I.E l'ElEMN
L'autre épttre est de Christian. Voiei , lui, ce qu'il a dicté :
« Ma chère cousine.
m J'ai cassé mon flacon à table. Vous aviez bien « raison de me recommander d'éviter les banquets «< et les orgies; le vin devait nécessairement, un h jour ou l'autre, me faire perdre la tête. Encore si « je n'avais perdu que cela !... Mais je n'ai plus ni « verte ni femme ; et vous épouserez un autre que m moi. Cousine, c'est par trop cruel ! J'ai senti qu'il « me fallait un châtiment proportionné à mes er- «i reurs. Je me le suis ehoisi et imposé moi-même ; h j'ai quitté le monde où vous êtes; en expiation « de ma passion désordonnée pour la bonne chère «' et le vin, je me suis fait chanoine en France. »
La douairière de Brannenburg versa d'abondantes larmes sur la détermination de ses deux fils aînés ; mais il lui restait Hamilcar : celui-ci avait religieusenien-t conservé son verre. Il allait rendre heureux tous les siens; et il épousait Arnésie '.
1 Hubert et Christian . conformément à la prédiction des pygmées, ne perpétuèrent point leur race. Hamilcar, au contraire, devint la souche heureuse d'une foule de nobles descendants, lirannenburg tut constamment un lieu de délices et de prospérité. Hamilcar avait [tris le soin, avant sa mort, ami
que ses héritiers continuassent à jouir de son bonheur, de mure.r son verre dans un coin écarté du château. Les propriétaires actuels, m'a-t-on assuré, faisant des réparations à une aile du bâtiment, trouvèrent, il j a peu de temps, soigneusement scellé dans le mur, un flacon recouvert d'un étui : c'était le vei i e d'Hamilcar.
J'aime les nations où le souverain est cher à son peuple. Sortant du Wurtemberg où régnaient la paix, l'attachement et le bonheur, j'entrai dans les Etats du grand-duc de Bade, où tout est calme, affection et prospérité. Je ne changeais pas de région.
Carirsuhe fut fondée , il y a 120 ans seulement, par Charles Guillaume , margrave de Bade-Durlach. Là où s'élève aujourd'hui le palais grandducal, il n'y avait alors qu'un simple château de chasse. Peu à peu on éclaircit la forêt. La ville, Itàtie dans la forme d'un éventail déployé, se peu-
pla rapidement ; et , sous le règne de Charles- Frédéric , elle prit un aspect imposant.
L'aimable baron de Rink, chambellan de la grande-duchesse régnante, me mena à la tour du château. Trente-deux allées ou rues, en ligne droite, aboutissent à ce point central ». Je traversai , pour y arriver , la chambre et le salon de marbre, deux des plus beaux appartements du palais ; puis , monté sur le belvédère , j'y jouis d'une vue superbe : d'un côté la forêt de Carlsruhe (Hartwald) avec les sommets ondoyants de ses grands chênes ; de l'autre , le Bhin se glissant comme un
1 On voit de la tour du château les principaux monument de la ville, dont le détail suit :
1° Un obélisque d'un seul morceau, qui porte cette inscriplion -. La ville reconnaissante au fondateur de la constitution! I e fondateur était le mari de la grande-duchesse Stéphanie de Rade.
2° Lapyramide de la place du marché, où est gardé le cœur de Charles-Guillaume, fondateur de la ville.
3" La tour gothique. Elle doit son origine à une cause funeste. Elle fut élevée à la mémoire du prince Charles-Louis de Bade. qui. allant voir sa fille en Suède, mourut des suites d'une chute en voiture.
4° Les principales portes de la ville, les établissements publics, le musée, le jardin botanique, les églises, etc.
De celte même tour, on aperçoit aussi à l'horizon le mont du Mercure de Baden-Baden. Plus près est la tour de Durlach, bâtie par les Romains, qui fut depuis un château de margraves, et l'abbaye de Gottsane avec ses cinq tourelles, qui fut dévastée par les Français sous Louis XIV. et qui est aujourd'hui une caserne.
serpent argenté à travers des pays fertiles ' ; et, au loin , le fort de Tryfels.
Tryfels ! ce fut là que Richard Cœur-de-Lion se vit transféré des bords du Danube. Sa première prison avait été Duranstein. Tryfels fut la seconde et la dernière. On y montre encore le cachot du prince ; et c'est au pied de ces murs que chanta le fameux Blondel 3.
Invité à diner chez le grand-duc de Bade, je m'y rendis avec un vif empressement. Son Altesse Royale est un des beaux princes de l'Allemagne. Sa stature est haute et noble, sa physionomie ouverte et franche, son maintien plein de dignité, sa famille est une des plus nombreuses et des plus belles de l'Europe. La grande-duchesse, aussi remarquable par son esprit que par ses grâces, est le modèle des vertus. Rien ne manque au bonheur du prince.
Il y avait peu de monde à table ; et le repas fut animé : car l'entretien roulait sur la France; or, la France , en quelque lieu qu'on aille , est tou-
* Le Rhin forme là la frontière de la Bavière Rhénane.
2 Tryfels, ainsi appelé, parce qu'il y a trois châteaux sur la montagne, est à 1,500 pieds au-dessus de la plaine. La prison de Richard était sur le pic le plus élevé. Sa plate-forme en pierre de taille avance, par en haut et en saillie de plus de trente pieds, sur le rocher. Là, le fils de Henri VI conspira contre son père. Les conjurés étaient réunis à Tryfels. quand tout à coup le monarque se présenta an milieu d'eux, et arrêta leur chef. Ce coupable fils n'a jamais régné. Tryfels est aujourd'hui ruines.