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intelligence. L'église reparaît brillante comme aux jours de sa jeunesse. On a de la peine à distinguer les nouvelles assises des anciennes. Trois nefs formant un parallélogramme allongé vont du couchant au levant, et le chœur 5e termine par une enceinte demi-cireulaire.
L'entrée principale, avec ses trois portes en ogive, comme au temps des croisades, présente un aspect imposant On n’a pas négligé de réparer la crypte de léglise, et on a scrupuleusement respecté les traditions sur les tombeaux de saint Joachim et de sainte Anne ei sur la grotte de la Nativité de la Vierge.
On croyait que les parents de la sainte Vierge avaient été ensevelis dans ce lieu avant leur translation dans la vallée de Josaphat. Il ne manque plus à cette église ressuscitée que des autels, des prêtres pour y célébrer les offices, ou plutôt une communauté qui représente dignement la fille aînée de l'Eglise (1).
En face de Sainte-Anne, de l’autre côté de la rue, on voit les ruines de la piscine Probatique (2). Cette piscine a environ cent mètres (près de trois cent trente pieds) de long sur quarante (cent trente-deux pieds) de large. Elle est à sec et à moitié comblée. On n’en connaît guère la profondeur, Elle avait autrefois cinq portiques, où gisaïent une foule de malades. C’est là que Notre-Seigneur guérit le paralytique de trente-huit ans.
Du temps de saint Jérôme, les cinq portiques avaient disparut, et il ne restait plus que deux petits lacs, dont
(1) Aujourd’hui, (1887) cette église — qui a été confiée à la garde des missionnaires d’Alger-—a le bonheur de po séder deux autels privilégiés élevés dans la grotte même où est née la Vierge Immaculée, la mere de Jésus-Christ. Ainsi Les prévisions du bon abbé Delaplanche se sont pleinement : ccomplies et la fille aînée de l'Eglise, la France de saint Louis, v est maintenant dignement représentée.
(2) Jean, 11.
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l’un se remplissait par les eaux de l'hiver, et l’autre par un aqueduc.
Selon toute apparence, cette piscine fut construite par Salomon, et elle servait à laver les animaux que l’on devait immoler dans le Temple. Quelques - uns ont prétendu qu’il y avait là une source d’eau saline, qui ne coulait que le matin, de trois à six heures. Cette opinion n’est pas admissible ; il est bien plus probable que cette vaste piscine était alimentée par les aquedues qui amenaïent l’eau de la fontaine Scellée dans les réservoirs du Temple.
Aujourd’hui cette piscine est entourée d’un mur, pour empêcher qu’on y jette des décombres ; mais c’est encore un lieu immonde, où il ne croît que quelques grenadiers et une espèce de tamarin sauvage, et, plus loin, quelques arbres et quelques pieds de nopals.
Disons un mot d’une communauté nouvelle établie à Jérusalem et dont la maison-mère est en France. M. Ratisbonne, ce juif converti avec toute sa famille, a consacré sa fortune à fonder une communauté, les Dames de Sion, dans le but de recueillir quelques restes de sa malheureuse nation pour les faire entrer dans la sainte Eglise.
A Jérusalem, sur la voie Douloureuse, on admire aujourd'hui un des plus beaux établissements de la cité sainte, où le vénérable abbé Ratisbonne passa sa vie à diriger quelques religieuses et un bon nombre de jeunes filles juives et chrétiennes, qu’elles instruisent et forment à la pratique de la vertu.
J'ai voulu faire une visite à ce saint prêtre, et il m'a reçu et entretenu avec tant de bonté et d’affabilité que je n’en perdrai jamais le souvenir. J'ai assisté à plusieurs offices dans son église, et combien n’ai-je pas été édifié de la modestie des religieuses et du recueillement de leurs enfants. Leurs chants si doux, si mélodieux, vont au cœur ;
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on se croirait dans une des communautés les plus ferventes de Paris.
Et quand on pense qu’on est sur la voie Doulonense, quand on lève les yeux et qu’on aperçoit l'arc de l’Ecce homo, qui vient s'appuyer près de l'autel de cette église, combien on est heureux de voir Notre-Seigneur dignement honoré là où il a versé son sang et ses larmes! Si je ne me trompe, cette belle institution est destinée à établir la vraie piété dans cette pauvre Jérusalem, travaillée par tant d'erreurs, déchirée par tant de sectes rivales ; et sans doute plus d’un enfant d'Israël y trouvera le salut, avant qu’ils plaise à Dieu d’en recueillir les restes.
J'étais encore tout rempli de douces émotions, et je ré vais la conversion d'Israël, lorsque, en me retirant, j'apprends qu'une caravane de pèlerins musulmans va sortir en grande pompe de la ville. Je vais à la porte Saint-Etienne, pour assister à ce spectacle religieux, tout nouveau pour moi.
La ville entière était en mouvement ; la porte était en-* combrée ; la foule se répandait au dehors, sur les cimetières
-et se reposait sur les pierres tumulaires. La moitié de la
population de Jérusalem était là et présentait le coup d'œil le plus bizarre: des costumes de toute nation, depuis l’Arabe déguenillé jusqu'aux riches Arméniens,aux vastes et amples manteaux, qui contrastaient avec les habits étriqués des Européens,
Toutes les religions étaient confondues, juifs, chrétiens, mahométans, et tous n'avaient qu’un même sentiment, la curiosité. Le moment solennel arrive. Le canon gronde ; l'écho des vallées et des montagnes le répète dans le lointain. Les murailles de l’antique cité en sont ébranlées ; et les morts de la vallée de Josaphat semblent tressaillir dans leurs tombes.
Quelques instants après, je vois sortir de la ville une sorte de procession. Des hommes aux vêtements bigarrés,
aux figures repoussantes, s'avancent portant dans leurs mains des oriflammes et des drapeaux aux coùleurs bariolées, sans autre signe religieux que le croissant. Tous semblent fiers des honneurs qu’on leur rend, et leur démarche annonce qu'ils ont une haute idée de leur importance. Et, en effet, le gouvernement turc, qui traite ordinairement ses sujets comme des esclaves, se met à leur tête dans les cérémonies religieuses. Le pacha de Jérusalem, en grand costume, monté sur un beau cheval, entouré de sés principaux officiers, vient conduire les pèlerins jusqu’au delà des murs de la ville. Ce spectacle a bien quelque chose d’imposant, etil y eut un moment qui ne manqua pas d'une certaine solennité.
Le versant du mont des Oliviers présentait une lüngue ligne de drapeaux portés par les pèlerins ; les spectateurs paraissaient animés ; le fond de la vallée offrait une mässe compacte de curieux. Le canon envoyait à chaque instant ses joyeuses bordées, la musique turque faisait entendre ses sons discordants. Tous les fonctionnaires en costume précédaient le pacha, qui apparaissait au milieu de son cortège et marchait lentement, avec toute la gravité musulmaue, Il y a une borne qu’il se garde bien de dépasser. Il rentre à Jérusalem ; la foule se disperse ; les pèlerins disparaissent sur le penchant de la montagne et s’acheminent vers le tombeau de Moïse, dont nous parlerons plus loin.
Leur pèlerinage durera trois jours. Presque toits emportent de petites provisions. Arrivés à leur but, ils'ne trouveront pour lit que la terre ou la roche ntie ; mais pour un Arabe, c'est un bien petit inconvénient. Les musulmans ont un grand respect pour Moïse; l’honorént, pour ainsi dire, à l’égal de Mahomet.
En me retirant, je pensais à nos pèlerinages chrétiens, que beaucoup de gouvernements ont aujoutd'hui tint de peine à tolérer, et qui cependant ‘entretiennent dans Îe