CHAPITRE VI
Le Golgotha ou Calvaire.
Etat du Calvaire à la mort de Jésus-Christ. —Soins des premiers chrétiens à couserver le souvenir des lieux saints.—-Sainte Hélène reconnaît tous les lieux saints.
Avant de traiter ce sujet, le plus intéressant de tous pour la piété chrétienne, jetons un coup d'œil rapide sur l'état de cette partie de Jérusalem au moment de la mort de Notre-Seigneur Jésus-Christ et spécialement sur les transformations successives qu'a subies le saint Sépulcre
jusqu’à nos jours. Sans ces notions, il serait difficile, même
à ceux qui font le pèlerinage de Jérusalem, de se rendre compte des lieux sanctifiés par les douleurs et le sang de Jésus-Christ,
Tous les auteurs sérieux conviennent que l’enceinte de Jérusalem n’a pas toujours été la même, et que les murailles qui l’entouraient ont embrassé un espace plus où moins étendu selon les circonstances où elles s’élevaient.
Le Golgotha où eut lieu le grand sacrifice de la croix était incontestablement hors de la ville, Sur ce point, le Nouveau Testament, s'appuyant sur l'Ancien, est formel. Aujourd’hui, ce lieu si vénéré est entouré de rnes nombreuses et enfermé dans l'enceinte des murailles actuelles, et le pèlerin qui arrive à Jérusalem, considérant la configuration de la ville, trouve qu’il était tout naturel d’y renfermer cette partie, et il a de la peine à comprendre qu'elle en ait jamais été séparée. I faut donc retrouver la ligne de démarcation et reconstituer, pour ainsi dire, la Jérusal du temps de Notre-Seigneur.
Je n’entrerai dans aucune discussion scientifique, ce n'est pas mou but; je me contenterai d'exposer l'opinion qui me paraît la plus certaine, peu importe que la ligne
que je tracerai soit un peu plus où un peu moins rapprochée ou éloignée, pourvu qu'elle laisse en dehors de la ville les saints lieux qui furent le théâtre de la mort de Jésus-Christ et de sa gloricuse résurrection.
Depuis Salomon jusqu'à Jésus-Christ, Jérusalem ne contenait que trois collines : Sion, ville haute, Akra, ville basse, et Moriah, lieu choisi, Ce ne fut que dix ans après Ja mort de Jésus-Christ qu'Hérode-Agrippa jeta les fondements d’un mur d'enceinte qui réunit À la ville le mont Bézétha et le mont où se trouve le Calvaire, et que Jérémie désignait sous le nom de Gareb (1). Ce mont Gareb, sur lequel se trouve l'emplacement du Calvaire, est situé au nord-ouest de la ville et est séparé au levant d'Akra par la vallée des Cadavres, ainsi appelée par Jérémie, Du temps de Notre-Seigneur, les murailles de la ville, partant de la porte Saint-Etienne, traversaient la vallée Tyropaon, qui sépare PAkra de Bézétha. Là, elles faisaient un petit retour vers le sud, et ensuite remontaient la colline Akra jusqu'à la porte Judiciaire dont il reste encore des vestiges. Alors elles reprenaient la direction du sud jusqu'à la rencontre de la muraille de Manassès et d'Ezéchias, Cette dernière muraille ajoutäit quelque chose à la ville et passait assez près du Golgotha pour aller rejoindre les autres murailles auprès de la citadelle de Sion.
Au temps de Notre-Seigneur, le Golgotha était donc en dehors de la ville, mais très-rapproché, Il y avait là des Jardins et peut-être même quelques maisons semées cà et là. Joseph d'Arimathie en possédait une partie considérable Je me représente ce lieu comme beaucoup d'autres qui environnent Jérusalem, cultivés en certains endroits, et, dans d'autres, montrant des rochers plus où moins éle-
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(1) Jérémie, XXX1. 59
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laient facilement, On y avait creusé des cavernes qui subsistent encore,
Le rocher du Calvaire avait dû être respecté dans tous les temps: car une tradition fort anelenne désisgnait ce Heu comme ayant renfermé dans une grotte le crâne du premier homme ; et c’est pourquoi on l’appelait Calvaire, lieu du crâne : Calrariæ locus.
Plus d’une fois, monté sur le Calvaire actuel, penché sur la balustiade, j'ai contemplé à loisir les Heux qui n'environnaient, les distances qui séparaient le tombeau du Golsotha, et, repassant dans ma mémoire ce que les sièeles en ont raconté, je cherehais à les rétablir dans leur état primitif et à me les fiuurer tels qu'ils étaient au moment de la mort de Notre-Scicneur; et, maleré le changement complet qu'ils ont subi, j'ose le dire, j'étais étrancement frappé de la vérité du récit évangélique. Là, me disais-je, était le Calvaire; je puis encore aujourd'hui toucher de mes mains le heu où fut plantée la croix. Là, était Marie, Mère de Jésus, avee saint Jean. C'était bien sa place, Auprès du lieu où il fut erucifié était un jardin, et dans ce jardin un tombeau, Voilà bien, à la distance voulue, le sépulcre ; je puis y pénétrer. Autour de moi sont des murs, des maisons, un quartier habité ; mais alors tout cet espace était vide, et la foule du peuple pouvait environner le Calvaire pour jouir des derniers soupirs de la Victime agonisaute, Il y avait bien place aussi pour cette troupe de femmes qui pleuraient et se lamentaient à la vue d’un sitriste spectacle.
Passons maintenant en revue les diverses transformations qu'a subies le Calvaire jusqu’à nos Jours.
Lorsque Jésus-Christ expira sur la sainte montagne, de grande proldiges effrayèrent toute la ville, La fureur des Juifs fut obligée de se contenir. Les disciples du Sauveur jouirent d’une ombre de liberté. Avec quel sentiment de
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respect ils durent visiter le Calvaire et le tombeau ! Joseph d’Arimathie, les apôtres, les saintes femmes, tant de généreux disciples, dont le nombre croissait chaque jour, ne devaient-ils pas marquer chacun des lieux teints du sang de Jésus-Christ et conserver précieusement tout ce qui pouvait en rappeler le souvenir. Qui oserait jamais les accuser d’'indifférence ou d’une crainte pusillanime, eux qui bravaient pour Jésus-Christ les prisons, les tourments, la mort.
Jusqu'au siège de Titus, l'Eglise de Jérusalem, qui florissait au milieu des perséeutions, conserva avec soin le souvenir palpitant des scènes de la passion. Quand vint le temps de fuir, les chrétiens, sous la conduite de Siméon, leur évêque, successeur de saint Jacques, et appelé aussi le frère du Seigneur, se retirèrent au-delà du Jourdain, à Pella, pour laisser passer la colère de Dieu. Après le départ de Titus, ils revinrent prendre possession des ruines de Jérusalem. Leur premier soin fut de reconnattre et de vénérer le calvaire et letombeau du Sauveur. Après une pareille tempête, Jérusalem, couchée dans un linceul, ne présenta plus qu’un immense sépulcre où régnaient le silence et la mort.
Les chrétiens en profitèrent pour se grouper autour des lieux qui leur étaient chers ; et cinquante ans après, l’empereur Adrien, pour les empêcher de vénérer ces précieux monuments de leur foi, employa un moyen qui, contre son attente, servit puissamment à les conserver et à les faire reconnaître. Il fit amasser une grande quantité de terre et de pierres au-dessus du saint Sépulcre, de manière à ce qu’il fût complètement enseveli; il en fit paver la surface et construisit dessus un temple à Vénus. Pour chasser les chrétiens de ce lieu sacré, ii ne fallut rien moins que l’idole de la plus infâme divinité. Sur le Calvaire, Adrien plaça l'idole de Jupiter. Combien les chrétiens durent être affigés d’une pareille profanation ! Les pères transmet-
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