‹ Le pèlerinage à la maison sacrée d'AllahChapitre 21 sur 43 · Colonel Lawrence, La révolte dans le désert · texte numérisé non relu

Colonel Lawrence, La révolte dans le désert

efiScace de la « Cavalerie de Saint-Georges ».

Mais le mal est fait et il en est bien l'auteur ; c'est bien lui qui a fait sauter les ouvrages d'art de ce chemin de fer si utile à la civilisation. Sur ce point, son livre est exact.

Quel énorme trafic ce chemin de fer réahserait de nos jours, entre leHidjaz(si difiScilement ravitaillé par ses ports inhospitaliers de Yanbô et de Djedda), et la Syrie, par laquelle passent maintenant tous les pèlerins des riches régions du centre de l'Asie ! Damas a perdu presque autant qu'El Madina à sa disparition.

Revivra-t-il un jour pour donner satisfaction à tant d'intérêts? Espérons-le, quoique l'on nous ait laissé entendre à Bejnrouth que la nation à laquelle appartient son destructeur verrait de mauvais œil sa résurrection.

Voilà les doléances que nous confiaient nos amis d'El Madina, gens extrêmement comtois et distingués, d'une élégance rajBfinée dans leurs vêtements, et d'une propreté méticuleuse, avec leur linge irréprochablement blanchi et repassé.

Dans l'intérieur, ils portent souvent une minuscule chéchia blanche qui recouvrirait tout juste la tonsure d'un ecclésiastique : on se demande comment elle tient sur le sommet de la tête ; elle est toujours fortement repassée et forme des plis aussi nets et aussi soigneusement conservés que ceux des pantalons des gentlemen les plus élégants. Cette chéchia est également à la mode à

Djedda et à Mekka, et très en faveur chez les Javanais.

La coiffure que les mezouars d'El Madina et les methouafs de Mekka portent dans les mosquées est très seyante ; elle se compose d'une calotte en paiUe tressée, décorée avec des soies de différentes couleurs et entourée d'un turban blanc très serré, qui en laisse le fond découvert.

La coiffure des Bédouins et des Arabes du Medjed est la coiffure classique de tous les Arabes d'Orient : c'est le keffié ou grand foulard à trois pointes, l'une tombant dans le dos et les deux autres, de chaque côté de la poitrine. Il est retenu sur la tête par Vaquai, grosse corde noire en poil de chèvre ou de chameau, unie ou formant les charnières d'une sorte de pentagone dont les côtés sont rendus rigides par du fil d'or enroulés et fortement serrés. Cette dernière coiffure est, au point de vue esthétique, une des plus belles que l'homme ait jamais inventées.

La nourriture ressemble à celle de tous les pays du Proche-Orient ; un plat de riz que l'on mélange avec la sauce des autres plats est toujours servi en même temps, comme le sont les ponunes de terre dans la cuisine britannique. Les deux plats que nous avons le plus apprécié sont : les ragoûts aux hamias^ qui, au Hidjaz, sont supérieurs aux bamias des autres pays, et le

1. Bamia ou gombo, légume à gousse hexagonale, connu sous le nom de guenaouîa ou de meloukîa en Algérie.

mouton farci et servi tout entier, différent de notre méchoui algérien, mais non moins succulent. Quant au café, il a été presque entièrement remplacé par la mode du chaï (thé) noir ou vert, dont on boit des verres innombrables.

Après ime semaine passée à El Médina El Menouora, il nous faut songer au départ ; mais, auparavant, nous tenons à présenter nos hommages à l'émir Abd El Aziz Ben Ibrahim, gouverneur de la ville, et nous nous rendons à ime de ses audiences.

Nous le trouvons assis sur un fauteuil élevé, mais sans aucun ornement, dans l'angle d'une grande salle dont les divans sont occupés par des notables et par des soldats de sa garde nedjdie, armée de fusils à répétition ou de sabres à fom:reaux d'argent. H porte le costume arabe le plus simple et, dans son allure et ses gestes, il est d'une dignité impressionnante ; il rend la justice et, devant nous, il ordonne la mise en liberté d'un pauvre nègre injustement emprisonné sur une plainte de son maître. Il nous fait asseoir à ses côtés, cause quelques instants avec nous de la manière la plus affable et nous offre un verre de thé. Nous prenons ensuite congé de lui pour préparer notre départ.

Nous faisons nos adieux à nos hôtes, dont nous conserverons un si excellent souvenir i, et, suivis

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