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la magnificence. Que fait-il à cette intention? Tons ses pain sont par lui convoqués sur le terrain des cerfs, des chevreuils et de lièvres, pour y sonner du cor à cheval; et tous ses députés, à /»/'«/, pour y rabattre le gibier. Ces deux chambres firent grand bruit. Il y en eut qui dirent, à ce sujet, qu'il vaut peut-être mieux, dans un pays à charte, avoir des députés qui rabattent, que des députés qui abattent.
La résidence impériale à Vienne est un interminable bâtiment, sans architecture élégante à l'extérieur, mais avec lequel on ferait une douzaine de palais où pourraient loger une vingtaine de familles royales. En dehors, rien de positivement remarquable : au dedans, rien de véritablement somptueux; mais de tous côtés une simplicité imposante. II y règne un pieux attachement pour l'auguste foyer des ancêtres. On y craindrait l'embellissement qui viendrait y briser le souvenir. Le cœur y interdit le progrès.
Tout objet qui a appartenu aux illustrations de la famille, de quelque nature qu'il soit, riche ou pauvre, beau ou laid, y est l'objet d'une vénération respectueuse et touchante. L'alcôve où mourut François II. est maintenant une petite chapelle fermée, ou s'agenouillent ses enfants. L'empereur y est peint sur l'autel, déposant sa couronne d'icibasauz pieds du Sauveur, et implorant celle d'en haut. Son cabinet est resté dans l'étal où il se trou-
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vait au jour de sa mort. On n'y a dérangé aucun meuble. Le portrait de son petit-fils, du duc de Reichstadt, est sur son bureau en face de son fauteuil. Sa plume, son papier, ses crayons , sont à leur place habituelle et semblent l'attendre. Les meubles de ce souverain , dont la mémoire est restée chère au peuple, n'ont ni recherche ni splendeur. Il en est qu'un bourgeois de la rue Saint- Denis rougirait de garder chez lui : son épouse en serait choquée '.
Il en est de même des appartements de l'impératrice mère et des archiducs d'Autriche ; même simplicité , point de luxe 3. Ceux de l'archiduchesse Sophie ont seuls de l'élégance moderne. Passons à la demeure du prince régnant. Là sont les galeries d'apparat. La salle des cérémonies, bâtie en 1803, ne manque pas de magnificence; et l'art y a placé des chefs-d'œuvre.
Schœnbrunn est peu éloigné de Vienne. Ce palais, commencé sous l'empereur Mathias, fut achevé
1 Néanmoins dans l'aile qu'habitait François II, il est des choses remarquables : 1° la Polymnie de Canova ; 2° des vases de porcelaine russe, donnés par l'empereur Alexandre ; 3° une table en malachite, présent de l'empereur Nicolas, et une autre, venue du pape.
2 Les salons et chambres des archiducs offrent constamment un tableau de mœurs patriarcales. Rien n'y est sacrifié à l'amour de l'ostentation, tout y est donné aux besoins du sentiment. On s'y livre ensemble à l'étude; on y est prince sans r.ul doute, mais on y est en famille avant tout.
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sous Marie-Thérèse. Le parc est d'une grande beauté. Napoléon y rêva son alliance avec la fille des Césars ; et le roi de Rome y est mort. Lorsque
le conquérant du monde y passa rayonnant de gloire, qu'il y avait loin pour lui. à celle époque, de Schœnbrunn à Sainle-Hélène ' !...
J'étais invité à dmer chez H. de Tatitscheff, ambassadeur de Russie; je trouvai dans son salon le prince Kourakin, sa charmante compagne, et le maréchal Màrmont, ces mêmes personnes que j'avais si singulièrement rencontrées aux ruines de Reichenstein Je rappelai à la princesse Kourakin l'homme enveloppé d'un manteau, sous la chapelle du manoir... — Quoi! me dit-elle, c'était vous?... Ce solitaire! — C'était moi.
L'ambassadeur me demandait la lecture d'une de mes légendes d'Allemagne : on désirait surtout celles que j'avais lues à Kirchherg.
Qu'il fut singulier mon voyage ! Errant de palais en palais, à la façon des anciens troubadours, je
' on voit à Schœnbrunn le cabinet favori de Marie-Thérèse; :l esf déeoré dans le goût espagnol. Le parc a 800,000 toises carrées. La serre aux palmiers, l'orangerie, les jardins fruitiers, les alléesde charmille, les trente-deux statues de W. Beyer, l'obélisque, la ruine et la glorielte, temple à arcades, bâti par Marie-Thérèse en 177.; (d'un l'on voit Vienne et le Danube), sont toutes choses renommées. Le toi de Kome est mort à Schœnbrunn dans la même chambre et le même lit ou coucha INapoléon. Peu avant son deruier soupir, un orage brisa, visa-vis sa Fenêtre, un grand aigle qui s'y dressait.
devais, ainsi, parcourir une partie de l'Allemagne, en anachronisme vivant. J'allais, contant fabliaux et chroniques, devisant de guerre et d'amour, prêchant fidélité à Dieu et au roi, trouvant écho à mes accents de chevalerie, et, au foyer des princes du jour, fêté en barde des vieux âges.
Je pris la route de Brunnsée '.Je fis rapidement le trajet de Vienne à Gratz. Je n'avais qu'un désir et qu'une pensée : revoir l'auguste mère de Henri a.
J'arrivai au beau château de madame la duchesse de Berry, le jour anniversaire de la naissance de monseigneur le duc de Bordeaux. Brunnsée est un vaste domaine où Son Altesse Royale est adorée et bénie. Protectrice de tout ce qui a besoin d'aide et de consolation, de tout ce qui souffre, elle est la providence du pays. Le manoir est immense. Il a, indépendamment de ses salons et galeries, près de cent chambres à cou-
1 La forteresse de Lachsmbourg. où je fus la veille de mou départ, attire une foule d'étrangers.
2 Sholtvien, dernier village de l'Autriche, sur les frontières de la Styrie, n'a qu'une rue étroite entre des rochers gigantesques. Les crêtes de ces rochers sont fortifiées. Sur la plus haute, il s'élève les ruines d'un château, nommé Clam, dont l'aspeet est des plus bizarres.
A deux lieues de Xeustadt, ville que j'avais traversée le matin, est le château où se réfugia la veuve du i-oi Murât, après la perte de son trône; il appartient aujourd'hui au duc de Blacas.
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chef; et tous ces appartements sont meublés avec autant de goût que d'élégance. Quel bonheur j'éprouvai en y retrouvant ce qu'on cherche inutilement en Allemagne : un bon et grand lit de France , avec de larges draps et d'amples rideaux ' ! Qu'on est bien sous les murs de cette résidence monarchique où l'auguste fille des lis accueille les pèlerins de la royauté avec la grandeur d'une noble princesse et la simplicité d'une gracieuse châtelaine, avec la splendeur des temps nouveaux et l'hospitalité des âges anciens ! Que je me reposais délicieusement des fatigues d'un long voyage, dans cette région de paix, de délicatesse et d'urbanité ! Là nulle agitation politique; on y attend avec confiance la justice de Dieu. On n'y maudit point ses ennemis, on se contente de les plaindre. Enfin là, de gré ou de force, il faut être bon ; et on l'est.
Le soir , à souper , Son Altesse Royale Madame porta la santé de son auguste fils , né le 29 septembre, sous les auspices de l'archange qui terrassa l'esprit du mal. Je n'ai pas besoin de dire avec quel enthousiasme nous répondîmes à l'appel \ A table étaient le comte de Lucchesi-Palli ,
1 Les draps sont si courts et si étroits en Allemagne qu'on peut à peine s'en couvrir. Le rideau est un luxe à peu près inconnu.
- >'il est des dates d'heureux présage, il en est aussi de singulièrement funestes. Oui n'a remarqué que le jour du
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le comte et la comtesse de Metïray avec leurs deux lils , la comtesse de Quesnay , la comtesse de Pont-Bélanger, le baron et la baronne de Bouchemann , le comte et la vicomtesse de Forestier , le cbapelain du château , plusieurs gentilshommes du voisinage et moi. La soirée fut d'une gaieté charmante. Un escamoteur habile y était avec une cage pleine d'oiseaux savants. Ses petites bêtes , aussi jolies qu'étonnantes , eussent été brûlées jadis comme sorcières. On leur demanda de vouloir bien dire quel était le jour de la semaine et le quantième du mois : l'une d'elles s'approcha d'un vase plein de cartes sur lesquelles il y avait , en lettres imprimées , lundi, mardi, etc. ; le tas de cartes était énorme. L'oiseau les remue avec son bec , et il en tire mercredi : l'oiseau ne s'était pas trompé. Devant lui on place quatre cents autres cartes : celles-là portaient chacune un chiffre différent. La petite bête prend 29 : puis , courant à un paquet de billets blancs où on avait mis: janvier, février, mars, etc. ; l'oiseau s'envole avec septembre, et vient le présenter à Madame.
L'escamoteur continua. II fit choisir à Son Altesse Royale un petit carton blanc sans figures , parmi trois cents du même modèle ; et la pria d'y
cruel accident de monseigneur le duc de Bordeaux était le 28 juillet l
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tracer quelque chose au crayon pour pou voir le reconnaître entre tous. La princesse le lit. Le carton fut jeté et mêlé parmi les autres. L'oiseau , sorti île sa cage , y fouille avec son bec , cherche longtemps d'un air inquiet et pensif: puis tout à coup, joyeux , bat des ailes. Il venait de trouver la carte. C'était bien celle de Madame ; elle y avait écrit Ida.
La vie de château , à Brunnsée , est une suite continuelle de plaisirs variés. Le malin chacun déjeune dans sa chambre , et se livre à ses occupations jusqu'au dîner. Alors , à la belle saison , commencent les parties de campagne et les promenades. Des calèches à quatre chevaux sont attelées. On fait des excursions dans la montagne. On organise des chasses. La jeunesse a ses cavalcades. Tout est vie , mouvement et fêtes.
Que diraient nos pauvres chasseurs de France, qui s'évertuent un jour entier pour rapporter une caille, s'ils voyaient le gibier de Brunnsée? A une chasse, où madame la duchesse de Berry avait convié le jeune archiduc d'Autriche Albert, on fut au bois de Brillingshof '; et, dans la matinée , il y fut tué -400 lièvres , plus de 150 faisans, quelques renards , et un sac plein de perdrix '.
On ne sait ce que c'est qu'un braconnier à
■ L'aimée dernière on tua à Brunnsée, dans la saison de . basse . 6,000 pièces ilr gibier.
Brunnsée. J'ai vu des quantités de faisans fourmiller sous les jambes des villageois sans y courir le moindre risque. Pas un paysan n'en tuerait un , fût-il mourant de faim sous son toit. Il est vrai que , dans ce dernier cas , un vol ne serait pas nécessaire ; il saurait où trouver des vivres. Le château de Brunnsée est là , et la princesse est au château.
Le dimanche , il y a messe à la chapelle. Celte enceinte religieuse est décorée avec soin. On y voit des tableaux saints que Son Altesse Royale Mademoiselle a peints avec un rare talent. On y joue de l'orgue, et on chante. Une haute tribune , en face dû maitre-autel , est pour les habitants du manoir. La princesse a la sienne à part. Le peuple d'alentour est en bas. C'est tout à fait chapelle royale.
La seigneurie de Brunnsée a 14 lieues de tour et 22,000 vassaux. La féodalité existe encore en Autriche, mais elle n'est pesante que pour les seigneurs ; elle est un débarras en administration jour le gouvernement impérial; et pour le pauvre, elle est non-seulement un pouvoir sans oppression , mais une autorité tutélaire. Les seigneurs , étant responsables des impôts , payent à la place du vassal, quand ce dernier ne peut le taire. Ils sont chargés des postes , des tribunaux , des affaires municipales et de la police du pays. L'Etat n'a tout simplement qu'à encaisser les re-