Arch. gen. S. J
2. (' Dominus du Parquet honestae memoriae contracta inito voluerat penès nos locum esse quem Carbetum appellant ut in quatuor regionibus Basse terre insulae Martinicse curialibus muniis fungeremur » (Le P. Grillet au général Paul Oliva, sept. 1663, de S*-Pierre de la Martinique). Ce contrat fut passé avec le P. Barré supérieur.
relie et spirituelle, toutes les fonctions curiales. Il avait été fait sans pouvoir légitime et contre V institut de la Compagnie. Mis au courant de ce qui s'était passé, le Général Nickel écrivit, le 27 avril 1654, au provincial de France, Louis Cellot, que le contrat était nul, mais il autorisait les missionnaires à administrer les paroisses, tant qu'il n y aurait pas aux îles de prêtres séculiers, par devoir de charité et non à titre de justice ^.
Le provincial transmit au P. du Vivier, supérieur de la Martinique, les volontés du Général. Elles furent exactement suivies. On renonça même, en 1664, à la desserte des trois paroisses du Carbet^ de la Case et du Prêcheur^ pour ne conserver que celle de Saint-Pierre, ex charitate *^.
1. Voici la lettre du R. P. Nickel : « Cum exquorumdam litteris nuper intellexi Patrem Antonium Barré in insulâ Martinicœ iniisse contractum quemdam cum illustrissimo prœdictae insulœ gubernatore, quo promittit vel obligat se vel unum aliquem è nostris ad parochi munus illic obeundum ad aliquod tempus, donec scilicet adsiat saeculares aliqui sacerdotes, per quos illud obiri possit. Gratulatus sum equidem tanto illustrissimi gubernatoris zelo pro illius insulte animarum salute procurandà ; at simul etiam improbavi quod contractus ille sine légitima potestate et contra societatis institutum initus fuerit, cum nostri civilem obligaiionem ad fundationes curiales contrahere minime possint. Verum huic malo peropportunum occurrit remedium, quod illustrissimo gubernatori minime improbatum iri confido. Jubeô enim ut quod Nostri, si contractus valuisset, ex justitiâ debuissent, hoc ipsum ex charitate prœstent, donec illa insula suos parochos habeat saeculares, ratus id brevi futurum. Hujus itaque niandati nostri executionem R» Vœ ejusque successoribus commendo. » L'ordre du Général arriva à la Martinique en 1655, mais, dit le P. Grillet dans une lettre de 1663, latuit diu privatos. Toutefois, quoique le contrat fût nul, on continua à administrer les quatre paroisses, ex charitate et non ex justitiâ,
2. Le 1«' août 1664, le P. Grillet écrivait de la Martinique au R.P. Oliva : « Derelictis quidem tribus parœciis, quartœ iterum, sed ex solâ proximi charitate, quoadusque sacerdotum numerus suffîciat inservimus ». C'est à partir du 4 mars 1664 que les Jésuites cessèrent de desservir le Qarbet. la Case et le Prêcheur, Le P. Grillet en
La renonciation s'appuyait sur le manque de sujets : quatre Pères étaient morts, six venaient de rentrer en France malades et un était frappé de paralysie. La province de Paris, très éprouvée par une fièvre contagieuse, se trouvait dans l'impossibilité de secourir la Mission ^
L'abandon des trois paroisses causa un grand mécontentement parmi les fidèles et une profonde désolation. Les prêtres séculiers, auxquels furent confiées les trois paroisses abandonnées, ne donnèrent pas la satisfaction désirable, et les directeurs généraux du domaine royal d'occident^ « considérant qu'il était de leur obligation de pourvoir les colonies de l'Amérique d'un nombre suffisant de bons ecclésiastiques, tant pour l'instruction des Français que pour la conversion desNègres et des Indiens, et ayant remarqué par expérience qu'il est très difficile de rencontrer des prêtres séculiers ayant les qualités nécessaires pour s'employer constamment et avec zèle au salut des peuplés de ce pays là, proposèrent, de la part de sa Majesté, aux RR. PP. Jésuites de
prendre le soin de toutes les colonies de l'Amérique
Mais lesd. PP. Jésuites leur ayant représenté qu'il n'était
avait donné avis, six mois auparavant, à M. de Loubière, qui remplaçait momentanément le gouverneur général de la Martinique : « Non moleslum videatur, lui écrivit-t-il le 3 septembre 1663, si, sex ab hâc die 3 sept. 1663 menses, susceptam hactenus peculiarem praedictarum regionum curam se deposituros moneant, quidquid autem ipsis alendae vitae titulo à Dno du Parquet datum fuerat, eodem statu eodemque ordine vestrae fidei periculisque dimittant » (Arch. gen. S. J.).
1. Même lettre du P. Grillet (3 sept. 1663) à M. de Loubière. — Le P. Jean Grillet, qui fut, à partir de 1667, supérieur de Cayenne, fut fait prisonnier à la prise de cette ville par les Anglais. Relâché il tomba de nouveau entre les mains des Hollandais qui le conduisirent à Amsterdam, le gardèrent quelque temps en prison, puis le renvoyèrent en France (1668). 11 partit bientôt pour Saint-Christophe, et le 17 septembre 1677, il périt dans les flots en retournant à Cayenne (Arch. gen. S. J.).
pas en leur pouvoir de prendre soin de toutes les îles de rAmériquç, veu le grand nombre de Français et de Nègres qui les habitent, répandus en divers quartiers éloignez les uns des autres, lesd. Directeurs serestraignirentàprier lesd. PP. Jésuites de pi^endre le^ soin, soit par eux-mêmes, soit par des prêtres qu'ils choisiraient, du spirituel des quartiers de la Basse-Terre et de celui de Cayenne^ de Pile de Saint-Christophe et des quatre grands quartiers de celle de la Martinique y dits communément le Port-Saint-Pierre^ le Carbetj le Prescheur et la Caze du pilote, qu'ils ont autrefois desservi tous quatre et dont ils quittèrent le soin de trois Pan 1664 au grand regret des habitants desd. quartiers ; ce que lesd. Jésuites ont eu pour agréable ^
Cette convention se passait en 1676; elle dura, à Saint- Christophe, jusqu'à la prise de cette île par les Anglais (1703), et à la Martinique et à Cayenne, jusqu'à l'arrêt d'expulsion des Jésuites par les parlements. Elle fut plus tard mise en vigueur à la Guadeloupe et à Saint-Domingue.
Comment les Jésuites remplirent-ils les fonctions qui leur furent confiées par la convention ? Nous répondrons à cette question par une lettre de M. Robert, intendant des îles, écriteau Roi en 1696. « Chaque intendant, dit le Mémoire du P. Combaud, avait ordre, six mois après son arrivée dans le pays, de donner avis en Cour de l'état où il avait trouvé
1; Après la Convention entre les Directeurs et les Jésuites, le P. François Bonal arrivé à la Martinique, le 7 février 1676, écrivit le 23 avril 1677 au R. P. Claude Boucher, assistant de France à Rome : « Nous avons le plus beau quartier de Tisle partagé entre quatre belles cures, dans chacune desquelles un père fait résidence avec un garçon pour le servir, d'où il va de temps en temps dans la principale maison qui est dans le principal bourg (Saint-Pierre) où se tient le R. P. supérieur général » (Arch. gen. s. J.):
les colonies au regard des établissements, de la police, du commerce et surtout de la religion, et du tout, d'en faire un détail exact, ce qu'il devait réitérer tous les dix ans dans un mémoire écrit en commun avec le gouverneur général du pays ». M. Robert écrivit donc : « Les fonctions ecclésiastiques sont exercées dans cette île (la Martinique) par les religieux de trois ordres différents : ce sont les Jésuites, les Jacobins et les Capucins. Ils ont chacun une maison conventuelle dans l'île où se tient le supérieur général, et les trois supérieurs destinent les religieux qui leur sont envoyés, pour desservir les différents quartiers qui sont de leur ressort. Il y a dans l'île diverses églises ; elles sont à présent au nombre de dix-huit, et, par ce secours, tous les habitants qui résident sur leurs habitations, peuvent aisément aller à la messe chaque dimanche et fête, et y faire aller leur famille et partie de leurs esclaves.
« Ces églises, comme je lai dit, sont desservies par des religieux des trois ordres ; ils font leur résidence dans un presbytère établi en chaque quartier, où ils exercent les fontions curiales.
« On ne saurait assez louer la bonne et sage conduite des Pères Jésuites, depuis quils sont dans cette île. J'ai pris soin de m'informer de plusieurs habitants des plus anciens et des plus considérables. Tous m'ont dit et assuré constamment que ces Pères ont toujours vécu exemplairement et que, de leur connaissance, il ne s'en est pas trouvé un seul qui ait donné le moindre scandale. En mon particulier, après les avoir souvent et sérieusement examinés depuis mon arrivée dans ce pays, j'ai connaissance que leur conduite est tout à fait édifiante, qu'ils font de très grands biens dans l'île par le zèle et l'application avec lesquels ils se donnent à tout ce qui est de leur ministère, soit pour exhorter et engager efficacement leurs paroissiens à la piété, soit pour
assister et soulager assidûment les malades, ^oit pour le soin infatigable et rebutant qu'ils prennent de la conversion et instruction des esclaves, soit enfin par le secours qu'ils donnent aux pauvres par des aumônes considérables. Il y aurait mille sujets de faire ici leur éloge ; mais il n'en doit pas paraître dans un simple mémoire.»
La lettre de l'intendant parle ensuite longuement des Jacobins et des Capucins, et établit une comparaison entre les trois ordres. Comme les renseignements sur les autres religieux n'entrent pas dans notre sujet, nous les passons sous silence.
(( Avant M. Robert, dit le Mémoire du P. Gombaud, MM. Begon et Dumaitz, intendants, dans de semblables mémoires, avaient fait mention de la Mission (des Jésuites) d'une manière pour le moins aussi honorable. Tout récemment, M. de Machault, gouverneur général, homme d'un mérite et d'une probité reconnus, prévenu dans les commencements contre la Compagnie, mais tout à fait revenu dans la suite, et témoin, comme il le disait, des fruits très grands qu'elle faisait, et des services essentiels qu'elle rendait à la colonie, en a rendu au roi, plus d'une fois, un témoignage très honorable, l'ayant sollicité de nous établir dans tous les quartiers que les PP. Capucins occupent à la Martinique, l'assurant que ce changement serait également avantageux à la religion et à la colonie. »
A l'époque où M. Robert et le P. Combaud écrivaient ce qui précède, les paroisses n'étaient pas encore organisées à la Guadeloupe et à Saint-Domingue.
Pour terminer ce chapitre préliminaire, voici quelle était, au début du xvin® siècle, la situation des Missions de la Compagnie de Jésus aux Antilles.
Le supérieur général de ces Missions résidait à Saint-Pierre de la Martinique. A cette époque, c'était le P. Pierre Gombaud, (( religieux honoré universellement de tout le monde pour sa sagesse, sa droiture, son zèle, sa piété et sa charité, et de qui je puis dire, écrit le P. Labat, de Tordre des frères prêcheurs, que quelque estime qu'on eût pour lui, son mérite et ses vertus en méritaient encore devantage » ^ Sa juridiction s'étendait sur tous les Pères, qui exerçaient le saint ministère, à la Martinique d'abord, puis à la Guadeloupe, à Saint- Vincent, à Saint-Ghristophe, à Gajrenne et à Saint-Domingue.
A la Martinique, les Jésuites desservaient quatre paroisses, à titre de curés, celles de Saint-Pierre, du Prêcheur, du Garbet et de la Case du Pilote ou de la Case, Un missionnaire, appelé le Père des Nègres^ s'occupait exclusivement des esclaves et un autre des sauvages ; tous les deux habitaient à la résidence de Saint-Pierre.
A la Guadeloupe, les Jésuites « étaient sur le pied de missionnaires des nègres, et particulièrement de ceux qui étaient de la dépendance de la paroisse de la Basse-Terre.