‹ Le pélerinChapitre 8 sur 19 · I.E Pfttttllt. 14J · texte numérisé non relu

I.E Pfttttllt. 14J

nilé, bâtie sur la place /lof, par Léopold l". a des

reliefs esliinés : mais le atoclc-im-eisen (la souche <lans le 1er) m'intéressa davantage. C'est le tronc 'Un arbre de la forêt qui existait sur l'emplacemcii! de Vienne avant (pie cette capitale fut bâtie. Les garçons serruriers , passant jadis devant ce tionc y enfonçaient un clou. Il n'y a plus de place maintenant pour en cogner un nouveau. Ce bois est attaché au mur d'un bâtiment par un cercle de fer. garni d'un cadenas fermé, que, selon la tradition, le diable seul pourrait ouvrir; aussi personne ne l'essaye. Il y a pourtant bien des gens, là comme ailleurs, qui en auraient le droit.

Les arsenaux de Vienne sont fort remarquables. Les armes y sont rangées d'une manière ingénieuse et imposante. 150.000 fusils, à l'arsenal impérial , forment murailles le long d'immenses galeries où les plafonds sont de sabres et d'épées à dessins variés, et les colonnes de carabines avec chapiteaux de pistolets. Ce coup d'œil éblouissant. J'ai vu là l'armure de Sobiesky , le coilier de cuir d'élan de Gustave- ^dolj/ln- . la cotte d'armes de Montécuculli , et l'énorme chaîne de 8,000 anneaux, pesant 80 mille kilogrammes , avec laquelle les Turcs voulurent barrer le Danube, en 1529. Cent chevaliers, à pied ou à cheval , armés de toutes pièces , s'offrent à l'arsenal civil, entre 70 colonnes fai-

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tes de fusils. Qu'il s'y voit de riches armures ■ ! fVayram ! ff^ugram ! ce nom me revenait sans cesse à la pensée depuis mon arrivée à Vienne ; et parti un matin , à cinq heures , je vis se lever l'astre du jour derrière les fameuses montagnes où passa le vainqueur de Marengo dans toutes les >plendeurs de sa fortune m Voki le soleil d'Austerlitz! » me répétai-je tristement. Ils étaient devant moi les vastes champs où se déploya le génie de Napoléon ; là, il me semblait entendre, dans le lointain du passé , les fanfares de la victoire. Mon imagination cherchait à repeupler ce sol immortel, de toute cette belle armée rayonnante de succès, dont une partie devait aller s'engloutir plus tard dans les glaces de la Russie. Oh ! si, d'une part, les couronnes et les lauriers étaient venus se poser là sur le front des triomphateurs : de l'autre , que de nobles cœurs y avaient rendu le dernier soupir loin de leur patrie et de leur famille, sans illustration et sans tombeau! Qu'il 3 avait eu là de héros ! mais que de victimes aussi ! Que de hauts faits éternisés ! mais que de drames inconnus !

1 J'y ai surtout remarqué celle de l'empereur Rodolphe IPr. ira\ aillée en or et avec reliefs. Le bouclier, chargé d'une multitude de figures, me rappelait celui d'Achille . si longuement décrit par Homère. Parmi ces figures armées est la princesse Lybussa qui régnait à Prague au vme siècle. Dans un de ces arsenaux est un tambour turc, fait avec une peau humaine.

Lt l'fclhKIV 1-17

Les plaines à perte de vue de Wagram ', sans

mamelons et sans hauteurs, é l a i c* 1 1 1 alors en partie «ouvertes de blé-sarrasin rougeàtre, et nouvellement fauché, qui y étendait une espèce de nappe sanglante. Un frisson me courut dans les veines : il \ avaif là tant de sépulcres! Je fus droit à la tour où monta Napoléon après la fameuse bataille ; et. du sommet de ce bâtiment où se tenait l'ai chiduc Charles avant sa défaite, je promenai mes regards sur la prodigieuse étendue du pays. Vu midi, Esling et l'île de Lobau, noms à jamais mémorables. Dans le lointain , à l'est, Presbourg. Ici, Iïaasdoist, quartier général de Napoléon. Là, au bout du village, l'auberge où s'arrêta l'homme du destin. Un vieillard de la contrée était auprès de moi ; je linlerrogeai sur le grand fait militaire qui décida du sort de l'Autriche à cette époque; et Pamour-propre allemand répondit à l'orgueil fiançais de la plus bizarre manière. Le dialogue fut curieux.

— Où Napoléon coinniença-l-il le combat?

— Regardez de ce coté, monsieur. Voici où l'ar chiduc Cbarles fut sur le point de cerner l'armée française à Lobau !

— Bien. Mais où Napoléon repoussa-t-il ses ennemis?

— Tournez-vous par ici . monsieur. Voilà la

1 on m'a assure qu'elles avaient au munis cinquante lieues de tour.

place où une division française fut mise en déroute par le prince Hohenzollern !

— A merveille. Mais où Napoléon triompha-t-il?

— Voyez, là-bas , monsieur, cette petite chapelle. C'est là où le prince de Lichtenstein, se couvrant de lauriers , fut au moment de faire prisonnier un maréchal de France avec son corps d'armée !

— Soit. Mais où Napoléon se rendit-il mailre du champ de bataille ?

— Tenez, monsieur, n'apercevez-vous pas un village à votre gauche? Eh bien! c'est là que. si l'archiduc Jean fût arrivé vingt-quatre heures plus tôt, votre empereur était perdu.

Je souris et cessai mes questions ; il était évident que mon patriotique Allemand n'avait , là . dans ses souvenirs militaires , que les triomphes de l'Autriche. Wagram ne lui présentait absolument que les succès qui auraient dû y couronner ses princes , et les défaites dont , relativement à Napoléon , la possibilité lui paraissait incontestable. Le bon vieillard avait fini par se faire une réalité de sa fiction. Il en était arrivé peu à peu à se glorifier de Wagram ; il y remportait la victoire.

Le duc de Bordeaux , accompagné du général d'Hautpoul, était venu sur cette même tour où je me trouvais. Il y avait pris les plans de la bataille ; et les militaires qui le suivaient, s'étaient étonnés

de l'y entendre parler des manœuvres de Napoléon t*n vieil officier de l'empire.

Le mailic d'école dn lieu me montra l'endroit où l'empereur des Français passa le Danube, pendant la nuit et au milieu d'un violent orage, pour se trouver le lendemain, et à l'improviste, au pied de la tour de Wagram et en face de l'ennemi. J'étais enseveli dans de profondes méditations, quand mes regards se portèrent sur ees mots écrits en français contre une vieille muraille. « O plaine! pleine de souvenirs ! » Et voilà comme devant les plus grands événements et les plus dramatiques tableaux , certains esprits passent légers et badins, n'ayant que le vide dans l'aine et le quolibet sur les lèvres !

In chemin de fer traverse aujourd'hui la contrée; et Wagram n'a plus ni solennité ni silence. Le village, qui fut brûlé et détruit, au temps de l'immortelle bataille , est aujourd'hui rebâti à neuf; ses blanches maisons y choquent l'œil, ses iits cherchent à y effacer toutes les anciennes empreintes. Dn étranger, désignant à un paysan un édifice éloigné qui lui paraissait d'une structure remarquable, le questionnait ainsi devant moi. — Est-ce ici le tombeau <les braves'.'' — Monsieur, c'est la cave des vins. La réponse était ironique. .!<• regardai le villageois ; son rire était plein de malice '.

1 II y a des vignobles à Wagram ; et le vin y est assez bon. I a

Ijo le pèlerin.

j'avais diué à Vienne chez la comtesse de \\ impffen : el -a belle-sœur, la baronne Escheles. m'y avait invité à une partie de campagne à son beau château de Schonau, situé à huit lieues en- \iron. Je m'y rendis , ayant pour compagnon de voyage un jeune Grec nomme Zadig JJomich. Cet aimable Oriental, avec lequel je m'étais lié sur le bateau à vapeur du Danube, avait sa famille et >es biens à Céphalonique. Il était plein d'esprit et de grâce. >"ous primes le chemin de fer qui conduit de Vienne à .Yieustadt. Les wagons de cette route sont des voitures-monstres où l'on se promène, à l'aise et debout, pendant que la vapeur vous emporte. Comme on n'y brûle que du bois, la fumée sort en feux d'artifice, et l'on court dans une nuée d'étincelles. Je m'y serais, du reste, trouvé à merveille , si je n'y avais été poursuivi comme partout par le fléau de l'Allemagne : la terrible et puante pipe. Le wagon était tabagie. Il n'est aucun pays au monde où les chemins soient aussi couverts de poussière qu'aux environs de Vienne : elle est épaisse et dévorante. Sa renommée est telle, que les Viennois déclarent qu'elle est la grande calamité de leur pays; c'est faire un passe-droit à la pipe ; cette dernière, sans COIltretour de Wagram est le seul bâtiment qui y rappelle le passé. l>u reste, les maisons blanches sont tellement d'habitude en \llemagne qu'on y donne une même teinte de neige à toutes les demeures vieilles ou nouvelles. Cela gâte les paysages.

di! . parmi les suprématies lamentables, y a le

haut bout du pavé «.

Nous visitâmes Bade en passant 2. Bade est une miniature de ville, au pir'd d'une miniature de montagnes. I o jour la femme de l'archiduc Charles y faisant une promenade , s'arrêta dans la vallée de Sainte-Hélène, en face des ruines de Rtmhenstein. « Je voudrais là, dit-elle, un joli château. - Le prince ne répondit rien; mais, peu de temps après, il la ramena sur celte plage. O surprise, ! à la place même où elle avait rêvé une gentille habitation , s'élevait un brillant palais. On nomme ce palais ff eilburg.

Nous arrivâmes a Schonau. Ce manoir avaif passé successivement du baron de Braun. banquier de la cour de Vienne . au roi de Westphalie, Jérôme; de ce monarque au prince de Lichtenstein; et île ce prince au propriétaire actuel. La baronne Escheles y reçoit avec la grâce et l'urbanité française. Son parc est une véritable merveille. Parmi les nombreuses cascades qui s'j précipitent des rochers dans un lac, j'en remar-

1 11 y a beaucoup de maladies de poitrine à Vienne; on en cum l.i poussière : comme si la |>i|»<". Fumée onze heures sur

nouze, ne suffisait pas pour dessécher, calciner el briser la

poitrine la mieux conditionnée, l. 'eau est mauvaise à Vienne,

dit-on ; je ne m'en Miis pas aperça.

1 Cette Tille neressembli en rien à Baden-Baden. Ses bains

oui aussi iin renom Elle a une église richement ornée.

(juai une d'un genre particulier : un parterre de fleurs était sous sa nappe de cristal ; et ces fleurs, groupées ce jour-là de manière à former le nom de la châtelaine, offraient en caractères de toutes couleurs, à travers de limpides eaux tombant avec un doux murmure, ce nom rayonnant : Emilie.

La baronne, élégamment vêtue, était dans son parc, au fond d'un salon de musique à vitraux coloriés. Vis-à-vis, était un vaste rocher, au bord d'un lac : c'était le temple de la Nuit; il avait coûté un demi-million. Voici l'histoire de ce temple.

Schonau appartenait au baron deBraun. L'impératrice Marie-Thérèse , première femme de François II, plaisantait un jour sur les fabriques tie jardins anglais, et soutenait que rien n'était plus usé que les palais de l'Amour, de l'Hymen, de la Gloire , de la Folie , etc. « Si je devais bâtir quelque chose dans ce genre, ajouta Sa Majesté, je ferais le temple de la Nuit; » et l'impératrice décrivit la manière dont elle le concevait ; le baron de Braun écoutait.

L'été suivant, le riche banquier, se trouvant chez sa souveraine, lui dit : « J'ai le palais de la Nuit. » Sa Majesté voulut le voir; et, telle qu'elle l'avait conçue, sa pensée s'offrit à ses yeux, pensée de 500,000 francs.

J'éLais impatient, de voir cette extraordinaire construction : la baronne m'y fit conduire. Au pied d'une énorme masse de rochers, qui furent

LE PfcLERI>. 15"

transportée à grands frais, est une large arcade tonnée par des grilles de fer. Le concierge qui m'ouvrit cette solennelle entrée, tenait, allumée. à la main, une torche de cire à sept mèches ; j'entrai sous une voûte profonde ; et je parcourus un ténébreux labyrinthe où il aurait fallu le fil d'Ariane, si l'on n'eût eu la torche d'un guide. Le terrain montait et descendait tour à tour. Je lus sur un rocher, en passant, ce vers du poêle Schiller.

lever et tomber. Ici est le sort de l'homme. ■

Les allées souterraines conduisaient de distance en distance à des rotondes fermées par des portes en bronze. Chaque rotonde représentait une des heures de la nuit. J'en vis une entre autres, qui me parut d'une originalité piquante : c'était, je crois, te crépuscule. L'enceinte était faiblement éclairée par une crevasse dans la montagne, à travers laquelle on apercevait, sous le rideau d'une eade cl dans un lointain vaporeux . le manoir de Schonau avec son lac, ses ponts, ses gazons et liocages. La glace mouvante et sans tain était vraiment prestigieuse. Le château de Zémire et avait-il rien de mieux en ce genre?

Me voici au bain de la déesse des nuits. Le ! asdn de la triple ffèeat j es! entouré de jets d'eau, et an milieu d'un bocage d'arbres verts

1ÎÎ4 LE PÈLERIN.

qui croissent je ne sais comment sous ces dômes sans air et sans jour. En face est la grande porte d'airain du temple ; et l'on m'ouvre le sanctuaire. Une cloche sonne : minuit.

J'entre en une vaste rotonde ; elle a un dôme élevé qui représente le firmament éclairé par la lune. On y voit scintiller les étoiles. Seize colonnes en marbre blanc soutiennent une galerie élevée dans les airs, où seize statues représentant les Amours se tiennent par des chaînes de fleurs. Il n'est pas question de pavots. Ce sont des Amours éveillés; et ce n'est pas à minuit qu'ils dorment : au contraire. Ils font mieux... ou pis.

Les douzes signes du Zodiaque entourent cette enceinte , pavée en mosaïque, qui a deux ou trois cents pieds de tour et cinquante de hauteur. Des cassolettes de parfums y brûlent. Il s'y trouve de voluptueux divans , dans de petites niches obscures T que les Amours ont l'air de contempler avec des idées malicieuses. Il y a là aussi un singulier effet d'acoustique : ce qu'on dit tout bas d'un côté de la salle est répété de l'autre tout haut. Or, comme les amours veulent , en général, de la discrétion, je supposai que ceci devait être une leçon morale dans ce genre-ci :

— Étes-vous aimé ? Taisez vous !

Un élégant dîner eut lieu au château. Il s'y trouvait le ministre de Belgique et sa femme , H. el madame O Sullivan. — Je vous mènerai de non-

veau ce soir au temple de la Nuit . me dit la baronne Eseheles. Vous le verrez sous un autre

jour.

Je ne compris pas d'abord comment on pouvait voir la nuit sous un autre jour; mais , arrive avec

elle au mystérieux palais, j'y passai de surprise en surprise.

La châtelaine avait fait illuminer le rocher souterrain et ses galeries. Le temple de la Nuit , resplendissant de clartés, eût pu rivaliser avec celui du Soleil. Quant au bain de Diane , avec ses cascades jaillissantes, il n'avait que Pbébé pour éclairer son bocage. Ses lumières étaient bleuâtres; et j'y cherchais Endymion tel que le représente Gérard: mais l'endormi n'y était pas; et, au surplus, h son absence de costume, il y eût eu peut-être un peu froid.

Minuit sonne: le temple s'ouvre. Oh! quelle radieuse nuit! De grands candélabres d'or, portant chacun dix à douze lampes d'albâtre ou de porcelaine blanche, jetaient les rayons les plus doux sur les marbres du sanctuaire, et faisaient pâlir le> étoiles. La lune avait fui sous la nue; et, du haut de la galerie céleste, l'Amour secouait ses ilanibeaux : l'Amour multiplié en seize. Y a-t-il seize manières d'aimer? Non : mais on peut aimer seize ... lorsqu'on a un grand fonds d'amour.

Les environs de Vienne ont une célébrité euro péenne. Je fus, avec mon jeune Grec et M. du

Liège , aux montagnes de Briel ', dont les princes de Lichtenstein ont fait un parc sans ternie et sans bornes. Une belle et noble pensée est celle du iemple élevé , là , par le prince Jean de Lichtenstein , à la mémoire de cinq hussards qui lui sauvèrent la vie à la bataille de Wagram. Ces braves, le couvrant de leurs corps , périrent tous cinq à ses pieds.

L'édifice est en pierre sur le modèle des temples grecs. Il domine Vienne et le Danube. Sous le monument , sont les tombeaux des guerriers libérateurs. Une inscription allemande en lettres d'or est à l'entrée du caveau funéraire : je l'ai traduite en vers français.

« Vous sauvâtes mes jours, soldats de ma patrie ! Héros de la fidélité !

Je ne puis vous rendre la vie :

"Mais voici l'immortalité! »

Puisque me voici sur le chapitre des tombeaux, passons à ceux des empereurs. Le mausolée de la

1 Elles sont à peu de dislance de Vienne et appartiennent au prince de Lichtenstein. Les vues y changent à tout moment : ce sont tour à tour les gorges de la Suisse, les déserts de l'Amérique, les roches des Pyrénées. J'y ai remarqué les belles ruines de Babenlerg, château qui appartenait aux ducs d'Autriche, avant Rodolphe de Hapsbourg. Malheureusement, selon moi , on a gâté la vérité par des fictions : on a mis de fausses raines à côté des vraies ; et l'effet poétique en souffre.

le PftUMff. 157

grande âfctrie-Tkérèse , à l'église des Capucins, est

une îles plus belles magnificences delà mort. Les vanités delà poussière y jettent on éclat lugubre; le cœur y bat... niais il a froid '. L'illustre impératrice est entourée des cercueils de tous ses enfants. Là . s'étend une file de caveaux séparés les uns des autres et fermés par- des grilles de fer. !.à , dort un long cortège de vieillards couronnés, de guerriers immortels , de princesses illustres . el d'enfants nés sous la pourpre. Le religieux qui me conduisait me les nommait tous à mesure que je passais, le front courbé, devant chacun de leurs tombeaux. Oh! il était un nom qu'il me tardait d'entendre, un cercueil que je cherchais avec impatience : celui du jeune duc de Reichstadt.

Je restai longtemps, immobile et debout, près de ce sépulcre glacé. Voilà donc où devait arriver, si vite, si jeune et si beau, l'héritier de Napoléon ! Je me rappelais les cent un coups de canon qui

1 Marie-Thérèse fit faire son sépulcre sous ses yeux ; elle en soigna elle-même les admirables détails. Son auguste époux y reposa le premier. Elle y venait prier deux fois par semaine; mais ses jambes étaient hés-faibles; et comme il lui était pénible de passer par les longs détours de l'escalier souterain, elle se faisait descendre dans les caveaux par une fenêtre, au moyen d'un»' mécanique ingénieuse. Un jour, un des ressorts de la machine s'élant brisé-. Sa Majesté resta à moitié chemin. Impatientée , elle s'écria : Je ne descendrai plus ici. C'étaient de prophétiques paroles. Le lendemain même, l'impératrice fut atteinte de La maladie dont elle mourut.

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avaient annoncé à Paris la naissance du roi de Home. L'enfant naissait sous les lauriers, sous l'auréole de la gloire, sous l'atmosphère du génie ; il semblait appelé à continuer la puissance de celui qui s'offrait le maître du monde : et il était là, sans couronne . obscurément tombé au cerceuil, écrasé sous le poids de son nom ! Là , s'était éteint , avec lui, le dernier flambeau de l'empire; et, plus qu'à Sainte-Hélène peut-être . là finissait Napoléon.

Le comte Maurice de Dietrichstein , chez lequel je dînais ce jour même , avait été l'ami fidèle et le serviteur dévoué du duc de Reichstadt. Il me montra une foule de louchants souvenirs que lui avait légués le prince, et, en me les montrant, il pleurait.

Grâce au comte de Dietrichstein , grand maître de la maison de l'impératrice, le meilleur, le plus obligeant et le plus distingué des hommes , j'eus mes entrées à tous les musées. Je fus, dans sa loge, aux théâtres. Les théâtres , au surplus, à l'exception de celui de la cour , sont peu remarquables à Vienne '. On donnait la Juive à l'Opéra. J'en ai bouffert... pour Halevy.

On m'avait beaucoup parlé du trésor impérial.

1 Le théâtre de la cour a de bons acteurs. Madame Pèche , M. Fichter et madame Réti sont d'excellents artistes. J'y ai \ u jouer à merveille la jolie comédie de la princesse Amélie de >.i\c. la Fiancée tic la résidence .

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Le comte de Dietrichstein me le lil voir; et j'y passai de longues heures '.

Le berceau du roi de Home était là. J'avais été la veille à son cercueil! Ce présent de la ville de Paris n'a rien de merveilleux, ni comme art ni

1 Le détail de ces richesses prendrait ici trop de place. Je ne citerai que les objets suivants :

1° La couronne de Charlemagne. Elle est de l'or le plus (in. orné de pierres précieuses. Une lame d'or, en demi-cercle, surmontée d'une croix, porte celle inscription en petites perles : Conradus Dei gratia , Romanorum imperator. Ce diadème avait des plumes.

2n Le sceptre, le globe, la dalmatique, l'alba, la stola, les bas, les gants, les jarretières, les souliers, le manteau, leccin turon et l'epée du même empereur, costume entier de Charlemagne.

3° Les reliques du Saint-Empire. La description prendrait des pages. Il s'y voit le plus grand morceau de vraie croix qui existe en Europe : dix pouces de long sur deux de large.

i° Les habits pontificaux, brodés en perles fines, que fit taire Philippe de Bourgogne pour les cérémonies de l'ordre de la Toison d'or.

5 I n livre des quatre Evangiles : celui de Charlemagne. Son portrait est sur la reliure qui est en or massif,

6° Un cor de chasse du landgrave Albert de Hapsbourg . en 1 1 09.

7° Une coupe d'or du grand-duc de Russie Michel-Fédoro ivitsch, en 1645, et le grand sabre de Timur. Ces objets de prix ont un grand intérêt historique.

8° La couronne d' Italie que Napoléon mit sur sa tète à Milan, < l Ih vêlements qu'il portait à ce sacre. Les pierres de la couronne sont fausses, et les vêtements sont des oripeaux. Le sceptre est surmonté du lion de Saint-Marc. Ces joyaux ont

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comme richesse. Il est en nacre et en vermeil . mais lourd et dépourvu de toute idée poétique. L'aigle, qui est aux pieds du berceau sur lequel il est censé veiller , a l'air d'un vautour qui va fondre sur sa proie. La Victoire, qui le couronne , a une figure fatiguée; la Prudence , qui est au chevet, parait à moitié endormie. La Foire, qui est en avant avec une massue, est une espèce de nain. Les abeilles, qui y sont semées , ont une tournure de guêpes. Tout cela est roide , sans grâce , de mauvais goût , et lamentablement prophétique. Le tombeau est bien plus frappant avec son inscription si simple. « Ici repose le duc de Reich- « stadt, fils de Napoléon, empereur des Français, «; et de Marie-Louise , archiduchesse d'Autriche , « salué à sa naissance Roi de Rome ' / »

l'air de hochets. Le manteau souverain ressemble à un habit de théâtre.

9° Le sabre que portait Marie-Thérèse, comme roi de Hongrie.

10° Une croix qui, à l'époque du Bas- Empire, était a Sainte-Sophie, et qui fut transportée de Constantinople à Venise.

11° Tous les diamants et joyaux de l'Empire. La couronne en diamants de l'impératrice est évaluée 1,500.000 fr.

12" Le diamant florentin qu'avait Charles le Téméraire à la bataille de Grandson, et qu'un lansquenet vendit à Berne cinq florins. La France prétend que ce diamant est à Paris, et que le second diamant de la couronne est celui du fameux cita de Bourgogne. Oui donc a le vrai solitaire?

1 II y a au Trésor la petite calèche où il était traîné aux

Je ne pensais pas qu'on pût trouver un grand charme à parcourir des remises; je fusa celles de l'empereur, et j'eus la preuve du contraire. La grande voiture du sacre a cent dix ans ; les peintures de ses panneaux coulèrent 60.000 francs. Elle a huit glaces ; et elle est doublée de velours rouge rehaussé d'or. Quatre empereurs y montèrent, à leur couronnement à Francfort. Marie- Thérèse s'y assit ; et la voiture coûta -450,000 fr. '.

Je ne décrirai pas les nombreux carrosses qui me furent montrés, mais je parlerai des traîneaux. J'examinai celui de Marie-Thérèse , et celui du duc de Reiehsladt. Celui de l'empereur a coûté (30,000 fr. Lors du congrès de Vienne, en 1815, l'empereur François, voulant donner une fêle sur la glace, commanda des traîneaux pour tous les souverains assembles. Cette partie coûta sept millions et demi 2.

Il y avait soirée chez l'ambassadrice de Sardaiuruc. La charmante comtesse de Sambuy faisait les honneurs de son salon avec esprit, charme et

aieté. La haute société de Vienne était chez elle;

Toileries par deux mérinos. Le nom du duc de Reiehsladt est mp.i [né d'une foule de hauts litres sur le monument fu-

1 Là aussi est le carrosse qui servit au sacre «lu Napoléon ■< Milan. Il fut fait à Taris. che2 Jacquin.

ces traîneaux de princes et de mis sont soigneusement conservés.

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et je m'y croyais à Paris. Même élégance et même grâce.

Dans les villes de province, en Allemagne, la noblesse est en quelque sorte étiquetée. Chaque notabilité a sa case , sa niche , sa ligne et son cercle. Il en résulte un froid glacial , et souvent un ennui profond. Ce n'est pas que le dévergondage d'un déclassement absolu ne présente au moins autant d'inconvenance dans un genre opposé : mais l'excès, de chaque côté, devient chose antisociale. A Vienne , il n'en est pas ainsi ; les rangs y sont noblement conservés : rien d'exagéré, point de morgue. Il y a mélange sans confusion, et dignité sans insolence.

La haute société de Vienne , admirablement pensante, est encore attachée aux idées chevaleresques du bon vieux temps. Elle aime la fidélité à son Dieu, à sa dame, et à son roi. Elle méprise les apostats et les parjures; elle tient aux nobles maximes, et elle a foi aux grands principes ; un jour (cette anecdote récente est connue) une haute et puissante dame avait sur son front un riche bandeau de pierreries. Vous avez là un magnifique diadème ! lui dit l'ambassadeur de France. — Son plus grand mérite, répondit-elle, c'est de n'avoir pas été volé.

L'Allemagne, en général, est un pays hospitalier, loyal et généreux; il y manque peut-être, pour un Français, cette vie d'intelligence active

et d'émotions variées qni ne se trouve qu'à Paris. L'existence matérielle el positive semble absorber, en beaucoup d'endroits, les facultés de l'Allemand ;

il ne s'abandonne que rarement au rapide élan de l'imagination et aux démonstrations extérieures lie l'âme: sa conduite est réglée comme un cahier

de musique, et ses pensées calculées comme des chiffres. Certes, il y a souvent de l'extravagance et du désordre dans cette sphère brûlante de Paris. ou tout est vie. ardeur, génie, bruit et enthousiasme ; mais le calme plat d'une existence compas-

tns hardiesse et sans essor, a quelque chose d'accablant. La raison, poussée à l'excès, est aussi un genre de folie ; et la plus gaie n'est pas la pire. Divers voyageurs ont pensé, et peut-être avec raison, que les poêles, la bière, et surtout la pipe, entraient pour beaucoup dans celte tranquillité fatigante et cette lourdeur apathique tant reprochées aux gens du peuple en Germanie. Je serais tenté de le croire ; mais serait-ce leur rendre un service que de changer leur nature? En seraient-ils plus heureux s'ils quittaient leurs monotones habitudes pour nos effervescentes coutume- 7 Ron, je ne -aurais le penser. Bien certai- 1.. ment, je ne le leur conseillerais pas ; et. tout en

lant, au milieu d'eux, la brillante patrie de l'imagination, de l'esprit et de la grâce, je leur dirais en véritable ami : 1 /.<• bonheur roui mieux

que l'irlnt.

1G4 LE PÈLERIS.

Au surplus, ce n'est nullement à Vienne que peuvent s'adresser les reproches de pesanteur et d'ennui ; les salons de cette capitale ont l'élégance et la vivacité de ceux de Paris. Les étrangers y sont accueillis avec un empressement plein de courtoisie. On y aime les arts et les lettres. L'instruction y est brillante et solide. On y parle le français comme à Paris ; et notre littérature y est jugée avec autant d'impartialité que de bienveillance. La patrie des Goethe et des Schiller sait rendre hommage aux talents de tous les pays ; et, chez elle comme partout, lorsqu'il s'agit des palmes de l'intelligence , notre France est au premier rang.

Les princes Frédéric de Schwarzenberg et de Hohenzollern vinrent me voir à l'hôtel de la Fille (le Francfort où j'étais descendu; et je raconterai, au sujet de ce dernier grand seigneur allemand, une anecdote originale. Un des membres de la famille de Hobenzollern avait une principauté assez peu considérable dont les sujets, à l'époque de la monomanie des constitutions , demandaient à cor et à cri une charte à la française. Le prince se rend à leurs vœux ; et, dans les villages et hameaux de son domaine souverain, un gouvernement représentatif est établi en toute règle. Sur ces entrefaites, il conçoit le projet de donner une grande partie de chasse au sein de ses Etats; il y invite plusieurs tètes couronnées, et veut y déployer de

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