En voyant sept à huit personnes qui nous entouraient, je me demandais si cet appartement allait être un dortoir commun ; et cette idée m'inquiétait. Nous fimes comprendre

par signes que nous voulions reposer. Alors, sur une natte de jonc, on étend deux matelas très-minces, puis je dispose mon sac pour servir d'oreiller, en me disant qu’il serait encore plus doux que celui que Jacob, à Béthel, posa sous sa tête. Je fis un grand signe à tout le monde de se retirer, et, à ma grande satisfaction, nous restâmes seuls. J'ai soin d'appuyer la porte qui m'avait ni serrure ni verroux, et je me jette à moitié vêtu sur notre lit improvisé, et je dors paisiblement jusqu’à einq heures. Combien ce court sommeil fat réparateur et, en me réveillant, combien j'étais surpris d’être à Baalbeck !

De bonne heure, nous allons faire une visite au directeur du télégraphe qui parle francais. C’est un jeune homme distingué, qui a été élevé par les Jésuites et qui conserve une vive affection pour ses anciens maitres. Ne pouvant s'absenter, ii nous donne son cominis pour nous conduire à l’église maronite où nous désirons célébrer la messe. Il y a, à Baalbeck, un évêque grec catholique, qui aime à exercer l'hospitalité; mais il était absent et, d’ailleurs, nous n’aurions pu célébrer la sainte messe dans sou église ; car les Grecs se servent de pain non azime, d’ornements bien différents des nôtres, d’une liturgie particulière, tandis que les maronites, tout en suivant un rite spécial, se servent, comme nous, de pain azime, d’ornements semblables et ont un missel latin pour les étrangers.

Nous fûmes parfaitement accueillis ; mais que l’église est

pauvre, et quel contraste ce misérable sanctuaire présente

en face des grandes ruines des temples païens qui se dressent là tout près comme une montaune! Après la messe, uous retournâmes chez le directeur du télégraphe, qui nous fit servir un café au lait et se montra envers nous d’une bonté, d’une complaisance dont nous gardons le meilleur souvenir, Son commis vint ensuite nous conduire aux ruines,

A une extrémité de la grande et fertile plaine de la Cœlé-

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syrie, au pied d’une assez haute colline sablonnense, s'élève une misérable ville, ou plutôt un gros village encore entouré de vieilles murailles erénelées et de tours : c'est Baalbeck. Cette ville est tellement déchue que son non serait ignoré dans le monde sans les ruines gigantesques qui attestent son ancienne splendeur, Admirablement située sur un point où se croisait tout le commerce de l’ancien monde, elle devint comme un entrepôt général entre Tyr, Sidon, Palmyre, l'Egypte et l’Assyrie et conquit une hnportance qui fit affluer dans son sein d'immenses richesses,

Il à manqué à la gloire de Baalbeck un historien. Son

origine se perd dans les nuages du passé. Josué l'appelle

Baal-Gad ; le ITIe livre des Rois, Bualah; les Phéniciens, Baal-Bek, et les Grecs, Héliopolis. Ce furent les Egyptiens qui y introduisirent le culte du soleil, Le paganisme se maintint à Héliopolis jusqu'au règne de Constantin, Sous Julien lapostat, il reprit son empire et, pendant assez longtemps, Héliopolis ne fut célèbre que par ses martyrs. Depuis Omar, cette ville est constamment restée sous le joug des Sarrasins et des Turcs, qui en auraient fait disparaître les derniers vestiges, si elle n’eût renfermé des monuinents que les hommes ont élevés, mais qne les homines sont impuissants à détruire,

Des auteurs célèbres ont décrit ces orandes ruines avec une exactitude et un talent remarquables. Je me contenterai de quelques indications succinctes.

Les principales antiquités de Baalbeck occupent, au couchant de la ville, un vaste espace qui doit avoir environ quatre cent mètres sur cent (mille trois cent vingt. deux pieds sur trois cent trente). C’est une hnmense terrasse entourée de murailles d’une épaisseur et d’une solidité extraordinaires, et renfermant deux cours spacieuses, l’une hexagonale, l’autre rectangulaire, aboutissant aux ruines du grand temple du Soleil ; puis, an sud-est, se trouve le temple de Jupiter.

Il ne reste du temple du Soleil que six"colonnes d’ordre corinthien ; elle ont sept mètres (vingt-trois piells) de ciconférence et, avec lenr entablement, vingt-quatre mètres (près de quatre-vingts pieds) de hauteur. Primitivement, il y en avait quarante-cinq, (cent quarante-neuf pieds) ce qui donnait au péristyle du temple une longueur de quatre-vingtneuf mètres (deux cent quatre-vingt-quinze pieds) sur une largeur de quarante-neuf (cent cinquante-quatre pieds).

Le second temple, appelé le temple de Jupiter, est beaucoup mieux conservé. Quoique plus petit, il est encore

colossal, Il était entouré d’une galerie formée par trentehuit colonnes dont vingt sont encore debout. Elles ont quinze mètres (environ cinquante pieds) de hauteur et plus

de cinq de circonférence (environ dix-sept pieds). [l'est assez probable que ce temple fut converti en église sous Constantin ou sous quelqu'un de ses successeurs. Nous avons cru reconnaître des emplacements d’autels. Nulle part je n'ai vu un monument plus riche en architecture. C’est une profusion de sculptures incroyable et d'une perfection attestant qu'il à été construit à une époque où les arts étaient très-florissants. Tout près de ce joli temple, on remarque les ruines d’une petite église chrétienne.

Sous la terrasse sont d'immenses corridors souterrains voûtés, dont l’un va de l’est à l’ouest, et un autre du nord au sud. Ces corridors mesurent plus de cent trent mètres (plis de quatre cent trente pieds) de longueur sur environ cinq (seize pieds et demi) de largeur. Près de la sortie sont des chambres ornées de belles sculptures.

Après ce court exposé, disons un mot de l'impression que produit, sur le voyageur, l’aspect de ces grandes ruines. Quand on arrive et qu'on les embrasse d’un seul coup d'œil, on reste muet d’étonnement, on se sent comme accablé sous le poids de ces masses, et on ose à peine les parcourir. Je n’ai pas le courage d'essayer même de les

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décrire ; tant de savants, qui viennent de toutes les parties du monde, n'ont pu, malgré leur talent, en donner qu'une faible idée,

C’est un travail effravant, inexplicable, de générations successives et inconnues ; c’est le plus beau,le plus uiwantesque, le plus admirable que l’homme ait jamais exécuté ; t:l lment qu'on serait tenté de croire qu'il a été l'ouvrage de ces géants de la fable qui entassaient montagnes sur montagnes, Les pyramides sont des masses qui attestent la folie des hommes; les temples de Baaibeck sont un chef-d'œuvre qui réunit la beauté de lart an givantesque.

Jamais les hommes ne tenteront un pareil effort; jamais peut-être ils ne pourront expliquer les moyens employés par ces architectes inconnus pour tailler, remuer et placer avec une précision irréprochable de semblables masses. On reste stupéfait, quand on est au pied de ces colonnes, de ces chapiteaux, de ces entablements, de ces bases dont le volume et la pesanteur dépassent tellement la limite des forces humaines, qu'on est réduit à avouer que les moyens employés sont encore une énigme pour notre siècle si savant.

Que l’homme est petit devant de pareils monuments ! Il a fallu plusieurs tremblements de terre pour en renverser une partie, et on peut porter le défi le plus solennel à l’esprit de barbarie et de destruction qu'il wachèvera pas l'œuvre commencée. Je donte même qu’un nouveau tremblement de terre, quelque violent qu'on le suppose, pût renverser entièrement les murailles qu'on appelle eyelopéennes.

Nous avons vu des pierres placées à dix mètres (trentetrois pieds) de hauteur qui mesuraient près de cinq cents im. cubes, (dix-sept mille 300 pieds cubes) pesant, sans exagération, un million cinq cent mille kilogrammes (trois millions de livres) et que les forces réunies de quarante mille

hommes pourraient à peine remuer, et ces pierres, parfaitement taillées, sont si bien liées, sans ciment, que vous ne passeriez pas la lame d’un couteau dans les joint'res. Nous avons vu, gisant sur le sol du grand temple, des trones de colonnes ayant plus de deux mètres (plus de six pieds et demi) de diamètre, sur une longueur de huit à dix mètres (de vingt-six à trente-trois pieds de longue). Les entablements et les chapiteaux, d’une seule pièce et finement taillés et sculptés, sont des masses si énormes que l’on douterait qu'ils enssent couronnés les fûts, si l’on n’en voyait encore plusieurs restés à leur place. Je n’en pouvais croire mes yeux, et je mesurai les colonnes demeurées

debout que je trouvai parfaitement semblables à celles qui

ont été renversées,

On reconnaît facilement que ces monuments ont été construits à trois époques différentes. Les murailles qu'on appelle eyelopéennes sont les plus anciennes. Leurs assises se composent de pierres d’une dimension extraordinaire, parmi lesquelles on en remarque trois, véritables monstres, auprès desquels les autres ne sont rien. Ces blocs mesurent chacun vingt mètres (soixante-six pieds) de longueur sur cinq (seize pieds et demi) de hauteur et autant de largeur, ce qui fait, comme nous l'avons dit, cinq cents mètres cubes (dix-sept mille cinq cents pieds cubes). Ils sont placés dans la muraille ouest qui se relie avec celle du nord, formée aussi de plusieurs rangs de blocs énormes, mais de moindre dimension.

Dans les passages souterrains, on remarque aussi des matériaux tellement gigantesques qu'on doit attribuer à la même époque, au moins, les bases de ces constructions qui, dans leurs parties les plus élevées, attestent l'époque romaine, M. de Saulcy y a reconnu l'appareil romain ; il y a vu même, et nous y avons vu après lui quelques inscriptions latines et des bustes de divinités; mais le savant

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voyageur a reconnu sous ces voûtes les traces d’une construction bien plus ancienne :

‘“ En sorte, dit-il, que les temples d'Héliopolis, dont nous udmirons aujourd’hui les ruines, ont été élevés sur les restes d’un temple bien plus antique et bien autrement important par l’énormité des matériaux qui y furent mis en œuvre.”

Les constructions de la troisième époque furent élevées par les Sarrasins qui voulurent convertir cette magnifique acropole en forteresse. Ces derniers venus furent plutôt des vandales que de vrais architectes. Ils détruisirent tout ce qu’ils purent et se servirent des matériaux pour accomplir leur œuvre bizarre qui figure si mal à côté des chefs-d'œuvre du passé, malgré quelques détails intéressants.

Quels sont les architectes qui ont concu et exécuté les monuments si merveilleux de la première époque ? Il ne s’est pas trouvé d’historien pour recueillir leurs noms, et ils resteront probablement ensevelis dans un oubli éternel. L’Ecriture, an ITL° livre des Rois, nous dit bien que Salomon bâtit Palmyre et Balaat dans la solitude; mais ce simple mot ne suffit pas pour qu’il soit permis de lui attribuer de pareils édifices.

On croit qu'Antonin le Pieux à construit où rest uré le grand temple, et que le petit a été achevé sous Septime- Sévère et Caracalla ; mais il n’y à rien de certain, et le doute planera toujours sur un fait si extraordinaire, Quant aux constructions arabes, elles n’ont rien que de commun; on voit même avec peine qu’on s'est servi, en guise de moëllons, de pierres taillées et sculptées par des mains trèshubiles.

Si les grands architectes, les hommes de génie qui ont construit les monuments de Baalbeck sont inconnus, les moyens dont ils se sont servis pour transporter et poser les

blocs énormes qu'on y admire ne sont pas moins ignorés.

C’est un grand problème, et je ne comprends pas comment tant de savants, qui en ont mesuré la difficulté, ont pu passer si légérement sur un sujet tellement intéressant, où donner des solutions qu’ils trouvent eux-mêmes insignifiantes sinon ridicules,

Examinons attentivement la carrière d'où ces énormes blocs mouolithes ont été extraits. On y voit encore plusieurs pierres entièrement semblables à celles qui entrent dans la construction des murailles cyclopéennes, Une, entre autre, se fait remarquer jar ses dimensions considérables. Sa longueur est de vingt-trois mètres environ, (soixante-seize pieds), sa largeur de cinq mètres sept centimètres, (près de dix-sept pieds), et sa hauteur de cinq mètres trente centimètres, (dix-sept pieds et sept pouces\, ce qui donne un cube d'environ six cents metres, (vingtet-un mille pieds cubes). Elle est étendue sur le sol où elle touche par une de ses extrémités tandis que, par l’autre, elle est un peu soulevée ét repose sur une pierre (1,

A la vue de ces géants créés par la main des hommes, je me suis adressé plusieurs questions : 1° Comment a-t-on pu tailler ces blocs à arrêtes vives et les détacher de la masse de la montagne ? L'inspection des lieux m'a paru

(1) A propos de la cousruction de ces monuments cyclopéens, véritables géants créés par la main des hommes, comme s'exprime l’auteur du Pèlerin, nous mentionnerons la Grande Muraille construite pour protéger la Chine contre les invasions des Mongols. Cette barriére colo sale qui la sépare de la Mongolie a quinze cents milles (cinq cents lieues) de longueur, trente pieds de hauteur et quinze d'épaisseur au sommet. On trouve dans un ouvrage anglais : The History of le World, ce curieux culeul : Avec les matériaux qui entrent dans cette énorme muraille il serait possible de construire un mur ayant douze pieds de hauteur sur quaire pieds d'épaisseur, dont la longueur serait suffisante pour faire le tour du Globe : c’est-h-dire qu'il mesurerait plus de huit mille lieues, ou environ cent trente-cinq fois la distance qui sépare Québec de Montréal,

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indiquer la manière dont on procédait à cette opération, On dressait d’abord la surface supérieure et ensuite, suivant les lignes tracés, des ouvriers munis de bons instruments en fer (et à cette époque on n’en manquait pas), à force de coups et de patience, tinissaient par se tracer un chemin sur les quatre faces latérales, afin de lisoler, Ils travaillaient de la même manière sous le bloc, afin de le détacher de la masse, Ils introduisaient de place à autre une pierre pour le soutenir et continuaient de Ja sorte jusqu'à ce qu’il fût entièrement coupé et qu'il reposät uniquement sur les pierres introduites pour lui servir d'appui. Ivy a encore un bloc tout taillé et tout prêt à emporter, et un autre plus massif encore qui est aux trois quarts détaché,

La seconde question que je me suis adressée est la plus diflicile à résoudre : 2° Par quels moyens ces pierres ontelles été transportées et placées ? De la carrière je tourne nes regards vers les ruines. Les plus grandes pierres étaient en face et semblaient me porter, comme à tous les voyageurs, un défi, La distance à parcourir est d'environ un kilomètre, (trois mille trois eents pieds), Le terrain forme une pente assez uniforme, et sons une faible couche de terre et de gravier, c’est une pierre dure semblable à celle de la carrière. Pensif et rêveur, j’exainine attentivement ces lieux ; je repasse dans ma mémoire les moyens indiqués jusque-là par ceux qui se sont occupés de cette question.

L'opinion des gens du pays qui croient que ce travail inconcevable est dû à des génies qui l’exéeutaient sous les ordres du grand roi Salomon doit être rangée au nombre des fables. L'opinion de quelques modernes qui attribuent ces travaux à une 1ace d'hommes anté-diluviens où aux premiers descendants de Noë n’est guère plus soutenable, Et M. de Lamartine, malgré tout son talent, ne donne pas

des raisons capables de convaincre un homme sensé.

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