Ibid
4. Le^P. du Vivier écrivait au R. P. Général, le 14 décembre 1660; « Paucissimi sunt qui vellent grave hoc et tœdio plénum sed ecclesiœ perutile munus suscîpere. »
5. Ibid,: ^ In insulis prœdictis (Martinicœ, sanctichristophori,Guadelupœ et sancti Dominici) numerantur 5.000 nigritœ, quos instituimus ad receptionem baptismi, vel baptismo ablutos sanctis moribus informa mu s ».
Le P. AnL Lavalette à la Martinique.
nègres et des Caraïbes en particulier,' et sur la Mission des Antilles en général. Il a pour titre : Mémoire concernant la Mission des Pères de la Compagnie de Jésus dans les îles françaises de l'Amérique. Il fut adressé au général Michel- Ange Tamburini par le P. Pierre Gombaud, vers la fin de septembre 1707. Ce Père, arrivé aux îles en 1681, fut d'abord missionnaire à Saint- Vincent, puis supérieur général de 1693 à 1720. Personne ne connaissait mieux que lui cette Mission qu'il gouverna jusqu'à sa mort ^. ' A cause de l'intérêt qui s'attache à ce Mémoire^ nous en donnons ici un long extrait.
« Nous distinguons, dit le P. Gombaud, les Noirs en deux classes. Dans la première, sont ceux que nous nommons Ercols, parce qu'ils sont originaires des îles ; dans la deuxième, sont les Dandas, ainsi appelés parce qu'ils sont apportés de leur terre natale dans la nôtre.
« Les premiers sont baptisés et élevés dans la religion, également comme le sont les enfants des Français ; et comme ordinairement ils ont de la vivacité et de la mémoire, ils apprennent aisément par cœur et retiennent le catéchisme etles cantiques, qu'ona soin, dans la plupart des habitations, de leur enseigner et de eur faire chanter tous les jours - après leurs prières. On les instruit, quand il est temps, de la manière de se confesser et des dispositions nécessaires pour communier ; ils font l'un et l'autre de temps en temps et remplissent les autres devoirs du christianisme ; il y en a plusieurs qui fréquentent les sacrements et qui le font avec piété, ceux surtout qui ne sont plus dans le feu de la jeunesse et qui sont mariés.
« A l'égard des Dandas ou étrangers, voici les moyens
i. 11 mourut le 29 novembre 4720.
— loque nous prenons pour les engager doucement à demander le baptême quand ils arrivent dans nos îles. Notre premier soin est de les mettre entre les mains d'autres Noirs qui soient de leur nation, déjà baptisés et instruits. Ces nouveaux venus, à la vue de gens qui parlent leur langue, qui, comme eux, ont été enlevés de leur pays, qui, comme eux, sont esclaves, et qui cependant paraissent joyeux et contents, à cette vue déjà leur étonnement et leur chagrin diminuent, ils s'apprivoisent peu à peu, ils écoutent volontiers leurs pays (ainsi nomment-ils les noirs de leur nation), et, sans se défier d'eux, ils écoutent ce qu'ils leur disent de la religion et insensiblement ils s'accoutument à entendre parler de Dieu.
« Ceux-ci, partie zèle, partie pour plaire aux Pères, partie charité pour leurs compatriotes, leur enseignent leurs prières, ils les conduisent à Téglise et au catéchisme, les font assister à la messe, leur font remarquer les cérémonies et tâchent de leur donner le plus d'idée qu'il leuriest possible de la religion, leur répétant souvent qu'ayant été bêtes comme eux, ils sont devenus enfants de Dieu ; ainsi, à force de les assiéger, pour ainsi dire, par leurs raisons, par leur exemple, par leurs imitations, ils les engagent à demander le baptême. Ainsi disposés, ils les amènent au Père qui a soin des Nègres. Celui-ci les ayant vus, les met entre les mains d'un des Nègres catéchistes qui, tous les dimanches et fêtes, ont soin d'enseigner dans l'église... Le Père, qui a sur le catalogue, les noms de tous les noirs et surtout des prosélytes, qui connaît leurs maîtres, les examine lui-même, les console, les caresse, et leur donne enfin le baptême quand il les trouve bien disposés et bien désireux de le recevoir. Le baptême des adultes se fait trois fois l'année avec beaucoup d'appareil.
« Jusqu'à Tannée 1704; nous avons eu des missionnaires dans Tîle Saint- Vincent, place où se sont retirés le reste des Caraïbes qui occupaient nos îles. On leur a accordé cette île, où ils vivent en repos et en liberté. Durant plus de trente ans qu'on a travaillé à les instruire, en vivant avec eux et presque comme eux, à peine en a-t-on pu convertir trente ou quarante, et il se trouve que, durant ce temps, on a baptisé plus de vingt mille noirs esclaves. La raison de cette différence vient de- ce que les Caraïbes étant libres, se trouvant dans une île où il n'y a aucun exercice de religion, n'étant sollicités que par nous, ne craignant et n'espérant rien de nous, ne pouvant se résoudre à quitter leur manière de vivre, ils ne sont nullement touchés de nos raisons, de nos menaces. Il arrive de là que tout ce qu'ils voient et entendent, les éloigne de notre religion, tout, d'autre part, les engageant à rester comme ils sont. Ou ils ne nous écoutent pas, ou, s'ils nous écoutent, c'est sans dessein de se convertir ; ou, s'ils sont tant soit peu touchés, Tindolence qui leur est naturelle, le respect humain qui est leur défaut , et la peine qu'ils ont à se faire violence, les empêcheraient de se convertir ; ou, quand ils auraient assez de courage et de raison pour vouloir être chrétiens, on aurait peine à leur donner le baptême, à moins qu'on ne fût assuré qu'ils quitteraient leur terre pour vivre parmi les Français, ce qu'on ne peut presque obtenir d'eux. Leur conversion étant par tous ces obstacles presque impossible, on a jugé à propos de les abandonner ^
1. Dans les Missions catholiques françaises au XIX^ siècle, t. VI, pp. 337 et suiv., on lit : u Des Caraïbes, ces anciens possesseurs des Antilles, il ne reste presque plus rien, si ce n'est quelques épaves réfugiés à la Dominique où ils peuvent être 150 environ, en ne comptant que ceux de race pure Ils sont silencieux et travaillent facilement sans rien dire. Ils cultivent les jardins pour avoir les provisions accoutumées du pays, c'est-à-dire le manioc, les
« Aucuns de ces obstacles extérieurs ne se trouvent parmi nos Nègres. Tout ce qu'ils voient et entendent les porte à désirer d'être chrétiens. Leur mis4re et leur esclavage contribuent à augmenter ce désir quand ils voient qu'étant chrétiens, ils sont consolés et soulagés par les Pères, aimés de leurs maîtres et égaux à eux devant Dieu. Ils font ce qu'ils peuvent pour mériter et obtenir le baptême ; de sorte que, de deux ou trois mille nègres qui arrivent chaque année dans nos îles, nous sommes assurés qu'ils seront avec le temps tous baptisés^ et qu'aucun, pour peu d'attention que l'on ait, ne mouVra sans baptême.
« La conversion et l'instruction des nègres esclaves étant proprement la fin de la Mission des îles, qui pour cet effet s'appelle Missio nigritarum^ nous nous y sommes de tout temps sérieusement et fortement appliqués, prenant un soin très particulier de ces pauvres esclaves que nous gouvernons, non seulement comme un régent gouverne ses écoliers, mais les visitant, les consolant, les reprenant, tenant registre de leurs noms, de leurs familles, de leur conduite et de tout ce qui regarde leurs intérêts spirituels et temporels, leur procurant auprès de leurs maîtres leurs petites nécessités, et grâce quand ils ont fait quelque faute.
« Notre application a produit deux biens considérables ; ]e premier j qu'à force de les instruire et de les solliciter, nous en avons fait d'assez bons chrétiens, pouvant dire
bananes, la patate douce, les ignames, les choux caraïbes ... Pour gagner le peu d'argent dont ils ont besoin, surtout pour se vêtir, ils vont travailler sur les habitations sucrières qui les avoisinent .... Ils fabriquent, avec une écorce qu'ils trouvent chez eux, des paniers appelés de leur nom : Caraïbes . Ces paniers en forme de carrés longs et séparés en deux parties entrant l'une dans l'autre, sont imperméables ... Les Caraïbes sont tous fermement catholiques ».
que la plus grande partie a de la religion, de la crainte de Dieu, de la vénération pour les églises et pour toutes les principales cérémonies, et du respect pour nous, nous appelant nos bons Pères, venant souvent des quartiers fort éloignés pour se confesser à nous, et nous donnant toutes les marques du désir qu ils ont de se sauver ; le deuxième, que par notre constance et notre zèle à les instruire, nous avons enfin comme forcé les autres religieux qui, presque jusqu'ici, les avaient négligés et abandonnés, d'en prendre un peu de soin, quoique les Français méprisent fort les noirs et les traitent avec beaucoup de dureté. Cependant on peut dire qu'il n'y en a point ou très peu qui ne soient très contents de les voir baptisés et instruits, qui ne prennent quelquefois ce soin eux-mêmes et qui ne commettent ou leurs enfants ou leurs domestiques pour les enseigner et les obliger à prier Dieu
« L'exposition que je viens de faire des pratiques que nous gardons à la Martinique à l'égard des esclaves, s'observe avec la même régularité et le même zèle à la Guadeloupe, à Cayenne et à Saint-Domingue.
« Ce qui est particulier dans ces deux dernières missions, c'est qu'à Saint-Domingue, où nous sommes établis seulement depuis six ans, en la place des Pères capucins qui s'en étaient retirés, n'ayant pas voulu ou plutôt n'ayant pu soutenir cette grande et belle mission qu'ils nous laissèrent toute en friche, nous l'avons rendue florissante et mise sur le pied des autres, ayant, en peu d'années, relevé les églises, rendu commun l'usage des sacrements, établi les instructions pour les esclaves et fondé les écoles pour les enfants.
« A l'égard de Gayenne, outre le soin des Français et des esclaves, il y a une mission de sauvages Galibis ; ceux-ci, bien différents des Caraïbes, peuples féroces et indolents, sont fort dociles et beaucoup plus affectueux. Deux de nos Pères, qui depuis quelque temps travaillent parmi eux avec un grand zèle, espèrent y faire une bonne moisson en séparant ceux qu'ils convertiront et composer des bourgs de ceux-ci, les accoutumer au travail et les engager à faire des établissements fixes et commodes ; moyen unique et sûr pour faire des conversions permanentes et solides parmi ces nations, moyens qu'ont pris nos Pères portugais dans le Brésil et nos Pères Castillans dans le Paraguay, moyen qui leur a réussi avec de très grandes bénédictions » .
Dans une autre lettre de 1710,1e P. Combauli écrivait encore au Général de la Compagnie : « Notre Mission des îles de r Amérique française consiste à desservir les paroisses qui y sont établies ; elles sont composées de blancs et de noirs. Les Français qui y sont originairement depuis un siècle sont un ramas de gens, lesquels s étant arrêtés dans le pays pour cultiver la terre, y ont été peu à peu policés et réduits par le devoir du christianisme. Dans les premiers temps le fruit était plus sensible. Aujourd'hui, le soin des missionnaires est d'entretenir, non sine fructu, la piété, qui sans leur zèle, dégénérerait bientôt dans un pays où le sang s'abâtardit si fort, qu'à la cinquième ou sixième génération, on n'a plus de français que l'origine, sans avoir retenu l'esprit, ni les mœurs de la nation ^ »
D'après cette lettre, les Jésuites étaient chargés de la desserte d'un certain nombre de paroisses des îles. Le P. Barré, supérieur delà Martinique avait, en effet, accepté par un contrat de 1652 avec le gouverneur, M. du Parquet, l'administration des paroisses de l'île, du moins temporairement, jusqu'au jour où des prêtres séculiers pourraient s'en charger -. Ce contrat comprenait Tadministration tempo-