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Henné, après avoir combattu toute sa vie pour son D'un . M ilnme et son roi. 11 a\ait près de lui »a compagne, la bien-aimée de ses beaux jours. Hais son 61s étail à la mené. Son (ils Rudolf, à
l'exemple d'une quantité de chevaliers chrétiens, emporté par une ardeur à la fois sainte et belliqueuse, avait été s'enrôler à Rome sous les bannières de don Juan d'Autriche . pour aller combattre les Turcs; et de fatals bruits circulaient. Selon eux Rudolf était mort.
Les années, comme les jours, se suivent et ne se ressemblent point. Le vieux suzerain , constamment heureux dans ses entreprises, avait vu la fortune lui sourire pendant la plus grande partie de sa vie. Hélas ! arrivé à l'âge où le repos et le bonheur sembleraient dus à une honorable carrière, les agitations les plus cruelles étaient venues l'accabler. Deux ans de suite , il avait vu la grêle ravager ses moissons , l'incendie détruire ses fermes, et les maladies décimer ses troupeaux. Idut allait de mal en pis dans ses domaines. Il avait des procès et des dettes ; et , pour complément de supplices . il tremblait pour son fils unique.
Il existait, dans le pays, une tradition superstitieuse à laquelle certains esprits ajoutaient foi. On assurait que, dans le château de Keichenstein, pour chasser au loin L'infortune et fixer la prospérité . il n'v ;i\;iit qu'une chose à faire : mais la
chose était effroyable. Il fallait prendre un enfant âgé de cinq ans, de jolie figure et bien fait de taille, le tuer au clair de la lune, et, dans l'intérieur du manoir , murer le cadavre sanglant.
Un soir le chevalier Henné se promenait avec sa femme sous les arbres de la forêt voisine. Do grosses larmes roulaient dans ses yeux ; de profonds soupirs soulevaient sa poitrine; et de plaintives exclamations s'échappaient de ses lèvres.
— Tout m'accable , dit le vieillard , j'ai encore eu d'affreuse nouvelles. Rudolf aura péri sur mer.
— Rien n'est positif, mon ami, répond la châtelaine tremblante.
— Non : mais c'est plus que présumable. D'ailleurs, l'adversité me poursuit. L'anathème est sur ce château...
Il frappe son front et s'arrête. Puis , avec un sourire amer, il reprend presque malgré lui :
— Si j'y avais muré un enfant, comme la tradition l'indique, un enfant âgé de cinq ans, beau, bien fait, au clair de la lune!...
Il s'interrompt , aussi indigné qu'effrayé de sa pensée ; elle avait été involontairement arrachée à sa douleur paternelle... Sa compagne, aussi accablée que lui , répète machinalement les fatales phrases... « Enfant muré !... âgé de cinq ans!... beau, bien fait, au clair de la lune!... » Ses esprits n'étaient plus à elle.
Un garde écoutait l'entretien. Il s'éloigne , il
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avait frémi. Ce garde s'appelait Svhurstein. Le suzerain a entendu le bruit de ses pas; il le reconnaît et l'appelle ; il a un ordre à lui donner.
— Demain , avant le point du jour, lui dit' le suzerain , tu rempliras an panier du meilleur gibier de mes domaines ; et tu le porteras de ma part à l'évèque de Lintz en me recommandant à ses prières. Puissent-elles me rendre mon fils !
Le garde-chasse s'incline en signe d'obéissance, et retourne vers sa cabane. Scharstein, fils de bons laboureurs , avait reçu naguère une éducation distinguée , et devait entrer dans les ordres : mais son goùl l'ayant porté vers l'état militaire, il était parti pour l'armée ; sans doute il y eût fait son chemin , si une blessure grave n'était venue l'arrêter au milieu de sa carrière. Le soldat revient dans sa famille; il la trouve entièrement ruinée. II se voyait dans la misère et privé de toute ressource, lorsqu'un emploi de garde-chasse vint à vaquer à Reichenstein. Il le sollicita et l'obtint. Il épousa alors une jeune fille du pays , née dans une classe bourgeoise, jolie, assez bien élevée, mais sans fortune comme lui. Le sire de Keichenstein était plein d'égards pour ce jeune couple, et le traitait avec une distinction particulière. Scharstein avait an petit garçon, nommé Pétera, que tout le village admirait, tant il était beau de taille et de visage : le chevalier Henné en était continuellement occupé ; il le regardait même souvent
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avec un intérêt singulier. Quelle était sa pensée secrète ?
Scharstein est sur le seuil de sa porte. Il n'a songé pendant son trajet qu'aux funestes paroles qu'il a entendues dans le bois. Il s'est rappelé l'étrange attention que faisait le châtelain à Péters. Scharstein a la tète troublée , et un frisson court dans ses veines.
L'enfant vient au-devant de son père ; et , se précipitant dans ses bras :
— Papa, embrasse moi ! lui dit-il ; et fais-moi un joli cadeau !
— Pourquoi un cadeau , cher petit ?
— Parce qu'aujourd'hui j'ai cinq ans.
Scharstein , à ces paroles , tressaille. Il regarde
attentivement son fils ; et , à la clarté de la lampe et du foyer qui éclairaient sa chaumière , il le trouve plus beau que jamais. Saisi d'une invincible terreur, il devient pâle comme la mort.
— Cinq ans ! l'âge voulu ! se dit-il.
Il marche à grands pas dans sa cabane avec les ardeurs de la fièvre. Il suffoque , il a besoin d'air. Il ouvre brusquement la fenêtre.
— Quel clair de lune ! reprend-il. Femme ! il est affreux : n'est-ce pas ?
La compagne du garde-chasse , Wilhelmine , étonnée du trouble extraordinaire de son mari , de l'égarement de ses traits et du désordre de son langage , répond d'un ton simple et naïf :
le pAiirir. i<n
— Que veux-tu dire, mon ami ? La Lune esl superbe . te ^<>ir.
— Superbe! elle nie fait frémir.
— Aurais-tu bu, mon pauvre Scharstein ? M'est a\is (jue tu déraisoon
— Non, je n'ai pas bu, Wilhehninc. Hais, \ ois-tu . j'ai une horrible pensée dans la tète. Du reste , elle n'y est venue ni seule ni par hasard. En tout eas , je n'oserais te la répéter. Tu sais (pie notre maître a encore reçu de mauvaises nouvelles de là-bas. Pourquoi diable aussi s'est-il séparé de son fils? Et le seigneur Rudolf, à quel propos val-il si loin? On n'est vraiment heureux qu'avec les siens etehez soi. Il l'adore son noble enfant; et, pour le retrouver... qui sait!... il peut être capable... de tout. Tiens, dorénavant, chère amie, ne perds jamais le nôtre des yeux : ne le quille pas d'un instant!
Si harstein avait un air solennel. Il joignait les mains devant sa femme dans l'attitude effrayée d'un suppliant. Wilhelmine s'est prise à rire.
— Eu vérité, ce soir tu es fou. J'étais contente et tu m'attristes. Oui, j'étais contente : car, à midi, j'ai rencontré notre bon maître ; ils nous veut plus de bien que jamais.; il a caressé notre petit garçon ; il s'est informé de son âge.
— De son âge!...
— Oui, continua Wilhelniine ; et maintenant ma joie est troublée. Car je n'ai rien compris, m u
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ami, à tout ce que tu viens de me débiter, à propos du clair de la lune, et en réponse au pauvre Péters qui espérait de toi un cadeau, vu qu'il a aujourd'hui cinq ans...
— Cinq ans ! interrompit Scharstein d'une voix de tonnerre : eh ! je le sais bien qu'il a cinq ans : pourquoi me l'avoir répété? Il y a encore là quelque chose d'étrange et de fatal ; nous ne nous parlons plus comme d'habitude. C'est un pressensentiment, j'en suis sur. Et me raconter en ce moment ta rencontre de ce matin !... dois-je trouver cela naturel ? Péters ! mon enfant! viens ici. Tiens, ma femme ! regarde-le ! En pourrait-on trouver un plus beau !... Mais ferme donc celte fenêtre! il fait un clair de lune infernal.
Wilhelmine, à son tour, frémit. Il y avait quelque chose de communicatif dans l'inconcevable démence du garde. Elle referme la croisée. Le père s'assied au coin de la cheminée, après avoir déposé son fusil dans un angle du bâtiment. Il prend Péters sur ses genoux.
— Oh ! que je t'aime ! dit-il en passant ses doigts dans les beaux cheveux blonds de son fils. Que je t'aime ! je n'ai que toi. Notre châtelain, lui aussi, n'avait qu'un enfant pour soutenir et charmer sa vieillesse. Pauvre homme ! comme il doit souffrir !
— Veux-tu souper? demande Wilhelmine.
— Non, je ne pourrais manger : tais-toi !
Il se lève, se remet à marcher de long en large,
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reprend son fusil, le tourne et le retourne en sa main sans intention et sans but, se rassied près de la fenêtre, et tout bas, s'adresse ces mots :
— Si Péters était sur le point de m'être enlevé, et qu'on me dit : Un crimeou samort! Que feraisje? Un crime? peut-être.
— Tu me fais peur ! dit YVilhelinine.
— Je le crois bien, répond le garde. Je viens de me faire peur aussi.
— Tu te parlais tout bas, Scharstein ?
— : Et je me répondais : Peut-être. Autant valait oui tout de suite. C'est infâme! Où donc est Péters ?
— Perds-tu la vue comme l'esprit? réplique avec humeur YVilhelniine cherchant à s'irriter contre son mari pour sortir du sentiment d'effroi qui la dominait elle-même. Péters est là ; il est devant toi.
— Y sera-t-il longtemps? dit Scharstein.
— Il ne peut pas toujours rester à la même place, appuyé contre la muraille.
— La muraille! s'écrie Scharstein. Quels mots te viennent à la bouche ! Femme, cela est évident. il y a ici quelque mauvais esprit qui te les souffle. Tout cela me brise et me tue. Tu as raison, je deviens fou. Écoute ! je pars cette nuit. La volonté de Dieu soit faite !
— Où dois-tu aller, mon ami ?
— Jp vais à l'évéché de Linlz.
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- Quoi faire ?
— Y porter du gibier. Je demanderai en retour des prières au prélat pour que le fils du maître revienne. Car il n'est nullement prouvé qu'il ne puisse point revenir ce fils. Quel bonheur si, à cet effet, il ne fallait que des prières!
— Est-ce qu'il y aurait d'autres moyens?
— Mais tais-toi donc ! tais-toi, malheureuse ! je te dis que les mauvais esprits sont sur tes lèvres. Tout ce que tu dis est horrible.
— Eh bien ! je ne parlerai plus, réplique Wilhelmine indignée ! je m'en vais : tu me rendrais folle.
Elle sort et emmène son fils. Le garde reste seul, saisit un énorme flacon plein d'eau-de-vie; et, pour chasser les affreuses images qui le poursuivent, il se hâte de le vider. Peu à peu ses terreurs se calment ; il ne songe plus qu'à exécuter la commission du sire de Reichenstein ; il va chercher ses provisions de gibier, remplit un panier de ce qu'il a de meilleur, charge ce panier sur ses épaules d'Hercule, et part pour la ville de Lintz, avant que le jour n'ait paru.
Arrivé au but de sa course, il est admis près de l'évêque; et, sa mission terminée, il allait retourner au castel, quand le prélat le fait rappeler.
— J'attends un courrier, lui dil-il ; ne repartez que la nuit prochaine ; j'aurai peut-être ce soir quelque heureuse nouvelle 5 et demain malin, si