‹ Le pèlerin de Terre Sainte [microforme]Chapitre 44 sur 170 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Mont Moriabh.

Notice historique. —L'esplanade.— Mosquée d'Omar.—Plaque des elous en or.—Grotte sous la roche.—Mosquée El-Aksa.—Colonnes d'épreuves. —Lieu de la Présentation.—Salle d'armes des Templiers et écuries de Salomon.—Pont des Ames.—Porte Dorée.—Trône de Salomon.— Muraille des Pleurs, res

Aujourd’hui, avec une autorisation que le consul peut facilement obtenir du gouverneur, il est permis de visiter Moriah, et même la mosquée d'Omar, que les musulmans regardent comme un de leurs plus célèbres sanctuaires. Le jour fixé, un cavas du consulat français vint nous prendre à la Casa-Nuova. Nous formions un petit groupe de visiteurs ; un jeune missionnaire chinois, un vieux prêtre anylais, et deux religieuses autrichiennes faisaient partie de notre société. Nous avions pris pour drogman un habitant de Jérusalem, fort instruit et parlant bien le français. Arrivés à une des portes de l’Esplanade, il nous faut subir la formalité des pantoufles.

Nous avons déjà remarqué que les musulmans ne laissent Jamais pénétrer dans leurs mosquées avec les chaussures ordinaires ; il faut accepter, à l’entrée, des pantoufles, qu'on paie, car rien ne se fait gratuitement, ou marcher pieds nus, Ue n’est point une cérémonie religieuse, mais un point d'étiquette dont on ne se départ jamais. Ensuite nous procédons tranquillement à notre intéressante visite,

Pour bien suivre le récit qui va suivre, quelques notions préliminaires ne seront pas inutiles. Le Moriah est une

montagne s1 célèbre depuis tant de siècles, qu'il n'est pas permis de traiter ce sujet légèrement.

C'est sur le Moriah qu’'Abraham voulut immoler son fils Isaac (1), ou sur le Calvaire, qui en est très-rapproché. Abraham était à Bersabée lorsqu'il reçut l'ordre d’immoler son fils, et c’est le troisième jour que, levant les yeux, il aperçut la montagne désignée, Or Bersabée est à trois petites journées de Jérusalem, et le nom de Moriah a toujours été plus spécialement appliqué à cette hauteur où fût bâti le temple de Salomon.

Les lieux et les distances ne sauraient mieux s’accorder avec la tradition et lEcriture. C’est sur le Moriah que David éleva un autel, dans l'aire d’Ornan le Jébusite (2). Cette aire où les quatre fils d’Ornan battaient le blé lui fut vendue six cents sicles d’or (3) (environ cent-vingt-six piastres), Quand l'autel fut élevé, le feu du ciel descendit sur l’holocauste, et l’ange du Seigneur qui avait frappé le peuple, remit son épée dans le fourreau. Pendant ce tempslà, l’arche d'alliance était sur le mont Sion.

Ce fut alors que David résolut de bâtir un temple au Seigneur, à la place de l'autel, dans l’aire même d’'Ornan. Salomon exécuta ce grand projet et créa une des merveilles du monde ; mais quel immense travail! La montagne était régulière, et il fallait l’aplanir ; au sud-est, l'espace était trop resserré, et il fallut l’agrandir aux dépens de la vallée ; pour cela, on fut obligé d'élever de vastes constructions soutenues par une multitude de colonnes. Le plate-forme ainsi obtenue avait six cents coudées (environ neuf cents pieds), et était entourée d’un mur d'une solidité à toute épreuve. Tout le monde connaît la description de ce temple,

(1) Gen. XXII. 38. (2) 1. Paral. xx1. 26.

(3) Sicle, poids et monnaie des Hébreux. Le poids équivalait à neuf grammes environ et la monnaie à vingt et un ceutins près de notre argent.

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le seul consacré au vrai Dieu. Cet auguste sanctuaire, qui faisait l'admiration de l'univers, fut réduit en cendres par Nabuchodonosor. Cyrus permit de le rebâtir ; mais ce second temple, reconstruit par Zorobubel, était Join d'égaler celui de Salomon, et les vieillards d'Israël, qui avaient vu le premier, pleuraient en voyant le second (1). Il subsista jusqu’à la dix-huitième année d'Hérode, qui le fit reconstruire avec une grande magnificence.

Pendant le siège de Jérusalem, Titus, témoin des prodiges qui se manifestaient, voulait conserver le temple ; mais un soldat romain, joussé par une force divine, jeta par une fenêtre un tison ardent, et le feu se communiqua avec une rapidité effrayante. Titus fut impuissant à le conjurer, et les juifs poussèrent des cris de désespoir. Quelques objets précieux avaient été enlevés et servirent au triomphe de Titus. On les voit encore aujourd’hui, à Rome, représentés sur l'arc érigé à Titus pour immortaliser sa victoire. Ce sont le chandelier aux sept branches, la table des pains de proposition, les encensoirs et les cymbales, ete...

Trois siècles après, Julien lApostat entreprit de faire mentir les prophéties et les vérifiu à la lettre. Il convoqua les Juifs à Jérusalem et leur ordonna de rebâtir le temple. Tous se mirent à l’œuvre, avee une ardeur frénétique ; ils enlevèrent les anciennes fondations ; mais quand ils voulurent en établir de nouvelles, il en sortit de terribles tourhillons de flammes qui rendirent ce lieu inaccessible. C’est «lors qu’il n’y resta plus pierre sur pierre. L'emplacement du temple fut abandonné dans les deux siècles suivants et devint mécounaissable. Seulement, les chrétiens édifièrent une magnifique église, dans la partie méridionale du parvis, «tu lieu où la sainte Vierge avait été présentée au temple.

Vers l'an 636, Omar, s'étant em paré de Jérusalem, de-

(1) 1. Esd, 111, 12.

manda où était la pierre sur laquelle Jacob reposa la tête quand il eut la vision de l'échelle mystérieuse. On lui désigna l'emplacement du temple, sous un tas d'immondices ; et Omar, sans songer que la vision de Jacob avait en lieu à Béthel, fit nettoyer ce lien où il y avait effectivement une roche, peut-être quelque reste du vieux temple. Omar voulut y faire bâtir une belle mosquée, qui, après avoir été détruite et reconstruite plusieurs fois, continua à porter son nom. Les croisés en firent une église et y établirent un couvent de chanoines augustins. Après les croisés, l’église redevint mosquée, et elle l’est encore actuellement.

Entrés par une des portes de l’ouest sur la grande Esplanade du mont Moriah, nous marchons vers le nord, et nous arrivons auprès de la caserne turque, bâtie sur l’emplacement du palais de Pilate. A côté s'élevait la tour Antonia, cette tour que Tacite nous dit avoir été d’une hauteur remarquable, conspieuoque fastigio turris Antonia.... Onen voit encore les fondations formées de pierres énormes, parfaitement taillées, et sur lesquelles s'élèvent des murs modernes. En face de ces débris, on se reporte naturellement à l’époque de ce siège où la tour Antonia résista si longtemps aux efforts des Romains.

Nous parconrons l’Esplanade, et notre drogman s'arrête à chaque instant pour nous faire des rapprochements entre le temble de Salomon et les constructions musulmanes, “ Là était, dit-on, le parvis des gentils, le parvis de juifs l'atrium des prêtres, ct le sancta sanctorum. Tout était ici ou là, à per près, ear il cst impossible de fixer un lieu précis. Voici l'emplacement de l'aire d'Ornan; mais partout règne l'incertitude. Depuis que Julien a fait disparaître les dernières ruines du temple, il ne reste pas pierre sur pierre.” Alors je me rappelai ce passage du saint Evangile où les disciples montraient de loin à Notre-Seigneur les astes et gigantesques constructions du temple, et enten-

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