‹ Le pèlerinage à la maison sacrée d'AllahChapitre 31 sur 43 · Voir page · texte numérisé non relu

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de nouveau. Notre dogme est le pur dogme qui découle du Livre d'Allah et de la Loi de Son Prophète. Nous vénérons les quatre rites et nous ne faisons aucune différence entre les rites malékite, chafaïte, hanbalite et hanéfite ; ils sont tous imis ensemble à nos yeux.

«Voilà le dogme que soutint le cheikh de l'Islam Mohamed Ben Abd El Wahab ; il est basé sur la doctrine de l'unité d'Allah Puissant et Majestueux, dégagée de toute erreur, pure de toute hérésie ; c'est donc au dogme de l'unité que nous convions tous les croyants ; c'est lui qui nous sauvegarde depuis que nous le pratiquons. Et les prétendues nouveautés, dont nous accusent certains perturbateurs, ne nous ont jamais éloignés des joies de la fraternité musulmane.

« Les Musulmans n'ont pas besoin de réformes nouvelles ; ils seront heureux dans ce monde et dans l'autre s'ils demeurent dans la voie du Livre d'Allah et de la Loi de Son Prophète, et s'ils suivent la Parole de l'Unité absolue.

« Nous non plus, nous ne désirons pas de réformes qui nous éloigneraient de notre doctrine religieuse ; nous ne désirons que mériter, par nos actes, la satisfaction d'Allah ; et c'est Lui le seul Juge, le seul Aide.

«Ce dont les Musulmans ont besoin, ce n'est pas de réformes, c'est du retour à la pureté des principes d'autrefois. Us se sont écartés de la voie d'Allah et plongés dans les iniquités et les péchés;

Allah les a abandonnés et ils sont tombés dans l'avilissement et le mépris avec la perte de leur puissance.

«Je n'étais rien et, aujourd'hui, je gouverne des pays très éloignés les uns des autres. Au Nord, la limite de mon royaume atteint l'Iraq et le pays de Syrie ; au Sud, le Yamen ; à l'Ouest, la Mer Rouge; à l'Est, le golfe Persique. Or, pour conquérir tout cet empire, je ne possédais aucune ressource, si ce n'est la force de la foi, la force du dogme de l'Unité. Je ne possédais rien des ressources de ce monde ni des forces de l'humanité et les ennemis me pressaient de toutes parts. Mais par la grâce et l'aide d'Allah, j'ai vaincu mes ennemis et conquis leur pays.

« La cause de nos malheurs vient de nousmêmes et non des étrangers.

« Par Allah I Je ne redoute pas les étrangers autant que je redoute les Musulmans : un étranger arrive dans un pays peuplé de centaines de mille et même de millions de Musulmans et, bien qu'il soit seul, il triomphe en toutes choses. Peuton concevoir qu'un homme seul soit capable de triompher de millions d'autres honunes s'il ne trouve pas, parmi ces millions de Musulmans, des aides et des complices ? Non et non. Or, ces aides et ces comphces, ce sont eux qui sont la cause de tous nos maux ; ils sont les ennemis d'euxmêmes. Le blâme doit retomber sur eux et non sur les étrangers. Un bâtiment solide n'a rien à

redouter des démolisseurs s'il ne se produit pas, dans ses murs, une fissure par laquelle pénétrera la pioche.

De même pour les Musulmans, s'ils étaient fermement unis, il ne serait possible à personne de percer leurs rangs et de les diviser par des paroles. Dans le pays même des Arabes, il y a des individus qui aident l'étranger contre la péninsule arabique ; mais, si le veut Allah, cela ne durera pas, car nos artères battent encore dans notre poitrine.

« Les maux dont souffrent les Musulmans proviennent surtout du fait de certains princes ou rois qui ne songent qu'à leurs intérêts personnels et qui, pour les satisfaire, foulent aux pieds tout ce qu'ils rencontrent sur leur route. Us thésaurisent l'or et l'argent ; ils dorment sur des lits moelleux ; ils ne pensent qu'à eux-mêmes et ils oublient Allah !

« Les Musulmans retrouveront leur prospérité s'ils s'unissent ensemble dans la voie de l'unité parfaite. Le jour où ils le feront, j'irai au-devant d'eux et je marcherai avec eux côte à côte dans toutes leurs actions. Par Celui en dehors de qui il n'y a pas de dieu ! je n'ambitionne ni la fortune ni la royauté ; l'éclat du trône ne m'éblouit pas ; je ne recherche que la satisfaction d'Allah ; je fais appel à Lui dans son unité pour qu'il unisse tous les Musulmans ensemble, et, alors, je marcherai avec eux non conmie un roi, un prétendant ou

un émir, mais comme un serviteur ; je marcherai avec eux, moi et ma famille, mon armée et tous les fils de mon goum ! Allah est témoin de mes paroles et H est le meilleur des témoins I »

Ce discours, prononcé sur un ton calme et ferme et accompagné de gestes sobres et précis ^ et résumant avec tant de justesse la situation présente de l'Islam, est écouté par l'assistance avec im silence religieux ; il en est de même de l'éloquente réponse d'un lettré égyptien^. Puis chacun se lève pour présenter ses hommages au malik et prendre congé de lui.

Nous partons dans une camionnette, en compagnie d'El Hadj Hamdi, l'aimable agent consulaire de la France à Mekka, et de quelques autres convives algériens; Et toutes les automobiles ou camionnettes, ramenantles invités en même temps, soulèvent un tel tourbillon de poussière que nous sommes aveuglés et pensons suffoquer.

Le lendemain matin, nous allons rendre visite à l'émir Chekib Arslane, que nous avions rencontré au dîner et qui est l'hôte de Son Excellence Fouad Hamza, ministre des Affaires étrangères, et nous sommes saisis d'admiration devant

1. Un de ses gestes favoris consiste à pointer en avant, vers le public, ses deux index réunis, puis à les séparer. Ce geste symbolise évidemment l'union, qu'il désire, puis la désunion, qu'il déplore.

2. Autre différence avec les discours des banquets européens ; Jamais les Arabes n'applaudissent un discours ; l'applaudissement ne sert qu'à rsiJuner le cbant ou la danse.

l'énergie de ce lioble vieillard, de cet illustre savant, infatigable combattant par la plume et la parole pour la défense de l'Islam et de la langue arabe, dont il est un prince incontesté. H avait passé l'hiver à Lausanne où, cette année, le thermomètre était descendu à trente degrés au-dessous de zéro, et nous le retrouvons à Mekka venu pour accomplir son devoir du pèlerinage et affrontant une température de cinquante degrés au-dessus de zéro à l'ombre !

Autour de lui, une élite de Musulmans se pressent, avides de recueillir ses paroles et ses leçons. Quelle reconnaissance lui devons-nous, à lui et à ses disciples et à tant d'autres habitants de Mekka qui nous ont accueillis comme si nous faisions partie de leur famille. Quelle admirable famille que celle de l'Islam en temps de pèlerinage !

Arrivée des pèlerins algériens à Mekka. — Les pèlerins de Tunisie, puis ceux d'Algérie viennent enfin d'arriver à Mekka, assez mécontents d'être les derniers et de n'avoir pas suffisamment de temps pour se reposer des épreuves de leur voyage en mer avant le départ pour la très fatigante cérémonie d'Arafat.

Ils manifestent la joie la plus touchante, en nous retrouvant dans le Territoire Sacré, dont nous avions si souvent parlé ensemble et que nous entrevoyions comme dans un rêve lointain, aujourd'hui réalisé.

D y a parmi eux des habitants de Bou Sâada ; ils fréquentent le même endroit du temple que nous à la prière du moghreb, et, sachant que nous devons rentrer avant eux dans notre pays, ils nous chargent de commissions pour leurs familles.

Préparatifs de départ pour Arafat. — Le jour du départ pour Arafat approche. Dans toutes les rues, les chamehers préparent ou réparent les cheqdefs. Nous donnons nos instructions à notre methouaf qui doit tout nous fournir : chameaux, cheqdefs, tente, nourriture, chameher et serviteur. La ville commence à se vider de ses pèlerins et de ses habitants, et nous devons partir dans la soirée. En attendant, nous allons accompUr notre thouaf journaher autour de la Kâaba dont tout le bas, jusqu'à une hauteur de trois mètres environ, a été recouvert d'une draperie blanche.

« Me voici tout à Toi, ô Allah 1 Tout à Toi ! Tu n'as point d'associé ! »

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