‹ Le pèlerinage à la maison sacrée d'AllahChapitre 11 sur 43 · Vallée ou torrent desséché, appelé oued en Algérie · texte numérisé non relu

Vallée ou torrent desséché, appelé oued en Algérie

couleur si éteinte, qu'elle est presque invisible et, sans la brûlure du soleU, nous aurions, à leur vue, l'impression de l'hiver.

Combien de drames affreux ensanglantèrent le sol de ce défilé à l'aspect tragique pendant des siècles, et jusqu'à ces dernières années ! Dissimulés derrière les roches des pentes abruptes, les Bédouins de la puissante tribu des Harb guettaient les caravanes de pèlerins ; ils fondaient sur elles avec la rapidité de l'éclair ; puis, après avoir dépouillé leurs victimes, ils regagnaient leurs repaires inaccessibles, d'où ils narguaient les garnisons turques chargées d'assurer la sécurité des voyageurs et le châtiment des coupables.

Aujourd'hui, ce sont seulement des bandes de petits Bédouins et Bédouines, aux yeux brillants comme des escarboucles, aux cheveux ébouriffés, au torse brun et svelte et à la taille serrée dans des pagnes de coton ou des tabliers en lanières de cuir, qui surgissent de tous les ravins et qui fondent sur notre automobile en bondissant comme des cabris et en s'égosillant pour réclamer des bakhchihces avec toutes les flatteries et tous les souhaits pour les futurs pèlerins que nous sommes; et, devant nous, picorent sur la piste des centaines de pigeons, de tourterelles et de perdreaux, qui ne s'envolent qu'au moment où ils seraient écrasés. Quant aux corbeaux à queue courte et aux vautours blancs à bec jaune, dont la nourriture se trouve sur les bords de la route,

c'est-à-dire sur les innombrables cadavres de chameaux qui la jalonnent, ils nous regardent passer sans bouger et sans manifester la moindre défiance. C'est qu'ici les oiseaux savent qu'ils n'ont rien à redouter de l'injustice des hommes.

Nous arrivons de nuit à la station d'El Mesadjid, poste de contrôle pour les automobiles ; nous y couchons sur des Uts de cordages en forme de bancs, que l'on trouve dans tous les cafés du Hidjaz ; mais, en dépit de notre fatigue, le sommeil ferme difficilement nos paupières, car nous sonunes à la veille de l'un des plus grands jours de notre existence.

Le lendemain, dès l'aube, nous reprenons notre route dans la vallée toute embrumée par les fumées qui s'élèvent d'un immense camp de pèlerins voyageant en caravane. Les montagnes semblent plus basses car, insensiblement, nous nous sommes élevés de six cents mètres environ ; les pics sont plus espacés, on sent l'approche d'un changement de décor. Nous nous engageons sur un plateau de Harra ^ aux cailloux noirs et luisants comme de l'anthracite, et, tout à coup, au-dessus d'un chemin à marches grossièrement taillées, nous apercevons dans le lointain une coupole d'un vert éclatant, surmontée d'un croissant d'or étincelant et encadrée de blancs minarets, qui jaillissent vers le ciel du sein d'une ville

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