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ble, avec le temps, les lieux elles hommes. N'importe! en dépit des critiques, et sous le rapport de l'exécution , le Walhalla , chef-d'œuvre d'architecture du baron Kleuse , n'en sera pas moins, et à tout jamais, un des plus beaux monuments de l'Europe.
Munich , illustrée par les Thonvaldsen, les Coriirliiis, les Schnorr, les Kaulbach «, les Kleuse, les Boisserer, les Zimmermcuin , les Adam , les Hesse, et une foule d'artistes en tout genre , est un centre où' accourent les célébrités des autres nations. Mais comment le roi de Bavière a-t-il pu subvenir à tant de dépenses ? Ici , nouveau sujet de surprise. Non-seulement Sa Majesté n'a point obéré l'État ; mais elle n'a contracté aucune dette, et n'a augmenté aucun impôt. Bien plus, elle a fait des épargnes ; et, s'il survenait une guerre , elle a de* trésors en réserve 2.
* J'ai parcouru avec admiration les ateliers de ce grand peintre.
2 J'ai entendu quelques personnes regretter, pour le pays, qu'on n'ait pas consacré plusieurs des sommes qui ont édifié tant de palais à finir le canal qui joindra le Rhin au Danube. C'eut été aussi un beau monument. Ce travail parait aban donné.
Le marquis André de Pallavicini me mena au château royal de Nymphenbourg. à peu de distance de Munich. Il y a là des jardins, des lacs, des jets d'eau et des statues. Je me reprocherais, à ce sujet . de ne point faire mention de la promenade publique de Munich, qu'on appelle le jardin anglais. C'est un endroit ravissant.
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Je n'avais plus que peu de temps à rester à Munich ■ , lorsque j'appris que le ministre de Sardaigne se préparait à célébrer la fête de sa mère, la marquise de Pallavicini , née de Lomellini. La marquise , quoique avancée en âge, a conservé , dans l'esprit , la grâce et la fraîcheur des beaux jours de la vie. Je parvins à découvrir que la petite solennité de famille aurait lieu secrètement dans un des faubourgs de Munich , qu'il y aurait grand dîner, illuminations, et feux d'artifice. Je devais être de cette partie ; mais on ne m'avait rien expliqué ; et par malheur j'étais engagé à dîner ailleurs ce même jour -, néanmoins, au moment où toute la famille du ministre présentait ses bouquets et ses cadeaux à la marquise , j'apparus au fond de la salle. Je portais aussi mon offrande ; et j'y joignis cet impromptu :
« Ce matin, sur ces bords, le bruit s'est répandu « Qu'on fêlait la bonté, qu'on fêtait la sagesse.
« La bienfaisance et la vertu.
« L'on me cachait les noms, on me taisait l'adresse; « Mais j'avais regardé; j'observais; j'avais vu :
« Et vers vous je suis accouru : »
1 On donnait la Struniera le jour de mon départ . el cette représentation était annoncée avec solennité.
!1 est un mot charmant dans la langue allemande, un mot intraduisible en français : c'est le Màwmftf. Cela signifie l'irrésistible désir de se retrouver auprès de ceux qu'on aime. C'est plus que le mai </" pays; c'est le besoin maladif de se replacer sur le terrain de ses affections; enfin . pour essayer de rendre ce mot aussi brièvement que possible : c'est la maladie du revoir.
j.h bien ! cette maladie, je l'avais. Je commençais , en dépit des vives jouissances de mon "•, à tourner mes yeux en soupirant vers mon tant beau pays de France; je l'appelais de la pensée et du cœur. }Ia famille me réclamait.
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Je traversais la ville d'Augsbourg. Ses larges rues, toujours belles mais d'un aspect désert, ses fontaines , toujours superbes mais d'un abord triste, ont conservé le prestige des vieilles renommées : on les contemple avec respect. La salle d'Or de l'hôtel de ville où se tenait la fameuse diète , et où fut couronné l'empereur Ferdinand III, a été soigneusement conservée. La cathédrale, bâtie du temps de Charles-Quint, a quelques détails à noter. La place publique où elle se trouve est grande ; mais l'herbe y pousse comme dans une prairie; il n'y manque que des moutons.
Augsbourg , néanmoins , malgré son espèce dïsolement et d'abandon momentanés , a tout ce qu'il faut, par sa position, sa grandeur et ses souvenirs, pour occuper le plus haut rang parmi les principales cités de l'Allemagne ; son étoile pourra revivre. Une des gazettes les plus répandues et les plus célèbres a fixé son siège à Augsbourg. Rédigée par des hommes de premier mérite, elle est journal européen.
J'étais à l'hôtel des Trois Maures. Les figures noires qui lui servent d'enseigne ont chacune une fleur de lis sur la tête. Ce fut là que coucha Marie- Antoinette allant épouser Louis XVI ; ce fut là que les envoyés d'Autriche la remirent aux envoyés de France : les trois fleurs de lis y sont depuis cette époque.
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Étrange bizarrerie du sort! Le 19 mars 1810, l'archiduchesse Marie- Louise descendait à ce même hôtel. Elle épousait Napoléon.
Le maître actuel des Trois Maures m'apporta un grand registre où étaient inscrits, par ordre de date, depuis un long espace de temps, les noms iverains et des illustrations de la terre qui ;i\;iient logé sous son toit. Je lus, en quelque -oi le. l'histoire, dans ces extraordinaires nomenclatures où se voyaient les vicissitudes de la fortune et de la vie, à la simple inspection des changements de place et de titres. Le 18 septembre 180o, le général Mack arrive aux Trois Maures se renflant a Llm , où il comptait arrêter l'armée de Napoléon ; le 10 octobre 180o (environ trois semaines après), Napoléon arrive aux Trois Maures : llm et Mack avaient capitulé '. Regardons passer les monarques : ils s'appellent le roi de ffestphalie, puis le prince de Muntfort: le roi île Hollande, puis h duc de Saint-Leu : le roi de Portugal, puis don âtigud. Ainsi de suite pour bien d'autres.
Sur ce registre singulier, je vis que l'hôtel avait été originairement le palais $ Antonio Fugger, dit./e riche ; et que l'empereur Maximilien V s'] était jadis installé. Luther s'y montra lorsqu'il fut cité par Léon X à comparaître en 1518 devant la fameuse diète d'Augsbourg. Fugger y reçut
irand rejistre a gardé copie du discours que fit alors Napoléon aux aulorités d'Augsbourg.
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Charles-Quint lorsque ce prince vint présider la diète de 1530; et il lui avança là des sommes énormes pour faire la guerre à Venise. Cet Antonio Fugger avait une telle fortune que Charles-Quint, parlant de lui, disait, à Paris, à François Ier qui lui montrait les raretés de son palais: J'ai un tisserand, à Aurjsbourg, qui, avec son or, pourrait acheter toutes vos richesses '.
Charles-Quint, revenant de sa campagne de Tunis, en 1536, fut de nouveau descendre chez Fugger. Celui-ci , déployant une magnilicence sans égale, fît faire, dans la salle du banquet, un grand feu avec du bois de cannelle, et y jeta toutes les obligations que lui avait signées l'empereur. On montre encore aux curieux cette salle historique 2.
Les empereurs , rois et princes de la terre se succédaient sur le registre... Un dernier nom frappa mes regards: un nom puissant, Henri de Fronce.
Ulm est triste et silencieux. J'y fis quelques courses à pied ; c'était à la chute du jour. Le bruit cadencé de mes pas retentissait seul autour de moi ; par intervalles , de rares passants y joi-
1 II parait . d'après ce mot de tisserand, que Fugger faisait le commerce de toiles.
2 Les obligations brûlées se montaient à des sommes immenses. Il ne reste plus que cette sa'le. du palais de Fugger. Le reste a été brûlé par un incendie en 1690.