‹ Le pèlerinage à la maison sacrée d'AllahChapitre 20 sur 43 · La sira, c'est-à-dire l'épopée du Prophète · texte numérisé non relu

La sira, c'est-à-dire l'épopée du Prophète

début, l'arrivée par Kouba située au Sud-Ouest de la ville.

Quant à la ville elle-même, elle frappe les regards par un mélange d'activité, de richesses et de ruines. La Menakha, cette longue et large place où l'on fait accroupir les chameaux, est extrêmement pittoresque, avec toutes ses caravanes arrivant du Hidjaz et du Nedjed, et certaines rues commerçantes étroites et obscures présentent un coup d'œil étonnant, avec leurs maisons construites en pierres basaltiques, leurs moucharabiehs surplombants, leurs boutiques remplies de tapis et d'étoffes aux plus vives couleurs, et les foules variées qui s'y pressent et qui, tout à coup, passant dans un rais de soleil, produisent l'effet d'apparitions.

Mais laissons le côté pittoresque qui doit être négligé lorsqu'il s'agit d'une Ville Sacrée et apitoyons-nous sur un désastre immérité. Près de la porte de la ville par laquelle nous sommes arrivés, s'élève une vaste et solide construction : c'est la gare du chemin de fer de Damas à El Madina. De l'autre côté de ce bâtiment, des hangars aux toits éventrés, des locomotives rouillées attristent les regards ; ce sont là les traces de la Guerre Mondiale dans le Territoire Sacré !

Ce chemin de fer du Hidjaz qui ravitaillait El Madina avait apporté à cette ville une prospérité jusqu'alors inconnue ; sa population s'était élevée à 75 000 habitants, d'après le dire de notre hôte

et, en ce jour, e]le serait retombée à 25.000 âmes environ. Nous n'affirmons pas l'exactitude de ces chiffres, que nous n'avons pu contrôler, mais ce que nous affirmons, ce sont les désastres visibles dans la quantité de maisons récemment tombées en ruines ou dont la construction a dû être abandonnée. Ce sont là les résultats indiscutables de la destruction de la voie ferrée.

L'auteur de cette œuvre de Vandales est le fameux colonel L***. Combien désagréable est la lecture du livre dans lequel il se vante de ses exploits ^ ! Assurément, il rendit quelques services à la cause des alliés et il fit preuve d'une incontestable énergie. Mais il y eut dans ces régions des troupes françaises qui rendirent encore plus de services à la cause des alliés et dont, pour des raisons diplomatiques, on a tu les exploits. Nous connaissons des officiers et des soldats de l'armée française qui, étant musulmans, pénétrèrent et luttèrent dans des régions que traverse le chemin de fer et où le fameux colonel n'avait pas pu s'aventurer. Ce qu'il y a de plus agaçant, ce sont les exagérations de cet officier britannique jouant au « Bonaparte en Orient » ; ce sont les proclamations et les promesses dénuées de toute sincérité qu'il fait aux malheureux Arabes pour les jeter sur leurs frères et sur les Turcs, ce à quoi il réussit avec l'aide encore plus

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