Précis historiques, 1862, pp. 370 et
2. Biographie universelle, art. duc de Ghoiseul, comte de Stanville.
en sortit néanmoins au bout de deux mois, sur les instances de toute sa famille, mais avec ordre de se rendre incontinent à Brest commander une petite escadre. Il n'eut pas le temps d'y arriver; attaqué pendant la route d'un vomissement de sang, il mourut presque subitement à Rennes, entre les bras de son valet de chambre. La femme qui avait la première trahi le secret l'avait déjà précédé. . Le comte de Martigny fut pris dans^ le même temps d'une maladie de langueur, qui dura dix-huit mois, et dont il est enfin venu à bout de se relever. Si ces accidents furent naturels ou s'ils ne le furent pas, c'est sur quoi il serait téméraire de prononcer. Bien des gens se sont permis d'y soupçonner de la violence. »
Le P. Burtin ajoute : « Pour les Jésuites, il paraît qu'on -chercha aussi à les trouver coupables. Le marquis de Choiseul, interrogé au château de Vincennes, avait dit connaître les PP. Allanic, Fiteau et Berthier. Ces trois Pères furent mandés chez le lieutenant de police. Le P. Allanic faisait alors son cours de visites [la visite des maisons de V Ordre situées dans sa province), qu'il n'acheva point, étant, par une circonstance assez singulière, mort à Rennes quelques isemaines après le marquis de Choiseul. Le P. Fiteau était parti de Paris pour aller à la ville d'Eu, en qualité de recteur. Le P. Berthier fut seul à se rendre chez le lieutenant de police... et renvoyé absous, M. de Sartine ayant été satisfait de ses réponses... Les choses en restèrent là pour le moment ; l'orage formé contre les Jésuites fut suspendu ^. »
1. Précis historiques, pp. 371 et 372. — Le P. Burtin termine ainsi ison récit sur le Mémoire : a Telle fut l'issue de ce fameux Mémoire, dont assez peu de gens eurent connaissance dans le moment qu'il fut présenté et dont on a parlé ensuite si diversement. » — Quel fut Fauteur de ce Mémoire ? Le duc de Choiseul l'attribua au P. Charles <de Neuville, parce qu'on avait reconnu son écriture dans des notes
IJ orage fut suspendu^ tant que le maréchal dç Belle-Isle vécut. « Ce ministre estimait les Jésuites, il aimait la patrie, et, sans avoir jamais fait la cour à la marquise de Pompadour, il conservait dans le Conseil et Tesprit du Roi une autorité que son âge, ses longs services, la droiture de ses vues, et, peut-être, autant que tout cela, la fermeté de son caractère lui avaient justement acquise ^ »
Malheureusement pour le pays, le maréchal mourut le 26 janvier 1761 , et le duc de Choiseul, ministre des affaires étrangères, lui succéda au ministère de la guerre.
Leduc avait tout intérêt à consolider son influence. Dans ce but, il rappela de l'ambassade de Vienne son cousin, le comte de Choiseul-Champagne, et lui fît confier le ministère des Affaires étrangères. Le Conseil était donc désormais entre ses mains , car il pouvait compter sur celui qui y avait le plus de crédit, M. Berryer. « Les maréchaux de Soubise et d'Estrées ou ne se trouvaient pas aux délibérations, ou n'étaient pas écoutés... On se moquait du chancelier de Lamoignon, ou on le dupait par des artifices '^ » Quant au Dauphin, il était, dit le duc de Croy, « très ins* truit, rempli de mérite, mais fils trop timide et respectueux pour se mêler de rien en particulier 3. » Au Conseil, on faisait peu d'état de ses avis ^.
Les Jésuites furent donc à la merci de leurs ennemis^ après la mort du maréchal de Belle-Isle.
marginales d'une copie qu'on aurait trouvée dans les papiers du maréchal de Belle-Isle après sa mort. — Mais le P. Burtin dit qu'il « a de fortes raisons de penser que ce Père n'en était pas l'auteur » (p. 387).