‹ Le pèlerinage à la maison sacrée d'AllahChapitre 27 sur 43 · Maison de l'Assemblée des Notables · texte numérisé non relu

Maison de l'Assemblée des Notables

« O Allah ! J'implore Ton Secours contre le doute, le polythéisme, l'hypocrisie et les mauvaises pensées. O Allah, je suis Ton Adorateur et le fils de Ton Adorateur, et je viens à Toi chargé de péchés sans nombre ; ô Allah, pour les péchés qui Te regardent, pardonne-les-moi et pour ceux qui regardent Tes Adorateurs, décharge-moi de leur fardeau ! »

Certaines de ces invocations sont prononcées à un endroit déterminé du thouaf ; ainsi celle où le pèlerin implore d'AJlah un breuvage de la coupe de Son Prophète, est prononcée en face du mizab ou gouttière d'or qui sort de la terrasse du côté Nord de la Kâaba.

Chaque fois que le pèlerin passe devant la pierre grise encastrée dans l'angle Yamani, au Sud-Ouest, et devant la Pierre Noire encastrée dans l'angle Sud-Est, il salue en étendant les mains vers elles d'un geste rapide et en s'écriant : « Au nom d'Allah ! Allah est le plus grand ! O Notre Seigneur, accorde-nous Tes Bienfaits dans ce monde et Tes Bienfaits dans l'autre monde, et préserve-nous des tortures du feu. »

La foule étant encore trop dense autour de la Pierre Noire, lorsque nous terminons les sept circuits, nous ne pouvons l'approcher pour la baiser et nous remettons cet acte au lendemain.

Nous sommes conduits par notre methouaf au

petit édifice du Miquam Ibrahim ^ et nous récitons une prière à côté de lui, mais tournés vers la Kâaba, puis nous disons : « O AjQah, Tu as appelé Tes Adorateurs auprès de Ta Maison Sacrée et je suis venu obéissant à Ton Ordre. O Allah, pardonne-moi et pardonne à mes parents ; sois Mésiricordieux envers eux qui m'ont élevé lorsque j'étais petit, et pardonne à tous les Musulmans et à toutes les Musulmanes morts ou vivants. »

Enfin nous avançons vers le moultazem, c'est-à-dire vers la partie du temple qui est comprise entre la Pierre Noire et la porte de la Kâaba, pour dire : « O Seigneur de cette Maison Antique, préserve nos âmes'* et les âmes de nos pères, de nos mères, de nos frères et de nos enfants des tourments du feu. O Allah ! je suis debout au-dessous de Ta Porte, attaché à Ton Seuil ; j'espère en Ta Miséricorde et je redoute Tes Châtiments ! »

De même que pour les salutations d'El Madina, nous ne traduisons que les principales des invocations récitées autour de la Kâaba. Et l'impossibilité de trouver des mots français rendant exactement les mots arabes enlève à notre

1. Dans ce petit édifice, est conservée la pierre sur laquelle Ibrahim se tenait lorsqu'il construisit la Kâaba. Cette pierre est renfermée dans un châssis recouvert d'une étofie de soie brodée en or et en argent, que l'on aperçoit à travers la grille du miquam.

2. Littéralement « nos cous ». Le mot arabe reqba (cou) est souvent employé dans des cas où le mot « âme » est employé en français.

traduction une grande partie de la beauté et même du sens véritable de ces invocations qui jaillissent du cœur des pèlerins. Et que dire de leur harmonie et de leur rythme, dans la bouche de nos methouafs l Une griserie extatique s'empare de nous, lorsque nous les récitons en tournant autour du temple ; nous perdons conscience des choses de ce monde et nous ne saurions à quel moment nous arrêter, si notre methouaf n'avait compté les sept circuits obligatoires.

Le lecteur européen trouvera peut-être cette traduction un peu longue et monotone avec ses répétitions, bien qu'en réalité elle soit abrégée. Si nous avons tenu à lui donner cette importance, c'est pour prouver que, contrairement à l'opinion des Orientalistes, il n'y a pas la moindre trace de fétichisme dans les rites pratiqués autour de la Kâaba ; c'est toujours Allah seul que l'on implore, jamais la Pierre Noire ou la Kâaba. Ce temple n'est que le point central où viennent se réunir les prières de trois cent millions de fidèles, pour parvenir ainsi gerbées à Celui en dehors de qui il n 'est pas de Dieu. Et cette idée de direction unique et de réunion en une seule gerbe de toutes les prières imprime à la prière de chacun des croyants une ferveur et une force incomparables.

Quant à la Pierre Noire, comme nous venons de le voir, elle sert à indiquer le point de départ et le point final des circuits rituels. EUe est de

plus un souvenir des ancêtres des Arabes, Ibrahim (Abraham) et Ismâïl, qui la placèrent à cet endroit lorsqu'ils élevèrent ce temple au Dieu Unique. C'est pour cette raison que le Prophète la conserva dans les rites du pèlerinage.

D'après Ibn Abi Cheïba et Aïssa ben Thaiah, le Prophète, debout devant la Pierre Noire, lui dit : « Assurément, je sais que tu n'es qu'une pierre sans pouvoir de nuire ou de servir ! » puis il la baisa ^. Alors Abou Bakr, puis Omar dirent chacun à leur tour : « Je sais que tu n'es qu'une pierre sans pouvoir de nuire ou de servir et je ne te baiserais pas si je n'avais vu le Prophète te baiser », puis ils la baisèrent.

Nous reconnaissons toutefois que, chez des pèlerins ignorants, la vénération pour la Pierre Noire est souvent poussée à un degré qui la rapproche de la superstition. Mais ce qui différencie essentiellement l'attitude de ces pèlerins de celle des véritables fétichistes devant leurs idoles, c'est que jamais ils n'invoquent la Pierre Noire; c'est exclusivement le Dieu Unique qu'ils prient lorsqu'ils la baisent en sanglotant de remords pour leurs péchés.

Chez les Musulmans éclairés, la vénération pour la Pierre Noire est absolument pure de toute idée superstitieuse. Voici l'intéressante opinion de l'un d'eux : « La PieiTe Noire, dit-il,

1. Mohammed El Batanoxjni, Er Rihalat'El Hidjazia, note cie la page 132.

est l'objet d'une grande vénération chez les Musulmans, mais seulement comme symbole de la puissance divine. C'est pour cela que les Musulmans la saluent et la baisent avec tant de respect et d'honneur. Elle est en cela semblable au drapeau de la patrie qui n'est pas honoré coname morceau d'étoffe fixée sur un morceau de bois, mais comme symbole de la puissance de la patrie et de son roi. Et c'est pour cette raison que les armées lui témoignent tant d'obéissance et d'enthousiasme i. »

Notre thouaf terminé, nous nous rendons au puits de Zemzem recouvert d'un élégant édifice, tout proche de la Kâaba.

Un Zemzemi ^ nous verse de l'eau de ce célèbre puits dans ime grande coupe en métal et nous buvons avec une réelle satisfaction religieuse et physique, car les sept circuits rituels au miKeu de la foule et la récitation des invocations nous avaient assoiffés. Burton exagère vraiment, lorsqu'il qualifie l'eau de Zemzem de « Uquide nauséabond ». EUe est piure et elle nous a paru à peine saumâtre, moins que l'eau de Vichy, par exemple.

Nos observations au sujet de la Pierre Noire s'appliquent au puits de Zemzem, souvenir de l'Ancêtre des Arabes, Ismâïl (que cette source sauva de la mort de soif dans le désert) et cause

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