‹ Le père Antoine Lavalette à la Martinique: d'après beaucoup de documents inéditsChapitre 63 sur 110 · Lettre d'un négociant de la Martinique..., p · texte numérisé non relu

Lettre d'un négociant de la Martinique..., p

encore, à la Dominique, chez le F. Le Vasseur ^, une liasse de lettres du P. Lavalette et des comptes contenant le détail des marchandises livrées à un certain Van der Brauden. Les comptes portaient la signature du vendeur et de

rachéteur -.

Nous avons dit que la guerre avait produit une baisse considi^nible, aux Iles du Vent, dans le prix des denrées. Par rinlermédiaire de ses agents, le" P. Lavalette achetait, h. bas prix, les produits des îles de Saint- Vincent, de la Grenade, de Marie-Galante, de la Guadeloupe et de la Dominique, enfin au Vent de la Martinique, et-il les revendait aux îles hollandaises de Saint-Eustache et de Curaçao. Lui-même nous Tapprend dans son Mémoire justificatif. Il nous y apprend aussi qu'il dirigeait une partie de ses achats sur la Hollande, où, suivant son expression, ses provisions valaient beaucoup, .

Les expéditions arrivèrent-elles toujours à bon port? 11 y ^ lieu d'en douter. Nous savons seulement que la maiîion Rachon, Cartier et C'® expédia de Saint-Pierre pour Cadix, (!n 1758 et 1759, au compte du P. Lavalette, un vaissi^au commandé par le capitaine Touranne, et que les

\ . Le F. Jean Nicolas Le Vasseur était un frère coadjuteur, né le 21 jnillel \ TIM), entré dans la Compagnie le 23 octobre 1721 et envoyé à hi Mui liniqae en 1723. Le P. Lavalette le mit à la Dominique pour y surveilk i- les nègres et y tenir le livre des comptes.

2. [^ Pra?tÊr documenta négocia tionum P. Antonii mihi de scripto ^;?xhîJ>ita, tùm à Dno Valentin, qui Guadulupœ negociatur, tùm à Dnis Constance et Isaaco Juda, olim celeberrimis P. Antonii proxenetis, sexcciita Alla ejusdem generis reperi in litteris à P. Antonio ad F. Le Vasseur scriptis, quas omnesafTerri mihi jussi. Praetereà hic et nunc subjcclas oculis habeo rationes amplissimas mercium quas Pater vcudidit (jiiidam Van der Brauden ab utroque subscriptas » (Ead. i^pis. PiUris de la Marche).

marchandises, à l'adresse de M. Aillaud, de Marseille,, furent reçues par ce négociant *.

Pour la Hollande, il n'existe, à notre connaissance, aucun document qui prouve l'heureuse arrivée des marchandises expédiées de Saint-Eustache. Le l"^"^ janvier 1758, le P. Lavalette annonce bien au P. de Sacy de forU envois ^ ; mais celui-ci ne les vit jamais. L'année suivante,^ le brait se répandit que le P. Lavalette avait adresse en Hollande beaucoup d'effets; « mais jusqu'ici, écrit le P- de Sacy à M. de Cazotte, le 17 novembre 1 7S9, ni M. Re v Tumé^ ni moi n'avons pu découvrir la vérité de ce bruit. Ce qu'il y a de certain, c'est que le P. Lavalette ne nous a pas donné^ à cette occasion, le moindre signe de vie. Il y aura deux ans entiers, au mois de janvier prochain, que je n'ai eu de ses lettres ; il paraît nous avoir totalement oublié ^ » -

Quoi quHl en soit des expéditions en Hollande et à Cadix et du sort qu'elles ont éprouvé en route, un fait reste

1. Lettres sur les opérations du P, Lavalette, p. 38. Cc^peiidant, le P. de Sacy, dans une lettre du 19 février 1759 à M. de Cazotte ^ dit qu'il a entendu parler du fait, mais n'a pu en avoir la oertitudo (ibid,).

2. Lettre du P. de Sacy, 20 avril 1758, à M. J..., négociaut à Bordeaux : « Je viens de recevoir, du P. Lavalette, en date du 1*"* j^n^ vier de la présente année, une lettre qui nous annonce de forts envois. »

3. Lettres sur les opérations du P. Lavalette, p. 50. — Dans une lettre du 2 janvier 1700 au général Ricci (Arch. S. J.), le P. LavaloUô prétend qu'il a payé en France à des créanciers 789.000 livres. Dans une autre lettre du 4 juin 1760 au môme, il avoue que ses dettes passives dépassent les dettes actives, et qu'il doit à celte date 4.000.000 de livres et plus, mais qu'il pourrait les payer avec ses revenus, en douze ou quinze ans. Dans ces deux lettres, il évite de parler de son négoce.

indéniable, c'est le commerce auquel s'est livré le P. Lavalette pendant la guerre entre la France et l'Angleterre. Nous verrons au chapitre neuvième qu'il fut obligé luimême de l'avouer. Il n'essaya pas non plus de le nier dans son Mémoire justificatif, où il en atténue cependant la portée et l'étendue : « Je fis, dit-il quelques opérations forcées, pour me soutenir et pour rétablir mon crédit ».

Il ne nous appartient pas de pénétrer dans son for intérieur et d'y chercher le mobile secret de ses actes. Y eut-il, de sa part, illusion, aveuglement, cas de force majeure, entraînement ? Se rendit-il bien compte de la gravité de ses opérations commerciales ? Obéit-il à un sentiment exagéré de ses responsabilités vis-à-vis de ses créanciers, au souci mal compris de son honneur et de sa probité ? S'imagina-t-il que la loi positive de l'Eglise sur le commerce des prêtres et des religieux devait s'effacer devant le devoir de justice envers les créanciers ? Ne fût-il pas peu à peu, par une suite d'entreprises simplement imprudentes, conduit sans le vouloir, sans l'avoir prévu, à la transgression des défenses de l'Eglise sur le négoce? Il n'ignorait pas que le commerce, comme toute autre industrie honnête, est permis même aux prêtres, pour vivre dans les cas de nécessité ; il savait aussi que si les missionnaires n'ont pas le nécessaire, TEglise tolère qu'ils se le procurent par le commerce ^ Dès lors, ne se dit-il pas que, dans l'impossibi-

1, Voir à ce sujet, Vinstruction du Saint-Office du 18 mars 1784, envoyée par ordre de Pie VI, pour direction, au Vicaire patriarcal de Constantinople et qui rappelle un décret de la, S . Congrégation de la Propagande du 23 novembre 1665, conçu en ces termes: «S. Congregatio toleravit sinences sacer(/o/es, qui, titulo clericali, defectu patrimonii carent, commercium exercere, ad sustentationem propriam dumtaxat, et tantùin solummodo impendant, quantum honestum patrimonium constituant. » Ce que l'instruction précitée restreint à rhypothèse, si praesens urgeal inopia.

lité où il se trouvait de payer des dettes urgentes, autrement que par le commerce, il pouvait en toute conscience recourir à ce moyen? , . .

Toutes ces questions sont du domaine de la conscience. L'intéressé seul peut y répondre. Le rôle de l'historien est tout autre en cette circonstance : il étudie le fait extérieur et il l'apprécie. Or le fait extérieur accuse le P. Lavalette de s'être livré à des opérations commerciales.

Ces opérations furent de deux sortes : les unes pour son compte personnel ; les autres pour le compte à tiers entre lui et les chefs de la colonie. Ces chefs furent, d'abord M.deBeauharnais, gouverneur, et M. de Givry, intendant ^, puis leurs successeurs, MM. Le Vassorde la Touche et Le Mercier de la Rivière. « Je me liai, dit le P. Lavalette, avec des personnes en place pour courir moins de risques et accélérer les remises 2», H alla jusqu'à rejeter sur ces personnes en place le tort qu'il eut de faire le commerce, et, si les Jésiiites ne l'en avaient dissuadé, il les aurait accusées dans un écrit public, après son expulsion de la Martinique (1762) ».

Quoi qu'il en soit « il acheta ou fît acheter, pour le compte

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