CHAPITRE XXII
Courses autour de Bz:thléem.
Fontaine secllée. — EÉtangs et jurdins de Nalomon, — Grotte et viluge
des Pasteurs, — Maison de saint Jeseplhi et grotte du Bait, = Industrie et muœurs des habitants de Bethléem, = Messe à la grotte de la Crèche.
Après avoir visité les sanctuaires de Bethléem, nons faisons üne intéressante excursion aux étanus de Salomon qui n’en sont éloignés que d'environ cinq kilomètres (un peu plus de trois mille). Le chemin, eomme tous ceux de la. Palestine, est tortuenx et difiicile, et ce jour-là nous prenons une monture. Nous marehions silencieusement sur le. versant d’une montagne, lorsque tout à coup nous apercûmeés des gazelles dont, sans doute, nou: avions troublé le repos et la solitude, J'étais heureux de trouver l’occasion de voir ces charmants animuux se jouer dans leur pleine liberté.
Rangés sur une ligne comme des soldats qui vont au combat, ils franchissaient, avec une légèreté incroyable, les rochers et les buissons, disparaissaient un instant pour faire ensuite de nouveaux bonds. Nous les suivimes a 1tant que. la vue nous le permit, et, je l'avoue, cette petite scène égaya le désert. Une heure après, nous apercevons une sorte de vieux château fort, dont les angles sont flanqués de-tours. et de créneaux. Il est occupé par deux ou trois soldats de la troupe irrégulière qui gardent les eaux et la route d'Hébron.
A une centaine de mètres (environ trois cent trente pieds) de ce châtean, est ne petite construction qui surmonte la fontaine scellée dont parle Salomon daus le Cantique des cantiques (1), On l’appelait ainsi parce qu'elle était fermée et qu'on n'allait pas y puiser. Une bougie à a main, on entre par une porte basse, et on descend par un escalier de vingt-six marches dans une chambre souterraine voñtée à plein cintre. Elle est en grande partie taillée dans le roc vif, Au milieu, est un bassin où l’eau vient se jeter et d'où elle part par un aqueduc. De 1à on pénètre dans une autre chambre semblable, où l'eau la plus limpide sort du rocher et coule par un canal dans un petit réservoir qui communique avec celui de la première chambre. Toutes ces eaux sortent en murmurant doucement et forment, en se réunissant, un volume assez considérable pour être conduites À Bethléem et de là à Jérusalem, à une distance de près de quatre lieues.
Auprès du vieux château dont nous avons parlé, est nn réservoir surmonté aussi d’une petite construction où l’eau de la fontaine scellée vient se verser, et c'est de Ià qu'on la dirige à volonté dans les bassins ou dans l’aqueduc-qui ra À Bethléem et à Jérusalem. Un peu plus bas sont les étangs de Salomon, au nombre de trois. Ils se succèdent sur un terrain en pente, de sorte que les eaux recucillies dans la première piscine se déchargent dans la seconde-et de la seconde dans la troisième. C'est un grand et bel ouvrage qui, au temps de Salomon, devait passer pour une merveille,
[Il n'était pas sans génie, ce grand roi qui, à travers les montagnes, allait chercher les eaux d’une source limpide et, par un canal qui existe encore et que nous avons suivi sur le flanc des montagnes, à travers les roches éparses, les conduisait dans la cité chérie de son père, pour les faire
(1) Cant. 1v, 12
parvenir ensuite à Jérusa'em et jusque dans le temple du Seigneur,
Ces bassins où étangs sont d’une solidité à tonte épreuve. Les siècles et les révolutions ont passé, et ils restent, Au fond de la vallée, ils sont creusés dans le roc. es mars d’une grande épaisseuret construits avec des pierres énormes les séparent, Les bords sont soutenus par une forte miconnerie, ct comm: les eaux pluviales sont nécessaires pour les alimenter, on a pratiqué des entailles profondes dans le, flanc des montagnes qui les entourent pour faciliter l'arrivée des eaux. Le premier bassin à une longueur de cent seize mètres (trois cent quatre-vingi-quatre pieds), une largeur de soixante-dix (deux cent trente-deux pieds), et sept à huit (de vingt-trois à vingt-six pieds et demi) de profondeur ; le second est plus étendu et plus profond ; le troisième et le plus grand a cent soixante-dix-sept mètres (près de ein } cent quatre-vingt-dix-huit pieds) de longueur et quinze (près de cinquante pieds) de profondeur, en sorte que, selon un calcul exact, ces trois bassins pourraient contenir q'arante-deux millions deux cent trente mille litres d’eau (à peu près dix millions de gallons).
En suivant lac jueduc,.à environ deux kilomètres (nn mille et quart), on est en face de la çolline d’Etam (1), célèbre dans lEcriture, Là, le voyageur s'arrête étonné d'apercevoir, au fond de la vallée, la verdure pus fraiche, les plus beaux arbres chargés de flurs et de fruits et les jardins les mieux cultivés. C’est là qu'était le jardin fermé qui faisait les délie:s de Salomon: Hortus conclusus. Les jardins actuels, cultivés par de pauvres fellahs, ne sont plus fermés ; les bêtes de la montagne peuvent les ravager sans obstacle, et 1 la végétation est encore si belle dans ce val- Jon, qu'était-ce au temps de Salomon qui w'épargnait rien pour en faire un paradis de délices. “J'ai fait, dit-il lui-
(1) Jug, XV. 8, — Jhid, x1, 19,
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