Précis hist., p
Quelques changements s'étaient opérés à Paris, depuis deux mois, dans le gouvernement de la Compagnie. Le P. AUanic étant mort subitement à Rennes, en novembre 1760, le P. Etienne delà Croix fut nommé provincial le 13 du mois suivant. A une époque de paix et de tranquillité, ce choix eût été parfait. Ancien professeur de théologie au collège Louis-le-Grand, ancien maître des novices et recteur du noviciat et du collège Louis-le-Gçand, le P. de la Croix était un religieux exemplaire, d'une vertu éprouvée, intelligent, judicieux et prudent. Il jouissait de l'estime générale de ses confrères ; en dehors de la Compagnie, on appréciait ses dons supérieurs de l'esprit et du cœur, la netteté de sa direction spirituelle. Toutefois, dans les temps troublés et menaçants que traversait la Société en France, il manquait de décision et de fermeté; son tempérament le portait aux concessions, et puis avait-il l'habileté nécessaire pour naviguer heureusement à travers les écueils, au sein de la tempête déchaînée ^? Quel provincial eût été, du reste,
1. P. Charles de Neuville au Général Ricci, 1®' décembre 1760 : « Nullus dubitat quin P. Slephanus de la Croix is sit quem novum habit'uri sumus Provincialem ; de que eximiam illum singularis pietatis existimationemjure ac merito adeptumesse ingénue fateor, nec non sapientiœ, quse satis féliciter pacatis quietisque temporibus isti provinciîe administrandae sufliciat; quam opto parem esse devitandis inter tôt procellas scopulosque continuo renascentibus naufragii periculis. »
LeP.de Beauvais au même, 24 décembre 1760: « P. St. de la Croix se à multis annis inter nos insigniter se commendabat prudenti et religlosa alumnorum Societatis institutione, et modico coUegii pari-
en ces jours de complots et d'intrigues, capable de les déjouer?
Le P. de la Croix et les Jésuites de France n'étaient pas aussi indifférents au duc de Choiseul que celui-ci voulait bien le dire K Admirateur des philosophes et protecteur des jansénistes, il partageait leur haine et celle des parlementaires contre les fils de saint Ignace ; seulement, par prudence égoïste, il n'aimait pas à se produire en scène, il préférait rester dans la coulisse et de là diriger et encourager les acteurs. C'est ce qu'il fit dans la guerre à mort déclarée à la Compagnie de Jésus : il se dissimula derrière le Parlement et le laissa agir, tout en restant le moteur, invisible et discret, de tous ses arrêts 2.
siensis gubernii intervalle sibi concilia vit exislimationem ; vir vere pius, exemplaris, sagax, firmus, modestus, in omnes 8equalis,ex cantate in Deum etfratres unice agere solitus. »
Le P. de Beauvais était confesseur de Madame Louise, fille du roi. Il dit dans la même lettre : u Non ignorât certe PaternitasVestra me abanno vocatum fuisse in Aulam, de jussu Régis christianissimi, et augustissimiT! ejus filise D"»* Ludovicae esse a confessionibus. »
Le P. GrîlTet au même, 7 juillet 1761 : « Provincialis noster, P. de h\ Croix, vir bonus ac pius, nec ingenio carens multus est in deliberando, rarus in statuendo, admodum timidus in exequendo » (Arch.
Le P. Etienne de la Croix, né au diocèse de Bourges le 26 septembre 1706 entra au noviciat le 2 octobre 1722, après sa rhétorique. Le noviciat terminé, il étudia deux an s la philosophie au collège Louisle-Grand (1724-1726), et professa dans ce collège la grammaire et les humanités (1726-1731), et la rhétorique à Rouen (1731-1732). Il fit ensuite à Paris un an de philosophie et quatre ans de théologie (1 732- 1737). Après le cours complet de ses études, il enseigna à Amiens, à La Flèche et à Paris, la philosophie et la théologie (1737-1753), devint recteur du noviciat à Paris (1753-1759) et du collège (1759-1760). — Le 13 décembre 1760, il fut nommé provincial.
1. Dans son mémoire à Louis XVI, le duc de Choiseul dit : « Je ne voyais qu'avec indifférence subsister ou détruire une communauté de moines, h