‹ Le pèlerinage à la maison sacrée d'AllahChapitre 35 sur 43 · Djemarates ou Cheïtanes, même observation que plus haut · texte numérisé non relu

Djemarates ou Cheïtanes, même observation que plus haut

De là, nous nous dirigeons, un peu émus, vers l'endroit que les Islamophobes appellent « le charnier de Mina » et décrivent comme une effroyable montagne de charognes sanglantes en putréfaction, envoyant les germes de toutes les épidémies aux quatre coins du monde. Et nous nous préparons à un horrifique spectacle.

En réalité, nous trouvons un vaste espace enclos de fils de fer, servant à la fois de marché et d'abattoir destinés à fournir la viande de boucherie nécessaire pour deux cent mille pèlerins en un jour de fête.

Nous achetons les moutons que nous devons sacrifier et nous sommes entourés de pèlerins qui nous demandent de les leur céder après le sacrifice. Nous y consentons, et les animaux abattus sont immédiatement emportés par eux pom* en partager ou en vendre la chair. Et il en est ainsi pour tous les animaux sacrifiés. H est dit dans le Corane : « Lorsqu'ils seront abattus, mangez de leur chair et nourrissez-en ceux qui se contentent (de ce qu'on leur donne, c'est-à-dire les pauvres) et ceux qui vous en demandent. » — « Ni leur chair ni leur sang ne parviennent à Allah ; mais c'est votre piété qui lui parvient. » {El Corane, XXII, 37-38.)

Seuls, quelques animaux dont la chair est impropre à la consommation sont dépouillés de leur peau et jetés avec les viscères des autres victimes dans des fosses qui sont recouvertes

de sable et arrosées avec des désinfectants. Contrairement au récit de Burton, nous n'avons senti aucune mauvaise odeur pendant les trois jours passés à Mina. H est vrai qu'au point de vue de l'hygiène d'énormes progrès ont été réalisés par l'administration prévoyante d'Ibn Sâoud. Des automobiles arroseuses circulaient en répandant des désinfectants sur les routes ; un hôpital, auquel un service d'ambulance très bien organisé amenait les malades et les mourants, était installé dans le village de Mina. Aucun cas de maladie épidémique ou simplement contagieuse ne fut constaté. Seule, la dysenterie et l'insolation firent des victimes, au nombre de 241, paraîtil, sur 200 000 pèlerins \ chiffre relativement faible, si l'on tient compte de la débilité de beaucoup d'entre eux, de leurs extrêmes fatigues et surtout de la virulence du soleil d'Arafat. Là encore, nous assistons à un admirable miracle de la foi : sans elle, ce ne serait pas 241 morts, mais 100 000 que l'on amrait à déplorer.

La légende du charnier de Mina tant exploitée contre l'Islam doit donc disparaître ^.

1. Ce sont les chiffres officiels qui nous ont été donnés à Mekka. Ds comprennent plus de 90 000 pèlerins arrivés par la voie de mer, ceux qui sont arrivés par la voie de terre en nombre considérable, les habitants de Mekka et la troupe de soldats du Nedjed, amenée à Arafat par le malik Ibn Sâoud.

2. Reste la pitié que les Islamophobes manifestent en faveur de ces milliers de victimes des sacrifices : brebis et moutons innocents. Mais nous leur ferons remarquer que, chez eux, en Occident, autant de moutons innocents sont égorgés chaque

Quant à la raison du sacrifice, eUe est dans l'imitation du sacrifice d'Ibrahim qui, suivant la tradition arabe, eut lieu à Mina i. Pendant chacune des deux journées et la matinée du troisième jour passés à Mina, nous lapidons les trois cheïtanes, dont l'un, le grand, est à l'entrée du village, le second au milieu et le troisième à la fin. Et, au retour, nous avons le droit de quitter

jour de l'année qu'il en est égorgé dans l'Islam en ce seul jour de l'année.

Les trois quarts des moutons élevés au Moghreb par les nomades musulmans sont abattus et mangés en Europe. Si donc la race ovine pouvait exprimer son opinion, elle manifesterait beaucoup plus d'horreur pour les abattoirs de la Villette et autres lieux similaires de carnage quotidien que pour Mina où, pendant trois cent cinquante jours de l'année lunaire, aucune goutte de son sang n'est versée. Et les oies et les dindes n'ont-elles pas aussi le droit de maudire la façon dont les Occidentaux célèbrent certaines fêtes en leur coupant le cou par milliers ?

1. Des Orientalistes qui se vantent d'avoir détruit la légende d'Ibrahim dans ses rapports avec l'histoire du pèlerinage et de la ville de Mekka, hausseront les épaules en nous voyant l'adopter. Mais nous haussons les épaules, à notre tour, devant les invraisemblables fantaisies dénuées de toute base scientifique avec lesquelles ces Orientalistes prétendent remplacer une légende qui s'applique merveilleusement à cette histoire et à ce pèlerinage et qui, seule peut expliquer l'existence d'un monothéisme ni mosaïque ni chrétien en Arabie et même au Moghreb avant l'Islam.

La légende des prophètes Ibrahim, Houd, Salih, Khaled ben Sinane, etc., est aussi respectable et vraisemblable que celle de l'Abraham et des autres prophètes de la Bible.

Le tombeau réel ou légendaire de Khaled ben Sinane, qui avait converti l'Aurès et les régions environnantes, se trouve près de Bou Sâada. La fameuse Kahena n'était pas juive de la loi de Moïse ; elle était monothéiste de la loi d'Ibrahim et, dans toute l'Afrique du Nord, on trouve des traces innombrables de ce monothéisme ibrahimique.

nos ihrams du grand pèlerinage ; nous rentrons dans l'état de halal ; nous nous faisons raser et nous reprenons nos vêtements et nos chaussures ordinaires.

Le troisième jour, nous partons de bonne heure pour éviter le gros de l'encombrement des pèlerins. Nous abandonnons nos cheqdefs, nos chameaux et notre chamelier qui nous rapporteront nos affaires, puis, ayant traversé à pied le village de Mina, nous montons dans une araba peu confortable mais plus pratique au milieu de la foule et des rues étroites de Mekka.

Le Djebel En Nour. — Nous pouvons ainsi voir en plein jour le pays que nous avions traversé la nuit. Ce sont toujours, à droite et à gauche d'une vallée qui s'élargit et se rétrécit tour à tour, des montagnes aux roches aiguës, noires comme de la suie, avec des traînées grisâtres du ton de la cendre.

Au milieu d'un cirque qui s'ouvre à notre droite, se dresse un pic étrange, conique, dont la partie supérieure est formée par un rocher colossal ; c'est le Djebel En Nour, c'est-à-dire la montagne de la lumière, dans les flancs de laquelle se trouve la grotte de Hira, où le Prophète passa une quinzaine d'années en contemplation et en méditations. C'est là qu'une nuit, Leilefel el Quadri (la nuit du destin), descendit sur lui la première révélation, avec les premiers versets du Corane^ révélation qui le plongea dans une atroce an-

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goisse ; il courut à Mekka se réfugier dans le sein de Khadidja, sa noble épouse, en s'écriant : « Couvrez-moi, couvrez-moi ! » Il se crut en proie à une hallucination semblable à celle des devins, dont il avait horreur. Mais une seconde révélation, à Hira, vint lever ses doutes avec ces versets : « O toi, l'Enveloppé dans ton manteau ! Lève-toi et prêche ! » {El Corane, LXXIV, 1 et 2.)

Le fulgurant éclair de la révélation, qui illumina et bouleversa le monde, a jailli du flanc de cette montagne de la lumière, et il semble, en même temps, avoir embrasé, dans un formidable incendie, tout le paysage qui l'entoure et qui, maintenant, recouvert d'une couche de charbons, de cendres et de suie, ne peut plus s'enflammer sous les feux du soleil le plus ardent, ni s'éclairer sous les plus flamboyants rayons.

Mais, entre ces gigantesques amoncellements de cendres et de charbons éteints, s'écoule un fleuve de deux cent mille pèlerins, et tout le fond de la vallée devient resplendissant, car les vagues de ce fleuve réfléchissent les deux lumières les plus éblouissantes de la création, celle du soleil tropical frappant directement les corps, et celle de la foi rayonnant du fond des cœurs.

« Lorsque vous revenez d'Arafat, souvenez-vous d'Allah, auprès du Monument Sacré. »

{El Corane, II, 194).

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