I.E PÈLEKCX
— Que nous aurons de belles fêtes ! reprend le paysan du hameau, sans avoir écouté Scharstein. C'est un beau jour que celui-ci !
— Vous trouvez ! réplique le garde en armant son fusil d'un front calme. Monseigneur se sera peut-être préparé ce beau jour par une belle nuit. Eh bien ! nous tirerons pour la fête.
Wilhelmine, glacée de terreur, lève un œil hagard sur son mari. Le villageois n'a rien compris au singulier langage du garde. Il sort. Les deux époux restent seuls.
— Voici de l'or ! continue froidement Scharstein en tirant de sa poche la bourse que lui avait remise le sire de Ilcichenstein. Fais-moi du feu ! je veux le fondre.
— Et pour en faire quoi ?
— Des balles.
— Sainte Vierge ! murmure tout bas Wilhelmine. Le malheureux n'a plus sa raison.
— Et tu sens bien, continue Scharstein les bras croisés sur la poitrine, que le gibier tué avec un pareil métal vaudra son pesant d'or! Tu le comprends : n'est-il pas vrai?...
— Oui , dit Wilhelmine effarée.
— Allume donc du feu! hàte-toi !
Et la pauvre mère obéit.
En toute autre circonstance, elle eut fait des observations sur l'étrange idée de Scharstein : elle eût demandé d'où venait cet or, et pourquoi
110 I.E PÈLERI5.
il s'en défaisait ainsi. Mais tremblante, atterrée, coupable , et se condamnant à une obéissance passive, elle ne se permet plus en ce moment ni réflexion ni parole. Elle est à l'œuvre commandée. Qu'est-ce?... et pourquoi?... que lui importe!
Scharstein a quitté sa chaumière. Allant continuer dans les bois son service de garde-chasse, il gravit les coteaux, franchit les ravins, marche, comme le Juif-Errant, sans route et sans but, marche uniquement pour marcher : il ne sait nullement où il va ; il ne veut même pas le savoir. Il avance, tourne, recule. Il semble ne craindre qu'une chose, c'est de s'arrêter : car il n'y a que pensées lorsqu'il marche , il y aura actions s'il s'arrête.
Cependant les bruyantes acclamations du château retentissaient à son oreille, et, traversant l'espace avec rapidité, arrivaient à son cœur, comme des flèches brûlantes.
— Que de bonheur sous ces murailles ! se disait-il en grinçant les dents et continuant sa course vagabonde. Là ! quels transports ! que de caresses ! et là , sous ces mêmes murailles , mon fils dort du sommeil éternel ! »
Il passe la journée dans les bois, fuyant l'approche des humains, essayant de fermer l'oreille à toute espèce de bruits, et, semblable aux bêtes féroces, cherchant de ténébreuses tanières...
— Mais si mon fils était rentré ! A cette pensée
soudaine, il recourt chez lui. Il entre : aucun bruit, point d'enfant. L'enfant a disparu pour jamais.
L'infortuné parcourt sa demeure; aucun feu u'\ était allumé, aucune lampe n'y brûlait; le seul flambeau qui en éclairait l'intérieur était encore la lune dont les rayons se glissaient à travers la fenêtre. Oh ! quel tableau s'offre à Scharstein ! Wilhelmine , sa pauvre compagne , est étendue sur le carreau. La malheureuse mère n'avait pris aucun aliment de toute la journée ; elle avait fini par tomber en défaillance auprès du réchaud où, par ordre de son mari, elle fondait les pièces d'or ; et peut-être était-elle morte.
Scharstein, du bout de son fusil, la pousse, et croit la réveiller. Il se la figure endormie ; et ce sommeil redouble sa rage. Mais, la remuant de nouveau, il reconnaît qu'elle est complètement inanimée. Wilhelmine avait les mains appu}ées sur sa bouche. Il se penche vers elle et regarde; la malheureuse mère s'était évanouie en pressant contre ses lèvres une mèche de cheveux blonds. C'étaient les cheveux de son fils.
Une larme est venue rouler sous les paupières ardentes du garde. 11 contemple avec un douloureux attendrissement les traits décomposés de sa femme. Que de souffrance y est empreinte !
— Ah ! elle l'aimait comme moi ! dit l'infortuné
112 LE PÈLERIM.
avec l'accent du repentir. Wilhelmine ! je désavoue mes paroles. Pauvre amie ! j'ai eu tort : pardonne !
Mais son amie n'entendait plus.
— Que j'ai été rude pour elle ! reprend-il lentement : pour elle , si douce et si tendre! elle, mes premières amours !... la joie de mes belles années !... Il ne me reste qu'elle pourtant !
Et se courbant vers sa compagne, il dépose un baiser sur son front.
— Ici, çontinue-t-il en se relevant, il n'est plus pour nous de bonheur. Wilhelmine, serais-tu morte?... M'as-tu vraiment quitté tout à fait?... Tu as eu raison, Wilhelmine : je t'aurais fait mourir, moi méchant ; je ne puis plus être bon sur la terre, je serais même indigné de l'être. Et puis, j'ai un devoir à remplir : un devoir atroce, exécrable. Je t'aurais torturée de nouveau. Si tu es partie, Wilhelmine ! si tu m'as laissé là ! tant mieux.
Il s'approche du réchaud éteint : ses ordres avaient été exécutés. L'or de la bourse était fondu ; et il y avait trois balles de faites.
— Trois! c'est, assez! murmure-t-il. Adieu! dors en paix, Wilhelmine. Adieu ! prie pour moi dans le ciel !...
Il prend sa carabine et la charge. L'or y a remplacé le plomb.
— J'avais bien besoin d'être seul , poursuit-il
LE PELER IN- llô
l'arme sur l'épaule. Je suis mieux : je me trouve libre. A moi, mes derniers compagnons ! A moi, le crime et la vengeance!
Il s'élance vers le manoir.
— Noble sire de Reichenstein ! ajoute-l-il d'une voix rauque, attends ! je le rapporte ton or : cet or avec lequel tu payais mon sang. Infâme! je te le rendrai. Tu en as fait ma récompense : j'en veux faire, à mon tour, la tienne.
Il longe les murs de l'enceinte féodale. Elle était, magnifiquement éclairée au dedans. Scharslein pénètre dans les jardins particuliers qu'affectionnait le châtelain. Hélas ! une impitoyable destinée venait d'y conduire le chevalier Henné. Fatigué des fêtes et du monde qui l'empêchaient d'être tout entier à son fils, le vieillard s'y dérobant un instant, et prenant Rudolf par le bras, l'avait entraîné seul, sous les murs du château, {tour mieux le posséder à son aise.
— Te voilà ! disait l'heureux père ; plus de souffrances maintenant. Le bonheur est fixé sous nos murs.
Scharstein a entendu ces mots. II comprime un cri de fureur , arme sa carabine , la pose sur son épaule , et , à travers un taillis qui le cache aux regards, vise le fils du châtelain.
Le coup allait partir. Celui qu'il veut tuer se retourne... Le garde-chasse tressaille à la vue du charmant visage de Rudolf, éclairé par les rayons
de la lune. De la lune ! Oh ! c'est cette fatale clarté qui ramène l'assassin à ses frénétiques pensées. Il tire ; une victime tombe.
Mais ce n'est pas celle qu'il avait couchée en joue. Une branche d'arbre a dérangé le canon de sa carabine. Le trouble du meurtrier ne lui a pas laissé la faculté de bien assurer son coup. Le fils a échappé à la mort ; c'est le père qui est frappé.
L'assassin consterné prend la fuite.
— Malédiction ! se dit-il. Le misérable père que je voulais condamner sur cette terreau supplice de pleurer nuit et jour son fils en larmes de sang, de mourir dans le désespoir, et de s'éteindre dans les tortures : il ne souffre plus, au contraire ! j'ai mis un terme à toutes ses peines ! Il ne connaîtra plus aucun déchirement de l'âme ! le voilà hors des maux d'ici-bas ! Je viens de manquer la vengeance, et je n'ai réussi qu'au crime. .,
Il reprend sa marche désordonnée à travers les champs et les montangnes. Le point du jour le retrouve auprès d'un verger qui avoisinait un petit bois. Il y a vu de hautes herbes ; il y entre sans savoir à quelle fin ; il s'y jette à terre et s'y roule dans les convulsions de l'égarement et du remords. Tout à coup, sous un arbre à fruit , sa main heurte un objet étrange ; il se redresse comme le serpent sous le pied du voyageur ; un rugissement sauvage sort de sa poitrine : il saisit l'objet nions-
Irueux : c'était la tête et le tronc d'un enfant mort, la tête et le tronc de son fils.
Épouvantable explication !...Péters, s'échappant de sa mère, était venu à ce fatal verger pour y manger quelques fruits. Une louve ou autre bête féroce , sortie de la forêt , s'était jetée sur cette proie. Les jambes et les bras de la victime avaient été dévorés. Une circonstance inconnue sauva le reste du corps ; le ciel , dans ses secrets desseins, l'avait sans doute ainsi voulu.
Qui peindrait l'horreur de Scharslein ! Il reconnaît les traits de son fils... ses vêtements... ses cheveux blonds. Péters n'avait pas été muré au castel. Le suzerain assassiné n'était coupable d'aucun forfait. Il n'est qu'un monstre sur ces rives ; et ce monstre est là ; c'est Scharstein.
Le meurtrier a pris son parti, il ne pousse plus les exclamations de la fureur : il ne se livre plus aux contorsions du désespoir ; il se lève morne et glacé. Son œil brûle , mais sans rayons ; ses lèvres remuent, mais sans paroles; son âme crie, mais sans accent. Il arrive aux portes du manoir, et il y demande Rudolf.
— Monseigneur ! lui dit-il en jetant sa carabine à ses pieds, ne cherchez plus le meurtrier ! Voici l'arme qui a tué votre père !
— Et l'assassin ?
— Esl devant vous.
Grand Pieu'... Pourquoi ce crime?...
— Qu'importe ?
— Infâme ! vous déclarerez !...
— Rien. Je veux mourir sans excuse.
— Ah ! C'est quelque accès de démence...
— ^~on, j'avais ma pleine raison.
— Quel but?...
— Je ne veux plus répondre.
Rudolf de Reichenstein, épouvanté de la figure calme et sinistre du meurtrier, ne peut supporter sa présence ; il appelle , le fait saisir ; et l'ordre est donné qu'on le juge. Il périra dans les tortures.
Vingt-quatre heures se sont écoulées. Le curé de Reichenstein est auprès d'une femme mourante. Cette femme, c'est YVilhelniine. Il vient de quitter son mari qui lui a ouvert son cœur à ses derniers moments. Scharsteina défendu au prêtre de révéler sa confession à qui que ce fut, hormis à sa pauvre compagne ; le pasteur remplit sa mission. Quel récit !... que d'affreux détails !... YVilhelmine, après les avoir écoutés, se redresse sur son séant. L'instant d'auparavant, elle semblait sur le point de paraître devant Dieu: une force surnaturelle lui est tout à coup revenue.
— Mon père ! dit l'infortunée : accompagnezmoi au château.
— Y pensez-vous? L'état où vous êtes...
— M'accompagnerez-vous ? Oui ou non ?
— Si la chose est possible : oui. Mais que vou-
LE PÈI.IUIN. 11"
lez-vous entreprendre? Il n'est ni moyens ni espoir...
— Il y a un dernier essai à tenter, un dernier devoir à remplir. La femme doit partager le sort de son mari. Le mien va périr hors de son toit ; je ne veux pas mourir dans mon lit.
Elle a recouvré une inconcevable vigueur ; et , soutenue parle saint prêtre, elle parvient jusqu'au manoir. Admise auprès de la veuve du sire de Reichenstein, elle s'arrête en face d'elle, tombe à genoux, les bras en croix ; et ces mots sortent de ses lèvres :
— Madame ! il était mon mari. Moi aussi je vais être veuve. Vous me répondrez : C'était un assassin ! et vous croirez , avec ce mot , pouvoir vous dispenser de la pitié. Soit : mais vous ne savez pas tout. Le jour où vous retrouviez votre fils , nous perdions le nôtre, madame : et un soir , au milieu des bois , le sire de Reichenstein , se plaignant des malheurs qui frappaienllecastel, disait : Si j'y avais muré un enfant ! Vous répétâtes ses paroles, vous connaissiez la tradition. Tout à coup le malheur vous quitte , et tout à coup mon fils disparait. M'avez-vous comprise , madame?
Celte femme à genoux, les yeux secs et levés au ciel, dans l'attitude d'un patient sur le fatal chevalet , et ne se servant que d'expressions simples , brèves et sans chaleur , avait une énergie glaciale qui ne tenait ni de la terre ni du ciel, car 2. 11
elle était à la fois horrible et sublime. Wilhelraine ne sollicitait pas la justice ; elle n'implorait ni grâce, ni miséricorde ; elle ne semblait désirer ni pardon, ni clémence ; elle racontait : voilà tout.
— Mon Dieu ! que me dit-elle là ? murmure la veuve du chevalier Henné avee un frémissement mortel. Oui. je me rappelle ces paroles ; etScharstein a pu les entendre. C'est vrai : malheureuse ! achevez !
— On le fit partir dans la nuit, madame. Il rapporta d'heureuses nouvelles. On lui donna ensuite de l'or ; et, retourné dans sa cabane où n'était plus le pauvre Péters , où tout lui offrait le vide et la mort , il s'imagina , dans son désespoir de père , que l'or, enfermé dans sa bourse, était le prix du sang de son fils. Cet or, il en lit faire trois balles ; et c'est moi qui les ai fondues , et c'est lui qui les a tirées, et c'est votre fils qu'il visait, et c'est votre mari qu'il tua. M'avez-vous comprise, madame?
La noble veuve se lève épouvantée ; elle est hors d'elle et veut sortir ; "YYilhelinine arrête ses pas : elle achèvera son récit.
— Le meurtrier s'enfuit , madame ; mais il était maudit par le ciel, et le ciel vous vengea sur l'heure. Il retrouva le corps de son fils, de son fils que vous n'aviez pas muré , de son fils pour lequel, en ses transports de vengeance, il venait de perdre son honneur ici-bas, et peut-être son âme là-haut. Il se livra de suite à la justice
LE 1>EI.ERIJ. 119
des hommes ; il refusa de rien déclarer : car il voulait une expiation . des supplices , la mort. Il voulait se racheter devant Dieu ; il y aura réussi, madame, vous avez compris, n'est-ce pas? Ni lui , ni moi , vous le sentez , ne devons plus tenir à la vie. Eh bien ! maintenant, décidez! un meurtre de plus vous plait-il ?
— Oh! cette femme me tue ! s'écrie la châtelaine en ouvrant la porte de sa chambre et appelant à elle ses gens ; elle a raison ; elle l'emporte. Je veux qu'on fasse grâce à cet homme. Allez trouver mon fils ! qu'on suspende... !
Rudolf à l'instant se présente.
— Il est trop tard , ma mère , il est mort.
— Scharstein !...
— L'enfer le réclamait.
Wilhelmine relève son front avec une dignité imposante, et, saisissant le bras du jeune homme, elle reprend d'un ton prophétique :
— Tu te trompes ! il est au ciel.
— Qui te l'a dit?
— Dieu, qui m'appelle. Il va nous réunir, silence !
Elle se redresse comme allant prendre un essor surhumain ; puis , ses muscles comprimés se détendent. Elle s'affaisse et retombe. On la relève ... elle était morte.
Nota. Sur le monument, grossièrement travaillé, de la chapelle des ruines, à Keichenslein , on voit le chevalier Henné
120 LE PÈLERU.
percé de trois balles; la dépouille d'un enfant mort est à ses pieds; sa famille éplorée l'entoure.
Cet horrible événement eut lieu en 1571. Depuis cette époque, un prêtre a été établi au castel, afin d'y célébrer une messe à perpétuité pour l'âme du seigneur et du garde. J'ai vu la cbapelle et le prêtre.
Je touchais enfin au moment tant désiré où j'allais revoir l'auguste famille royale. Je savais que monseigneur le duc de Bordeaux était en voie de guérison complète ; et , me dirigeant vers Kirchberg, je ne faisais aucune attention , cette fois , aux tableaux qui se déroulaient devant moi l<> long de ma route. Je n'étais plus aux beautés de la nature , mais au sentiment profond qui absorbait mon àme; et, semblable aux marins qui. après une longue traversée , n'ont d'autre cri que : Terre! (erre /je n'avais qu'on nom sur les lèvres : Kirchberg ! Kirchberg !
J'étais sur le bateau à vapeur la .Sophie. On me
montrait avec enthousiasme les belles rives du Danube. Bersenberg, les ruines de fFeidenech , l'abbaye de Melk, et le monastère de Gothwein1 , m'étaient successivement apparus ; et j'étais resté froid devant eux. — Voici Durrenstain ! me dit un passager, en m'indiquant du doigt un château en ruine sur la crête d'un rocher : la prison de Bichard Cœur-de-Lion ! Ces paroles me réveillèrent. Là , un noble prince , en exil , pleurait son pays et son trône. Je songeai à tout ce qu'il devait y avoir eu là de douleurs. Hélas ! et j'approchais de Kirchberg.
— 0 Bichard ! O mon roi! murmurai-je tout bas, l'œil fixé sur Durrenstain.
Il n'y avait personne auprès de moi qui put s'étonner de ce poétique souvenir et en condamner l'expression. J'étais sur un sol monarchique.
Débarqué à Crems, je pris la poste ; et bientôt, aux battements de mon cœur, je sentis que j'arrivais au but de mon pèlerinage. J'allais donc les revoir ces augustes exilés , vers lesquels se portent tant de regards , qu'escortent tant de souvenirs, et sur lesquels reposent tant d'espérances ! . . . Que mon dernier trajet me parut long ! et pourtant le pays avait du charme. Je n'étais pas entouré d'usines et de mécaniques ; je ne voyais fumer nulle part les cheminées du commerce et
\ C'est un des plus beaux monuments religieux qui existent.
LE PÈI EUI.\. 123
de l'industrie; le ciel ne se chargeait point des vapeurs pestilentielles delà locomotive et du wagon; l'air ne retentissait, ni matin ni soir, du bruit des marteaux et des roues : les champs étaient couverts de paisibles cultivateurs dont l'existence n'était nullement torturée par l'avide fureur des spéculations. Les bestiaux paissaient tranquillement dans de gras pâturages ; l'atmosphère était pure d'exhalaisons mercantiles et méphitiques ; et le chant lointain du pâtre troublait seul, avec harmonie , le silence des solitudes.
A chaque pas il se rencontrait un monument religieux : tantôt un Christ dans la pierre d'un rocher; tantôt une madone dans le tronc d'un vieil arbre ; ici l'ermitage d'un saint ; là une chapelle au Seigneur ; partout un appel à la foi ; et , devant tous ces symboles de piété , chacun passait le front découvert, faisant le signe du chrétien. Ah! quoique puisse en dire l'incrédule, estil rien de plus touchant que ces inarques de dévotion qui , d'un pôle à l'autre, vous font reconnaître vos frères; vous empreignent du même sceau; vous rangent aux mêmes bannières ; et , seolfl , sans mensonge et sans fraude, établissent Légalité ! Car rien n'est petit , sur la terre , devant celui auprès de qui rien n'est grand.
La nuit s'étendait sur la plaine. J'aperçus, à travers les ombres, un vaste bâtiment devant moi. Il y brillait quelques lumières. Ce n'étaient
134 le PtLERirr.
pas celles des Tuileries : c'étaient les flambeaux de l'exil.
Le lendemain matin , je me rendis auprès de l'auguste fils de Charles X. Instruit de mon arrivée, il m'attendait , dans le salon du château, entouré des officiers de sa maison. La noble captive du Temple et Son Altesse Royale Mademoiselle , assises autour dune table ronde , travaillaient à des ouvrages de tapisserie. A côté d'elles étaient la duchesse de Blacas , la duchesse de Lévis , la marquise de JSicolaï et la comtesse de Montagnac. Tout était simple et sans éclat dans ce royal appartement de Kirchberg ; et cependant il y régnait je ne sais quoi d'imposant et de solennel qui saisissait l'esprit et le cœur. J'ai vu des rois dans leur splendeur et des conquérants dans leurs triomphes; près d'eux j'ai salué la toute-puissance. J'ai vu nos Bourbons dans l'exil , et les héritiers de saint Louis dans l'affliction : près d'eux , j'ai salué la vraie gloire.
Oh ! c'est que le malheur non mérité, les coups de la fortune supportés avec l'héroïsme de la résignation , ont leur sublime , comme les prospérités et la victoire ; mais les grands succès n'éblouissent que l'imagination : les grandes vertus frappent l'àme.
En septembre 1830, à cette fatale époque du scandaleux naufrage de la raison humaine en Fiance , alors que le vieux roi , qui venait de do-
le rtURiN. 125
ter son pays d'une conquête immortelle , allait demandant l'hospitalité, au manoir isolé des ÏFeld, |)our les futures destinées du monde, j'étais sous les murs de Luhcorth. Hélas ! et je venais de voir ma malheureuse patrie , soi-disant affranchie , prèle à s'intituler au hasard, comme jadis, République , Directoire , Consulat , Empire , et à se montrer de nouveau sans forme précise , comme tout ce qui est sans vérité positive ; sans dignité réelle , comme tout ce qui est sans force légitime ; despotique et brutale enfin , comme tout ce qui est passager et transitoire. J'avais fui Paris , le laboratoire des essais politiques , avec la conviction que ceux qui se tenaient alors humblement courbés devant le peuple en lui balbutiant : Ordonne ! se relèveraient insolemment , et lui crieraient un jour : Obéis !
Ennemi des révolutions, j'étais resté fidèle à mon drapeau ; et je suivais la loi de mes pères. La liberté! me criait-on. — Soit, répondais-je aux déloyaux. Et, d'abord, laissez-moi la mienne. On n'impose point les croyances. La liberté de conscience est la première de toutes ; c'est une possession de l'àme ; et dans ce sanctuaire sacré, nul ne peut porter son regard et sa pensée, sans violer le droit d'asile.
Plus de dix ans s'étaient passés depuis mon pèlerinage à Lulworth. Avec quel bonheur je revoyais les augustes descendants de saint Louis!...
Mais il y manquait le vieux roi ; celui qui reçut mes serments, qui fit tant d'heureux! tant d'ingrats ! et je comprimais un soupir. Louis-Jntoine vint à moi de la manière la plus gracieuse ; il m'entretint de mes voyages et me parla de mes écrits ; je lui apportais, de la part des plus hautes illustrations de l'Allemagne, une foule de témoignages d'intérêt ; car , dans tous les lieux où j'avais passé , l'accident funeste arrivé au duc de Bordeaux , ayant fait éclater des manifestations unanimes de vive sympathie, avait eu ceci de providentiel qu'il avait fait connaître à la fois au prince et à l'Europe , comhien la vie de Henri de France était chère et précieuse. Je me trouvais donc chargé de transmettre à Kirchberg l'expression de bien des pensées, et cette expression était forte.
J'étais assis auprès de l'admirable princesse que le malheur a faite si grande, et la résignation si sublime : elle et tout ce qui l'environnait portaient ce cachet de simplicité royale et de sérénité chrétienne qui sied si bien à l'élévation de son àme. Marie-Thérèse, dans l'exil, est une de ces images hors de ligne devant lesquelles toutes les opinions se prosternent avec admiration et respect. Car jamais nul front ne porta plus haut , dans les voies immortelles d'une adversité sans mesure, le glorieux bandeau des souffrances.
Dans sa demeure point de luxe: mais que le
dénùment y a de grandeur! Le pèlerin qui, comme moi, y vient saluer l'infortune , ne peut s'empêcher de se rappeler, au modeste toit de Kirchberg, que les plus belles résidences de l'Europe appartenaient jadis à ceux devant lesquels il se courbe en soupirant. Oh ! qu'ils me paraissaient splendides, à moi, ces appartements sans pompe et sans appareil où je voyais rayonner la véritable royauté, celle que donnent les vertus , celle que dispensent les cieux !...
Us. n'avaient pas songé, ces nobles princes , alors que leur souriait la fortune, à se préparer des trésors à l'étranger pour des époques de désastres. Ne descendant ni à de bas calculs ni à de lâches prévisions, ils auraient cru outrager la France en se défiant de l'avenir. Leur superflu et quelquefois même leur nécessaire passaient aux malheureux qui se pressaient autour d'eux. Us auraient rougi de dérober, au profit de l'ostentation, la moindre chose de cette énorme partie de leurs revenus qu'ils regardaient comme le patrimoine du pauvre. Aussi, eux-mêmes sont pauvres à leur tour devant la terre : mais qu'ils sont riches devant Dieu '■
Mes regards se portaient sur Son Altesse Royale Mademoiselle avec un indicible intérêt. Sa charmanie figure n'aurait pas eu besoin, pour plaire et captiver, du prestige de la naissance et de la grandeur. Il me semblait que la Providence avait
déjà comblé la jeune princesse de trop de faveurs pour ne lui en avoir pas mis en réserve de plus brillantes encore. Plus tard, au salon de Kirchberg, je me disais le soir en la regardant: Oh ! qu'un diadème irait bien à ce front si gracieux et si angélique ! Serait-elle plus jolie, pourtant, que sous sa couronne de roses !
Je montai à l'appartement de monseigneur le d uc de Bordeaux. Le prince était couché sur son lit. Je m'approchai avec une douloureuse inquiétude : il souleva sa tête à ma vue, et toutes mes alarmes cessèrent. Sa physionomie expressive, son visage serein, son regard franc, son aimable sourire . tout en lui avait la fraîcheur de la jeunesse, et cet éclat, reflet de l'âme, que ses adversaires ont nommé eux-mêmes le sceau de la prédestination. Je ne pouvais remarquer ce que , d'après l'opinion générale, il a de particulièrement distingué : son port noble et majestueux ; mais il ne s'en offrait pas moins entouré de prestiges. On sentait auprès de lui une voix intérieure, une influence secrète, qui vous disait: De hautes destinées so?it là. On était entré le cœur oppressé, on ressortait l'âme contente.
Je ne m'étendrai pas sur le récit de son déplorable accident. Qui n'en a connu les détails? Qui ne sait le courage héroïque avec lequel, au moment de la catastrophe , il dissimulait ses angoisses et leur présenlait un visage impassible, pour
calmer l'effroi général ! Sa force d'âme le sauva. Celte force presque surhumaine imposa aux progrès du mal : ils s'arrêtèrent dominés. La fièvre, qui eût dû s'emparer de sa proie et la dévorer, recula devant ce cœur si grand, celte pensée si mâle, et ce sang si pur!... Il était alors écrit, sans doute, que dans la vie de celui qui fut salué, à sa miraculeuse naissance , du beau nom d'Enfant de l'Europe, il y aurait un prodige de plus: ce ne sera sans doute pas le dernier.
Que d'attrait dans son entretien! Pour plaire, il n'a qu'à se montrer; pour charmer, qu'à se faire entendre. Il s'élance dans la carrière avec la foi de saint Louis, la bravoure de François I", la générosité de Louis XII et la franchise de Henri IV. Ce noble descendant de soixante rois n'a ni fiel dans la pensée , ni ressentiments dans le souvenir. Pas un nom ne lui semble hostile , pas une faute irrémissible. Pas un mal ne lui parait incurable, pas une inimitié invincible. Puis: quel ardent amour pour la France ! Elle est sa pensée de toutes les heures, le point de mire de toules ses études. Il sait si bien ce qu'il doit être ! Il sera ce qu'il faut qu'il soit.
M. le duc de Lévis m'avait fait part du désir qu'avait témoigné Marie-Thérèse, d'entendre le soir, au salon, quelques fragments de mon voyage en Allemagne. <•■ Et moi, me dit l'auguste malade : Je voudrais aussi mes lectures. ■< L'aimable ordre 2. 12
130 LE PELERI.W
qu'un pareil vœu ! Ce jour même, après le dîner, je lus : les Chevaliers du Vert-bouc *.
Plusieurs étrangers de distinction se trouvaient à Kirchberg: entre autres le duc de Rohan, le marquis et la marquise de Béthisy, les comtes de Gontaut et de Durfort, etc. La veille, et plusieurs jours auparavant, étaient repartis pour la France le duc et le marquis de Rauzan, le duc et la duchesse de Rivière , le vicomte et la vicomtesse de Laitre, le marquis et la marquise de Crénay, le vicomte Edouard Walsh, les comtes Faucigny, de Chastellux , de Beaumont et de Cossé. A chaque instant il arrivait des noms royalistes et fidèles. Le comte et la comtesse Fernand de la Ferronnays étaient attendus; le brave la Filiale était là. Les Français affluent à Kirchberg ; et l'exil a ses Tuileries, comme les Tuileries leur exil.
Le lendemain matin, au chevet du lit de monseigneur le duc de Bordeaux, je lisais mes vieilles légendes ; mais elles ne me paraissaient plus aussi intéressantes que de coutume ; et bien que je fusse fier et heureux des éloges et des remercîments que daignait m'adresser l'illustre blessé, je ne trouvais plus alors mes récits ce que j'aurais voulu qu'ils fussent. J'étais devenu pour eux d'une exigence impitoyable ; il me semblait qu'il aurait fallu, là, une lecture de chefs-d'œuvre. Et,
1 Ils sont au chap. III, tom. lpr.
telle est l'humaine nature : le bien ne m'eût pas contenté, le mieux ne m'aurait pas suffi.
Le soir, au salon de Kirchberg, sortant de la table royale, je recommençai mes lectures. Quelle reconnaissance ne devrai-je pas éternellement à mes chroniques d'Allemagne pour les suffrages qu'elles m'obtinrent! Je lisais chaque soir pendant que Marie-Thérèse et ses dames travaillaient. C'était une vie de château ; et, néanmoins , en ce château à mœurs hospitalières et simples , on se sentait, l'âme élevée, sous une atmosphère royale. Oh! qu'il me paraissait flatteur de voir la ravissante figure de Son Altesse Royale Mademoiselle s'égayer ou s'attrister alternativement , sous l'impression de mes tableaux! Ses beaux cheveux blonds, son sourire doux et fin, le suave éclat de ses yeux m'offraient un modèle de grâces. Ailleurs , j'avais essayé d'en inventer , ici j'en trou- \:iis un véritable : et je n'avais qu'à copier.
Je retournais chaque malin auprès du duc de bordeaux, et j'y portais mes manuscrits. Kirchberg a de beaux jardins, des alentours remarquables et un parc magnifique; je n'en ai rien regardé ni rien vu. Vient-on à Kirchberg pour autre chose que pour porter son hommage dévoué aux pieds des augustes proscrits! H'eùt-il été possible d'aller froidement contempler des eaux, des bois et une nature quelconque , lorsque j'avais devant moi ce que la terre peut offrir de plus su-
blime à l'observation de L'homme : la royauté dans le malheur , la vertu dans les épreuves , la résignation dans l'exil, et, malgré les douleurs passées, la foi dans les destins à venir ! Il est peu de nuits sans étoiles. Qu'elle est brillante, à l'horizon, celle qui rayonne à Kirchberg!
Les journaux de Paris, à cette époque, annonçaient que l'ordre le plus parfait régnait sur tel et tel point de la France. Cela signifiait qu'il y avait, ici et là, des bouleversements et des émeutes. Ils apportaient la nouvelle que l'on avait tiré sur les fils de Louis-Philippe ; et ils criaient anathème sur les fauteurs d'un pareil crime. Hélas ! et je me rappelais avoir ouï les coryphées de quelques-unes de ces mêmes feuilles glorifier les émeutes , les trahisons et le régicide. Insensés ! ils avaient hissé sur le pavois les principes révolutionnaires, élevé des monuments de gloire aux enfants de l'anarchie, faussé toutes les idées d'ordre et de justice, dénaturé le sens de tous les mots d'honneur et de vertu : et, génies de la destruction , ils venaient se poser en apôtres de la morale !... Mais, en fait de meurtre royal, et selon leurs propres maximes, qu'est-ce réellement que le crime ? C'est manquer l'attentat : voilà tout.
Que je voudrais pouvoir mettre ici, en opposition aux discours sophistiques et trompeurs des nourrissons de la révolte , les paroles pleines de franchise et de loyauté que j'ai entendues s'échap-
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per du cœur de Henri de France !... Je remarquai avec admiration, mais sans surprise (car à Kirchberg rien de ce qui est beau netonue ), que jamais aucun membre de la famille exilée des Bourbons ne parle ni ne laisse parler contre qui que ce soit en matière politique. On dirait que celle noble famille ne s'est vu aucun ennemi en France, que pas une ingratitude ne l'y a accablée, qu'elle n'a eu à y souffrir que des adversités du sort, et que le beau royaume de Louis XIV ne fut jamais coupable envers elle. Le jeune prince, élevé dans ces hautes idées de générosité, d'abnégation et de vertu , ne sait ce que c'est que la haine , et ne comprend pas la vengeance. Les seuls sentiments qui dominent au fond de cette âme toute françarite, cfesl la gloire et la liberté ; on les voit rayonner dans ses yeux ; et l'on se dit à cet aspect, ne pouvant se défendre d'une sorte de fierté nationale : C'est bien là un vrai fils de France !
Le duc de Bordeaux , sur son lit de douleurs , n'a pas permis que la souffrance disposât seule de son temps. Je l'ai vu continuer études et travaux en dépit de la torture où le tenaient ses appareils. Forcé de s'interdire tout mouvement lorsque sa nature de feu ne peut supporter le repos, il était constamment mailre de lui. Il subjuguait sa volonté, comme il commandait à ses maux. Tout lui profile jusqu'aux peines.
Un besoin d'aimer el d'être aimé . l'instinct
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d'une destinée d'héroïsme et d'amour, éclatent sur ce large front que jamais ne sillonna une pensée déloyale. On serait tenté d'affirmer en le regardant que , pour la gloire et le bonheur des nations , il serait à désirer que chaque prince souverain reçût, comme lui, l'éducation de l'exil et les leçons de l'infortune; mais il est vrai que, sur ce terrain , toutes les âmes ne sauraient pas, comme celle de Henri de France , s'élever plus haut que le sort , et se frayer des voies immortelles.
Sa profonde et solide instruction ne l'a pas empêché de cultiver les arts. Plein d'imagination et passionné pour le beau, il étudie de loin les progrès de la science et des lettres dans sa patrie. Il connaît toutes les célébrités françaises ; il suit avidement leurs travaux ; il est fier de leurs succès comme s'il en était solidaire ; il n'éprouve qu'un seul regret, c'est de ne pouvoir y aider. Il tendrait si noblement la main à tous les vrais mérites : lui qui ouvre si loyalement son âme à tous les sentiments élevés ! Jeune d'émotions et d'idées, sans préjugés ni méfiances, jeune de franchise et de cœur, c'est la belle France nouvelle, la France pure, grande et sans tache.
Quant à sa sœur Mademoiselle, Son Altesse Royale ne s'est pas contentée d'être une des plus jolies personnes de son temps, elle joint l'instruction à la grâce; de plus, elle est parfaite omsi-
cienne, et peint avec un rare talent. Un jour, passant devant une grande planche noire sur laquelle Henri de France avait tracé des lignes scientifiques, elle y dessina une contredanse. On l'y a laissée, je l'ai vue. Rien de plus gai, de plus malin, de plus spirituel et de plus coquet , que ce petit croquis fait tout simplement avec de la craie blanche!... Les figures et les poses sont pleines d'originalité, bien que tracées en courant et sans aucune prétention. Un maître s'en ferait honneur ■.
Que les beaux jours s'écoulent vite!... Celui des adieux arriva. Louis-Antoine et Marie-Thérèse daignèrent m'adresser, avec leur bonté habituelle, les paroles les plus flatteuses , au moment où je
' Rien de plus admirable et de plus touchanl que le tendre dévoilement de Mademoiselle pour son frère. a O mon Dieu!» disait-elle aux premiers jours du fatal accident de Henri de France : « Que faire pour le distraire de ses douleurs? » —
/'orle-rnoi chaque matin, lui dit le prince, un dessin de ton » intention. » Son Altesse Royale le promit. Depuis ce temps, elle passait une partie de la journée à rêver quelque aquarelle intéressante, à imaginer quelque piquante composition; et chaque matin , pendant plus de six semaines, elle apportait son travail à son frère. C'est un petit recueil de chefs-d'œuvre ; el quel trait d'amour fraternel !
Le duc de Bordeaux . pendant mon séjour, lui avait demandé une vignette sur la principale scène d'une des Nouvelles que je lui avais Inès. Si cette vignette fait partie de la collection dont je viens de parler, que j'en aurais d'orgueil pour mon livre '
pris congé d'eux. Oh! que je m'arrachai douloureusement à ce palais de l'exil où j'avais vu tant de grandeur et où restait tant d'avenir!... Ceux qui voudraient , en France , mettre hors la loi les souvenirs et les regrets, désireraient que le royaliste fidèle n'entrât à Kirchherg que comme dans l'enfer du Dante, laissant son espérance à la porte. Eh bien ! qu'ils y aillent eux-mêmes ! qu'ils y entrent ! et, en sortant, ils y laisseront peut-être la leur. Alors, nous pourrions nous entendre.