‹ Le pèlerin de Terre Sainte [microforme]Chapitre 69 sur 170 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

La vallée de Josaphat.

l'ombeaux musulmans, — Muraille de l’Esplanade. -—- Cimetière juif. — l'ombeau d'Absalon. — Tombeaux de Josaphat, de saint Jacques et de Zachurie, — Village de Siloan, — Fontaiue de la Vierge. — Piscine de Kiloë. — Lieu du martyre d’Isaïe, — Fontaine de Rogel.

En quittant le tombeau de la sainte Vierge, descendons dans la vallée de Josaphat, si célèbre dus les saintes icritures, Aucun lieu sur la terre n'évoque de plus s0lennelles pensées : c’est la vallée des laric<, du recueillement et de la mort. Rien de plus triste, c’est une affreuse solitude, Partout autour de vous, des «lébris du passé ; une ville enveloppée dans ses murailles cnnme dans un manteau de deuil ; un torrent presque toujours sans eau.

A droite, à gauche, des ronuments funèbres et quelques rares visitæurs qui viennent pleurer sur la tombe des leurs, le lit du torrent, rempli de cailloux roulants ; à côté, des roches nues, et dans les interstices, quelques arbres étiolés, sans verdure ; des montagnes arides et élevées qui arrêtent la vue et vous enserrent comme dans un tombeau ; beaucoup de sépulcres brisés : c’est vraiment le séjour de la mort,

Et puis, quand on se reporte vers le passé, combien de nrophètes et de martyrs ont traversé cett: vallée! Et quand on pense à l'avenir, à ce grand jour où le Fils de Dieu, précédé de sa croix, apparaîtra pour juger l'univers, et fera entendre cette parole : “ Morts ? levez-vous !” comment l’âme ne serait-elle pas saisie d'émotion et d'effroi ?

Je remonte à droite, jusqu’auprès des murailles ; toute cette pente escarpée est couverte de tombeaux musulmans. Les mahométans ont voulu se placer tout j1è; du lieu où

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DE TERRE SAINTE 187 ‘ Et L do venir leur prétendu prophète pour juger les hommes si. Re | Ils ent eu la précaution singulière de’ prendre la droite de à * : la vallée, atin d’être plus sûrs de l'avoir au dernier juge- RON CRE: ment. C’est aussi une opinion assez commune, parmi les Re: 'j: juif. chrétiens, de considérer la vallée de Josaphat comme le bee 14 jévs lieu ‘lu jugement universel, ù “a 421 ge. — Le prophète Joël parait l’annoncer, lorsqu'il dit : “ J'as- LR hi ; à semblerai toutes les nations, et je les ferai descendre à la Le NE 1h ds vallée de Josaphat, et là, j’entrerai en jugement avec elles.” GARE a ra Au jour de l'ascension, les anges dirent aux disciples : QE 1 E 8 80- “ Ce Jésus, qui s'est élevé dans le ciel, viendra de la ï go ille- même manière que vous l’y avez vu monter.” Ce qui & ras à Ë dttss semble indiquer que Jésus-Christ, au jour de sa gloire, 5 à ut né. apparaîtra dans ces lieux, et que son honneur sera réparé Le ROBES EN Sun là où il lui a été ravi par tant d’opprobes, et qu’il jugera PE: # A! di justement les hommes là où ils l'ont jugé si injustement. k: 14e" R | | | cs SR juel- Lorsqu'on est arrivé au pied de la muraille de l’Espla- ar \ des nade et qu’on se dirige vers la porte Dorée, on reconnait ip x À s; à facilement que de ce côté, l'enceinte de la mosquée d'Omar Et A! ques | est la même que celle du temple de Salomon. On y voit Re ; de s et des constructions de toutes les époques, et des pierres de ï hrs t dans toutes les dimensions. Il y en a plusieurs de quatre à RSS nent cinq mètres (treize à seize pieds) de longueur, et, à la tour ST $ d'Hananéel, on en remarque une qui a sept mètres (vingt- 6 Ki ; «its trois pieds) de long, sur deux (six pieds et deini) de large : Le É | Et et un (trois pieds et quart) de haut. Tous ces blocs énormes, Î À sd bien tuillés, accusent une époqie reculée. il est probable g " 4 ét. que ce sont des Suns etions salomoniennes utilisées par 2 } hs 1” ceux qui ont relevé ces murailles, #5 “| et Repassons le torrent du Cédron. Le premier objet qui ta 4: fixe nos regards est le cimetière juif. Là, on voit uue dl ” Ne bute quantité innombrable de tombes modernes, recouvertes % mi are d’une seule pierre où des débris de la montagne. C’est ÈS &

où pour être ensevelis dans ce petit coin de terre de la vallée ù far

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que des centaines de Juifs quittent chaque année les pays lointains où les a jetés le souflle de la colère de Dieu. Ils veulent reposer dans la terre de leurs pères. Au ford d la vallée, sur les bords du Cédron, se trouvent quatn monuments fort remarquables : ce sont les tombeaux d’Absalon, de Josaphat, de saint Jacques et de Zacharie. Pour conserver le souvenir de son nom, Absalon, qui n'avait pas d'enfants, s'était construit lui-même un tombeau dans la vallée de Josaphat, appelée alors la vallée du roi (1). C’est un bloc de rocher taillé, dont les côtés ont environ trois mètres (près de dix pieds). Ce monolithe est orné de quatre pilastres sur chacune de ses faces, et il est surmonté d’une maçonnerie ronde et bizarre, et terminée par une pointe cylindrique surmontée d’un gros bouquet de palmes. Cette construction singulière, haute d'environ quatorze mètres (près de quarante-sept pieds,) a quatre ouvertures, une sur chaque face. Elle est remplie de pierres, jetées là en mépris du fils rebelle de David. Tout le monde sait qu'Absalon se révolta contre son père ; David, obligé de fuir, traversa le Cédron en pleurant, pieds aus et la tête voilée, pour aller se cacher au désert. Et depuis trois mille ans, tous les hommes qui passent dans cette vallée prennent une pierre dans le torrent et la jettent contre le tombeau d’Absalon en maudissant sa mémoire, Grande et sublime lecon de respect filial donnée à toutes les générations qui se succèdent, Nous avons aussi jeté notre pierre au fils rebelle. Il est douteux qu'Absalon ait joui de son sépulcre, car il fut jeté dans une grande fosse au delà du Jourdain, et il sera resté là, ignoré, à moins que David, qui avait pleuré si amèrement ce fils révolté, n’ait voulu en tirer son corps pour le déposer dans le monument funèbre qu’il s'était préparé.

Auprès du tombeau d’Absalon, se trouve celui de Jo-

(1) IL. Rois. xv111. 17. 18.

saphat. C'est une chambre sépulcrale creusée dans le rocher et dont on ne voit que le fronton. Lorsqu’à travers les décombres, on pénètre dans l'intérieur, on découvre d’autres chambres également taillées dans le roc. On ne sait pourquoi ce tombeau porte le nom de Josaphat, puisque ce roi fut enseveli avec ses pères dans la cité de David.

À quarante-cinq mètres ( cent quarante-neuf pieds ) plus loin, toujours en descendant le Cédron, on trouve le tombeau de saint Jacques. Au temps de la Passion, c'était une caverne où l’on croit que se cachèrent les apôtres, après qu’on se fut suisi de la personne sacrée de leur Maître, au jardin des Oliviers. La tradition rapporte que saint Jacques y demeura trois jours sans vouloir prendre aucun aliment ; que ce fut là que Notre-Seigneur ressuscité lui apparut, et que ce saint apôtre y fut enseveli après avoir été précipité du temple.

Le tombeau de saint Jacques est un monument taillé dans le roc. [l présente un vestibule soutenu par deux colonnes et deux demi-pilastres pris dans le massif et reliés par une architrave. On est tout surpris de voir qu'on ait changé des rochers en monuments et qu’on ait eu la patience de les isoler des masses environnantes.

Le tombeau de Zacharie est aussi un monolithe composé d'un bloc de rocher carré, que l’on a détaché de la montagne, et surmonté d’une pyramide, On eroit que c'est le tombeau de ce Zacharie, fils de Barachie, que Notre-Seigneur reprocha aux Juifs d'avoir tué entre le temple et l'autel.

Tous ces tombeaux ont servi longtemps de retraite à de pieux solitaires qui venaient y faire pénitence et méditer sur les années éternelles.

Du tombeau de Zacharie, on arrive, en dix minutes, em face du village musulman de Siloan, situé sur le versant du mont du Scandale, appelé ainsi parce que Salomon scan-

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né. q- A PTE ee 1 4 ee > 17 2 Find 2 - EN

dalisa le peuple en y construisant des temples aux idoles (1). Ce village, peuplé d'environ douze cents Arabes semble attaché aux rochers. On dirait de loin que les tristes masures dont il se compose sont des tombeaux ou des repaires de voleurs. Ses habitants sont loin de ressembler à ces pieux ermites qui remplissaient autrefois ces grottes solitaires. Ce sont des Bédouins qui ont un aspect aussi sauvage que ceux du désert.

En face de Siloan, à la droite du Cédron, entre les deux vallées de Josaphat et de Tyropæon, s'élève une petite colline, appelée Ophel, qui avait été entourée de murailles par Joathan et Manassès, et qui, du temps d’Esdras fut habitée par les Nathinéens (2). Au pied de cette colline, est un souterrain qui débouche dans la partie occidentale de l’esplanade du temple, et un peu au-dessous la fontaine de la Vierge, ainsi appelée même par les Arabes. On croit que la sainte Vierge venait y puiser de l’eau, quand elle était à Jérusalem; et la tradition nous raconte que le vieillard Siméon, qui habitait à l'angle sud-est du parvis du temple, eut l’insigne honneur de donner, pendant quelques jours, l'hospitalité à la sainte Famille, et que, pendant ce temps-là, la sainte Vierge se rendait à la fontaine, qui est voisine, pour laver ses linges et puiser de l’eau. De là, le nom de fontaine de la sainte Vierge.

Cette fontaine si célèbre est très-probablement celle que l'Ecriture appelle la source du Dragon (3). Elle est située au pied de la colline Ophel. On y descend par deux rampes ; la première, qui est assez large, a dix-huit marches ; tandis que la seconde, beaucoup plus étroite, n’en a que quatorze, mais très-hautes. Quand on arrive auprès de l’eau, on se trouve dans une obscurité complète. Quelques instants après, on distingue un bassin d'environ

d)Hl. Rois. XI. 7. (2) II. Paral. XX VIH, 3.—Id. XXX111. 14.— 11, Esd, 111. 26. (3) 11, Esd, 11, 18,

cinq mètres (seize pieds et demi) de largeur, sur deux (six pieds et demi) de profondeur. Cette fontaine, la seule source de la ville, est très-fréquentée quand l’eau des citernes vient à manquer. Lorsque nous l'avons visitée, nous étions seuls, et l’ean me parut très-abondante, Il paraît que cette source est intermittente, et que l’eau en est léuèrement saumâtre. J’en ai bu, et je l'ai trouvé trèsbonne. Il est possible que, lorsqu'elle est moins abondante, elle ait un goût différent,

On a construit un canal souterrain qui conduit l’eau de cette source jusqu’à la jonction de la vallée Tyropæon avec celle du Cédron, où elle forme la fontaine de Siloë, qui n’est pas une source, mais qui est alimentée par les

eaux de la fontaine de la Vierge. Dans ces derniers temps,

on a exploré le canal souterrain, et, à dix-huit mètres (à près de soixante pieds) de l'entrée on a trouvé un second canal se dirigeant à droite, et allant aboutir à un immense puits. Les savauts qui ont parcouru avec peine cette voie souterraine n’ont pu encore expliquer d’une manière satisfaisante ni le but, ni l’époque de ce travail, Combien ce petit coin de terre où est assise Jérusalem a été tourmenté par la main des hommes! Que de travaux pour fournir l’eau à la nombreuse population qui se pressait dans ses murs |

Ce canal, long de cinq cent trente-neuf métres, (dixsept cent quatre-vingt-cinq pieds) est probablement l’ouvrage de Salomon. Il conduit les eaux jusqu’à la piscine de Siloë ; il est taillé dans le roc et fait des zigzags dans tous les sens.

La piscine de Siloë (1) est en grande partie comblée aujourd’hui. Elle a environ dix-huit mètres (près de soixante pieds) de long, sur six (près de vingt pieds) de large et autant de profondeur. C’est à la piscine de Siloë que Notre-

(A) 1H, Esd. 111, 19, — 5, Jean, 1x. 7 et 11,

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