Plaine des environs de Bou-Sâada
ce terrain sont formidables, à tel point qu'un des pneus s'étant détaché, nous ne nous en apercevons que longtemps après. En effet, étant retournés à pied, fort loin en arrière, à sa recherche, nous ne pouvons le retrouver.
Par bonheur, nous en possédons un de rechange, et Mohammed se met à le fixer. Il est midi, le soleil au Zénith darde ses rayons perpendiculaires, et la besogne est rude. Tout à coup, pendant que notre Javanais pompe avec ardeur, nous voyons ses mains se raidir, sa figure se convulser et ses yeux se troubler. Nous comprenons qu'il va tomber en syncope et nous nous précipitons pour le soutenir et pour lui tendre notre sac à eau. Mohammed boit à longs traits et revient à lui. Mais il était temps ; le pauvre Javanais, habitué au climat humide de sa patrie, n'est guère apte à supporter la soif par la chaleur desséchante du désert, et, désormais, nous veillerons à ce qu'il ne soit plus exposé à une pareille épreuve.
Que fût-il advenu de nous, si l'insolation, qui commençait, avait achevé son œuvre ? Nous ne savions conduire ni l'un ni l'autre ; nous étions trop éloignés du camp des Bédouins et de la véritable route pour les rejoindre à piedet, nulle part, nous n'apercevions sur le sable la moindre trace d'hommes ou d'animaux domestiques. Mais le pneu est enfin fixé et gonflé ; nous repartons et, sans autre incident, nous rejoignons la véritable route, reconnaissable aux milliers de sillons creu-
ses par les roues des automobiles dans le sable ou dans la boue des sebkhas ^.
Après la prière de VAser ^, nous nous arrêtons un instant dans une de ces agglomérations de cafés-gourbis, qui jalonnent la route et qui se sont établis auprès des puits depuis que la sécurité est assurée. Ces cafés-gourbis, construits en briques crues avec une toiture épaisse d'herbes ou de palmes, soutenue par des colonnes de bois, sont généralement frais (grâce à l'air qui y circule par deux côtés ouverts) et assez bien approvisionnés. Nous prenons rapidement un peu de nourriture, nous achetons quelques pastèques et nous repartons cherchant à rattraper le temps perdu.
Le soleil se couche derrière l'horizon violacé d'une immense sehkha que l'on ne peut tourner, car elle s'étend du pied des montagnes, à l'Est, jusqu'à la mer, à l'Ouest. Nous nous y engageons en cherchant, parmi les pistes qui la sillonnent sur plusieurs kilomètres de large, celle qui nous paraît la plus sûre. Au début, notre Javanais s'en tire victorieusement. Mais la nuit tombe ; il nous reste encore à franchir une nappe d'eau et de boue et, dans la dernière des flaques, les roues d'arrière de l'automobile s'enlisent si profondément qu'il est impossible de la faire bouger, malgré tous nos efforts et l'aide d'un chauffeur arabe, lequel se