‹ Le pèlerin de Terre Sainte [microforme]Chapitre 24 sur 170 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Environs du Caire.

Arbre de la Vierge. Héliopolis.-—{Intérieur d'une maison arabe.

Nous ne voulions pas quitter le Caire sans faire une excursion à l'arbre de la Vierge. Nous reprenons donc notre monture de la veille ; et après être sortis de la ville, nous marchons plusieurs heures sur une route maguifique, bordée de jeunes arbres qui déjà donnent un ombrage délicieux. Îci, ce sont de longues haies d’orangers qui servent

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Bientôt nous marchons sur des vestiges sacrés. Une tradition constante et fort respectable nous apprend que la sainte Famille, avant d'aller se fixer au Vieux-Cairc, fit une station auprès d’'Héliopolis, ville autrefois célèbre, inême au temps de Joseph, et dont le nom avait dû rester sravé dans les souvenirs des enfants d'Israël. C'était alors une des plus considérables de l'Egypte, et la sainte Famille qui cherchait la solitude ne voulut pas y entrer. Elle se reposa près de là, sous un sycomore qui subsiste encore aujourd’hui, et que les mahométans anssi bien que les chrétiens appellent l'arbre de la Vierge. Il porte avec grandes marques de vétusté. Son tronc

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lui les plus rugueux, inégal, présente une forme ovale très-prononcée, Trois énormes branches s'élèvent de la tige, et par leurs

gigantesques dimensions composent ne celine étendue, garnie d’une inasse énorme de feuillage, C’est sans doute une des merveilles du règne végétal ; mais ce qui le rend surtout remarquable, ce sont les souvenirs religieux qui Sy rattachent, Tous les voyageurs qui le visitaigent voulent en détacher quelques parcelles pour les emporter,

d’autres voulaient inserire leur nom sur son tronc, Pour

le soustraire à ces nombreuses déprédations, les musul-

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l'est facile de voir qu’on en a coupé successivement plusieurs branches et qu’à mesure 1l en a poussé à côté, sur le même trone, de nouvelles. Ce sont sans doute ces vieilles branches conpées qui furent transportées, il y a plusieurs siècles, au couvent des Franciscains, ce qui a fait dire à un chroniqueur que larbre de la Vierge avait alors été coupé. Nous ne voulions pas nous retirer sans en emporter quelques feuilles, et nous ne pouvions en saisir, lorsqu'un grand Arabe, s'armant d’une longue perche, en détache quelques petites branches que nous avons conservées précieusement, Tous les chrétiens, indigènes et étrangers, par respect pour Ja sainte Famille, se prosternent et prient au pied de cet arbre, vieux témoin du passage de Jésus, de Marie et de Joseph.

A côté de moi, un Russe, de Moscou, probablement un pope, faisait et répétait de grandes prostrations en mettant le front en terre et en se signant de droite à gauche, Ce spectacle singulier, qui, en France, eût peut-être excité le sourire, était empreint d’une telle simplicité, d’une foi si naïve, qu'il me toucha. Je voulus aussi adresser quelques prières à la Vierge qui reposa sous cet ombrage, à Jésus qu'elle tenait entre ses bras, à saint Joseph le gardien fidèle et dévoué d’un si précieux dépôt. J'ai considéré longtemps cet arbre si vénérable, dont j'ai tracé une esquisse grossière, pour mieux en garder le souvenir. Il est planté au milieu d’un jardin bien entretenu, et où l’on peut, en toute saison, eueillir des fleurs. Auprès, est une source où se désaltéra Ja sainte Famille, et que, pour cette raison, on appelle la source de Marie. Je demandai à en boire; c’est la seule eau douce qui soit en Egypte, outre celle du Nil.

Nous quittons avec regret ce lieu sacré, et nous allons

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visiter les ruines d'Héliopolis, une des grandes cités de la vieille Egypte. De cette ville si fameuse, il ne reste debout qu’un obélisque chargé d'inscription hiéroglyphiques,

de figures de serpents, d'oiseaux, de crocodiles et du bœuf

Apis. Il est là, seul au désert, pour perpétuer le souvenir d'une gloire éteinte, Ce monolithe, en granit rose, à au moins 20 mètres (66 pieds) de hauteur, sans compter le piédestal et la base, Autour de cet obélisqne ont dû s’amonceler de grandes ruines ; car il est enfoncé bien audessous du sol actuel, et ce sont assurément ces ruines qui ont formé une foule de petits tertres qu'on remarque de tons côtés. Il me semble qu'avec des fouilles intelliventes, comme savent en faire nos savants antiquaires, on devrait retrouver une foule d'objets précieux qui figureraient avec avantage dans nos musées.

Auprès de ces vestiges.de la célèbre Héliopolis, sont quelques huttes arabes qui remplacent les tempies et les palais. J'ai eu la curiosité d'en visiter une; je voulais voir l'intérieur d’une famille indigène. Je demande par sigue à entrer, et je vois que ma demande est agréée. La porte extérieure est si basse qu’il faut se courber pour pénctrer dans cette humble demeure qui ressemble un peu à celle des anciens solitaires. Là, je trouve le père et la nère, et sept à huit enfants. Rien de plus simple que la distribution et l’ameublement ; dans la pièce principale, une sorte de fourneau ou cheminée en terre, où l’on fait le pain et le reste de la cuisine. Je n’ai aperçu aucun meuble, ui ustensile ; pas un seul siège, pas de table, seulement quelques vases pour conserver l’eau. Le pain se cuit avec des mottes formées de terre et de fiente de vache, desséchées au soleil, Autour de chaque habitation, on voit un hideux étalage de ce triste combustible fraîchement préparé, et répandant une odeur fétide. La petite chambre à coucher est sans fenêtre, et l'entrée sans porte qui ferme. Il faut de l'air. C’est un dortoir commun, Pas d'autre

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lit que li terre recou erte de quelques nattes. Tous les membres de Ta fami e s'étendent à côté l’un de l’autre, sans quitter leurs vêt ments, la tête tournée vers la muraille, C’est à peu pres comme les brebis dans une berverie, Tous, petits et gt 42, vont les pres nus, et, chose extiaord'oaire, te, para. ent forts et vigoureux. En examinant leurs visages et leurs pieds, on peut juger que leur toilette est toujours la même, et que, s'ils ont de l’eau pour boire, ils n'en trouvent pas pour se laver. A côté de ces deux appartements est un petit réduit où couche un butte ; plus près de l'entrée, un petit trou pour une brebis, et un autre pour uu pore. Voilà ce que l’on trouve aujourd'hui sur l'emplacement de la fameuse ville du Soleil,

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