Théière
l'enlisement feront honneiir à son thé. H nous renseigne sur la route ; nous n'avons plus aucune sebkha à redouter. Une ou deux fois seulement de larges flaques d'eau coupent notre chemin, mais, lorsque nous approchons, elles s'évanouissent ; c'étaient des mirages. Et la plaine monotone et sans caractère continue à s'étendre devant nous.
Vers le milieu du jour, une Ugne crénelée, d'un beau vert bleu, barre l'horizon ; c'est la palmeraie de Rabegh, petit port de mer, village de pêcheurs et d'agriculteurs, dépôt d'essence et poste de contrôle pour les automobiles.
Des deux côtés de la route, un autre village de cafés-gourbis s'est construit ; nous nous y arrêtons pour nous reposer un peu et pour nous restaurer, n'ayant pas dîné la veille. Et, à cet instant, une inquiétante alerte se produit : un individu soupçonneux, après avoir attentivement dévisagé Dinet, se met à poser des questions insidieuses ; El Hadj Sliman lui répond vivement, et un hasard heureux nous vient momentanément en aide avec la rencontre imprévue du mouezzine de la mosquée de Paris, qui revient d'El Madina et qui manifeste toute sa joie en nous reconnaissant. Mais, en partant, il dévoile naïvement l'identité de l'orientaliste Dinet à quelques questionneurs, et notre situation redevient critique devant des interrogations de plus en plus pressantes et des regards où l'hostilité commence à percer.
Notre sauvegarde est dans l'affirmation que nous sommes recommandés par le gouvernement du Hidjaz lui-même convaincu de notre sincérité, et que l'on nous attend à El Madina ; et nous remontons de suite dans notre automobile pour couper court à la discussion.
Au sortir de Rabegh, la piste s'enfonce vers le Nord-Est, traverse des petits plateaux de cailloux noirs et se rapproche bientôt des hautes montagnes appartenant à la chaîne qui, depuis la Palestine jusqu'au Yamen, suit la côte d'Arabie à une plus ou moins grande distance. A droite, de hautes dunes de sable sont plaquées par le vent marin sur le flanc des premiers contreforts du Djebel Sobah et devant nous s'ouvre un large ouadi 1, dont nous suivrons tous les détours ou les ramifications jusqu'à ce que nous ayons entièrement franchi la chaîne montagneuse.
Le paysage, qui, depuis Djedda, ne présentait aucun intérêt, prend un aspect grandiose ; de chaque côté de la vallée, des pics escarpés se détachent les uns siur les autres et se succèdent à l'infini; ils sont de couleurs variées, mais généralement sombres. Le fond de l'ouadi est tapissé de sable blanchâtre et, par endroits, parsemé de galets grisâtres. Des arbustes épineux de plusieurs espèces poussent sur les deux rives ; mais le vert de leurs feuilles minuscules est d'une